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"craindre" poems
De ce chaume heureux possesseur, De bon cœur, hélas ! que j'envie Tes travaux, ta philosophie, Ta solitude et ton bonheur ! Pour prix des soins que tu leur donnes, Tes arbustes reconnaissants Et des printemps et des automnes Te prodiguent les doux présents. Ô trop heureux qui peut connaître La jouissance de cueillir Le fruit que ses soins font mûrir, La fleur que ses soins ont fait naître ! Toujours la terre envers nos bras S'est acquittée avec usure. Qui veut s'éloigner des ingrats Se rapproche de la nature. Ne craindre et ne désirer rien, Etre aimé de l'objet qu'on aime, C'est bien là le bonheur suprême ; C'est le sort des dieux, c'est le tien. Écrit en 1792.
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Au maître d'un jardin
A qui donc sommes-nous ? Qui nous a ? qui nous mène ? Vautour fatalité, tiens-tu la race humaine ? Oh ! parlez, cieux vermeils, L'âme sans fond tient-elle aux étoiles sans nombre ? Chaque rayon d'en haut est-il un fil de l'ombre Liant l'homme aux soleils ? Est-ce qu'en nos esprits, que l'ombre a pour repaires, Nous allons voir rentrer les songes de nos pères ? Destin, lugubre assaut ! O vivants, serions-nous l'objet d'une dispute ? L'un veut-il notre gloire, et l'autre notre chute ? Combien sont-ils là-haut ? Jadis, au fond du ciel, aux yeux du mage sombre, Deux joueurs effrayants apparaissaient dans l'ombre. Qui craindre? qui prier ? Les Manès frissonnants, les pâles Zoroastres Voyaient deux grandes mains qui déplaçaient les astres Sur le noir échiquier. Songe horrible! le bien, le mal, de cette voûte Pendent-ils sur nos fronts ? Dieu, tire-moi du doute ! O sphinx, dis-moi le mot ! Cet affreux rêve pèse à nos yeux qui sommeillent, Noirs vivants! heureux ceux qui tout à coup s'éveillent Et meurent en sursaut !
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À qui donc sommes-nous
Fable XII, Livre V. LA LOUVE. Rarement à changer on gagne. Pourquoi veux-tu courir les champs ? Crois-moi, reste sur la montagne. J'aime ces bois, j'aime les chants Que ce vieux pâtre y fait entendre. Son chien n'est pas des plus méchants. Plus prompt à fuir qu'à se défendre, S'il aboie, il ne mord jamais ; On n'y vit que de chevreau ; mais, S'il n'est gras, du moins est-il tendre. LE LOUP. Qui ? moi ! rester dans ces déserts Pour n'ouïr que les mêmes airs Sur des pipeaux toujours plus aigres ? Qui ? moi ! rester sur ce rocher Pour jeûner ou pour n'accrocher Que des chevreaux toujours plus maigres À ce mets borner mon espoir, Et d'agneaux quand la plaine abonde, N'en pas tâter, n'en pas plus voir Que s'il n'en était point au monde ? Ah ! fuyons **** de ce canton, Théâtre obscur pour mon courage ! Vous le savez : dès mon jeune âge, J'aimai la gloire et le mouton. J'y retourne : en un frais bocage Qu'environnent des prés fleuris, Où sont rassemblés et nourris Les doux agneaux du voisinage, Demain, ce soir, je m'établis Tout au beau milieu des brebis. Défrayé par droit de conquête, Comme un héros russe ou prussien, J'engraisse là sans craindre rien ; Car est-il ou berger ou chien Assez fort pour me faire tête ? LA LOUVE. Sur ce point je suis sans effroi. Pris séparément, ce me semble, Aucun d'eux n'est plus fort que toi ; Mais si l'intérêt les rassemble, Mon fils, crois-tu de bonne foi Être aussi fort qu'eux tous ensemble ?
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Le loup et sa mère
La vipère disait un jour à la sangsue : Que notre sort est différent ! On vous cherche, on me fuit, si l'on peut on me tue ; Et vous, aussitôt qu'on vous prend, **** de craindre votre blessure, L'homme vous donne de son sang Une ample et bonne nourriture : Cependant vous et moi faisons même piqûre. La citoyenne de l'étang Répond : oh que nenni, ma chère ; La vôtre fait du mal, la mienne est salutaire. Par moi plus d'un malade obtient sa guérison, Par vous tout homme sain trouve une mort cruelle. Entre nous deux, je crois, la différence est belle : Je suis remède, et vous poison. Cette fable aisément s'explique : C'est la satire et la critique.
