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"emporte" poems
Au temps Au temps où l'on va toujours plus vite, pour en gagner Autant de temps à perdre devant la télé Quand les pieds d'argile ont des chaussures en croco Au temps de la guerre des égos À celui passé à l'usine, qui roule sa bosse Quand c'est tout ce qu'on apprends à nos gosses Fais de l'argent, entres dans le moule À l'heure où notre joli navire coule Quand les recherches les plus subventionnées sont militaires Quand l'homme avance un pas en avant, deux pas en arrière Quand on a plus que jamais tous du sang sur nos doigts Là où on trouve moins d'eau que de soda À l'heure des strings et des braguettes Quand la pucelle à honte de l'être Quand on fait l'amour à des images, à du kevlar À l'heure où l'art fait sa pute, et au street art Aux endettés que le temps presse Aux laodicéens qui pensent boire de l'eau fraiche Au temps passé en emmenant nos valeurs Au temps modernes, au temps perdu, au temps qui fait peur Au temps qui veut m'arracher ce que j'ai de plus précieux Ma sauvagerie, ma liberté, comme la prunelle de mes yeux Au temps, à ses aiguilles qu'on ne peut casser, Qui passent sur nous comme on laboure un champ Plient et tâchent une peau tant de fois griffée, Puis laissent à nos yeux que le blanc Au temps qui nous abimes, qui passe et nous emporte l'un après l'autre Au temps des idoles et des rois, au temps des apôtres Au temps qui passe et estompe nos mirages Qui file tout le temps, qui jauni nos images Qui nous vieilli, nous flétris, nous habitue Qui nous ternis, nous aigris, puis qui nous tue. Au temps qui ne s'est pas passé comme prévu Aux tremblotants, au temps qui nous fait perdre la vue Aux palpitants qui s'arrêtent Aux pétillants qui naissent À ceux qui ont tant passé à contre courant, au monuments Qui résistent contre le vent, qui malgré tout et pour autant Au temps.
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Jul 6, 2014
Jul 6, 2014 at 2:13 PM UTC
Au temps
Au temps Au temps où l'on va toujours plus vite, pour en gagner Autant de temps à perdre devant la télé Quand les pieds d'argile ont des chaussures en croco Au temps de la guerre des égos À celui passé à l'usine, qui roule sa bosse Quand c'est tout ce qu'on apprends à nos gosses Fais de l'argent, entres dans le moule À l'heure où notre joli navire coule Quand les recherches les plus subventionnées sont militaires Quand l'homme avance un pas en avant, deux pas en arrière Quand on a plus que jamais tous du sang sur nos doigts Là où on trouve moins d'eau que de soda À l'heure des strings et des braguettes Quand la pucelle à honte de l'être Quand on fait l'amour à des images, à du kevlar À l'heure où l'art fait sa pute, et au street art Aux endettés que le temps presse Aux laodicéens qui pensent boire de l'eau fraiche Au temps passé en emmenant nos valeurs Au temps modernes, au temps perdu, au temps qui fait peur Au temps qui veut m'arracher ce que j'ai de plus précieux Ma sauvagerie, ma liberté, comme la prunelle de mes yeux Au temps, à ses aiguilles qu'on ne peut casser, Qui passent sur nous comme on laboure un champ Plient et tâchent une peau tant de fois griffée, Puis laissent à nos yeux que le blanc Au temps qui nous abimes, qui passe et nous emporte l'un après l'autre Au temps des idoles et des rois, au temps des apôtres Au temps qui passe et estompe nos mirages Qui file tout le temps, qui jauni nos images Qui nous vieilli, nous flétris, nous habitue Qui nous ternis, nous aigris, puis qui nous tue. Au temps qui ne s'est pas passé comme prévu Aux tremblotants, au temps qui nous fait perdre la vue Aux palpitants qui s'arrêtent Aux pétillants qui naissent À ceux qui ont tant passé à contre courant, au monuments Qui résistent contre le vent, qui malgré tout et pour autant Au temps.
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Avec tout votre esprit, la belle indifférente, Avec tous vos grands airs de rigueur nonchalante, Qui nous font tant de mal et qui vous vont si bien, Il n'en est pas moins vrai que vous n'y pouvez rien. Il n'en est pas moins vrai que, sans qu'il y paraisse, Vous êtes mon idole et ma seule maîtresse ; Qu'on n'en aime pas moins pour devoir se cacher, Et que vous ne pouvez, Ninon, m'en empêcher. Il n'en est pas moins vrai qu'en dépit de vous-même, Quand vous dites un mot vous sentez qu'on vous aime, Que, malgré vos mépris, on n'en veut pas guérir, Et que d'amour de vous, il est doux de souffrir. Il n'en est pas moins vrai que, sitôt qu'on vous touche, Vous avez beau nous fuir, sensitive farouche, On emporte de vous des éclairs de beauté, Et que le tourment même est une volupté. Soyez bonne ou maligne, orgueilleuse ou coquette, Vous avez beau railler et mépriser l'amour, Et, comme un diamant qui change de facette, Sous mille aspects divers vous montrer tour à tour ; Il n'en est pas moins vrai que je vous remercie, Que je me trouve heureux, que je vous appartiens, Et que, si vous voulez du reste de ma vie, Le mal qui vient de vous vaut mieux que tous les biens. Je vous dirai quelqu'un qui sait que je vous aime : C'est ma Muse, Ninon ; nous avons nos secrets. Ma Muse vous ressemble, ou plutôt, c'est vous-même ; Pour que je l'aime encor elle vient sous vos traits. La nuit, je vois dans l'ombre une pâle auréole, Où flottent doucement les contours d'un beau front ; Un rêve m'apparaît qui passe et qui s'envole ; Les heureux sont les fous : les poètes le sont. J'entoure de mes bras une forme légère ; J'écoute à mon chevet murmurer une voix ; Un bel ange aux yeux noirs sourit à ma misère ; Je regarde le ciel, Ninon, et je vous vois ; Ô mon unique amour, cette douleur chérie, Ne me l'arrachez pas quand j'en devrais mourir ! Je me tais devant vous ; - quel mal fait ma folie ? Ne me plaignez jamais et laissez-moi souffrir.
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À Ninon
Avec tout votre esprit, la belle indifférente, Avec tous vos grands airs de rigueur nonchalante, Qui nous font tant de mal et qui vous vont si bien, Il n'en est pas moins vrai que vous n'y pouvez rien. Il n'en est pas moins vrai que, sans qu'il y paraisse, Vous êtes mon idole et ma seule maîtresse ; Qu'on n'en aime pas moins pour devoir se cacher, Et que vous ne pouvez, Ninon, m'en empêcher. Il n'en est pas moins vrai qu'en dépit de vous-même, Quand vous dites un mot vous sentez qu'on vous aime, Que, malgré vos mépris, on n'en veut pas guérir, Et que d'amour de vous, il est doux de souffrir. Il n'en est pas moins vrai que, sitôt qu'on vous touche, Vous avez beau nous fuir, sensitive farouche, On emporte de vous des éclairs de beauté, Et que le tourment même est une volupté. Soyez bonne ou maligne, orgueilleuse ou coquette, Vous avez beau railler et mépriser l'amour, Et, comme un diamant qui change de facette, Sous mille aspects divers vous montrer tour à tour ; Il n'en est pas moins vrai que je vous remercie, Que je me trouve heureux, que je vous appartiens, Et que, si vous voulez du reste de ma vie, Le mal qui vient de vous vaut mieux que tous les biens. Je vous dirai quelqu'un qui sait que je vous aime : C'est ma Muse, Ninon ; nous avons nos secrets. Ma Muse vous ressemble, ou plutôt, c'est vous-même ; Pour que je l'aime encor elle vient sous vos traits. La nuit, je vois dans l'ombre une pâle auréole, Où flottent doucement les contours d'un beau front ; Un rêve m'apparaît qui passe et qui s'envole ; Les heureux sont les fous : les poètes le sont. J'entoure de mes bras une forme légère ; J'écoute à mon chevet murmurer une voix ; Un bel ange aux yeux noirs sourit à ma misère ; Je regarde le ciel, Ninon, et je vous vois ; Ô mon unique amour, cette douleur chérie, Ne me l'arrachez pas quand j'en devrais mourir ! Je me tais devant vous ; - quel mal fait ma folie ? Ne me plaignez jamais et laissez-moi souffrir.
