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270309- Journal

A six heures trente- neuf ce matin le grand sourire et un peu trop de blush sur la joue gauche

J'ai senti qu'entre nous deux un léger décalage dans les pratiques professionnelles il y avait

Je n'ai pas su déterminer quel nombre exact de cuillères à café je devais mettre pour l'équivalent d'une cafetière pleine

J'en ai mis six

Il n'en fallait que deux

A midi moins deux minutes nous n'avions toujours pas fini nos toilettes

Il ne restait plus une goutte d'eau, juste des amas de mousse anti-cancer qui s'entassaient là à même le sol, noyés par des milliards de fourmis portant sur leurs dos trop courts des litres de caillots de sang

Le pire c'est le cancer de la vessie, on dirait de la porcelaine, j'osais à peine vous toucher, vous m'excusez?

En attendant le prochain voyage pour la planète cancer j'ai tartiné mon pain de confiture de groseilles, ou était-ce de la prune ?

Peu importe, je ne me sentais pas très bien et je voulais boire le sang de ma propre mère en prenant soin de m'étouffer avec ses quelques caillots restants, en hommage à ses quelques non-dits d'une vie plus que passée et depuis longtemps oubliée

Comme dans la cour d'école, vous ne m'avez pas choisi et j'ai senti que mes jambes me lâchaient

NE FAIRE QUE COMME VOUS ET ÉLIRE DOMICILE DANS VOTRE CAGE D'ESCALIER

J'ai dit "encombré", vous m'avez corrigée et ouvrez les guillemets, je cite: "Pas encombré, mais dyspnéique, cela s'appelle de la dyspnée"

CONN-ASSE

Je me suis appuyée contre le mur, vous ai simplement souri et tout n'allait pas trop bien avec mon blush en surdosage

Les mots étaient là coincés au travers de ma glotte, impossibles à sortir, je ne vous trouvais plus, vous ai simplement servi un café dans une petite tasse en ayant au préalable pensé y cracher toute ma morve dedans

CONNASSE, ON DIT PEUT ETRE DYSPNEIQUE ET PAS ENCOMBRE MAIS QUI DIT QUE TEL PATIENT EST P-SSSY A TOUT BOUT DE CHAMP CA VEUT DIRE QUOI D'AILLEURS ETRE P-SSSY SURTOUT QUAND ON VA CREVER?

Putain, j'ai rien pu dire du tout jusqu'au yaourt aux fruits rouges

Mes seules paroles formulées ne furent pas prises au sérieux et mon salaire ne fut plus qu’une avalanche de vers de terre en pente descendante

Comme un tel visage dépoussiéré et quelques centimètres d'un seul poumon à la surface de vos quatre-vingt trois printemps

Mais que nous reste-t-il donc à vivre ?

La tumeur est là bien visible et vous empêche de parler, presque, de respirer

Vous perdez la tête

Nous perdons la tête

Mais qu'avez-vous donc fait pour mériter telle souffrance?

Chaque nuit le même rêve d'un père que je tue de mes propres mains bouffées par la vermine

De là je l'entends geindre et ses draps sont tachés de sang mais je continue de courir

Je cours encore

Je cours toujours

Je ne sais faire que ça, courir

Je vais m'évanouir

Bon Dieu que je déteste les gens.

 

Mes cheveux me démangeaient alors dès la sortie des classes je suis allée m'acheter de la compote à la cerise et sur le chemin du retour mes cheveux continuaient à me démanger je les ai donc déposés bien délicatement au fond du caniveau de la rue Edgar Quinet

Je suis nulle, je suis nouille et je travaille à Convention

Et à Convention, vous faites quoi?

Dans le théâtre, je travaille dans le théâtre

Il s'appelle Boris et en fait c'est pas ça du tout

Il n'y avait pas de chauffage chez moi et la femme n'était pas enceinte

Je n'ai jamais rien compris au fonctionnement propre d'un miroir et j'ai mes derniers textes qui attendent d'être classés ainsi que la syntaxe à rafraîchir

Appelez-moi comme vous voulez et arrachez moi toutes mes dents, peu m’importe

J'ai le poste de télévision qui dérive sur la droite

Laissez-moi finir mon chapitre et surtout ne dites à personne ce que je vous ai dit

Oubliez l’écrivaine qui écrit comme elle respire

Je ne fais que torcher des culs comme on emballe des endives, le monde tourne à l'envers, le bateau coule, c'est la crise, non l'escroquerie pardon, te souviens-tu du jour où tu as rêvé...

Prendre un paquebot à l'amiante et t'envoler pour la planète Néant

N'oubliez jamais que peut-être demain matin de votre lit vous ne pourrez plus parler car durant une nuit sans fin votre tête rongée par la culpabilité aura été tranchée

Je sens je pisse encore du sang et ma vie n'est plus qu'un cargo à la dérive

Baissez donc le rideau et laissez-moi, vous m'avez assez emmerdé pour aujourd'hui.

 

.../...

 

Je l'ai vraiment tué ?

 

.../...

 

Je ne sais plus

Alors j'ai avalé les derniers débris de glace

Il respirait encore quand je suis partie

J'ai chié dans mon jean troué aux deux genoux et j'ai simplement continué de courir.

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Written by
solenn-fresnay
French
Published
Nov 11, 2012
Lines·Words
55·812
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