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La vipère et la sangsue
Stance. J'ai vu la peste en raccourci : Et s'il faut en parler sans feindre, Puisque la peste est faite ainsi, Peste, que la peste est à craindre ! De cœurs qui n'en sauraient guérir Elle est partout accompagnée, Et dût-on cent fois en mourir, Mille voudraient l'avoir gagnée. L'ardeur dont ils sont emportés, En ce péril leur persuade, Qu'avoir la peste à ses côtés, Ce n'est point être trop malade. Aussi faut-il leur accorder Qu'on aurait du bonheur de reste, Pour peu qu'on se pût hasarder Au beau milieu de cette peste. La mort serait douce à ce prix, Mais c'est un malheur à se pendre Qu'on ne meurt pas d'en être pris, Mais faute de la pouvoir prendre. L'ardeur qu'elle fait naître au sein N'y fait même un mal incurable Que parce qu'elle prend soudain, Et qu'elle est toujours imprenable. Aussi chacun y perd son temps, L'un en gémit, l'autre en déteste, Et ce que font les plus contents C'est de pester contre la peste.
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La peste
Un amant ailé Soleil éthéré d’été Laissez-moi être ton Icare Même si je tombe sur la mer Blessez mes faibles ailes Brûlez mes yeux du cristal Pour avoir du plaisir de vous regarder Seulement une fois dans l’aube Tomber amoureux, ce n’est pas un canular Mais comment peux-je dire si vous me trompez ou pas ? Serez-vous capable de me susurrer des illusions ? Serais-je capable d’être le guignol de tes mains ? Larmes d’or Dessous kilos du sel Personne n’écoute le son des souffrances invisibles Néanmoins, comment pourrais-je demeurer dans vos oreilles ? Quand l’air, c’est l’eau Et quand mes veines ont des poissons, Toujours cannibales, En nageant dans le liquide sanglant. Serra ici le vide n’est plus un chose à craindre ? Serra l’amour qui donne l’heure obscure ? Alors, on paralysera et tombera sur un dimensionnelle lagune ? Sans savoir où ou qui je serais Malgré une existence n’est pas une réalité Sans vous, les flammes, dans mon cœur avare
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Feb 19, 2020
Feb 19, 2020 at 11:39 AM UTC
Un amant ailé
Vous dangereuse ? mais sans doute ! Très dangereuse, c'est certain ; Comme la peur que l'on écoute, Comme le bois près de la route Vers les six heures du matin ; Comme l'éloquence imagée, Comme un titre sur parchemin, Comme le vin et la dragée, Ou comme l'arme trop chargée Qui vous éclate dans la main ; Car toute femme est dangereuse, Très dangereuse et c'est charmant, Comme la mer... que le vent creuse ; Comme la fillette de Greuze, Qui ne s'en doute aucunement ; Comme la petite Ingénue Quand la cruche... va se casser, Comme une veuve toute nue, Comme une femme dans la rue, Une femme qu'on voit passer. Oui, toute femme est dangereuse, Soit qu'elle allaite ses enfants Avec sa mamelle amoureuse, Soit qu'elle ait la cruche de Greuze À ses petits doigts triomphants ; Qu'elle soit grave ou qu'elle joue, Plus à craindre encor que le feu, Que l'aviron ou que la roue, Que le commandement : En joue ! Que le cri : Commencez le feu ! Dangereuse comme la plume, La plume au vent, et l'eau qui dort, Et l'obus... un obus qui fume ; Comme la guerre qu'elle allume, Elle peut amener la mort. Si vous êtes la plus aimée, Ne seriez-vous point ici-bas Plus dangereuse... qu'une armée Victorieuse et parfumée Des lauriers de trois cents combats ? Vous êtes la plus redoutable, Moi, c'est pour cela que je veux... C'est pour ta grâce... épouvantable Qui ferait à la Sainte Table Tous les saints se prendre aux cheveux. Oui, vous êtes la plus à craindre, Car votre lit est le plus doux, C'est pour ça que j'aime à T'étreindre, Toi qu'un Homère pourrait peindre Avec du sang jusqu'aux genoux !