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(À une jeune étrangère.) Quand tes beaux pieds distraits errent, ô jeune fille, Sur ce sable mouillé, frange d'or de la mer, Baisse-toi, mon amour, vers la blonde coquille Que Vénus fait, dit-on, polir au flot amer. L'écrin de l'Océan n'en a point de pareille ; Les roses de ta joue ont peine à l'égaler ; Et quand de sa voluté on approche l'oreille, On entend mille voix qu'on ne peut démêler. Tantôt c'est la tempête avec ses lourdes vagues, Qui viennent en tonnant se briser sur tes pas ; Tantôt c'est la forêt avec ses frissons vagues ; Tantôt ce sont des voix qui chuchotent tout bas. Oh ! ne dirais-tu pas, à ce confus murmure Que rend le coquillage aux lèvres de carmin, Un écho merveilleux où l'immense nature Résume tous ses bruits dans le creux de ta main ? Emporte-la, mon ange ! Et quand ton esprit joue Avec lui-même, oisif, pour charmer tes ennuis, Sur ce bijou des mers penche en riant ta joue, Et, fermant tes beaux yeux, recueilles-en les bruits. Si, dans ces mille accents dont sa conque fourmille, Il en est un plus doux qui vienne te frapper, Et qui s'élève à peine aux bords de la coquille, Comme un aveu d'amour qui n'ose s'échapper ; S'il a pour ta candeur des terreurs et des charmes ; S'il renaît en mourant presque éternellement ; S'il semble au fond d'un cœur rouler avec des larmes ; S'il tient de l'espérance et du gémissement... Ne te consume pas à chercher ce mystère ! Ce mélodieux souffle, ô mon ange, c'est moi ! Quel bruit plus éternel et plus doux sur la terre, Qu'un écho de mon cœur qui m'entretient de toi ?
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Le coquillage au bord de la mer
(À une jeune étrangère.) Quand tes beaux pieds distraits errent, ô jeune fille, Sur ce sable mouillé, frange d'or de la mer, Baisse-toi, mon amour, vers la blonde coquille Que Vénus fait, dit-on, polir au flot amer. L'écrin de l'Océan n'en a point de pareille ; Les roses de ta joue ont peine à l'égaler ; Et quand de sa voluté on approche l'oreille, On entend mille voix qu'on ne peut démêler. Tantôt c'est la tempête avec ses lourdes vagues, Qui viennent en tonnant se briser sur tes pas ; Tantôt c'est la forêt avec ses frissons vagues ; Tantôt ce sont des voix qui chuchotent tout bas. Oh ! ne dirais-tu pas, à ce confus murmure Que rend le coquillage aux lèvres de carmin, Un écho merveilleux où l'immense nature Résume tous ses bruits dans le creux de ta main ? Emporte-la, mon ange ! Et quand ton esprit joue Avec lui-même, oisif, pour charmer tes ennuis, Sur ce bijou des mers penche en riant ta joue, Et, fermant tes beaux yeux, recueilles-en les bruits. Si, dans ces mille accents dont sa conque fourmille, Il en est un plus doux qui vienne te frapper, Et qui s'élève à peine aux bords de la coquille, Comme un aveu d'amour qui n'ose s'échapper ; S'il a pour ta candeur des terreurs et des charmes ; S'il renaît en mourant presque éternellement ; S'il semble au fond d'un cœur rouler avec des larmes ; S'il tient de l'espérance et du gémissement... Ne te consume pas à chercher ce mystère ! Ce mélodieux souffle, ô mon ange, c'est moi ! Quel bruit plus éternel et plus doux sur la terre, Qu'un écho de mon cœur qui m'entretient de toi ?
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Le présent se fait vide et triste, Ô mon amie, autour de nous ; Combien peu de passé subsiste ! Et ceux qui restent changent tous. Nous ne voyons plus sans envie Les yeux de vingt ans resplendir, Et combien sont déjà sans vie Des yeux qui nous ont vus grandir ! Que de jeunesse emporte l'heure, Qui n'en rapporte jamais rien ! Pourtant quelque chose demeure : Je t'aime avec mon cœur ancien, Mon vrai cœur, celui qui s'attache Et souffre depuis qu'il est né, Mon cœur d'enfant, le cœur sans tache Que ma mère m'avait donné ; Ce cœur où plus rien ne pénètre, D'où plus rien désormais ne sort ; Je t'aime avec ce que mon être A de plus fort contre la mort ; Et, s'il peut braver la mort même, Si le meilleur de l'homme est tel Que rien n'en périsse, je t'aime Avec ce que j'ai d'immortel.
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Ce qui dure
Chaque fois que j 'escalade Les parois des mots vers les pics inviolés J 'emmène avec moi dans l'expédition Mon éclaireuse d'élite. Ma sherpa me guide et me prévient Des chutes de sérac et des avalanches, Cuisine les rimes embrassées, porte les alexandrins Installe le campement des rimes embrassantes. Alors elle se repose sous sa tente Et, satisfaite, cure sa pipe Tout en fredonnant inconsciemment Ses deux quatrains suivis de  deux tercets Tandis que que moi je suçote Mes surelles poétiques confites. . Ma pisteuse pose ses pitons et ses broches à glace Dans l 'ombre des cimes Sans oxygène sans assistance Dans les nuages de la haute poésie. Nous avons ainsi planté nos sonnets Dans les vingt-et-un sommets continentaux Ma sherpa c'est mieux qu 'un sur-homme C'est une sur-femme, une sur-muse Une sur-déesse Une vieille briscarde C'est Junko Tabei et Bachendri Pal Et après chaque sommet qu 'elle franchit Sans désagrément Elle se retire sous sa tente Et, satisfaite, cure sa pipe Tout en fredonnant inconsciemment Ses deux quatrains suivis de deux tercets Tandis que moi je suçote Mes surelles poétiques confites. Parfois la chute d'un sérac imprévisible Nous emporte, nous ensevelit et nous broie presque Mais jamais ma sherpa ne se départit de sa pipe Ni moi de mes surelles Dans nos joutes poétiques.
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Aug 24, 2019
Aug 24, 2019 at 6:59 AM UTC
Ma sherpa
Il est 1h27 du matin à Dakar Debout sur le balcon; un désir d'aventurier de l'inconnu m'envahit, de celle qui s'échappe du temps et de la terre mère qui l'étouffe ensevelie sous son noyau. Le vent me caressant le visage, je l'entend m'inviter à l'hymne de ma liberté. Le bruit des avions m'emportent dans un monde d'aisance et d'émancipation, l'échos des Zikrs me tirent vers ma raison profonde et ma familiarité. Je ferme les yeux en proie à la nostalgie. Essayant de me souvenir des beaux moments de ma vie; le vent me berce dans l'abstrait où mon âme se jette dans l'aura poétique de la magie des rêves. Le marchand des rêves m'emporte sur une plage éclairée par la claire de lune et un feu de camp; jouissant d'un ciel dégagé et très étoilé. La brise me mets à nu devant ses caresses ardentes et m'enivre de son odeur. Je me laisse flotter sur ses ondes. Le sable en velours réchauffant mes pieds au rythme d'un Samba; riant de toute mon âme et transpirant au rythme de la danse. Nos âmes se transforment en une unité d'énergie donnant naissance à un cycle d'existence de désirs. Je me confie à mon instinct comme pour consoler mon amour. A l'horizon, la morosité morbide condamnée dans le concret. Aimant ardemment et follement cet abstrait merveilleux qui me berce. Qui berce cet amour non réclamé, et cette liberté condamnée. Qui depuis longtemps poussent leur barque fragile à bout de force. Aussi romantique que la poésie, je danse amoureusement et passionnément avec l'inconnu de mes pensées. Et dans cette passion insensée, de l'infini sublime rêve que cherche l'esprit, la réalité envahit l'abstrait et en fait un asile. Un asile qui éveille mon cœur à chaque moment d'inattention ou de solitude. Un asile qui m'ouvre ses portes à ses extases fantaisistes quand l'ivresse de la réalité devient lourde et étouffante.
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Feb 17, 2021
Feb 17, 2021 at 9:52 AM UTC
Le marchand de rêves
Il est 1h27 du matin à Dakar Debout sur le balcon; un désir d'aventurier de l'inconnu m'envahit, de celle qui s'échappe du temps et de la terre mère qui l'étouffe ensevelie sous son noyau. Le vent me caressant le visage, je l'entend m'inviter à l'hymne de ma liberté. Le bruit des avions m'emportent dans un monde d'aisance et d'émancipation, l'échos des Zikrs me tirent vers ma raison profonde et ma familiarité. Je ferme les yeux en proie à la nostalgie. Essayant de me souvenir des beaux moments de ma vie; le vent me berce dans l'abstrait où mon âme se jette dans l'aura poétique de la magie des rêves. Le marchand des rêves m'emporte sur une plage éclairée par la claire de lune et un feu de camp; jouissant d'un ciel dégagé et très étoilé. La brise me mets à nu devant ses caresses ardentes et m'enivre de son odeur. Je me laisse flotter sur ses ondes. Le sable en velours réchauffant mes pieds au rythme d'un Samba; riant de toute mon âme et transpirant au rythme de la danse. Nos âmes se transforment en une unité d'énergie donnant naissance à un cycle d'existence de désirs. Je me confie à mon instinct comme pour consoler mon amour. A l'horizon, la morosité morbide condamnée dans le concret. Aimant ardemment et follement cet abstrait merveilleux qui me berce. Qui berce cet amour non réclamé, et cette liberté condamnée. Qui depuis longtemps poussent leur barque fragile à bout de force. Aussi romantique que la poésie, je danse amoureusement et passionnément avec l'inconnu de mes pensées. Et dans cette passion insensée, de l'infini sublime rêve que cherche l'esprit, la réalité envahit l'abstrait et en fait un asile. Un asile qui éveille mon cœur à chaque moment d'inattention ou de solitude. Un asile qui m'ouvre ses portes à ses extases fantaisistes quand l'ivresse de la réalité devient lourde et étouffante.
