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À Cassandre (I)

Ma petite colombelle,

Ma mignonne toute belle,

Mon petit œil, baisez-moi ;

D'une bouche toute pleine

De musc, chassez-moi la peine

De mon amoureux émoi.

 

Quand je vous dirai, Mignonne,

Approchez-vous, qu'on me donne

Neuf baisers tout à la fois,

Donnez-m'en seulement trois,

 

Tels que Diane guerrière

Les donne à Phébus son frère,

Et l'Aurore à son vieillard :

Puis reculez votre bouche,

Et bien **** toute farouche

Fuyez d'un pied frétillard.

 

Comme un taureau par le pré

Court après son amourée,

Ainsi tout chaud de courroux

Je courrai fou après vous ;

 

Et prise d'une main forte

Vous tiendrai, de telle sorte

Qu'un Aigle un Cygne tremblant.

Lors faisant de la modeste,

De me redonner le reste

Des baisers, ferez semblant.

 

Mais en vain serez pendante

Toute à mon col, attendante

(Tenant un peu l'œil baissé)

Pardon de m'avoir laissé.

 

Car en lieu de six adonques (1)

J'en demanderai plus qu'oncques (2)

Tout le ciel d'étoiles n'eut ;

Plus que d'arène poussée

Aux bords, quand l'eau courroucée

Contre les rives s'émeut.

 

 

1. Adonques : Alors, maintenant.

2. Oncques : Jamais.

p
Written by
Pierre de Ronsard
French
Lines·Words
38·181
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