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Dangereuse
Vous dangereuse ? mais sans doute ! Très dangereuse, c'est certain ; Comme la peur que l'on écoute, Comme le bois près de la route Vers les six heures du matin ; Comme l'éloquence imagée, Comme un titre sur parchemin, Comme le vin et la dragée, Ou comme l'arme trop chargée Qui vous éclate dans la main ; Car toute femme est dangereuse, Très dangereuse et c'est charmant, Comme la mer... que le vent creuse ; Comme la fillette de Greuze, Qui ne s'en doute aucunement ; Comme la petite Ingénue Quand la cruche... va se casser, Comme une veuve toute nue, Comme une femme dans la rue, Une femme qu'on voit passer. Oui, toute femme est dangereuse, Soit qu'elle allaite ses enfants Avec sa mamelle amoureuse, Soit qu'elle ait la cruche de Greuze À ses petits doigts triomphants ; Qu'elle soit grave ou qu'elle joue, Plus à craindre encor que le feu, Que l'aviron ou que la roue, Que le commandement : En joue ! Que le cri : Commencez le feu ! Dangereuse comme la plume, La plume au vent, et l'eau qui dort, Et l'obus... un obus qui fume ; Comme la guerre qu'elle allume, Elle peut amener la mort. Si vous êtes la plus aimée, Ne seriez-vous point ici-bas Plus dangereuse... qu'une armée Victorieuse et parfumée Des lauriers de trois cents combats ? Vous êtes la plus redoutable, Moi, c'est pour cela que je veux... C'est pour ta grâce... épouvantable Qui ferait à la Sainte Table Tous les saints se prendre aux cheveux. Oui, vous êtes la plus à craindre, Car votre lit est le plus doux, C'est pour ça que j'aime à T'étreindre, Toi qu'un Homère pourrait peindre Avec du sang jusqu'aux genoux !
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Ne m'aimez pas !... Je veux pouvoir prier pour vous, Comme pour les amis dont le soir, à genoux, Je me souviens - afin qu'éloignant la tempête, Dieu leur donne un ciel pur pour abriter leur tête. Je veux, de vos bonheurs, prendre tout haut ma part, Le front calme et serein, sans craindre aucun regard ; Je veux, quand vous entrez, vous donner un sourire, Trouver doux de vous voir, en osant vous le dire. Je veux, si vous souffrez, partageant vos destins, Vous dire : « Qu'avez-vous ? » et vous tendre les mains. Je veux, si par hasard votre raison chancelle, Vous réserver l'appui de l'amitié fidèle, Et qu'entraîné par moi dans le sentier du bien, Votre pas soit guidé par la trace du mien. Je veux, si je me blesse aux buissons de la route, Vous chercher du regard, et sans crainte, sans doute, Murmurer à voix basse : « Ami, protégez-moi ! » Et prenant votre bras, m'y pencher sans effroi. Je veux qu'en nos vieux jours, au déclin de la vie, Nous détournant pour voir la route... alors finie, Nos yeux, en parcourant le long sillon tracé, Ne trouvent nul remords dans les champs du passé. Laissez les sentiments qu'on brise ou qu'on oublie ; Gardons notre amitié, que ce soit pour la vie ! Votre sœur, chaque jour, vous suivra pas à pas... Oh ! je vous en conjure, ami, ne m'aimez pas !
