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"monstre" poems
Den dag var det som om, at selv himlens blå bebrejdede min eksistens. Regnen faldt anderledes. Det hele var anderledes. Dem. Jeg. Hvem? Jeg tror, at jeg bevægede mig - Sørgede for ikke at se mig tilbage. Ej heller frem. Forpustet, forkommen, forladt. Blå. begyndte jeg at se monstre i spejlet i stedet for under sengen som ja, dengang. Fortroligheder var gemt i gulvsprækkerne, hvilke der viskede historier til væggene om stort og blåt. Om hvordan længere ud, ikke var langt nok. Om at der kun var mig, og at ej heller det var nok. Om at blive afhængig, og hvordan organer skæres. Om hvordan to fingre i halsen og et sind i krig kan romantiseres. Om at samvittigheden bliver for ivrig. At vi skal knuselske alt blåt, at det aldrig bliver blåt nok, at vi en dag nok skal blive væk.
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Apr 8, 2015
Apr 8, 2015 at 11:50 AM UTC
Blåligt
I. Tu n'es certes pas, ma très-chère, Ce que Veuillot nomme un tendron. Le jeu, l'amour, la bonne chère, Bouillonnent en toi, vieux chaudron ! Tu n'es plus fraîche, ma très-chère, Ma vieille infante ! Et cependant Tes caravanes insensées T'ont donné ce lustre abondant Des choses qui sont très-usées, Mais qui séduisent cependant. Je ne trouve pas monotone La verdure de tes quarante ans ; Je préfère tes fruits, Automne, Aux fleurs banales du Printemps ! Non ! tu n'es jamais monotone ! Ta carcasse à des agréments Et des grâces particulières ; Je trouve d'étranges piments Dans le creux de tes deux salières ; Ta carcasse à des agréments ! Nargue des amants ridicules Du melon et du giraumont ! Je préfère tes clavicules À celles du roi Salomon, Et je plains ces gens ridicules ! Tes cheveux, comme un casque bleu, Ombragent ton front de guerrière, Qui ne pense et rougit que peu, Et puis se sauvent par derrière, Comme les crins d'un casque bleu. Tes yeux qui semblent de la boue, Où scintille quelque fanal, Ravivés au fard de ta joue, Lancent un éclair infernal ! Tes yeux sont noirs comme la boue ! Par sa luxure et son dédain Ta lèvre amère nous provoque ; Cette lèvre, c'est un Eden Qui nous attire et qui nous choque. Quelle luxure ! et quel dédain ! Ta jambe musculeuse et sèche Sait gravir au haut des volcans, Et malgré la neige et la dèche Danser les plus fougueux cancans. Ta jambe est musculeuse et sèche ; Ta peau brûlante et sans douceur, Comme celle des vieux gendarmes, Ne connaît pas plus la sueur Que ton oeil ne connaît les larmes. (Et pourtant elle a sa douceur !) II. Sotte, tu t'en vas droit au Diable ! Volontiers j'irais avec toi, Si cette vitesse effroyable Ne me causait pas quelque émoi. Va-t'en donc, toute seule, au Diable ! Mon rein, mon poumon, mon jarret Ne me laissent plus rendre hommage À ce Seigneur, comme il faudrait. « Hélas ! c'est vraiment bien dommage ! » Disent mon rein et mon jarret. Oh ! très-sincèrement je souffre De ne pas aller aux sabbats, Pour voir, quand il pète du soufre, Comment tu lui baises son cas ! Oh ! très-sincèrement je souffre ! Je suis diablement affligé De ne pas être ta torchère, Et de te demander congé, Flambeau d'enfer ! Juge, ma chère, Combien je dois être affligé, Puisque depuis longtemps je t'aime, Étant très-logique ! En effet, Voulant du Mal chercher la crème Et n'aimer qu'un monstre parfait, Vraiment oui ! vieux monstre, je t'aime !
