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"assombrit" poems
Tout là-haut, tout là-haut, **** de la route sûre, Des fermes, des vallons, par delà les coteaux, Par delà les forêts, les tapis de verdure, **** des derniers gazons foulés par les troupeaux, On rencontre un lac sombre encaissé dans l'abîme Que forment quelques pics désolés et neigeux ; L'eau, nuit et jour, y dort dans un repos sublime, Et n'interrompt jamais son silence orageux. Dans ce morne désert, à l'oreille incertaine Arrivent par moments des bruits faibles et longs, Et des échos plus morts que la cloche lointaine D'une vache qui paît aux penchants des vallons. Sur ces monts où le vent efface tout vestige, Ces glaciers pailletés qu'allume le soleil, Sur ces rochers altiers où guette le vertige, Dans ce lac où le soir mire son teint vermeil, Sous mes pieds, sur ma tête et partout, le silence, Le silence qui fait qu'on voudrait se sauver, Le silence éternel et la montagne immense, Car l'air est immobile et tout semble rêver. On dirait que le ciel, en cette solitude, Se contemple dans l'onde, et que ces monts, là-bas, Écoutent, recueillis, dans leur grave attitude, Un mystère divin que l'homme n'entend pas. Et lorsque par hasard une nuée errante Assombrit dans son vol le lac silencieux, On croirait voir la robe ou l'ombre transparente D'un esprit qui voyage et passe dans les cieux.
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Incompatibilité
Tu peux, comme il te plaît, me faire jeune ou vieux. Comme le soleil fait serein ou pluvieux L'azur dont il est l'âme et que sa clarté dore, Tu peux m'emplir de brume ou m'inonder d'aurore. Du haut de ta splendeur, si pure qu'en ses plis, Tu sembles une femme enfermée en un lys, Et qu'à d'autres moments, l'oeil qu'éblouit ton âme Croit voir, en te voyant, un lys dans une femme. Si tu m'as souri, Dieu ! tout mon être bondit ! Si, Madame, au milieu de tous, vous m'avez dit, A haute voix : « Bonjour, Monsieur, », et bas : « Je t'aime ! » Si tu m'as caressé de ton regard suprême, Je vis ! je suis léger, je suis fier, je suis grand ; Ta prunelle m'éclaire en me transfigurant ; J'ai le reflet charmant des yeux dont tu m'accueilles ; Comme on sent dans un bois des ailes sous les feuilles, On sent de la gaîté sous chacun de mes mots ; Je cours, je vais, je ris ; plus d'ennuis, plus de maux ; Et je chante, et voilà sur mon front la jeunesse ! Mais que ton coeur injuste, un jour, me méconnaisse ; Qu'il me faille porter en moi, jusqu'à demain, L'énigme de ta main retirée à ma main ; - Qu'ai-je fait ? qu'avait-elle ? Elle avait quelque chose. Pourquoi, dans la rumeur du salon où l'on cause, Personne n'entendant, me disait-elle vous ? - Si je ne sais quel froid dans ton regard si doux A passé comme passe au ciel une nuée, Je sens mon âme en moi toute diminuée ; Je m'en vais, courbé, las, sombre comme un aïeul ; Il semble que sur moi, secouant son linceul, Se soit soudain penché le noir vieillard Décembre ; Comme un loup dans son trou, je rentre dans ma chambre ; Le chagrin - âge et deuil, hélas ! ont le même air, - Assombrit chaque trait de mon visage amer, Et m'y creuse une ride avec sa main pesante. Joyeux, j'ai vingt-cinq ans ; triste, j'en ai soixante. Paris, juin 18...
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Tu peux, comme il te plaît
Tu peux, comme il te plaît, me faire jeune ou vieux. Comme le soleil fait serein ou pluvieux L'azur dont il est l'âme et que sa clarté dore, Tu peux m'emplir de brume ou m'inonder d'aurore. Du haut de ta splendeur, si pure qu'en ses plis, Tu sembles une femme enfermée en un lys, Et qu'à d'autres moments, l'oeil qu'éblouit ton âme Croit voir, en te voyant, un lys dans une femme. Si tu m'as souri, Dieu ! tout mon être bondit ! Si, Madame, au milieu de tous, vous m'avez dit, A haute voix : « Bonjour, Monsieur, », et bas : « Je t'aime ! » Si tu m'as caressé de ton regard suprême, Je vis ! je suis léger, je suis fier, je suis grand ; Ta prunelle m'éclaire en me transfigurant ; J'ai le reflet charmant des yeux dont tu m'accueilles ; Comme on sent dans un bois des ailes sous les feuilles, On sent de la gaîté sous chacun de mes mots ; Je cours, je vais, je ris ; plus d'ennuis, plus de maux ; Et je chante, et voilà sur mon front la jeunesse ! Mais que ton coeur injuste, un jour, me méconnaisse ; Qu'il me faille porter en moi, jusqu'à demain, L'énigme de ta main retirée à ma main ; - Qu'ai-je fait ? qu'avait-elle ? Elle avait quelque chose. Pourquoi, dans la rumeur du salon où l'on cause, Personne n'entendant, me disait-elle vous ? - Si je ne sais quel froid dans ton regard si doux A passé comme passe au ciel une nuée, Je sens mon âme en moi toute diminuée ; Je m'en vais, courbé, las, sombre comme un aïeul ; Il semble que sur moi, secouant son linceul, Se soit soudain penché le noir vieillard Décembre ; Comme un loup dans son trou, je rentre dans ma chambre ; Le chagrin - âge et deuil, hélas ! ont le même air, - Assombrit chaque trait de mon visage amer, Et m'y creuse une ride avec sa main pesante. Joyeux, j'ai vingt-cinq ans ; triste, j'en ai soixante. Paris, juin 18...
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