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Orphée, au bois du Caystre

Orphée, au bois du Caystre,

Ecoutait, quand l'astre luit,

Le rire obscur et sinistre

Des inconnus de la nuit.

 

Phtas, la sibylle thébaine,

Voyait près de Phygalé

Danser des formes d'ébène

Sur l'horizon étoilé.

 

Eschyle errait à la brune

En Sicile, et s'enivrait

Des flûtes du clair de lune

Qu'on entend dans la forêt.

 

Pline, oubliant toutes choses

Pour les nymphes de Milet,

Epiait leurs jambes roses

Quand leur robe s'envolait.

 

Plaute, rôdant à Viterbe

Dans les vergers radieux,

Ramassait parfois dans l'herbe

Des fruits mordus par les dieux.

 

Versailles est un lieu sublime

Où le faune, un pied dans l'eau,

Offre à Molière la rime,

Etonnement de Boileau.

 

Le vieux Dante, à qui les âmes

Montraient leur sombre miroir,

Voyait s'évader des femmes

Entre les branches le soir.

 

André Chénier sous les saules

Avait l'éblouissement

De ces fuyantes épaules

Dont Virgile fut l'amant.

 

Shakespeare, aux aguets derrière

Le chêne aux rameaux dormants,

Entendait dans la clairière

De vagues trépignements.

 

Ô feuillage, tu m'attires ;

Un dieu t'habite ; et je crois

Que la danse des satyres

Tourne encore au fond des bois.

Written by
Victor Hugo
1802-1885 / Male / French
Lines·Words
40·183
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