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Le monstre
I. Tu n'es certes pas, ma très-chère, Ce que Veuillot nomme un tendron. Le jeu, l'amour, la bonne chère, Bouillonnent en toi, vieux chaudron ! Tu n'es plus fraîche, ma très-chère, Ma vieille infante ! Et cependant Tes caravanes insensées T'ont donné ce lustre abondant Des choses qui sont très-usées, Mais qui séduisent cependant. Je ne trouve pas monotone La verdure de tes quarante ans ; Je préfère tes fruits, Automne, Aux fleurs banales du Printemps ! Non ! tu n'es jamais monotone ! Ta carcasse à des agréments Et des grâces particulières ; Je trouve d'étranges piments Dans le creux de tes deux salières ; Ta carcasse à des agréments ! Nargue des amants ridicules Du melon et du giraumont ! Je préfère tes clavicules À celles du roi Salomon, Et je plains ces gens ridicules ! Tes cheveux, comme un casque bleu, Ombragent ton front de guerrière, Qui ne pense et rougit que peu, Et puis se sauvent par derrière, Comme les crins d'un casque bleu. Tes yeux qui semblent de la boue, Où scintille quelque fanal, Ravivés au fard de ta joue, Lancent un éclair infernal ! Tes yeux sont noirs comme la boue ! Par sa luxure et son dédain Ta lèvre amère nous provoque ; Cette lèvre, c'est un Eden Qui nous attire et qui nous choque. Quelle luxure ! et quel dédain ! Ta jambe musculeuse et sèche Sait gravir au haut des volcans, Et malgré la neige et la dèche Danser les plus fougueux cancans. Ta jambe est musculeuse et sèche ; Ta peau brûlante et sans douceur, Comme celle des vieux gendarmes, Ne connaît pas plus la sueur Que ton oeil ne connaît les larmes. (Et pourtant elle a sa douceur !) II. Sotte, tu t'en vas droit au Diable ! Volontiers j'irais avec toi, Si cette vitesse effroyable Ne me causait pas quelque émoi. Va-t'en donc, toute seule, au Diable ! Mon rein, mon poumon, mon jarret Ne me laissent plus rendre hommage À ce Seigneur, comme il faudrait. « Hélas ! c'est vraiment bien dommage ! » Disent mon rein et mon jarret. Oh ! très-sincèrement je souffre De ne pas aller aux sabbats, Pour voir, quand il pète du soufre, Comment tu lui baises son cas ! Oh ! très-sincèrement je souffre ! Je suis diablement affligé De ne pas être ta torchère, Et de te demander congé, Flambeau d'enfer ! Juge, ma chère, Combien je dois être affligé, Puisque depuis longtemps je t'aime, Étant très-logique ! En effet, Voulant du Mal chercher la crème Et n'aimer qu'un monstre parfait, Vraiment oui ! vieux monstre, je t'aime !
