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"jolis" poems
I Dansons la gigue ! J'aimais surtout ses jolis yeux, Plus clairs que l'étoile des cieux, J'aimais ses yeux malicieux. Dansons la gigue ! Elle avait des façons vraiment De désoler un pauvre amant, Que c'en était vraiment charmant ! Dansons la gigue ! Mais je trouve encore meilleur Le baiser de sa bouche en fleur, Depuis qu'elle est morte à mon cœur. Dansons la gigue ! Je me souviens, je me souviens Des heures et des entretiens, Et c'est le meilleur de mes biens. Dansons la gigue ! Soho. II Ô la rivière dans la rue ! Fantastiquement apparue Derrière un mur haut de cinq pieds, Elle roule sans un murmure Son onde opaque et pourtant pure, Par les faubourgs pacifiés. La chaussée est très large, en sorte Que l'eau jaune comme une morte Dévale ample et sans nuls espoirs De rien refléter que la brume, Même alors que l'aurore allume Les cottages jaunes et noirs. Paddington
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Streets
Je veux donner l'idée d'un divertissement innocent. Il y a si peu d'amusements qui ne soient pas coupables ! Quand vous sortirez le matin avec l'intention décidée de flâner sur les grandes routes, remplissez vos poches de petites inventions à un sol, - telles que le polichinelle plat mû par un seul fil, les forgerons qui battent l'enclume, le cavalier et son cheval dont la queue est un sifflet, - et le long des cabarets, au pied des arbres, faites-en hommage aux enfants inconnus et pauvres que vous rencontrerez. Vous verrez leurs yeux s'agrandir démesurément. D'abord ils n'oseront pas prendre ; ils douteront de leur bonheur. Puis leurs mains agripperont vivement le cadeau, et ils s'enfuiront comme font les chats qui vont manger **** de vous le morceau que vous leur avez donné, ayant appris à se défier de l'homme. Sur une route, derrière la grille d'un vaste jardin, au bout duquel apparaissait la blancheur d'un joli château frappé par le soleil, se tenait un enfant beau et frais, habillé de ces vêtements de campagne si pleins de coquetterie. Le luxe, l'insouciance et le spectacle habituel de la richesse, rendent ces enfants-là si jolis, qu'on les croirait faits d'une autre pâte que les enfants de la médiocrité ou de la pauvreté. À côté de lui, gisait sur l'herbe un joujou splendide, aussi frais que son maître, verni, doré, vêtu d'une robe pourpre, et couvert de plumets et de verroteries. Mais l'enfant ne s'occupait pas de son joujou préféré, et voici ce qu'il regardait : De l'autre côté de la grille, sur la route, entre les chardons et les orties, il y avait un autre enfant, sale, chétif, fuligineux, un de ces marmots-parias dont un œil impartial découvrirait la beauté, si, comme l'œil du connaisseur devine une peinture idéale sous un vernis de carrossier, il le nettoyait de la répugnante patine de la misère. À travers ces barreaux symboliques séparant deux mondes, la grande route et le château, l'enfant pauvre montrait à l'enfant riche son propre joujou, que celui-ci examinait avidement comme un objet rare et inconnu. Or, ce joujou, que le petit souillon agaçait, agitait et secouait dans une boîte grillée, c'était un rat vivant ! Les parents, par économie sans doute, avaient tiré le joujou de la vie elle-même. Et les deux enfants se riaient l'un à l'autre fraternellement, avec des dents d'une égale blancheur.
