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Hugo Dundas

Devant les douze lords de la chambre étoilée,

Hugo Dundas fut grand.

Du fond d'une tribune une femme voilée

L'admirait en pleurant.

 

Nuit, flambeaux, murs drapés, blasons des deux royaumes,

C'était sinistre et beau.

Les douze pairs muets semblaient douze fantômes,

Assis dans un tombeau.

 

Une hache brillait. Le peuple criait : honte !

Le peuple et les soldats.

Tous menaçaient. Mais rien ne fit pâlir le comte,

Le comte Hugo Dundas.

 

La Révolte a troublé les monts où l'aigle plane,

Et vous étiez là tous.

Que faisiez-vous, mylord, à Dumbar, à Cartlane ?

Mylord, qu'y faisiez-vous ?

 

Mes pairs, j'ai défendu le roi que mon coeur nomme,

Mon clan, mon étendard.

J'aime l'aigle et le roi, car je suis gentilhomme

Et je suis montagnard.

 

Ainsi le juge austère et le comte superbe

Se parlaient dans la tour.

Heureux le bon soldat qui meurt, couché sur l'herbe,

En plein air, en plein jour !

 

La cour se retira. L'on voyait dans la salle

Le peuple fourmiller.

Enfin l'aube apparut comme une vierge pâle

Que l'homme va souiller.

 

Les portes du conseil, de bronze revêtues,

S'ébranlèrent alors ;

Et l'on vit, à pas lents, comme douze statues

Rentrer les douze lords.

 

Le juge en cheveux blancs, debout, parlant au comte,

Dit : « Nos jours durent peu.

Puisque cet homme au roi ne veut pas rendre compte,

Il rendra compte à Dieu.

 

Sachez qu'on va dresser devant la Tour de Londres

Un grand échafaud noir.

Lord comte Hugo Dundas, qu'avez-vous à répondre ?

Vous mourrez demain soir. »

 

Alors un de ces cris, qui font que l'effroi monte

Jusqu'au juge inquiet,

Retentit sous la voûte... - On regarda le comte ;

Le comte souriait.

 

Il dit : « Adieu la vie ! » Et ; sans trouble dans l'âme,

Il salua la cour.

Puis se tournant vers l'ombre où pleurait une femme,

« Adieu, dit-il, amour ! »

 

Le 14 janvier 1844.

Written by
Victor Hugo
1802-1885 / Male / French
Lines·Words
49·321
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