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77
Ex-voto dans le goût espagnol. Je veux bâtir pour toi, Madone, ma maîtresse, Un autel souterrain au fond de ma détresse, Et creuser dans le coin le plus noir de mon coeur, **** du désir mondain et du regard moqueur, Une niche, d'azur et d'or tout émaillée, Où tu te dresseras, Statue émerveillée. Avec mes Vers polis, treillis d'un pur métal Savamment constellé de rimes de cristal, Je ferai pour ta tête une énorme Couronne ; Et dans ma jalousie, ô mortelle Madone, Je saurai te tailler un Manteau, de façon Barbare, roide et lourd, et doublé de soupçon, Qui, comme une guérite, enfermera tes charmes ; Non de Perles brodé, mais de toutes mes Larmes ! Ta Robe, ce sera mon Désir, frémissant, Onduleux, mon Désir qui monte et qui descend, Aux pointes se balance, aux vallons se repose, Et revêt d'un baiser tout ton corps blanc et rose. Je te ferai de mon Respect de beaux Souliers De satin, par tes pieds divins humiliés, Qui, les emprisonnant dans une molle étreinte, Comme un moule fidèle en garderont l'empreinte. Si je ne puis, malgré tout mon art diligent, Pour Marchepied tailler une Lune d'argent, Je mettrai le Serpent qui me mord les entrailles Sous tes talons, afin que tu foules et railles, Reine victorieuse et féconde en rachats, Ce monstre tout gonflé de haine et de crachats. Tu verras mes Pensers, rangés comme les Cierges Devant l'autel fleuri de la Reine des Vierges, Étoilant de reflets le plafond peint en bleu, Te regarder toujours avec des yeux de feu ; Et comme tout en moi te chérit et t'admire, Tout se fera Benjoin, Encens, Oliban, Myrrhe, Et sans cesse vers toi, sommet blanc et neigeux, En Vapeurs montera mon Esprit orageux. Enfin, pour compléter ton rôle de Marie, Et pour mêler l'amour avec la barbarie, Volupté noire ! des sept Péchés capitaux, Bourreau plein de remords, je ferai sept Couteaux Bien affilés, et, comme un jongleur insensible, Prenant le plus profond de ton amour pour cible, Je les planterai tous dans ton Coeur pantelant, Dans ton Coeur sanglotant, dans ton Coeur ruisselant !
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À une Madone
Ex-voto dans le goût espagnol. Je veux bâtir pour toi, Madone, ma maîtresse, Un autel souterrain au fond de ma détresse, Et creuser dans le coin le plus noir de mon coeur, **** du désir mondain et du regard moqueur, Une niche, d'azur et d'or tout émaillée, Où tu te dresseras, Statue émerveillée. Avec mes Vers polis, treillis d'un pur métal Savamment constellé de rimes de cristal, Je ferai pour ta tête une énorme Couronne ; Et dans ma jalousie, ô mortelle Madone, Je saurai te tailler un Manteau, de façon Barbare, roide et lourd, et doublé de soupçon, Qui, comme une guérite, enfermera tes charmes ; Non de Perles brodé, mais de toutes mes Larmes ! Ta Robe, ce sera mon Désir, frémissant, Onduleux, mon Désir qui monte et qui descend, Aux pointes se balance, aux vallons se repose, Et revêt d'un baiser tout ton corps blanc et rose. Je te ferai de mon Respect de beaux Souliers De satin, par tes pieds divins humiliés, Qui, les emprisonnant dans une molle étreinte, Comme un moule fidèle en garderont l'empreinte. Si je ne puis, malgré tout mon art diligent, Pour Marchepied tailler une Lune d'argent, Je mettrai le Serpent qui me mord les entrailles Sous tes talons, afin que tu foules et railles, Reine victorieuse et féconde en rachats, Ce monstre tout gonflé de haine et de crachats. Tu verras mes Pensers, rangés comme les Cierges Devant l'autel fleuri de la Reine des Vierges, Étoilant de reflets le plafond peint en bleu, Te regarder toujours avec des yeux de feu ; Et comme tout en moi te chérit et t'admire, Tout se fera Benjoin, Encens, Oliban, Myrrhe, Et sans cesse vers toi, sommet blanc et neigeux, En Vapeurs montera mon Esprit orageux. Enfin, pour compléter ton rôle de Marie, Et pour mêler l'amour avec la barbarie, Volupté noire ! des sept Péchés capitaux, Bourreau plein de remords, je ferai sept Couteaux Bien affilés, et, comme un jongleur insensible, Prenant le plus profond de ton amour pour cible, Je les planterai tous dans ton Coeur pantelant, Dans ton Coeur sanglotant, dans ton Coeur ruisselant !