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Zut alors, si le soleil quitte ces bords ! Fuis, clair déluge ! Voici l'ombre des routes. Dans les saules, dans la vieille cour d'honneur, L'orage d'abord jette ses larges gouttes. Ô cent agneaux, de l'idylle soldats blonds, Des aqueducs, des bruyères amaigries, Fuyez ! plaine, déserts, prairie, horizons Sont à la toilette rouge de l'orage ! Chien noir, brun pasteur dont le manteau s'engouffre, Fuyez l'heure des éclairs supérieurs ; Blond troupeau, quand voici nager ombre et soufre, Tâchez de descendre à des retraits meilleurs. Mais moi, Seigneur ! voici que mon esprit vole, Après les cieux glacés de rouge, sous les Nuages célestes qui courent et volent Sur cent Solognes longues comme un railway. Voilà mille loups, mille graines sauvages Qu'emporte, non sans aimer les liserons, Cette religieuse après-midi d'orage Sur l'Europe ancienne où cent hordes iront ! Après, le clair de lune ! partout la lande, Rougis et leurs fronts aux cieux noirs, les guerriers Chevauchent lentement leurs pâles coursiers ! Les cailloux sonnent sous cette fière bande ! - Et verrai-je le bois jaune et le val clair, L'Epouse aux yeux bleus, l'homme au front rouge, ô Gaule, Et le blanc Agneau Pascal, à leurs pieds chers, - Michel et Christine, - et Christ ! - fin de l'Idylle.
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Michel et Christine
la vie est un cadeau offert  par le ciel Accepte par nous tous Emporte par si peu La haine est le plus grand mal de l'humanite Offerz une priere
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Jul 15, 2016
Jul 15, 2016 at 10:01 AM UTC
Offer a prayer
Oh ! comment retenir cet ange qui s'enfuit ? Comme il est sombre et pâle ! il ressemble à la nuit. Comme il s'envole vite !... et de ma main tremblante S'échappe malgré moi son aile impatiente. « Reste encore ! il me semble, ange au triste regard, Qu'avec toi, de mes jours fuit la meilleure part ! Quel est ton nom ? réponds. - Tu dis vrai, je suis triste ; Et pourtant, à mes lois jamais rien ne résiste ; Je dépouille en passant les arbres de leur fleur, L'âme, de son espoir, le cœur, de son bonheur ; Je prends tous les trésors, jamais rien ne m'arrête ; Je ne vois pas les pleurs... je détourne la tête. Sur mon nom, interroge un cœur que j'ai blessé : « Hélas ! s'écrira-t-il, c'est l'ange du passé ! » - Le Passé !! devant toi mon âme est sans prière, Et je lâche ta main froide comme la pierre. Contre toi, tout effort demeure superflu... De mes biens les plus chers, ange, qu'emportes-tu ? J'emporte **** de toi l'heureuse insouciance Dont le calme est si doux qu'on dirait l'espérance ; J'emporte la gaîté, ce bonheur sans motif Qui répand à l'entour son parfum fugitif ; J'emporte ces doux chants, rêves de poésie, Enivrant en secret l'âme qu'ils ont choisie ; J'emporte ta jeunesse et ton joyeux espoir Se brisant le matin pour renaître le soir ; J'emporte ces pensers, qui, dans la solitude, Donnent un but qu'on aime aux efforts de l'étude ; J'emporte les bonheurs qui jadis te charmaient, Car j'emporte avec moi tous les cœurs qui t'aimaient. - Qu'ai-je fait pour les perdre ? - Hélas ! rien... mais j'appelle ; Nul à mes volontés ne peut être rebelle. Et ne savais-tu pas qu'incertain en son cours, Tout bonheur doit passer... peut-être en quelques jours ! Que tel est le pouvoir qui gouverne la terre : Une joie, un regret ; l'ombre après la lumière. Quand j'ai dit : C'est assez ! en vain on crie : « Encor ! » Je veux ceux qui l'aimaient... j'emporte mon trésor ! - Oh ! rends-moi quelque instant, ou d'espoir, ou de doute ! Et puis, me dépouillant, tu poursuivras ta route. - Je ne puis. - Mais alors, pour mes jours à venir, Que me laisses-tu donc, mon Dieu ! - Le souvenir.
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Le passé
Oh ! comment retenir cet ange qui s'enfuit ? Comme il est sombre et pâle ! il ressemble à la nuit. Comme il s'envole vite !... et de ma main tremblante S'échappe malgré moi son aile impatiente. « Reste encore ! il me semble, ange au triste regard, Qu'avec toi, de mes jours fuit la meilleure part ! Quel est ton nom ? réponds. - Tu dis vrai, je suis triste ; Et pourtant, à mes lois jamais rien ne résiste ; Je dépouille en passant les arbres de leur fleur, L'âme, de son espoir, le cœur, de son bonheur ; Je prends tous les trésors, jamais rien ne m'arrête ; Je ne vois pas les pleurs... je détourne la tête. Sur mon nom, interroge un cœur que j'ai blessé : « Hélas ! s'écrira-t-il, c'est l'ange du passé ! » - Le Passé !! devant toi mon âme est sans prière, Et je lâche ta main froide comme la pierre. Contre toi, tout effort demeure superflu... De mes biens les plus chers, ange, qu'emportes-tu ? J'emporte **** de toi l'heureuse insouciance Dont le calme est si doux qu'on dirait l'espérance ; J'emporte la gaîté, ce bonheur sans motif Qui répand à l'entour son parfum fugitif ; J'emporte ces doux chants, rêves de poésie, Enivrant en secret l'âme qu'ils ont choisie ; J'emporte ta jeunesse et ton joyeux espoir Se brisant le matin pour renaître le soir ; J'emporte ces pensers, qui, dans la solitude, Donnent un but qu'on aime aux efforts de l'étude ; J'emporte les bonheurs qui jadis te charmaient, Car j'emporte avec moi tous les cœurs qui t'aimaient. - Qu'ai-je fait pour les perdre ? - Hélas ! rien... mais j'appelle ; Nul à mes volontés ne peut être rebelle. Et ne savais-tu pas qu'incertain en son cours, Tout bonheur doit passer... peut-être en quelques jours ! Que tel est le pouvoir qui gouverne la terre : Une joie, un regret ; l'ombre après la lumière. Quand j'ai dit : C'est assez ! en vain on crie : « Encor ! » Je veux ceux qui l'aimaient... j'emporte mon trésor ! - Oh ! rends-moi quelque instant, ou d'espoir, ou de doute ! Et puis, me dépouillant, tu poursuivras ta route. - Je ne puis. - Mais alors, pour mes jours à venir, Que me laisses-tu donc, mon Dieu ! - Le souvenir.
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Rive enchantée, Berceau de mes amours ; Onde argentée, Image des beaux jours ; Que ton cours est limpide ! Que ta fuite est rapide ! Ah ! pour mon cœur, C'est l'adieu du bonheur. Déjà ma lyre Gémit dans les roseaux, Et mon délire A fait frémir tes eaux. La naïade plaintive Se penche sur la rive Pour m'écouter, Me plaindre, et m'arrêter. Cette eau si belle T'abandonne en courant ; Moi, plus fidèle, Je m'éloigne en pleurant. Demain celui que j'aime M'appellera lui-même !... Vœux superflus ! Je ne l'entendrai plus. Ah ! dans ta course, Emporte mes tourments ! Mais, à ta source, Retiens tous mes serments ! Si l'objet que j'adore Vient m'y chercher encore, Dis-lui qu'Amour T'a promis mon retour.
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À la Seine
J'ai traversé les ponts de Cé C'est là que tout a commencé Une chanson des temps passés Parle d'un chevalier blessé D'une rose sur la chaussée Et d'un corsage délacé Du château d'un duc insensé Et des cygnes dans les fossés De la prairie où vient danser Une éternelle fiancée Et j'ai bu comme un lait glacé Le long lai des gloires faussées La Loire emporte mes pensées Avec les voitures versées Et les armes désamorcées Et les larmes mal effacées Ô ma France ô ma délaissée J'ai traversé les ponts de Cé.