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Ne m'aimez pas
Une hermine, un castor, un jeune sanglier, Cadets de leur famille, et partant sans fortune, Dans l'espoir d'en acquérir une Quittèrent leur forêt, leur étang, leur hallier. Après un long voyage, après mainte aventure, Ils arrivent dans un pays Où s'offrent à leurs yeux ravis Tous les trésors de la nature, Des prés, des eaux, des bois, des vergers pleins de fruits. Nos pèlerins, voyant cette terre chérie, Éprouvent les mêmes transports Qu'Énée et ses troyens en découvrant les bords Du royaume de Lavinie. Mais ce riche pays était de toutes parts Entouré d'un marais de bourbe Où des serpents et des lézards Se jouait l'effroyable tourbe. Il fallait le passer ; et nos trois voyageurs S'arrêtent sur le bord, étonnés et rêveurs. L'hermine la première avance un peu la patte ; Elle la retire aussitôt, En arrière elle fait un saut, En disant : mes amis, fuyons en grande hâte ; Ce lieu, tout beau qu'il est, ne peut nous convenir, Pour arriver là bas il faudrait se salir ; Et moi je suis si délicate, Qu'une tache me fait mourir. Ma sœur, dit le castor, un peu de patience ; On peut, sans se tacher, quelquefois réussir : Il faut alors du temps et de l'intelligence ; Nous avons tout cela : pour moi, qui suis maçon, Je vais en quinze jours vous bâtir un beau pont Sur lequel nous pourrons, sans craindre les morsures De ces vilains serpents, sans gâter nos fourrures, Arriver au milieu de ce charmant vallon. Quinze jours ! Ce terme est bien long, Répond le sanglier : moi, j'y serai plus vite ; Vous allez voir comment. En prononçant ces mots, Le voilà qui se précipite Au plus fort du bourbier, s'y plonge jusqu'au dos, À travers les serpents, les lézards, les crapauds, Marche, pousse à son but, arrive plein de boue ; Et là, tandis qu'il se secoue, Jetant à ses amis un regard de dédain : Apprenez, leur dit-il, comme on fait son chemin.
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L'hermine, le castor et le sanglier
Une hermine, un castor, un jeune sanglier, Cadets de leur famille, et partant sans fortune, Dans l'espoir d'en acquérir une Quittèrent leur forêt, leur étang, leur hallier. Après un long voyage, après mainte aventure, Ils arrivent dans un pays Où s'offrent à leurs yeux ravis Tous les trésors de la nature, Des prés, des eaux, des bois, des vergers pleins de fruits. Nos pèlerins, voyant cette terre chérie, Éprouvent les mêmes transports Qu'Énée et ses troyens en découvrant les bords Du royaume de Lavinie. Mais ce riche pays était de toutes parts Entouré d'un marais de bourbe Où des serpents et des lézards Se jouait l'effroyable tourbe. Il fallait le passer ; et nos trois voyageurs S'arrêtent sur le bord, étonnés et rêveurs. L'hermine la première avance un peu la patte ; Elle la retire aussitôt, En arrière elle fait un saut, En disant : mes amis, fuyons en grande hâte ; Ce lieu, tout beau qu'il est, ne peut nous convenir, Pour arriver là bas il faudrait se salir ; Et moi je suis si délicate, Qu'une tache me fait mourir. Ma sœur, dit le castor, un peu de patience ; On peut, sans se tacher, quelquefois réussir : Il faut alors du temps et de l'intelligence ; Nous avons tout cela : pour moi, qui suis maçon, Je vais en quinze jours vous bâtir un beau pont Sur lequel nous pourrons, sans craindre les morsures De ces vilains serpents, sans gâter nos fourrures, Arriver au milieu de ce charmant vallon. Quinze jours ! Ce terme est bien long, Répond le sanglier : moi, j'y serai plus vite ; Vous allez voir comment. En prononçant ces mots, Le voilà qui se précipite Au plus fort du bourbier, s'y plonge jusqu'au dos, À travers les serpents, les lézards, les crapauds, Marche, pousse à son but, arrive plein de boue ; Et là, tandis qu'il se secoue, Jetant à ses amis un regard de dédain : Apprenez, leur dit-il, comme on fait son chemin.
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Si c'est aimer, Madame, et de jour, et de nuit Rêver, songer, penser le moyen de vous plaire, Oublier toute chose, et ne vouloir rien faire Qu'adorer et servir la beauté qui me nuit : Si c'est aimer que de suivre un bonheur qui me fuit, De me perdre moi même et d'être solitaire, Souffrir beaucoup de mal, beaucoup craindre et me taire, Pleurer, crier merci, et m'en voir éconduit : Si c'est aimer que de vivre en vous plus qu'en moi même, Cacher d'un front joyeux, une langueur extrême, Sentir au fond de l'âme un combat inégal, Chaud, froid, comme la fièvre amoureuse me traite : Honteux, parlant à vous de confesser mon mal ! Si cela est aimer : furieux je vous aime : Je vous aime et sait bien que mon mal est fatal : Le coeur le dit assez, mais la langue est muette.