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Le navire est venu à cheval, à une heure inexacte Notre frère-matelot, du Panthéon  des Poètes, était à son bord Jean Pierre Basilic Dantor Frankétienne D’argent Qui écrivait, à la hâte, le dernier acte Se trouvait par hasard, miraculeusement sur le port Il est monté, il est parti sans parler, sans argent Sans ses chefs d’œuvre, sans une petite maison C’est la vie, on part à toute saison. Kalfou te kindeng miwo, miba ye. Franckétienne n’est pas disparu Il est quelque part, à Ravine-Sèche,  dans les rues Son inspiration est dans ‘l’émission le Point’ Nous n’avons pas d’autres choix que de prendre soin De sa mémoire, de son invention et de son imagination Franckétienne était un génie Haïtien, poète, dramaturge, spiraliste Ministre de la culture, faiseur de mots, chanteur, peintre et artiste Son nom était une longue phrase Et ses paroles faisaient rire jusqu'à l’extase. Kalfou te kindeng miwo, miba ye. De son vivant, il n’avait pas obtenu sa petite maison C’était un génie légendaire qui a défié l’imagination La dictature, l’ordinaire, l’inordinaire et l’abstraction En devenant un mapou, un baobab. Dirait Wendell Quel potomitan! Quelle cathédrale! Quelle citadelle! Pour paraphraser le fils du directeur de Mac Donald « S’il arrive que tu tombes, apprends vite à chevaucher Ta chute, que ta chute devienne un cheval, ton cheval Pour continuer le voyage », la randonnée. Kalfou te kindeng miwo, miba ye. « Chaque minute compte après cinquante ans » Disait Franckétienne, puisqu’on peut partir A n’importe quelle heure, à n’importe quel instant ‘Galaxie plomb gaillé’, pas trop **** du nadir Une trace invisible sur la tète à la Valentino ou à la Tino Rossi Frankétienne s’en est allé, l’artiste est parti Il demeure plus que jamais un Être nouveau Le géant, l’écrivain, le comédien, le créateur des mots Est habillé en bretelle comme un gros blanc nègre Pas comme un monstre de Dr. Frankenstein. Comme une pègre Le navire est venu à cheval, c’est la mort Qui nous menace comme si nous avions tort Nous pleurons maintenant comme la mère Pour cet octogénaire avancé, pour ce prince de lumière. Kalfou te kindeng miwo, miba ye. P.S. Un Hommage à Franckétienne et famille, à Wendell Théodore Et compagnie,  à Radio Métropole et à tous  les Haïtiens conséquents. J’offre mes sincères condoléances à tous. Sit ei terra levis! Copyright © Février 2025, Hébert Logerie, Tous droits réservés Hébert Logerie est l'auteur de plusieurs recueils de poésie.
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Feb 24, 2025
Feb 24, 2025 at 7:38 AM UTC
Le Navire Est Venu À Cheval, Ou Hommage Au Fameux Poète Frankétienne
Le navire est venu à cheval, à une heure inexacte Notre frère-matelot, du Panthéon  des Poètes, était à son bord Jean Pierre Basilic Dantor Frankétienne D’argent Qui écrivait, à la hâte, le dernier acte Se trouvait par hasard, miraculeusement sur le port Il est monté, il est parti sans parler, sans argent Sans ses chefs d’œuvre, sans une petite maison C’est la vie, on part à toute saison. Kalfou te kindeng miwo, miba ye. Franckétienne n’est pas disparu Il est quelque part, à Ravine-Sèche,  dans les rues Son inspiration est dans ‘l’émission le Point’ Nous n’avons pas d’autres choix que de prendre soin De sa mémoire, de son invention et de son imagination Franckétienne était un génie Haïtien, poète, dramaturge, spiraliste Ministre de la culture, faiseur de mots, chanteur, peintre et artiste Son nom était une longue phrase Et ses paroles faisaient rire jusqu'à l’extase. Kalfou te kindeng miwo, miba ye. De son vivant, il n’avait pas obtenu sa petite maison C’était un génie légendaire qui a défié l’imagination La dictature, l’ordinaire, l’inordinaire et l’abstraction En devenant un mapou, un baobab. Dirait Wendell Quel potomitan! Quelle cathédrale! Quelle citadelle! Pour paraphraser le fils du directeur de Mac Donald « S’il arrive que