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C
Volez, nobles coursiers, franchissez la distance ! Pour le prix disputé, luttez avec constance ! Sous un soleil de feu, le sol est éclatant ; Pour vous voir aujourd'hui, tout est bruit et lumière ; Ainsi qu'un flot d'encens, la légère poussière, Devant vos pas, s'envole au but qui vous attend. Que l'air rapide et vif, soulevant vos poitrines, S'échappe palpitant de vos larges narines ! Laissez sous l'éperon votre flanc s'entr'ouvrir... Volez, nobles coursiers, dussiez-vous en mourir ! Au milieu des bravos, votre course s'achève ; Le silence revient - puis, je pense et je rêve... Notre vie est l'arène où se hâtent nos pas ; Nous volons vers le but que l'on ne connaît pas. Fatigués, épuisés, prêts à tomber, qu'importe ! Nous marchons à grands pas, le torrent nous emporte. Oubliant le passé, repoussant le présent, Nos regards inquiets se portent en avant ; Rien n'est beau que plus **** et notre flanc palpite, Sous l'éperon caché qui nous dit : « Marche vite ! » Nous marchons. - Quelquefois, à travers les déserts, Une oasis répand ses parfums dans les airs, Un doux chant retentit sur le bord de la route : L'oasis, on la fuit ; le chant, nul ne l'écoute. Sans garder du chemin regret ou souvenir, D'un avide regard, on cherche l'avenir ; L'avenir, c'est le but ! l'avenir, c'est la vie ! Bientôt, à notre gré, la distance est franchie ; Haletants de la course, épuisés de l'effort, Nous touchons l'avenir... L'avenir, c'est la mort ! Qu'ai-je dit ? - Ô mon Dieu ! toi qui m'entends, pardonne !... L'avenir, c'est le ciel, où ton soleil rayonne Sans que la nuit succède à l'éclat d'un beau jour, Sans que l'oubli succède aux paroles d'amour ! L'avenir, c'est le ciel où s'arrête l'orage ! C'est le port qui reçoit les débris du naufrage ; C'est la fin des regrets ; c'est l'éternel printemps ; C'est l'ange dont la voix a de divins accents. L'avenir, ô mon Dieu ! c'est la sainte auréole Que pose sur nos fronts ta main qui nous console. Oui, marchons ! et vers toi levant souvent les yeux, Avançons vers le but que nous montrent les cieux. Chut ! voici le signal, franchissez la distance. Volez, nobles coursiers, luttez avec constance ! Sous un soleil de feu, le sol est éclatant ; Pour vous voir aujourd'hui, tout est bruit et lumière ; Ainsi qu'un flot d'encens, la légère poussière, Devant vos pas, s'envole au but qui vous attend. Que l'air rapide et vif, soulevant vos poitrines, S'échappe palpitant de vos larges narines ! Laissez sous l'éperon votre flanc s'entr'ouvrir... Volez, nobles coursiers, dussiez-vous en mourir !
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Une course au Champs de Mars
Volez, nobles coursiers, franchissez la distance ! Pour le prix disputé, luttez avec constance ! Sous un soleil de feu, le sol est éclatant ; Pour vous voir aujourd'hui, tout est bruit et lumière ; Ainsi qu'un flot d'encens, la légère poussière, Devant vos pas, s'envole au but qui vous attend. Que l'air rapide et vif, soulevant vos poitrines, S'échappe palpitant de vos larges narines ! Laissez sous l'éperon votre flanc s'entr'ouvrir... Volez, nobles coursiers, dussiez-vous en mourir ! Au milieu des bravos, votre course s'achève ; Le silence revient - puis, je pense et je rêve... Notre vie est l'arène où se hâtent nos pas ; Nous volons vers le but que l'on ne connaît pas. Fatigués, épuisés, prêts à tomber, qu'importe ! Nous marchons à grands pas, le torrent nous emporte. Oubliant le passé, repoussant le présent, Nos regards inquiets se portent en avant ; Rien n'est beau que plus **** et notre flanc palpite, Sous l'éperon caché qui nous dit : « Marche vite ! » Nous marchons. - Quelquefois, à travers les déserts, Une oasis répand ses parfums dans les airs, Un doux chant retentit sur le bord de la route : L'oasis, on la fuit ; le chant, nul ne l'écoute. Sans garder du chemin regret ou souvenir, D'un avide regard, on cherche l'avenir ; L'avenir, c'est le but ! l'avenir, c'est la vie ! Bientôt, à notre gré, la distance est franchie ; Haletants de la course, épuisés de l'effort, Nous touchons l'avenir... L'avenir, c'est la mort ! Qu'ai-je dit ? - Ô mon Dieu ! toi qui m'entends, pardonne !... L'avenir, c'est le ciel, où ton soleil rayonne Sans que la nuit succède à l'éclat d'un beau jour, Sans que l'oubli succède aux paroles d'amour ! L'avenir, c'est le ciel où s'arrête l'orage ! C'est le port qui reçoit les débris du naufrage ; C'est la fin des regrets ; c'est l'éternel printemps ; C'est l'ange dont la voix a de divins accents. L'avenir, ô mon Dieu ! c'est la sainte auréole Que pose sur nos fronts ta main qui nous console. Oui, marchons ! et vers toi levant souvent les yeux, Avançons vers le but que nous montrent les cieux. Chut ! voici le signal, franchissez la distance. Volez, nobles coursiers, luttez avec constance ! Sous un soleil de feu, le sol est éclatant ; Pour vous voir aujourd'hui, tout est bruit et lumière ; Ainsi qu'un flot d'encens, la légère poussière, Devant vos pas, s'envole au but qui vous attend. Que l'air rapide et vif, soulevant vos poitrines, S'échappe palpitant de vos larges narines ! Laissez sous l'éperon votre flanc s'entr'ouvrir... Volez, nobles coursiers, dussiez-vous en mourir !
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Dis-moi, ton coeur parfois s'envole-t-il, Agathe, **** du noir océan de l'immonde cité, Vers un autre océan où la splendeur éclate, Bleu, clair, profond, ainsi que la virginité ? Dis-moi, ton coeur parfois s'envole-t-il, Agathe ? La mer, la vaste mer, console nos labeurs ! Quel démon a doté la mer, rauque chanteuse Qu'accompagne l'immense orgue des vents grondeurs, De cette fonction sublime de berceuse ? La mer, la vaste mer, console nos labeurs ! Emporte-moi, wagon ! enlève-moi, frégate ! **** ! **** ! ici la boue est faite de nos pleurs ! - Est-il vrai que parfois le triste coeur d'Agathe Dise : **** des remords, des crimes, des douleurs, Emporte-moi, wagon, enlève-moi, frégate ? Comme vous êtes **** paradis parfumé, Où sous un clair azur tout n'est qu'amour et joie, Où tout ce que l'on aime est digne d'être aimé, Où dans la volupté pure le coeur se noie ! Comme vous êtes **** paradis parfumé ! Mais le vert paradis des amours enfantines, Les courses, les chansons, les baisers, les bouquets, Les violons vibrant derrière les collines, Avec les brocs de vin, le soir, dans les bosquets, - Mais le vert paradis des amours enfantines, L'innocent paradis, plein de plaisirs furtifs, Est-il déjà plus **** que l'Inde et que la Chine ? Peut-on le rappeler avec des cris plaintifs, Et l'animer encor d'une voix argentine, L'innocent paradis plein de plaisirs furtifs ?
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Moesta et errabunda
Pardonnez-moi, Seigneur, mon visage attristé, Vous qui l'aviez formé de sourire et de charmes ; Mais sous le front joyeux vous aviez mis les larmes, Et de vos dons, Seigneur, ce don seul m'est resté. C'est le mois envié, c'est le meilleur peut-être : Je n'ai plus à mourir à mes liens de fleurs ; Ils vous sont tous rendus, cher auteur de mon être, Et je n'ai plus à moi que le sel de mes pleurs. Les fleurs sont pour l'enfant ; le sel est pour la femme ; Faites-en l'innocence et trempez-y mes jours. Seigneur ! quand tout ce sel aura lavé mon âme, Vous me rendrez un coeur pour vous aimer toujours ! Tous mes étonnements sont finis sur la terre, Tous mes adieux sont faits, l'âme est prête à jaillir, Pour atteindre à ses fruits protégés de mystère Que la pudique mort a seule osé cueillir, Ô Sauveur ! soyez tendre au moins à d'autres mères, Par amour pour la vôtre et par pitié pour nous ! Baptisez leurs enfants de nos larmes amères, Et relevez les miens tombés à vos genoux ! Que mon nom ne soit rien qu'une ombre douce et vaine, Qu'il ne cause jamais ni l'effroi ni la peine ! Qu'un indigent l'emporte après m'avoir parlé Et le garde longtemps dans son coeur consolé !