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Le joujou du pauvre
Je veux donner l'idée d'un divertissement innocent. Il y a si peu d'amusements qui ne soient pas coupables ! Quand vous sortirez le matin avec l'intention décidée de flâner sur les grandes routes, remplissez vos poches de petites inventions à un sol, - telles que le polichinelle plat mû par un seul fil, les forgerons qui battent l'enclume, le cavalier et son cheval dont la queue est un sifflet, - et le long des cabarets, au pied des arbres, faites-en hommage aux enfants inconnus et pauvres que vous rencontrerez. Vous verrez leurs yeux s'agrandir démesurément. D'abord ils n'oseront pas prendre ; ils douteront de leur bonheur. Puis leurs mains agripperont vivement le cadeau, et ils s'enfuiront comme font les chats qui vont manger **** de vous le morceau que vous leur avez donné, ayant appris à se défier de l'homme. Sur une route, derrière la grille d'un vaste jardin, au bout duquel apparaissait la blancheur d'un joli château frappé par le soleil, se tenait un enfant beau et frais, habillé de ces vêtements de campagne si pleins de coquetterie. Le luxe, l'insouciance et le spectacle habituel de la richesse, rendent ces enfants-là si jolis, qu'on les croirait faits d'une autre pâte que les enfants de la médiocrité ou de la pauvreté. À côté de lui, gisait sur l'herbe un joujou splendide, aussi frais que son maître, verni, doré, vêtu d'une robe pourpre, et couvert de plumets et de verroteries. Mais l'enfant ne s'occupait pas de son joujou préféré, et voici ce qu'il regardait : De l'autre côté de la grille, sur la route, entre les chardons et les orties, il y avait un autre enfant, sale, chétif, fuligineux, un de ces marmots-parias dont un œil impartial découvrirait la beauté, si, comme l'œil du connaisseur devine une peinture idéale sous un vernis de carrossier, il le nettoyait de la répugnante patine de la misère. À travers ces barreaux symboliques séparant deux mondes, la grande route et le château, l'enfant pauvre montrait à l'enfant riche son propre joujou, que celui-ci examinait avidement comme un objet rare et inconnu. Or, ce joujou, que le petit souillon agaçait, agitait et secouait dans une boîte grillée, c'était un rat vivant ! Les parents, par économie sans doute, avaient tiré le joujou de la vie elle-même. Et les deux enfants se riaient l'un à l'autre fraternellement, avec des dents d'une égale blancheur.
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J'ai peur d'un baiser Comme d'une abeille. Je souffre et je veille Sans me reposer : J'ai peur d'un baiser ! Pourtant j'aime Kate Et ses yeux jolis. Elle est délicate, Aux longs traits pâlis. Oh ! que j'aime Kate ! C'est Saint-Valentin ! Je dois et je n'ose Lui dire au matin... La terrible chose Que Saint-Valentin ! Elle m'est promise, Fort heureusement ! Mais quelle entreprise Que d'être un amant Près d'une promise ! J'ai peur d'un baiser Comme d'une abeille. Je souffre et je veille Sans me reposer : J'ai peur d'un baiser !
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A poor young shepherd
xxEn leur envoyant la cantate intitulée La Tempête, qu'elles ont mise en musique. Souvent cette trame grossière Qu'ourdit la main du tisserand Se transforme en tapis brillant Sous les jolis doigts de Glycère. Le chanvre obscur a disparu, Recouvert par l'or et la soie ; Ce n'est plus qu'un brillant tissu Où l'art triomphant se déploie. Le plus mince des opéras Subira ces métamorphoses : J'ai disposé le canevas, Et sous vos doigts naîtront les roses. Écrit en 1788.
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À deux sœurs
Le monde attend un nouveau Dieu. Joseph de Maistre. Je m'adresse à tout l'Univers, Après David, le roi psalmiste. Oui, Madame, en ces quelques vers, Je m'adresse à tout l'Univers. Sur les continents et les mers, Si tant est qu'un athée existe, C'est moi, dis-je, à tout l'Univers, Après David, le roi psalmiste. Je me fous bien de tous vos dieux, Ils sont jolis, s'ils vous ressemblent, Et bons à foutre dans les lieux. Je me fous bien de tous vos dieux, Je me fous même du bon vieux, L'unique, devant qui tous tremblent ; Je me fous bien de tous vos dieux, Ils sont jolis, s'ils vous ressemblent. Je ris du Dieu des bonnes gens, S'il en est encor par le monde ; Avec les gens intelligents. Je ris du Dieu des bonnes gens. Sacré Dieu ! quels airs indulgents ! Quel gros cul, quelle panse ronde ! Mais... pour les seules bonnes gens, S'il en est encor par le monde. Je me fous aussi de celui Des grands philosophes, très drôles, Qui parfois se prennent pour lui. Je me fous aussi de celui Dont l'incommensurable ennui Voudrait peser sur nos épaules. Je me fous aussi de celui Des grands philosophes, très drôles. Je plains fort, vous entendez bien, Tout homme qui dit : Dieu, sur terre, Indou, musulman ou chrétien, Je le plains, vous entendez bien ; Le déiste aussi, qui n'est rien Dans l'église ou le phalanstère. Je plains fort, vous entendez bien, Tout homme qui dit : Dieu sur terre. Je suis comme le vieux Blanqui Je dis aussi : « Ni Dieu ni maître. » Ni maîtresse... c'est riquiqui. Je suis comme le vieux Blanqui. Je me fous de n'importe qui. Je jette tout par la fenêtre, Et je me fous bien de Blanqui, Comme de son « Ni Dieu ni maître. » Je n'en ai qu'un, mais assez bon Nom de Dieu ! pour que je l'écule, Votre vrai Dieu, Dieu sans... rayon. Je n'en ai qu'un, mais assez bon : Le monde entier, ce grand capon, Vit dans la peur de sa férule. Je n'en ai qu'un mais assez bon Nom de Dieu ! pour que je l'écule. L'un ou l'autre mot m'est égal, Si mon langage est clair, Madame. Être clair c'est le principal. L'un ou l'autre mot m'est égal. Mais l'autre était grossier pas mal, Et... j'ai le respect de la femme. L'un ou l'autre mot m'est égal. Si mon langage est clair, Madame.