tu tombes, apprends vite à chevaucher Ta chute, que ta chute devienne un cheval, ton cheval Pour continuer le voyage », la randonnée. Kalfou te kindeng miwo, miba ye. « Chaque minute compte après cinquante ans » Disait Franckétienne, puisqu’on peut partir A n’importe quelle heure, à n’importe quel instant ‘Galaxie plomb gaillé’, pas trop **** du nadir Une trace invisible sur la tète à la Valentino ou à la Tino Rossi Frankétienne s’en est allé, l’artiste est parti Il demeure plus que jamais un Être nouveau Le géant, l’écrivain, le comédien, le créateur des mots Est habillé en bretelle comme un gros blanc nègre Pas comme un monstre de Dr. Frankenstein. Comme une pègre Le navire est venu à cheval, c’est la mort Qui nous menace comme si nous avions tort Nous pleurons maintenant comme la mère Pour cet octogénaire avancé, pour ce prince de lumière. Kalfou te kindeng miwo, miba ye. P.S. Un Hommage à Franckétienne et famille, à Wendell Théodore Et compagnie,  à Radio Métropole et à tous  les Haïtiens conséquents. J’offre mes sincères condoléances à tous. Sit ei terra levis! Copyright © Février 2025, Hébert Logerie, Tous droits réservés Hébert Logerie est l'auteur de plusieurs recueils de poésie.
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Supposez Goliath mené par Myrmidon. Le cornac est tout jeune et la bête est énorme. Le palanquin tremblant par instant se déforme Et vous cahote au point de vous estropier Sous ses rideaux de cuir et son toit de papier. Un monstre n'a pas moins de roulis qu'un navire ; Comme un vaisseau chancelle un éléphant chavire, Et vous avez le mal de mer sur Béhémoth. Le cornac, nain pensif, conseille à demi-mot Le colosse, et le monstre écoute et ne se trompe Sur rien, ni sur le gué qu'il sonde avec sa trompe, Ni sur la route à suivre, et jamais l'éléphant N'a peur, pourvu qu'il soit conduit par un enfant.
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À dos d'éléphant
Sonnet. Toutes, portant l'amphore, une main sur la hanche, Théano, Callidie, Amymone, Agavé, Esclaves d'un labeur sans cesse inachevé, Courent du puits à l'urne où l'eau vaine s'épanche. Hélas ! le grès rugueux meurtrit l'épaule blanche, Et le bras faible est las du fardeau soulevé : « Monstre, que nous avons nuit et jour abreuvé, Ô gouffre, que nous veut ta soif que rien n'étanche ? » Elles tombent, le vide épouvante leurs cœurs ; Mais la plus jeune alors, moins triste que ses sœurs, Chante, et leur rend la force et la persévérance. Tels sont l'œuvre et le sort de nos illusions : Elles tombent toujours, et la jeune Espérance Leur dit toujours : « Mes sœurs, si nous recommencions ! »
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Les Danaïdes
Sur la rive du Nil un jour deux beaux enfants S'amusaient à faire sur l'onde, Avec des cailloux plats, ronds, légers et tranchants, Les plus beaux ricochets du monde. Un crocodile affreux arrive entre deux eaux, S'élance tout-à-coup, happe l'un des marmots, Qui crie et disparaît dans sa gueule profonde, L'autre fuit, en pleurant son pauvre compagnon. Un honnête et digne esturgeon, Témoin de cette tragédie, S'éloigne avec horreur, se cache au fond des flots ; Mais bientôt il entend le coupable amphibie Gémir et pousser des sanglots : Le monstre a des remords, dit-il : ô providence, Tu venges souvent l'innocence ; Pourquoi ne la sauves-tu pas ? Ce scélérat du moins pleure ses attentats ; L'instant est propice, je pense, Pour lui prêcher la pénitence : Je m'en vais lui parler. Plein de compassion, Notre saint homme d'esturgeon Vers le crocodile s'avance : Pleurez, lui cria-t-il, pleurez votre forfait ; Livrez votre âme impitoyable Au remords, qui des dieux est le dernier bienfait, Le seul médiateur entre eux et le coupable. Malheureux, manger un enfant ! Mon cœur en a frémi ; j'entends gémir le vôtre... Oui, répond l'assassin, je pleure en ce moment De regret d'avoir manqué l'autre. Tel est le remords du méchant.