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Renoncement
Oh ! redis-les encor ces paroles dorées ; Rends-nous ces flots si purs qui s'épanchaient sur nous, Rends-nous l'écho lointain de ces hymnes sacrées Que le chrétien ne doit entendre qu'à genoux. Hélas ! qui t'a si jeune enseigné ces mystères Et toutes ces douleurs du pauvre cœur humain ? Quel génie au milieu des sentiers solitaires Au sortir du berceau t'a conduit par la main ? Ô chantre vigoureux, ô nature choisie ! Quel est l'esprit du Ciel qui t'emporte où tu veux ? Quel souffle parfumé de sainte poésie Soulève incessamment l'or de tes blonds cheveux ? Quel art mystérieux à ton vers prophétique Mêla tant de tristesse et de sérénité ? Quel artiste divin, comme au lutteur antique, Te donna tant de force avec tant de beauté ? Ton œil a découvert et sondé chaque plaie D'un monde qui n'a plus la force de vieillir, Et tu sais l'heure au juste où l'on doit sur sa claie Voir le vieux patient râler et défaillir. Tu sais, tu sais où vont Ninive et Babylone, Tu lis dans l'avenir ses desseins ténébreux, Et c'est de ton côté que reluit la colonne Qui conduit au désert le peuple des Hébreux. Dans l'abîme du cœur, plongeur à longue haleine, Tu fouilles ce qu'il a d'intime et de profond, Et tu ne reparais que la main toute pleine Des trésors que le ciel avait cachés au fond.
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À Alfred de Musset
Plus dur que fer j'ay fini mon ouvrage, Que l'an, dispos à demener les pas, Que l'eau, le vent ou le brulant orage, L'injuriant, ne ru'ront point à bas. Quand ce viendra que le dernier trespas M'assoupira d'un somme dur, à l'heure Sous le tombeau tout Ronsard n'ira pas, Restant de luy la part qui est meilleure. Tousjours, tousjours, sans que jamais je meure, Je voleray tout vif par l'univers, Eternisant les champs où je demeure, De mes lauriers fatalement couvers, Pour avoir joint les deux harpeurs divers Au doux babil de ma lyre d'yvoire, Que j'ay rendus Vandomois par mes vers. Sus donque, Muse, emporte au ciel la gloire Que j'ay gaignée, annonçant la victoire Dont à bon droit je me voy jouissant, Et de ton fils consacre la memoire ; Serrant son front d'un laurier verdissant.
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À sa muse
Cette vallée est triste et grise : un froid brouillard Pèse sur elle ; L'horizon est ridé comme un front de vieillard ; Oiseau, gazelle, Prêtez-moi votre vol ; éclair, emporte-moi ! Vite, bien vite, Vers ces plaines du ciel où le printemps est roi, Et nous invite À la fête éternelle, au concert éclatant Qui toujours vibre, Et dont l'écho lointain, de mon cœur palpitant Trouble la fibre. Là, rayonnent, sous l'oeil de Dieu qui les bénit, Des fleurs étranges, Là, sont des arbres où gazouillent comme un nid Des milliers d'anges ; Là, tous les sons rêves, là, toutes les splendeurs Inabordables Forment, par un ***** miraculeux, des chœurs Inénarrables ! Là, des vaisseaux sans nombre, aux cordages de feu Fendent les ondes D'un lac de diamant où se peint le ciel bleu Avec les mondes ; Là, dans les airs charmés, volèrent des odeurs Enchanteresses, Enivrant à la fois les cerveaux et les cœurs De leurs caresses. Des vierges, à la chair phosphorescente, aux yeux Dont l'orbe austère Contient l'immensité sidérale des cieux Et du mystère, Y baisent chastement, comme il sied aux péris, Le saint poète, Qui voit tourbillonner des légions d'esprits Dessus sa tête. L'âme, dans cet Éden, boit à flots l'idéal, Torrent splendide, Qui tombe des hauts lieux et roule son cristal Sans une ride. Ah ! pour me transporter dans ce septième ciel, Moi, pauvre hère, Moi, frêle fils d'Adam, cœur tout matériel, **** de la terre, **** de ce monde impur où le fait chaque jour Détruit le rêve, Où l'or remplace tout, la beauté, l'art, l'amour, Où ne se lève Aucune gloire un peu pure que les siffleurs Ne la déflorent, Où les artistes pour désarmer les railleurs Se déshonorent, **** de ce bagne où, hors le débauché qui dort, Tous sont infâmes, **** de tout ce qui vit, **** des hommes, encor Plus **** des femmes, Aigle, au rêveur hardi, pour l'enlever du sol, Ouvre ton aile ! Éclair, emporte-moi ! Prêtez-moi votre vol, Oiseau, gazelle !
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Aspiration
Cette vallée est triste et grise : un froid brouillard Pèse sur elle ; L'horizon est ridé comme un front de vieillard ; Oiseau, gazelle, Prêtez-moi votre vol ; éclair, emporte-moi ! Vite, bien vite, Vers ces plaines du ciel où le printemps est roi, Et nous invite À la fête éternelle, au concert éclatant Qui toujours vibre, Et dont l'écho lointain, de mon cœur palpitant Trouble la fibre. Là, rayonnent, sous l'oeil de Dieu qui les bénit, Des fleurs étranges, Là, sont des arbres où gazouillent comme un nid Des milliers d'anges ; Là, tous les sons rêves, là, toutes les splendeurs Inabordables Forment, par un ***** miraculeux, des chœurs Inénarrables ! Là, des vaisseaux sans nombre, aux cordages de feu Fendent les ondes D'un lac de diamant où se peint le ciel bleu Avec les mondes ; Là, dans les airs charmés, volèrent des odeurs Enchanteresses, Enivrant à la fois les cerveaux et les cœurs De leurs caresses. Des vierges, à la chair phosphorescente, aux yeux Dont l'orbe austère Contient l'immensité sidérale des cieux Et du mystère, Y baisent chastement, comme il sied aux péris, Le saint poète, Qui voit tourbillonner des légions d'esprits Dessus sa tête. L'âme, dans cet Éden, boit à flots l'idéal, Torrent splendide, Qui tombe des hauts lieux et roule son cristal Sans une ride. Ah ! pour me transporter dans ce septième ciel, Moi, pauvre hère, Moi, frêle fils d'Adam, cœur tout matériel, **** de la terre, **** de ce monde impur où le fait chaque jour Détruit le rêve, Où l'or remplace tout, la beauté, l'art, l'amour, Où ne se lève Aucune gloire un peu pure que les siffleurs Ne la déflorent, Où les artistes pour désarmer les railleurs Se déshonorent, **** de ce bagne où, hors le débauché qui dort, Tous sont infâmes, **** de tout ce qui vit, **** des hommes, encor Plus **** des femmes, Aigle, au rêveur hardi, pour l'enlever du sol, Ouvre ton aile ! Éclair, emporte-moi ! Prêtez-moi votre vol, Oiseau, gazelle !