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Athée
Le monde attend un nouveau Dieu. Joseph de Maistre. Je m'adresse à tout l'Univers, Après David, le roi psalmiste. Oui, Madame, en ces quelques vers, Je m'adresse à tout l'Univers. Sur les continents et les mers, Si tant est qu'un athée existe, C'est moi, dis-je, à tout l'Univers, Après David, le roi psalmiste. Je me fous bien de tous vos dieux, Ils sont jolis, s'ils vous ressemblent, Et bons à foutre dans les lieux. Je me fous bien de tous vos dieux, Je me fous même du bon vieux, L'unique, devant qui tous tremblent ; Je me fous bien de tous vos dieux, Ils sont jolis, s'ils vous ressemblent. Je ris du Dieu des bonnes gens, S'il en est encor par le monde ; Avec les gens intelligents. Je ris du Dieu des bonnes gens. Sacré Dieu ! quels airs indulgents ! Quel gros cul, quelle panse ronde ! Mais... pour les seules bonnes gens, S'il en est encor par le monde. Je me fous aussi de celui Des grands philosophes, très drôles, Qui parfois se prennent pour lui. Je me fous aussi de celui Dont l'incommensurable ennui Voudrait peser sur nos épaules. Je me fous aussi de celui Des grands philosophes, très drôles. Je plains fort, vous entendez bien, Tout homme qui dit : Dieu, sur terre, Indou, musulman ou chrétien, Je le plains, vous entendez bien ; Le déiste aussi, qui n'est rien Dans l'église ou le phalanstère. Je plains fort, vous entendez bien, Tout homme qui dit : Dieu sur terre. Je suis comme le vieux Blanqui Je dis aussi : « Ni Dieu ni maître. » Ni maîtresse... c'est riquiqui. Je suis comme le vieux Blanqui. Je me fous de n'importe qui. Je jette tout par la fenêtre, Et je me fous bien de Blanqui, Comme de son « Ni Dieu ni maître. » Je n'en ai qu'un, mais assez bon Nom de Dieu ! pour que je l'écule, Votre vrai Dieu, Dieu sans... rayon. Je n'en ai qu'un, mais assez bon : Le monde entier, ce grand capon, Vit dans la peur de sa férule. Je n'en ai qu'un mais assez bon Nom de Dieu ! pour que je l'écule. L'un ou l'autre mot m'est égal, Si mon langage est clair, Madame. Être clair c'est le principal. L'un ou l'autre mot m'est égal. Mais l'autre était grossier pas mal, Et... j'ai le respect de la femme. L'un ou l'autre mot m'est égal. Si mon langage est clair, Madame.
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Je connais un charmant ivrogne, Autant vous le nommer, ma foi ! Dire que vous avez la trogne, Ce serait mentir sans vergogne. Pourtant, un soir, écoutez-moi ! Vous aviez bu trop de champagne, Ça se lisait dans vos yeux pers. Vous battiez un peu la campagne, Sans feuille de figuier ni pagne À votre esprit, vraiment, sans pairs. Et vous me dérouliez le thème De tous les jolis mouvements Que votre corps sait bien que j'aime. J'étais, d'ailleurs, ivre moi-même, Au Bon-Bock, tu vois si je mens. La brasserie était houleuse, On aurait dit, sur l'Hellespont, D'une cabine nuageuse, Quand l'eau, changée en Maufrigneuse, Choque les gens dans l'entrepont. Vous aviez l'air *** d'une chatte Qui joue et sent son ongle armé, Forte, ambigüe, et délicate, Comme une rime sous la patte Magistrale de Mallarmé ! Je flottais comme la moustache De Paul Verlaine au plectre d'or, Je voyais couleur de pistache ; Camille agitait sa cravache, Sur je ne sais plus quel butor ; Si bien qu'au milieu des querelles Je vous retrouvai sur un banc, Dans l'attitude de ces Belles Que Forain, dans ses aquarelles, Habille d'un bout de ruban. Tu t'endormais sur mon épaule. Alors, je fis signe au cocher. Ces choses-là, c'est toujours drôle ! J'entrais d'autant mieux dans ce rôle Que j'aurais eu peine à marcher ; Quand on nous déposa sur terre, Vous fîtes un léger faux pas, Le seul qu'on vous vit jamais faire ; Encor, même à l'œil trop sévère, Peut-être ne l'était-il pas ? Car, dans l'ombre où s'éteint le rêve De mes désirs réalisés, Ton ivresse que l'Art relève Ouvrait, ô noble Fille d'Ève, La volière à tous les baisers !
