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"embrassant" poems
Il avait l'âme aride et vaine de sa mère, L'œil froid du dieu voleur qui marche à reculons ; Il promenait sa grâce, insouciante, altière, Et les nymphes disaient : « Quel marbre nous aimons ! » Un jour que cet enfant d'Hermès et d'Aphrodite Méprisait Salmacis, nymphe du mont Ida, La vierge, l'embrassant d'une étreinte subite, Pénétra son beau corps si bien qu'elle y resta ! De surprise et d'horreur ses divines compagnes, Qui dans cet être unique en reconnaissaient deux, Comme un sphinx égaré dans leurs chastes montagnes, Fuyaient ce double faune au visage douteux. La volupté souffrait dans sa prunelle étrange, Il faisait des serments d'une hésitante voix ; L'amour et le dédain par un hideux mélange Dans son vague sourire étaient peints à la fois. Son inutile sein n'offrait ni lait ni flamme ; En s'y posant, l'oreille, hélas ! eût découvert Un cœur d'homme où chantait un pauvre cœur de femme, Comme un oiseau perdu dans un temple désert. Ô symbole effrayant de ces unions louches Où l'un des deux amants, sans joie et sans désir, Fuit le regard de l'autre ; où l'une des deux bouches En goûtant les baisers sent l'autre les subir !
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Hermaphrodite
Un jour, le temps jaloux, d'une haleine glacée, Fanera tes couleurs comme une fleur passée Sur ces lits de gazon ; Et sa main flétrira sur tes charmantes lèvres Ces rapides baisers, hélas ! dont tu me sèvres Dans leur fraîche saison. Mais quand tes yeux, voilés d'un nuage de larmes, De ces jours écoulés qui t'ont ravi tes charmes Pleureront la rigueur ; Quand dans ton souvenir, dans l'onde du rivage Tu chercheras en vain ta ravissante image, Regarde dans mon coeur ! Là ta beauté fleurit pour des siècles sans nombre ; Là ton doux souvenir veille à jamais à l'ombre De ma fidélité, Comme une lampe d'or dont une vierge sainte Protège avec la main, en traversant l'enceinte, La tremblante clarté. Et quand la mort viendra, d'un autre amour suivie, Éteindre en souriant de notre double vie L'un et l'autre flambeau, Qu'elle étende ma couche à côté de la tienne, Et que ta main fidèle embrasse encor la mienne Dans le lit du tombeau. Ou plutôt puissions-nous passer sur cette terre, Comme on voit en automne un couple solitaire De cygnes amoureux Partir, en s'embrassant, du nid qui les rassemble, Et vers les doux climats qu'ils vont chercher ensemble S'envoler deux à deux.
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Chant d'amour (VI)
Je me fais paysan comme eux. Cela te fâche ? Non. Le cercle où chacun se courbe sur sa tâche, L'homme tissant la paille et la femme le fil, Où le travail fait grave et doux chaque profil, Le soir, près du foyer aux lueurs assoupies, A l'heure où l'on n'entend que le vol noir des pies, Et de rares sabots courant dans les sentiers, Les mains sur les genoux, j'écoute volontiers Le racontage vrai des amours de village : Comme Pierre et Toinon s'adoraient avant l'âge Comme Anne était hardie à douze ans, d'envier Sa soeur Marthe embrassant maître Yvon le bouvier ; Récit réel d'où sort une odeur de feuillées, Et qui, soudain, au souffle effaré des veillées, S'envole, comme au vent la bulle de savon Nuance d'arc-en-ciel, Marthe embrassant Yvon, Perd toute forme humaine, enfle, et se dégingande, En conte où Puck badine avec la fée Urgande.
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Je me fais paysan comme eux
Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle Sur l'esprit gémissant en proie aux longs ennuis, Et que de l'horizon embrassant tout le cercle Il nous verse un jour noir plus triste que les nuits ; Quand la terre est changée en un cachot humide, Où l'Espérance, comme une chauve-souris, S'en va battant les murs de son aile timide Et se cognant la tête à des plafonds pourris ; Quand la pluie étalant ses immenses traînées D'une vaste prison imite les barreaux, Et qu'un peuple muet d'infâmes araignées Vient tendre ses filets au fond de nos cerveaux, Des cloches tout à coup sautent avec furie Et lancent vers le ciel un affreux hurlement, Ainsi que des esprits errants et sans patrie Qui se mettent à geindre opiniâtrement. - Et de longs corbillards, sans tambours ni musique, Défilent lentement dans mon âme ; l'Espoir, Vaincu, pleure, et l'Angoisse atroce, despotique, Sur mon crâne incliné plante son drapeau noir.
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Quand le ciel bas et lourd