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A l'horizon monte une nue, Sculptant sa forme dans l'azur : On dirait une vierge nue Emergeant d'un lac au flot pur. Debout dans sa conque nacrée, Elle vogue sur le bleu clair, Comme une Aphrodite éthérée, Faite de l'écume de l'air. On voit onder en molles poses Son torse au contour incertain, Et l'aurore répand des roses Sur son épaule de satin. Ses blancheurs de marbre et de neige Se fondent amoureusement Comme, au clair-obscur du Corrège, Le corps d'Antiope dormant. Elle plane dans la lumière Plus haut que l'Alpe ou l'Apennin ; Reflet de la beauté première, Soeur de " l'éternel féminin ". A son corps, en vain retenue, Sur l'aile de la passion, Mon âme vole à cette nue Et l'embrasse comme Ixion. La raison dit : " Vague fumée, Où l'on croit voir ce qu'on rêva, Ombre au gré du vent déformée, Bulle qui crève et qui s'en va ? " Le sentiment répond : " Qu'importe ! Qu'est-ce après tout que la beauté, Spectre charmant qu'un souffle emporte Et qui n'est rien, ayant été ! " A l'Idéal ouvre ton âme ; Mets dans ton coeur beaucoup de ciel, Aime une nue, aime une femme, Mais aime ! - C'est l'essentiel ! "
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La nue
Fable XIII, Livre V. Entre nos frères les meuniers Et nos frères les charbonniers J'ai vu régner longtemps une haine assez forte. À quel propos ? C'était... que le diable m'emporte, Si plus qu'eux-mêmes je l'ai su ! Eh ! n'est-ce pas souvent pour un malentendu Qu'un premier combat se donne ? Le tort en est à tous, comme il n'est à personne, Au second, où l'on rend ce que l'on a reçu, Où l'on se bat du moins parce qu'on s'est battu. Mais revenons au fait : ainsi qu'on peut le croire, Chaque héros dans sa valeur, Se signalant pour sa couleur, Criait haro sur l'autre, et tombait, dit l'histoire, Charbonnier sur la blanche et meunier sur la noire. Par la seule nature armés, Les voyez-vous en cent manières Les bras tendus, les poings fermés, Venger l'honneur de leurs bannières ? Que de coups donnés et rendus ! Que de flots de sang répandus Par tous ces nez cassés des mains de la victoire ! Chantre de Jeanne et de Bourbon, C'est ta voix qui devrait transmettre la mémoire De tous ces preux couverts de gloire et de charbon, Couverts de farine et de gloire ! Certain jour cependant que ces poudreux guerriers Se reposaient sur leurs lauriers, Un philosophe, un philanthrope, Un marguillier, mortel ennemi des combats, Tenta de mettre un terme à ces trop longs débats. D'un manteau neutre il s'enveloppe ; Et le voilà, du matin jusqu'au soir, De l'un à l'autre camp sans cesse en promenade ; Qui va, vient et revient, en courtier d'ambassade, Du noir au blanc, du blanc au noir. Or, à son drap qui n'est noir, ni blanc, mais pistache, Tantôt le blanc, tantôt le noir laisse une tache. Comme on en murmurait d'un et d'autre côté : « Charbonniers et meuniers, dit-il, parlons sans feinte : Voit-on les deux partis, sans prendre un peu la teinte Des gens à qui l'on s'est frotté ? »
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Les charbonniers, les meuniers, et le marguillier
Fable XIII, Livre V. Entre nos frères les meuniers Et nos frères les charbonniers J'ai vu régner longtemps une haine assez forte. À quel propos ? C'était... que le diable m'emporte, Si plus qu'eux-mêmes je l'ai su ! Eh ! n'est-ce pas souvent pour un malentendu Qu'un premier combat se donne ? Le tort en est à tous, comme il n'est à personne, Au second, où l'on rend ce que l'on a reçu, Où l'on se bat du moins parce qu'on s'est battu. Mais revenons au fait : ainsi qu'on peut le croire, Chaque héros dans sa valeur, Se signalant pour sa couleur, Criait haro sur l'autre, et tombait, dit l'histoire, Charbonnier sur la blanche et meunier sur la noire. Par la seule nature armés, Les voyez-vous en cent manières Les bras tendus, les poings fermés, Venger l'honneur de leurs bannières ? Que de coups donnés et rendus ! Que de flots de sang répandus Par tous ces nez cassés des mains de la victoire ! Chantre de Jeanne et de Bourbon, C'est ta voix qui devrait transmettre la mémoire De tous ces preux couverts de gloire et de charbon, Couverts de farine et de gloire ! Certain jour cependant que ces poudreux guerriers Se reposaient sur leurs lauriers, Un philosophe, un philanthrope, Un marguillier, mortel ennemi des combats, Tenta de mettre un terme à ces trop longs débats. D'un manteau neutre il s'enveloppe ; Et le voilà, du matin jusqu'au soir, De l'un à l'autre camp sans cesse en promenade ; Qui va, vient et revient, en courtier d'ambassade, Du noir au blanc, du blanc au noir. Or, à son drap qui n'est noir, ni blanc, mais pistache, Tantôt le blanc, tantôt le noir laisse une tache. Comme on en murmurait d'un et d'autre côté : « Charbonniers et meuniers, dit-il, parlons sans feinte : Voit-on les deux partis, sans prendre un peu la teinte Des gens à qui l'on s'est frotté ? »
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Oh primavera ! gioventù dell' anno ! Oh gioventù, primavera della vita ! Ô mes lettres d'amour, de vertu, de jeunesse, C'est donc vous ! Je m'enivre encore à votre ivresse ; Je vous lis à genoux. Souffrez que pour un jour je reprenne votre âge ! Laissez-moi me cacher, moi, l'heureux et le sage, Pour pleurer avec vous ! J'avais donc dix-huit ans ! j'étais donc plein de songes ! L'espérance en chantant me berçait de mensonges. Un astre m'avait lui ! J'étais un dieu pour toi qu'en mon cœur seul je nomme ! J'étais donc cet enfant, hélas ! devant qui l'homme Rougit presque aujourd'hui ! Ô temps de rêverie, et de force, et de grâce ! Attendre tous les soirs une robe qui passe ! Baiser un gant jeté ! Vouloir tout de la vie, amour, puissance et gloire ! Etre pur, être fier, être sublime, et croire À toute pureté ! À présent, j'ai senti, j'ai vu, je sais. - Qu'importe Si moins d'illusions viennent ouvrir ma porte Qui gémit en tournant ! Oh ! que cet âge ardent, qui me semblait si sombre, À côté du bonheur qui m'abrite à son ombre, Rayonne maintenant ! Que vous ai-je donc fait, ô mes jeunes années, Pour m'avoir fui si vite, et vous être éloignées, Me croyant satisfait ? Hélas ! pour revenir m'apparaître si belles, Quand vous ne pouvez plus me prendre sur vos ailes, Que vous ai-je donc fait ? Oh ! quand ce doux passé, quand cet âge sans tache, Avec sa robe blanche où notre amour s'attache, Revient dans nos chemins, On s'y suspend, et puis que de larmes amères Sur les lambeaux flétris de vos jeunes chimères Qui vous restent aux mains ! Oublions ! oublions ! Quand la jeunesse est morte, Laissons-nous emporter par le vent qui l'emporte À l'horizon obscur. Rien ne reste de nous ; notre œuvre est un problème. L'homme, fantôme errant, passe sans laisser même Son ombre sur le mur ! Le 22 mai 1830.
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Ô mes lettres d'amour
Oh primavera ! gioventù dell' anno ! Oh gioventù, primavera della vita ! Ô mes lettres d'amour, de vertu, de jeunesse, C'est donc vous ! Je m'enivre encore à votre ivresse ; Je vous lis à genoux. Souffrez que pour un jour je reprenne votre âge ! Laissez-moi me cacher, moi, l'heureux et le sage, Pour pleurer avec vous ! J'avais donc dix-huit ans ! j'étais donc plein de songes ! L'espérance en chantant me berçait de mensonges. Un astre m'avait lui ! J'étais un dieu pour toi qu'en mon cœur seul je nomme ! J'étais donc cet enfant, hélas ! devant qui l'homme Rougit presque aujourd'hui ! Ô temps de rêverie, et de force, et de grâce ! Attendre tous les soirs une robe qui passe ! Baiser un gant jeté ! Vouloir tout de la vie, amour, puissance et gloire ! Etre pur, être fier, être sublime, et croire À toute pureté ! À présent, j'ai senti, j'ai vu, je sais. - Qu'importe Si moins d'illusions viennent ouvrir ma porte Qui gémit en tournant ! Oh ! que cet âge ardent, qui me semblait si sombre, À côté du bonheur qui m'abrite à son ombre, Rayonne maintenant ! Que vous ai-je donc fait, ô mes jeunes années, Pour m'avoir fui si vite, et vous être éloignées, Me croyant satisfait ? Hélas ! pour revenir m'apparaître si belles, Quand vous ne pouvez plus me prendre sur vos ailes, Que vous ai-je donc fait ? Oh ! quand ce doux passé, quand cet âge sans tache, Avec sa robe blanche où notre amour s'attache, Revient dans nos chemins, On s'y suspend, et puis que de larmes amères Sur les lambeaux flétris de vos jeunes chimères Qui vous restent aux mains ! Oublions ! oublions ! Quand la jeunesse est morte, Laissons-nous emporter par le vent qui l'emporte À l'horizon obscur. Rien ne reste de nous ; notre œuvre est un problème. L'homme, fantôme errant, passe sans laisser même Son ombre sur le mur ! Le 22 mai 1830.