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Gris
Je connais un charmant ivrogne, Autant vous le nommer, ma foi ! Dire que vous avez la trogne, Ce serait mentir sans vergogne. Pourtant, un soir, écoutez-moi ! Vous aviez bu trop de champagne, Ça se lisait dans vos yeux pers. Vous battiez un peu la campagne, Sans feuille de figuier ni pagne À votre esprit, vraiment, sans pairs. Et vous me dérouliez le thème De tous les jolis mouvements Que votre corps sait bien que j'aime. J'étais, d'ailleurs, ivre moi-même, Au Bon-Bock, tu vois si je mens. La brasserie était houleuse, On aurait dit, sur l'Hellespont, D'une cabine nuageuse, Quand l'eau, changée en Maufrigneuse, Choque les gens dans l'entrepont. Vous aviez l'air *** d'une chatte Qui joue et sent son ongle armé, Forte, ambigüe, et délicate, Comme une rime sous la patte Magistrale de Mallarmé ! Je flottais comme la moustache De Paul Verlaine au plectre d'or, Je voyais couleur de pistache ; Camille agitait sa cravache, Sur je ne sais plus quel butor ; Si bien qu'au milieu des querelles Je vous retrouvai sur un banc, Dans l'attitude de ces Belles Que Forain, dans ses aquarelles, Habille d'un bout de ruban. Tu t'endormais sur mon épaule. Alors, je fis signe au cocher. Ces choses-là, c'est toujours drôle ! J'entrais d'autant mieux dans ce rôle Que j'aurais eu peine à marcher ; Quand on nous déposa sur terre, Vous fîtes un léger faux pas, Le seul qu'on vous vit jamais faire ; Encor, même à l'œil trop sévère, Peut-être ne l'était-il pas ? Car, dans l'ombre où s'éteint le rêve De mes désirs réalisés, Ton ivresse que l'Art relève Ouvrait, ô noble Fille d'Ève, La volière à tous les baisers !
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Un bon mari, sa femme et deux jolis enfants Coulaient en paix leurs jours dans le simple ermitage Où, paisibles comme eux, vécurent leurs parents. Ces époux, partageant les doux soins du ménage, Cultivaient leur jardin, recueillaient leurs moissons ; Et le soir, dans l'été, soupant sous le feuillage, Dans l'hiver, devant leurs tisons, Ils prêchaient à leurs fils la vertu, la sagesse, Leur parlaient du bonheur qu'ils procurent toujours. Le père par un conte égayait ses discours, La mère par une caresse. L'aîné de ces enfants, né grave, studieux, Lisait et méditait sans cesse ; Le cadet, vif, léger, mais plein de gentillesse, Sautait, riait toujours, ne se plaisait qu'aux jeux. Un soir, selon l'usage, à côté de leur père, Assis près d'une table où s'appuyait la mère, L'aîné lisait Rollin ; le cadet, peu soigneux D'apprendre les hauts faits des Romains ou des Parthes, Employait tout son art, toutes ses facultés, A joindre, à soutenir par les quatre côtés Un fragile château de cartes. Il n'en respirait pas d'attention, de peur. Tout à coup voici le lecteur Qui s'interrompt. " Papa, dit-il, daigne m'instruire Pourquoi certains guerriers sont nommés conquérants, Et d'autres fondateurs d'empire ; Ces deux noms sont-ils différents ? " Le père méditait une réponse sage, Lorsque son fils cadet, transporté de plaisir, Après tant de travail, d'avoir pu parvenir A placer son second étage, S'écrie : " Il est fini ! " Son frère, murmurant, Se fâche, et d'un seul coup détruit son long ouvrage ; Et voilà le cadet pleurant. " Mon fils, répond alors le père, Le fondateur c'est votre frère, Et vous êtes le conquérant. "
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Le château de cartes