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Si c'est aimer, Madame, et de jour, et de nuit
Aimons toujours ! Aimons encore ! Quand l'amour s'en va, l'espoir fuit. L'amour, c'est le cri de l'aurore, L'amour c'est l'hymne de la nuit. Ce que le flot dit aux rivages, Ce que le vent dit aux vieux monts, Ce que l'astre dit aux nuages, C'est le mot ineffable : Aimons ! L'amour fait songer, vivre et croire. Il a pour réchauffer le coeur, Un rayon de plus que la gloire, Et ce rayon c'est le bonheur ! Aime ! qu'on les loue ou les blâme, Toujours les grand coeurs aimeront : Joins cette jeunesse de l'âme A la jeunesse de ton front ! Aime, afin de charmer tes heures ! Afin qu'on voie en tes beaux yeux Des voluptés intérieures Le sourire mystérieux ! Aimons-nous toujours davantage ! Unissons-nous mieux chaque jour. Les arbres croissent en feuillage ; Que notre âme croisse en amour ! Soyons le miroir et l'image ! Soyons la fleur et le parfum ! Les amants, qui, seuls sous l'ombrage, Se sentent deux et ne sont qu'un ! Les poètes cherchent les belles. La femme, ange aux chastes faveurs, Aime à rafraîchir sous ses ailes Ces grand fronts brûlants et rêveurs. Venez à nous, beautés touchantes ! Viens à moi, toi, mon bien, ma loi ! Ange ! viens à moi quand tu chantes, Et, quand tu pleures, viens à moi ! Nous seuls comprenons vos extases. Car notre esprit n'est point moqueur ; Car les poètes sont les vases Où les femmes versent leur coeurs. Moi qui ne cherche dans ce monde Que la seule réalité, Moi qui laisse fuir comme l'onde Tout ce qui n'est que vanité, Je préfère aux biens dont s'enivre L'orgueil du soldat ou du roi, L'ombre que tu fais sur mon livre Quand ton front se penche sur moi. Toute ambition allumée Dans notre esprit, brasier subtil, Tombe en cendre ou vole en fumée, Et l'on se dit : " Qu'en reste-t-il ? " Tout plaisir, fleur à peine éclose Dans notre avril sombre et terni, S'effeuille et meurt, lis, myrte ou rose, Et l'on se dit : " C'est donc fini ! " L'amour seul reste. Ô noble femme Si tu veux dans ce vil séjour, Garder ta foi, garder ton âme, Garder ton Dieu, garde l'amour ! Conserve en ton coeur, sans rien craindre, Dusses-tu pleurer et souffrir, La flamme qui ne peut s'éteindre Et la fleur qui ne peut mourir !
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Aimons toujours ! Aimons encore
Aimons toujours ! Aimons encore ! Quand l'amour s'en va, l'espoir fuit. L'amour, c'est le cri de l'aurore, L'amour c'est l'hymne de la nuit. Ce que le flot dit aux rivages, Ce que le vent dit aux vieux monts, Ce que l'astre dit aux nuages, C'est le mot ineffable : Aimons ! L'amour fait songer, vivre et croire. Il a pour réchauffer le coeur, Un rayon de plus que la gloire, Et ce rayon c'est le bonheur ! Aime ! qu'on les loue ou les blâme, Toujours les grand coeurs aimeront : Joins cette jeunesse de l'âme A la jeunesse de ton front ! Aime, afin de charmer tes heures ! Afin qu'on voie en tes beaux yeux Des voluptés intérieures Le sourire mystérieux ! Aimons-nous toujours davantage ! Unissons-nous mieux chaque jour. Les arbres croissent en feuillage ; Que notre âme croisse en amour ! Soyons le miroir et l'image ! Soyons la fleur et le parfum ! Les amants, qui, seuls sous l'ombrage, Se sentent deux et ne sont qu'un ! Les poètes cherchent les belles. La femme, ange aux chastes faveurs, Aime à rafraîchir sous ses ailes Ces grand fronts brûlants et rêveurs. Venez à nous, beautés touchantes ! Viens à moi, toi, mon bien, ma loi ! Ange ! viens à moi quand tu chantes, Et, quand tu pleures, viens à moi ! Nous seuls comprenons vos extases. Car notre esprit n'est point moqueur ; Car les poètes sont les vases Où les femmes versent leur coeurs. Moi qui ne cherche dans ce monde Que la seule réalité, Moi qui laisse fuir comme l'onde Tout ce qui n'est que vanité, Je préfère aux biens dont s'enivre L'orgueil du soldat ou du roi, L'ombre que tu fais sur mon livre Quand ton front se penche sur moi. Toute ambition allumée Dans notre esprit, brasier subtil, Tombe en cendre ou vole en fumée, Et l'on se dit : " Qu'en reste-t-il ? " Tout plaisir, fleur à peine éclose Dans notre avril sombre et terni, S'effeuille et meurt, lis, myrte ou rose, Et l'on se dit : " C'est donc fini ! " L'amour seul reste. Ô noble femme Si tu veux dans ce vil séjour, Garder ta foi, garder ton âme, Garder ton Dieu, garde l'amour ! Conserve en ton coeur, sans rien craindre, Dusses-tu pleurer et souffrir, La flamme qui ne peut s'éteindre Et la fleur qui ne peut mourir !