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Voix de l'Orgueil : un cri puissant comme d'un cor, Des étoiles de sang sur des cuirasses d'or. On trébuche à travers des chaleurs d'incendie... Mais en somme la voix s'en va, comme d'un cor. Voix de la Haine : cloche en mer, fausse, assourdie De neige lente. Il fait si froid ! Lourde, affadie, La vie a peur et court follement sur le quai **** de la cloche qui devient plus assourdie. Voix de la Chair : un gros tapage fatigué. Des gens ont bu. L'endroit fait semblant d'être *** Des yeux, des noms, et l'air plein de parfums atroces Où vient mourir le gros tapage fatigué. Voix d'Autrui : des lointains dans des brouillards. Des noces Vont et viennent. Des tas d'embarras. Des négoces, Et tout le cirque des civilisations Au son trotte-menu du violon des noces. Colères, soupirs noirs, regrets, tentations Qu'il a fallu pourtant que nous entendissions Pour l'assourdissement des silences honnêtes, Colères, soupirs noirs, regrets, tentations, Ah, les Voix, mourez donc, mourantes que vous êtes, Sentences, mots en vain, métaphores mal faites, Toute la rhétorique en fuite des péchés, Ah, les Voix, mourez donc, mourantes que vous êtes ! Nous ne sommes plus ceux que vous auriez cherchés. Mourez à nous, mourez aux humbles voeux cachés Que nourrit la douceur de la Parole forte, Car notre coeur n'est plus de ceux que vous cherchez ! Mourez parmi la voix que la Prière emporte Au ciel, dont elle seule ouvre et ferme la porte Et dont elle tiendra les sceaux au dernier jour, Mourez parmi la voix que la Prière apporte, Mourez parmi la voix terrible de l'Amour !
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Voix de l'Orgueil
Voix de l'Orgueil : un cri puissant comme d'un cor, Des étoiles de sang sur des cuirasses d'or. On trébuche à travers des chaleurs d'incendie... Mais en somme la voix s'en va, comme d'un cor. Voix de la Haine : cloche en mer, fausse, assourdie De neige lente. Il fait si froid ! Lourde, affadie, La vie a peur et court follement sur le quai **** de la cloche qui devient plus assourdie. Voix de la Chair : un gros tapage fatigué. Des gens ont bu. L'endroit fait semblant d'être *** Des yeux, des noms, et l'air plein de parfums atroces Où vient mourir le gros tapage fatigué. Voix d'Autrui : des lointains dans des brouillards. Des noces Vont et viennent. Des tas d'embarras. Des négoces, Et tout le cirque des civilisations Au son trotte-menu du violon des noces. Colères, soupirs noirs, regrets, tentations Qu'il a fallu pourtant que nous entendissions Pour l'assourdissement des silences honnêtes, Colères, soupirs noirs, regrets, tentations, Ah, les Voix, mourez donc, mourantes que vous êtes, Sentences, mots en vain, métaphores mal faites, Toute la rhétorique en fuite des péchés, Ah, les Voix, mourez donc, mourantes que vous êtes ! Nous ne sommes plus ceux que vous auriez cherchés. Mourez à nous, mourez aux humbles voeux cachés Que nourrit la douceur de la Parole forte, Car notre coeur n'est plus de ceux que vous cherchez ! Mourez parmi la voix que la Prière emporte Au ciel, dont elle seule ouvre et ferme la porte Et dont elle tiendra les sceaux au dernier jour, Mourez parmi la voix que la Prière apporte, Mourez parmi la voix terrible de l'Amour !
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Il avait dit un jour : « Que ne puis-je auprès d'elle, ( Elle, alors, c'était moi ! ) que ne puis-je chercher Ce bonheur entrevu qu'elle veut me cacher ! Son cœur paraît si tendre ; oh ! s'il était fidèle ! » Puis, fixant ses regards sur mon front abattu, Du charme de ses yeux il m'accablait encore, Et ses yeux que j'adore Portaient jusqu'à mon cœur. « Je te parle, entends-tu ? » Trop bien ! A-t-il soumis mes plus chères années ? Je n'y trouve que lui ; rien ne me fut si cher : Et pourtant mes amours, mes heures fortunées, N'était-ce pas hier ? Que la vie est rapide et paresseuse ensemble ! Dans ma main, qui s'égare, et qui brûle, et qui tremble, Que sa coupe fragile est lente à se briser ! Ciel ! que j'y bois de pleurs avant de l'épuiser ! Mes inutiles jours tombent comme les feuilles Qu'un vent d'automne emporte en murmurant : Ce n'est plus toi qui les accueilles ; Qu'importe leur sort en mourant ? Eh bien ! que rien ne les arrête ; Je les donne au tombeau ; je m'y traîne à mon tour ; Et, comme on oublie une fête, Jeune encor, j'oublierai l'amour. Pour beaucoup d'avenir j'ai trop peu de courage ; Oui ! je le sens au poids de mes jours malheureux, Ma vie est un orage affreux Qui ne peut être un long orage.
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Il avait dit un jour
Image de la mort, effroi du tendre amour, Sommeil, emporte au **** ce songe épouvantable ! La mort est dans l'adieu d'un ami véritable : Ah ! ne m'avertis pas que l'on se quitte un jour ! Dans ton vol escorté de fantômes livides, Va rendre, s'il se peut, la mémoire aux ingrats ; Passe comme un miroir devant ces cœurs arides, Et sous leurs traits hideux va leur tendre les bras ! Que l'avare, étendu dans son étroite couche, Rêve une fausse clef près d'atteindre son or ; Qu'il crie, et que sa voix meurt au fond de sa bouche, Et qu'un bras invisible entr'ouvre son trésor ! Qu'il entende compter ses richesses cachées ; Que la lampe expirante y jette sa lueur ; Paralyse ses mains sur lui-même attachées, Et qu'il tremble, inondé d'une froide sueur ! Va tromper des tyrans les pâles sentinelles, Fais circuler la crainte autour de leurs rideaux ; Dissipe les grandeurs qu'ils croyaient éternelles, Et de pavots sanglants épaissis leurs bandeaux ! Force de ce palais l'enceinte inaccessible ; Ose annoncer la mort au cœur d'un mauvais roi ; Ordonne à ce cœur insensible D'être au moins sensible à l'effroi ! Montre-lui la vengeance implacable, dans l'ombre, Sous les traits d'un esclave armé de tous ses fers ; Montre-lui le poignard au feu mourant et sombre Des yeux qu'il fit pleurer : c'est le feu des enfers. Que le beffroi s'ébranle, et tinte à son oreille La fureur populaire et son nom abhorré ; Que sa porte d'airain en tombant le réveille Et qu'il ne puisse fuir par la peur égaré ! Mais laisse à l'amour pur des songes sans alarmes ; Laisse au temps à dissoudre un nœud si doux, si fort ! Malheureux, quand l'amour daigne enchanter nos larmes, On ne veut plus croire à la mort !
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Au sommeil
Image de la mort, effroi du tendre amour, Sommeil, emporte au **** ce songe épouvantable ! La mort est dans l'adieu d'un ami véritable : Ah ! ne m'avertis pas que l'on se quitte un jour ! Dans ton vol escorté de fantômes livides, Va rendre, s'il se peut, la mémoire aux ingrats ; Passe comme un miroir devant ces cœurs arides, Et sous leurs traits hideux va leur tendre les bras ! Que l'avare, étendu dans son étroite couche, Rêve une fausse clef près d'atteindre son or ; Qu'il crie, et que sa voix meurt au fond de sa bouche, Et qu'un bras invisible entr'ouvre son trésor ! Qu'il entende compter ses richesses cachées ; Que la lampe expirante y jette sa lueur ; Paralyse ses mains sur lui-même attachées, Et qu'il tremble, inondé d'une froide sueur ! Va tromper des tyrans les pâles sentinelles, Fais circuler la crainte autour de leurs rideaux ; Dissipe les grandeurs qu'ils croyaient éternelles, Et de pavots sanglants épaissis leurs bandeaux ! Force de ce palais l'enceinte inaccessible ; Ose annoncer la mort au cœur d'un mauvais roi ; Ordonne à ce cœur insensible D'être au moins sensible à l'effroi ! Montre-lui la vengeance implacable, dans l'ombre, Sous les traits d'un esclave armé de tous ses fers ; Montre-lui le poignard au feu mourant et sombre Des yeux qu'il fit pleurer : c'est le feu des enfers. Que le beffroi s'ébranle, et tinte à son oreille La fureur populaire et son nom abhorré ; Que sa porte d'airain en tombant le réveille Et qu'il ne puisse fuir par la peur égaré ! Mais laisse à l'amour pur des songes sans alarmes ; Laisse au temps à dissoudre un nœud si doux, si fort ! Malheureux, quand l'amour daigne enchanter nos larmes, On ne veut plus croire à la mort !