Un bon mari, sa femme et deux jolis enfants Coulaient en paix leurs jours dans le simple ermitage Où, paisibles comme eux, vécurent leurs parents. Ces époux, partageant les doux soins du ménage, Cultivaient leur jardin, recueillaient leurs moissons ; Et le soir, dans l'été, soupant sous le feuillage, Dans l'hiver, devant leurs tisons, Ils prêchaient à leurs fils la vertu, la sagesse, Leur parlaient du bonheur qu'ils procurent toujours. Le père par un conte égayait ses discours, La mère par une caresse. L'aîné de ces enfants, né grave, studieux, Lisait et méditait sans cesse ; Le cadet, vif, léger, mais plein de gentillesse, Sautait, riait toujours, ne se plaisait qu'aux jeux. Un soir, selon l'usage, à côté de leur père, Assis près d'une table où s'appuyait la mère, L'aîné lisait Rollin ; le cadet, peu soigneux D'apprendre les hauts faits des Romains ou des Parthes, Employait tout son art, toutes ses facultés, A joindre, à soutenir par les quatre côtés Un fragile château de cartes. Il n'en respirait pas d'attention, de peur. Tout à coup voici le lecteur Qui s'interrompt. " Papa, dit-il, daigne m'instruire Pourquoi certains guerriers sont nommés conquérants, Et d'autres fondateurs d'empire ; Ces deux noms sont-ils différents ? " Le père méditait une réponse sage, Lorsque son fils cadet, transporté de plaisir, Après tant de travail, d'avoir pu parvenir A placer son second étage, S'écrie : " Il est fini ! " Son frère, murmurant, Se fâche, et d'un seul coup détruit son long ouvrage ; Et voilà le cadet pleurant. " Mon fils, répond alors le père, Le fondateur c'est votre frère, Et vous êtes le conquérant. "
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xx(Après avoir lu ses jolis vers.) En vérité, je suis jaloux De ces vers où l'amour respire : Le peindre aussi bien qu'on l'inspire ! Cela ne fut donné qu'à vous. Moi qui voudrais savoir vous plaire, Et qui ne sais que vous chérir, J'ai résolu, pour vous fléchir, De vous prendre pour secrétaire. Je suis sûr de me faire aimer, Si pour moi vous daignez écrire, Si votre esprit daigne exprimer Tout ce que mon cœur veut vous dire. C'est aussi pour changer d'emploi Qu'au mien de grand cœur je renonce : Ecrivez la lettre pour moi, Pour vous je ferai la réponse. Écrit en 1793.
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À Laure B
Je veux en vider un grand litre. C'est très chic le cidre, et d'abord C'est le tien ! je l'aime à ce titre. Il est clair, derrière sa vitre, Comme une aube des Ciels du Nord. C'était le cidre de Corneille, Ne pas confondre avec le Cid : Le premier sort de la bouteille, L'autre, le casque sur l'oreille, Doit venir de Valladolid. C'était le cidre de Guillaume, Duc des Normands pleins de valeur, Qui fit, sur leur nouveau royaume, Flotter les plumes de son heaume, Plus doux que les pommiers en fleur ! Ah ! vos pommiers criblés de pommes, Savez-vous qu'ils ne sont pas laids ! Il me semble que nous y sommes, Non **** des flots, où sont les hommes, Près du sable, où sont les mollets. Et les pommes donc ! qui n'adore Leurs jolis rouges triomphants ! Qu'elles soient deux ou plus encore ; Sans les pommes que l'on dévore, Personne ne ferait d'enfants. L'humanité serait peu flère ; Vos cœurs, Femmes, seraient glacés. Sans les pommes... qu'avait ton père, Sans celles qu'adorait ma mère Oh !... plutôt trop, que pas assez. Ah ! bienheureuses sont les branches, Qui cachent, dans leur *** fouillis, Le cidre d'Harfleur ou d'Avranches, Que l'on boit gaiement, les dimanches, Aux cabarets de ton pays ! Et bienheureux sont ceux qui portent Ces fruits dans toutes leurs saveurs ; Que jamais, jamais ils n'avortent, Puisque aussi bien c'est d'eux que sortent Les Buveuses et les Buveurs !
