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Pourtant, si tu m'aimais

Pourtant, si tu m'aimais ! si cette raillerie

 

Avait jeté racine et germé sourdement ;

 

Si, moi qui me jouais, si tu m'avais, Marie,

 

De la bouche et du cœur appelé ton amant !

 

 

Si je t'avais trompée, et si j'avais su rendre

 

Si puissant et si doux mon sourire moqueur.

 

Que ton âme crédule ait pu se laisser prendre

 

Aux semblants d'un amour qui n'est point dans mon cœur,

 

 

Malheur à tous les deux ! Tôt ou **** l'imposture

 

Rapportera ses fruits d'angoisse et de douleur ;

 

Et toi, qui n'a rien fait, toi, pauvre créature,

 

Tu prendras comme moi ta moitié du malheur.

 

 

Et si j'avais dit vrai ; cependant, quand j'y songe...

 

Ô femme ! vois un peu ce que c'est que de nous !

 

Pour peu que cette voix, qui riait du mensonge.

 

Eût de torrents d'amour inondé tes genoux !

 

 

Comme un berceau d'enfant à la branche fleurie,

 

Si j'avais suspendu mon bonheur à tes pas,

 

Malheur, encor malheur ! car cette fois, Marie,

 

Hélas ! ce serait toi qui ne m'aimerais pas !

 

 

Était-ce donc ta loi, pitoyable nature.

 

De reculer toujours le but que j'entrevois,

 

Et de ne mettre au cœur de chaque créature

 

Qu'un désir sans espoir, et qu'un écho sans voix.

 

 

Ô malédiction ! était-ce ton envie

 

De n'accomplir jamais qu'une part du souhait,

 

Et le seul avenir est-il pour cette vie,

 

De haïr qui nous aime, ou d'aimer qui nous hait.

f
Written by
Félix Arvers
French
Lines·Words
28·241
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