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Chacun de nous souvent connaît bien ses défauts ; En convenir, c'est autre chose : On aime mieux souffrir de véritables maux, Que d'avouer qu'ils en sont cause. Je me souviens, à ce sujet, D'avoir été témoin d'un fait Fort étonnant et difficile à croire : Mais je l'ai vu ; voici l'histoire. Près d'un bois, le soir, à l'écart, Dans une superbe prairie, Des lapins s'amusaient, sur l'herbette fleurie, A jouer au colin-maillard. Des lapins ! direz-vous, la chose est impossible. Rien n'est plus vrai pourtant : une feuille flexible Sur les yeux de l'un d'eux en bandeau s'appliquait, Et puis sous le cou se nouait : Un instant en faisait l'affaire. Celui que ce ruban privait de la lumière Se plaçait au milieu ; les autres alentour Sautaient, dansaient, faisaient merveilles, S'éloignaient, venaient tour à tour Tirer sa queue ou ses oreilles. Le pauvre aveugle alors, se retournant soudain, Sans craindre *** au noir, jette au hasard la patte : Mais la troupe échappe à la hâte, Il ne prend que du vent, il se tourmente en vain, Il y sera jusqu'à demain. Une taupe assez étourdie, Qui sous terre entendit ce bruit, Sort aussitôt de son réduit, Et se mêle dans la partie. Vous jugez que, n'y voyant pas, Elle fut prise au premier pas. Messieurs, dit un lapin, ce serait conscience, Et la justice veut qu'à notre pauvre sœur Nous fassions un peu de faveur ; Elle est sans yeux et sans défense ; Ainsi je suis d'avis... - Non, répond avec feu La taupe, je suis prise, et prise de bon jeu ; Mettez-moi le bandeau. - Très volontiers, ma chère ; Le voici : mais je crois qu'il n'est pas nécessaire Que nous serrions le nœud bien fort. - Pardonnez-moi, monsieur, reprit-elle en colère, Serrez bien, car j'y vois... Serrez, j'y vois encore.
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La taupe et le lapin
Chacun de nous souvent connaît bien ses défauts ; En convenir, c'est autre chose : On aime mieux souffrir de véritables maux, Que d'avouer qu'ils en sont cause. Je me souviens, à ce sujet, D'avoir été témoin d'un fait Fort étonnant et difficile à croire : Mais je l'ai vu ; voici l'histoire. Près d'un bois, le soir, à l'écart, Dans une superbe prairie, Des lapins s'amusaient, sur l'herbette fleurie, A jouer au colin-maillard. Des lapins ! direz-vous, la chose est impossible. Rien n'est plus vrai pourtant : une feuille flexible Sur les yeux de l'un d'eux en bandeau s'appliquait, Et puis sous le cou se nouait : Un instant en faisait l'affaire. Celui que ce ruban privait de la lumière Se plaçait au milieu ; les autres alentour Sautaient, dansaient, faisaient merveilles, S'éloignaient, venaient tour à tour Tirer sa queue ou ses oreilles. Le pauvre aveugle alors, se retournant soudain, Sans craindre *** au noir, jette au hasard la patte : Mais la troupe échappe à la hâte, Il ne prend que du vent, il se tourmente en vain, Il y sera jusqu'à demain. Une taupe assez étourdie, Qui sous terre entendit ce bruit, Sort aussitôt de son réduit, Et se mêle dans la partie. Vous jugez que, n'y voyant pas, Elle fut prise au premier pas. Messieurs, dit un lapin, ce serait conscience, Et la justice veut qu'à notre pauvre sœur Nous fassions un peu de faveur ; Elle est sans yeux et sans défense ; Ainsi je suis d'avis... - Non, répond avec feu La taupe, je suis prise, et prise de bon jeu ; Mettez-moi le bandeau. - Très volontiers, ma chère ; Le voici : mais je crois qu'il n'est pas nécessaire Que nous serrions le nœud bien fort. - Pardonnez-moi, monsieur, reprit-elle en colère, Serrez bien, car j'y vois... Serrez, j'y vois encore.