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Le cidre
Vous mîtes votre bras adroit, Un soir d'été, sur mon bras... gauche. J'aimerai toujours cet endroit, Un café de la Rive-Gauche ; Au bord de la Seine, à Paris : Un homme y chante la Romance Comme au temps... des lansquenets gris ; Vous aviez emmené Clémence. Vous portiez un chapeau très frais Sous des nœuds vaguement orange, Une robe à fleurs... sans apprêts, Sans rien d'affecté ni d'étrange ; Vous aviez un noir mantelet, Une pèlerine, il me semble, Vous étiez belle, et... s'il vous plaît, Comment nous trouvions-nous ensemble ? J'avais l'air, moi, d'un étranger ; Je venais de la Palestine À votre suite me ranger, Pèlerin de ta Pèlerine. Je m'en revenais de Sion, Pour baiser sa frange en dentelle, Et mettre ma dévotion Entière à vos pieds d'Immortelle. Nous causions, je voyais ta voix Dorer ta lèvre avec sa crasse, Tes coudes sur la table en bois, Et ta taille pleine de grâce ; J'admirais ta petite main Semblable à quelque serre vague, Et tes jolis doigts de gamin, Si chics ! qu'ils se passent de bague ; J'aimais vos yeux, où sans effroi Battent les ailes de votre Âme, Qui font se baisser ceux du roi Mieux que les siens ceux d'une femme ; Vos yeux splendidement ouverts Dans leur majesté coutumière... Étaient-ils bleus ? Étaient-ils verts ? Ils m'aveuglaient de ta lumière. Je cherchais votre soulier fin, Mais vous rameniez votre robe Sur ce miracle féminin, Ton pied, ce Dieu, qui se dérobe ! Tu parlais d'un ton triomphant, Prenant aux feintes mignardises De tes lèvres d'amour Enfant Les cœurs, comme des friandises, La rue où rit ce cabaret, Sur laquelle a pu flotter l'Arche, Sachant que l'Ange y descendrait, Porte le nom d'un patriarche. Charmant cabaret de l'Amour ! Je veux un jour y peindre à fresque Le Verre auquel je fis ma cour. Juin, quatre-vingt-cinq, minuit... presque.
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La rencontre
Vous mîtes votre bras adroit, Un soir d'été, sur mon bras... gauche. J'aimerai toujours cet endroit, Un café de la Rive-Gauche ; Au bord de la Seine, à Paris : Un homme y chante la Romance Comme au temps... des lansquenets gris ; Vous aviez emmené Clémence. Vous portiez un chapeau très frais Sous des nœuds vaguement orange, Une robe à fleurs... sans apprêts, Sans rien d'affecté ni d'étrange ; Vous aviez un noir mantelet, Une pèlerine, il me semble, Vous étiez belle, et... s'il vous plaît, Comment nous trouvions-nous ensemble ? J'avais l'air, moi, d'un étranger ; Je venais de la Palestine À votre suite me ranger, Pèlerin de ta Pèlerine. Je m'en revenais de Sion, Pour baiser sa frange en dentelle, Et mettre ma dévotion Entière à vos pieds d'Immortelle. Nous causions, je voyais ta voix Dorer ta lèvre avec sa crasse, Tes coudes sur la table en bois, Et ta taille pleine de grâce ; J'admirais ta petite main Semblable à quelque serre vague, Et tes jolis doigts de gamin, Si chics ! qu'ils se passent de bague ; J'aimais vos yeux, où sans effroi Battent les ailes de votre Âme, Qui font se baisser ceux du roi Mieux que les siens ceux d'une femme ; Vos yeux splendidement ouverts Dans leur majesté coutumière... Étaient-ils bleus ? Étaient-ils verts ? Ils m'aveuglaient de ta lumière. Je cherchais votre soulier fin, Mais vous rameniez votre robe Sur ce miracle féminin, Ton pied, ce Dieu, qui se dérobe ! Tu parlais d'un ton triomphant, Prenant aux feintes mignardises De tes lèvres d'amour Enfant Les cœurs, comme des friandises, La rue où rit ce cabaret, Sur laquelle a pu flotter l'Arche, Sachant que l'Ange y descendrait, Porte le nom d'un patriarche. Charmant cabaret de l'Amour ! Je veux un jour y peindre à fresque Le Verre auquel je fis ma cour. Juin, quatre-vingt-cinq, minuit... presque.
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