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HARMODIUS La nuit vient. Vénus brille. L'ÉPÉE Harmodius, c'est l'heure ! LA BORNE DU CHEMIN Le tyran va passer. HARMODIUS J'ai froid, rentrons. UN TOMBEAU Demeure. HARMODIUS Qu'es-tu ? LE TOMBEAU Je suis la tombe. - Exécute, ou péris. UN NAVIRE A L'HORIZON Je suis la tombe aussi, j'emporte les proscrits. L'ÉPÉE Attendons le tyran. HARMODIUS J'ai froid. Quel vent ! LE VENT Je passe. Mon bruit est une voix. Je sème dans l'espace Les cris des exilés, de misère expirants, Qui sans pain, sans abri, sans amis, sans parents, Meurent en regardant du côté de la Grèce. VOIX DANS L'AIR Némésis ! Némésis ! lève-toi, vengeresse ! L'ÉPÉE C'est l'heure. Profitons de l'ombre qui descend. LA TERRE Je suis pleine de morts. LA MER Je suis rouge de sang. Les fleuves m'ont porté des cadavres sans nombre. LA TERRE Les morts saignent pendant qu'on adore son ombre. À chaque pas qu'il fait sous le clair firmament, Je les sens s'agiter en moi confusément. UN FORÇAT Je suis forçat, voici la chaîne que je porte, Hélas ! pour n'avoir pas chassé **** de ma porte Un proscrit qui fuyait, noble et pur citoyen. L'ÉPÉE Ne frappe pas au cœur, tu ne trouverais rien. LA LOI J'étais la loi, je suis un spectre. Il m'a tuée. LA JUSTICE De moi, prêtresse, il fait une prostituée. LES OISEAUX Il a retiré l'air des cieux, et nous fuyons. LA LIBERTÉ Je m'enfuis avec eux ; - ô terre sans rayons, Grèce, adieu ! UN VOLEUR Ce tyran, nous l'aimons. Car ce maître Que respecte le juge et qu'admire le prêtre, Qu'on accueille partout de cris encourageants, Est plus pareil à nous qu'à vous, honnêtes gens. LE SERMENT Dieux puissants ! à jamais fermez toutes les bouches ! La confiance est morte au fond des cœurs farouches. Homme, tu mens ! Soleil, tu mens ! Cieux, vous mentez ! Soufflez, vents de la nuit ! emportez, emportez L'honneur et la vertu, cette sombre chimère ! LA PATRIE Mon fils, je suis aux fers ! Mon fils, je suis ta mère ! Je tends les bras vers toi du fond de ma prison. HARMODIUS Quoi ! le frapper, la nuit, rentrant dans sa maison ! Quoi ! devant ce ciel noir, devant ces mers sans borne ! Le poignarder, devant ce gouffre obscur et morne, En présence de l'ombre et de l'immensité ! LA CONSCIENCE Tu peux tuer cet homme avec tranquillité. Jersey, le 25 octobre.
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Le bord de la mer
HARMODIUS La nuit vient. Vénus brille. L'ÉPÉE Harmodius, c'est l'heure ! LA BORNE DU CHEMIN Le tyran va passer. HARMODIUS J'ai froid, rentrons. UN TOMBEAU Demeure. HARMODIUS Qu'es-tu ? LE TOMBEAU Je suis la tombe. - Exécute, ou péris. UN NAVIRE A L'HORIZON Je suis la tombe aussi, j'emporte les proscrits. L'ÉPÉE Attendons le tyran. HARMODIUS J'ai froid. Quel vent ! LE VENT Je passe. Mon bruit est une voix. Je sème dans l'espace Les cris des exilés, de misère expirants, Qui sans pain, sans abri, sans amis, sans parents, Meurent en regardant du côté de la Grèce. VOIX DANS L'AIR Némésis ! Némésis ! lève-toi, vengeresse ! L'ÉPÉE C'est l'heure. Profitons de l'ombre qui descend. LA TERRE Je suis pleine de morts. LA MER Je suis rouge de sang. Les fleuves m'ont porté des cadavres sans nombre. LA TERRE Les morts saignent pendant qu'on adore son ombre. À chaque pas qu'il fait sous le clair firmament, Je les sens s'agiter en moi confusément. UN FORÇAT Je suis forçat, voici la chaîne que je porte, Hélas ! pour n'avoir pas chassé **** de ma porte Un proscrit qui fuyait, noble et pur citoyen. L'ÉPÉE Ne frappe pas au cœur, tu ne trouverais rien. LA LOI J'étais la loi, je suis un spectre. Il m'a tuée. LA JUSTICE De moi, prêtresse, il fait une prostituée. LES OISEAUX Il a retiré l'air des cieux, et nous fuyons. LA LIBERTÉ Je m'enfuis avec eux ; - ô terre sans rayons, Grèce, adieu ! UN VOLEUR Ce tyran, nous l'aimons. Car ce maître Que respecte le juge et qu'admire le prêtre, Qu'on accueille partout de cris encourageants, Est plus pareil à nous qu'à vous, honnêtes gens. LE SERMENT Dieux puissants ! à jamais fermez toutes les bouches ! La confiance est morte au fond des cœurs farouches. Homme, tu mens ! Soleil, tu mens ! Cieux, vous mentez ! Soufflez, vents de la nuit ! emportez, emportez L'honneur et la vertu, cette sombre chimère ! LA PATRIE Mon fils, je suis aux fers ! Mon fils, je suis ta mère ! Je tends les bras vers toi du fond de ma prison. HARMODIUS Quoi ! le frapper, la nuit, rentrant dans sa maison ! Quoi ! devant ce ciel noir, devant ces mers sans borne ! Le poignarder, devant ce gouffre obscur et morne, En présence de l'ombre et de l'immensité ! LA CONSCIENCE Tu peux tuer cet homme avec tranquillité. Jersey, le 25 octobre.
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(Extrait) Ce n'est pas le canon du noir vendémiaire, Ni les boulets de juin, ni les bombes de mai, Qui font la haine éteinte et l'ulcère fermé. Moi, pour aider le peuple à résoudre un problème, Je me penche vers lui. Commencement : je l'aime. Le reste vient après. Oui, je suis avec vous, J'ai l'obstination farouche d'être doux, Ô vaincus, et je dis : Non, pas de représailles ! Ô mon vieux coeur pensif, jamais tu ne tressailles Mieux que sur l'homme en pleurs, et toujours tu vibras Pour des mères ayant leurs enfants dans les bras. Quand je pense qu'on a tué des femmes grosses, Qu'on a vu le matin des mains sortir des fosses, Ô pitié ! quand je pense à ceux qui vont partir ! Ne disons pas : Je fus proscrit, je fus martyr. Ne parlons pas de nous devant ces deuils terribles ; De toutes les douleurs ils traversent les cribles ; Ils sont vannés au vent qui les emporte, et vont Dans on ne sait quelle ombre au fond du ciel profond. Où ? qui le sait ? leurs bras vers nous en vain se dressent. Oh ! ces pontons sur qui j'ai pleuré reparaissent, Avec leurs entreponts où l'on expire, ayant Sur soi l'énormité du navire fuyant ! On ne peut se lever debout ; le plancher tremble ; On mange avec les doigts au baquet tous ensemble, On boit l'un après l'autre au bidon, on a chaud, On a froid, l'ouragan tourmente le cachot ; L'eau gronde, et l'on ne voit, parmi ces bruits funèbres, Qu'un canon allongeant son cou dans les ténèbres. Je retombe en ce deuil qui jadis m'étouffait. Personne n'est méchant, et que de mal on fait !
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À ceux qu'on foule aux pieds
(Extrait) Ce n'est pas le canon du noir vendémiaire, Ni les boulets de juin, ni les bombes de mai, Qui font la haine éteinte et l'ulcère fermé. Moi, pour aider le peuple à résoudre un problème, Je me penche vers lui. Commencement : je l'aime. Le reste vient après. Oui, je suis avec vous, J'ai l'obstination farouche d'être doux, Ô vaincus, et je dis : Non, pas de représailles ! Ô mon vieux coeur pensif, jamais tu ne tressailles Mieux que sur l'homme en pleurs, et toujours tu vibras Pour des mères ayant leurs enfants dans les bras. Quand je pense qu'on a tué des femmes grosses, Qu'on a vu le matin des mains sortir des fosses, Ô pitié ! quand je pense à ceux qui vont partir ! Ne disons pas : Je fus proscrit, je fus martyr. Ne parlons pas de nous devant ces deuils terribles ; De toutes les douleurs ils traversent les cribles ; Ils sont vannés au vent qui les emporte, et vont Dans on ne sait quelle ombre au fond du ciel profond. Où ? qui le sait ? leurs bras vers nous en vain se dressent. Oh ! ces pontons sur qui j'ai pleuré reparaissent, Avec leurs entreponts où l'on expire, ayant Sur soi l'énormité du navire fuyant ! On ne peut se lever debout ; le plancher tremble ; On mange avec les doigts au baquet tous ensemble, On boit l'un après l'autre au bidon, on a chaud, On a froid, l'ouragan tourmente le cachot ; L'eau gronde, et l'on ne voit, parmi ces bruits funèbres, Qu'un canon allongeant son cou dans les ténèbres. Je retombe en ce deuil qui jadis m'étouffait. Personne n'est méchant, et que de mal on fait !
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