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VI. Comme une aumône, enfant, donne donc ta prière À ton père, à ta mère, aux pères de ton père ; Donne au riche à qui Dieu refuse le bonheur, Donne au pauvre, à la veuve, au crime, au vice immonde. Fais en priant le tour des misères du monde ; Donne à tous ! donne aux morts ! - Enfin donne au Seigneur ! " Quoi ! murmure ta voix qui veut parler et n'ose. Au Seigneur, au Très-Haut manque-t-il quelque chose ? Il est le saint des saints, il est le roi des rois ! Il se fait des soleils un cortège suprême ! Il fait baisser la voix à l'océan lui-même ! Il est seul ! Il est tout ! à jamais ! à la fois ! " Enfant, quand tout le jour vous avez en famille, Tes deux frères et toi, joué sous la charmille, Le soir vous êtes las, vos membres sont pliés, Il vous faut un lait pur et quelques noix frugales, Et, baisant tour à tour vos têtes inégales, Votre mère à genoux lave vos faibles pieds. Eh bien ! il est quelqu'un dans ce monde où nous sommes Qui tout le jour aussi marche parmi les hommes, Servant et consolant, à toute heure, en tout lieu, Un bon pasteur qui suite sa brebis égarée, Un pèlerin qui va de contrée en contrée. Ce passant, ce pasteur, ce pèlerin, c'est Dieu ! Le soir il est bien las ! il faut, pour qu'il sourie, Une âme qui le serve, un enfant qui le prie, Un peu d'amour ! Ô toi, qui ne sais pas tromper, Porte-lui ton coeur plein d'innocence et d'extase, Tremblante et l'oeil baissé, comme un précieux vase Dont on craint de laisser une goutte échapper ! Porte-lui ta prière ! et quand, à quelque flamme Qui d'une chaleur douce emplira ta jeune âme, Tu verras qu'il est proche, alors, ô mon bonheur, Ô mon enfant ! sans craindre affront ni raillerie, Verse, comme autrefois Marthe, soeur de Marie, Verse tout ton parfum sur les pieds du Seigneur ! Mai 1830.
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La prière pour tous (VI)
VI. Comme une aumône, enfant, donne donc ta prière À ton père, à ta mère, aux pères de ton père ; Donne au riche à qui Dieu refuse le bonheur, Donne au pauvre, à la veuve, au crime, au vice immonde. Fais en priant le tour des misères du monde ; Donne à tous ! donne aux morts ! - Enfin donne au Seigneur ! " Quoi ! murmure ta voix qui veut parler et n'ose. Au Seigneur, au Très-Haut manque-t-il quelque chose ? Il est le saint des saints, il est le roi des rois ! Il se fait des soleils un cortège suprême ! Il fait baisser la voix à l'océan lui-même ! Il est seul ! Il est tout ! à jamais ! à la fois ! " Enfant, quand tout le jour vous avez en famille, Tes deux frères et toi, joué sous la charmille, Le soir vous êtes las, vos membres sont pliés, Il vous faut un lait pur et quelques noix frugales, Et, baisant tour à tour vos têtes inégales, Votre mère à genoux lave vos faibles pieds. Eh bien ! il est quelqu'un dans ce monde où nous sommes Qui tout le jour aussi marche parmi les hommes, Servant et consolant, à toute heure, en tout lieu, Un bon pasteur qui suite sa brebis égarée, Un pèlerin qui va de contrée en contrée. Ce passant, ce pasteur, ce pèlerin, c'est Dieu ! Le soir il est bien las ! il faut, pour qu'il sourie, Une âme qui le serve, un enfant qui le prie, Un peu d'amour ! Ô toi, qui ne sais pas tromper, Porte-lui ton coeur plein d'innocence et d'extase, Tremblante et l'oeil baissé, comme un précieux vase Dont on craint de laisser une goutte échapper ! Porte-lui ta prière ! et quand, à quelque flamme Qui d'une chaleur douce emplira ta jeune âme, Tu verras qu'il est proche, alors, ô mon bonheur, Ô mon enfant ! sans craindre affront ni raillerie, Verse, comme autrefois Marthe, soeur de Marie, Verse tout ton parfum sur les pieds du Seigneur ! Mai 1830.
