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Les deux dindons

Fable XVII, Livre III.

 

 

Deux dindons s'engraissaient dans une métairie ;

Égaux en droits : l'un d'eux croyait pourtant valoir

Bien plus que son confrère. Hé pourquoi, je vous prie ?

Parce qu'il était blanc, et que l'autre était noir.

Aussi Dieu sait quels droits à la prééminence

Par un tel avantage il se croyait acquis,

Toisant son commensal de l'œil dont un marquis

Regarde un homme, de finance.

Vient cependant la Saint-Martin.

Le maître invite sa famille ;

Le maître ordonne un grand festin :

Il célébrait sa fête et mariait sa fille.

Or ce jour de bombance et d'indigestion,

Inscrit par La Reynière au rang des jours célèbres,

Est pour la basse-cour un jour des plus funèbres.

Le poulailler fut mis à contribution.

Dans le garde-manger dès la veille on admire

Deux compagnons de truffes parfumés.

Lequel des deux fut blanc ? on ne saurait le dire,

Car tous les deux étaient plumés.

 

Ainsi, sous l'éclat dont il brille,

Tel homme paraît sans égal,

Jusqu'au moment triste et fatal

Qui pour jamais nous déshabille.

a
Written by
Antoine-Vincent Arnault
French
Lines·Words
25·176
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