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(En lui envoyant les Amour de Psyché.) Lisez et relisez, ma sœur, De Psyché l'admirable histoire : Vous y verrez que le bonheur N'est pas toujours avec la gloire. Vous y verrez qu'assez souvent La plus belle est la plus à plaindre ; Et qu'un succès trop éclatant Est moins à désirer qu'à craindre. Vous y verrez que les maris Ont parfois l'humeur trop farouche, Et qu'il n'est pas toujours permis De savoir avec qui l'on couche. Psyché veut connaître une nuit À quel homme elle avait affaire ; Son époux s'éveille et s'enfuit : Je crois qu'il aurait pu mieux faire. Qui dormirait entre vos bras, Si le jour frappait sa paupière, À coup sûr ne se plaindrait pas D'être éveillé par la lumière. Écrit le Ier janvier 1803.
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À une dame qui m'appelait son frère
Au docteur Louis Jullien. J'ai rêvé d'elle, et nous nous pardonnions Non pas nos torts, il n'en est en amour, Mais l'absolu de nos opinions Et que la vie ait pour nous pris ce tour. Simple elle était comme au temps de ma cour, En robe grise et verte et voilà tout, (J'aimai toujours les femmes dans ce goût), Et son langage était sincère et coi. Mais quel émoi de me dire au débout : J'ai rêvé d'elle et pas elle de moi. Elle ni moi nous ne nous résignions À plus souffrir pas plus **** que ce jour. Ô nous revoir encore compagnons, Chacun étant descendu de sa tour Pour un baiser bien payé de retour ! Le beau projet ! Et nous étions debout, Main dans la main, avec du sang qui bout Et chante un fier 'donec gratus'. Mais quoi ? C'était un songe, ô tristesse et dégoût ! J'ai rêvé d'elle et pas elle de moi. Et nous suivions tes luisants fanions, Soie et satin, ô Bonheur vainqueur, pour Jusqu'à la mort, que d'ailleurs nous niions. J'allais par les chemins, en troubadour, Chantant, ballant, sans craindre ce pandour Qui vous saute à la gorge et vous découd. Elle évoquait la chère nuit d'Août Où son aveu bas et lent me fit roi. Moi, j'adorais ce retour qui m'absout. J'ai rêvé d'elle et pas elle de moi ! Envoi. Princesse elle est, sans doute, à l'autre bout Du monde où règne et persiste ma foi. Amen, alors, puisqu'à mes dam et coût, J'ai rêvé d'elle et pas elle de moi.
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Ballade en rêve
L'église Saint-Nicolas Du Chardonnet bat un glas, Et l'église Saint-Étienne Du Mont lance à perdre haleine Des carillons variés Pour de jeunes mariés, Tandis que la cathédrale Notre-Dame de Paris, Nuptiale et sépulcrale, Bourdonne dans le ciel gris. Ainsi la chance bourrue Qui m'a logé dans la rue Saint-Victor, seize, le veut ; Et l'on fait ce que l'on peut, Surtout à l'endroit des cloches, Quand on a peu dans ses poches De cet or qui vous rend rois, Et lorsque l'on déménage, Vous permet de faire un choix À l'abri d'un tel tapage. Après tout, ce bruit n'est pas Pour annoncer mon trépas Ni mes noces. Lors, me plaindre Est oiseux, n'ayant à craindre De ce conflit de sonneurs Grands malheurs ni gros bonheurs. Faut en prendre l'habitude ; C'est de la vie, aussi bien : La voix douce et la voix rude Se fondant en chant chrétien...
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Clochi-clocha