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Le crocodile et l'esturgeon
Viens-tu du ciel profond ou sors-tu de l'abîme, Ô Beauté ! ton regard, infernal et divin, Verse confusément le bienfait et le crime, Et l'on peut pour cela te comparer au vin. Tu contiens dans ton oeil le couchant et l'aurore ; Tu répands des parfums comme un soir orageux ; Tes baisers sont un philtre et ta bouche une amphore Qui font le héros lâche et l'enfant courageux. Sors-tu du gouffre noir ou descends-tu des astres ? Le Destin charmé suit tes jupons comme un chien ; Tu sèmes au hasard la joie et les désastres, Et tu gouvernes tout et ne réponds de rien. Tu marches sur des morts, Beauté, dont tu te moques ; De tes bijoux l'Horreur n'est pas le moins charmant, Et le Meurtre, parmi tes plus chères breloques, Sur ton ventre orgueilleux danse amoureusement. L'éphémère ébloui vole vers toi, chandelle, Crépite, flambe et dit : Bénissons ce flambeau ! L'amoureux pantelant incliné sur sa belle A l'air d'un moribond caressant son tombeau. Que tu viennes du ciel ou de l'enfer, qu'importe, Ô Beauté ! monstre énorme, effrayant, ingénu ! Si ton oeil, ton souris, ton pied, m'ouvrent la porte D'un Infini que j'aime et n'ai jamais connu ? De Satan ou de Dieu, qu'importe ? Ange ou Sirène, Qu'importe, si tu rends, - fée aux yeux de velours, Rythme, parfum, lueur, ô mon unique reine ! - L'univers moins hideux et les instants moins lourds ?
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Hymne à la beauté
Le jour pousse la nuit, Et la nuit sombre Pousse le jour qui luit D'une obscure ombre. L'Autonne suit l'Esté, Et l'aspre rage Des vents n'a point esté Apres l'orage. Mais la fièvre d'amours Qui me tourmente, Demeure en moy tousjours, Et ne s'alente. Ce n'estoit pas moy, Dieu, Qu'il falloit poindre, Ta fleche en autre lieu Se devoit joindre. Poursuy les paresseux Et les amuse, Mais non pas moy, ne ceux Qu'aime la Muse. Helas, delivre moy De ceste dure, Qui plus rit, quand d'esmoy Voit que j'endure. Redonne la clarté A mes tenebres, Remets en liberté Mes jours funebres. Amour sois le support De ma pensée, Et guide à meilleur port Ma nef cassée. Tant plus je suis criant Plus me reboute, Plus je la suis priant Et moins m'escoute. Ne ma palle couleur D'amour blesmie N'a esmeu à douleur Mon ennemie. Ne sonner à son huis De ma guiterre, Ny pour elle les nuis Dormir à terre. Plus cruel n'est l'effort De l'eau mutine Qu'elle, lors que plus fort Le vent s'obstine. Ell' s'arme en sa beauté, Et si ne pense Voir de sa cruauté La récompense. Monstre toy le veinqueur, Et d'elle enflame Pour exemple le coeur De telle flame, Qui la soeur alluma Trop indiscrete, Et d'ardeur consuma La Royne en Crete.
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À Cupidon
Voyager seul est triste, et j'ai passé la nuit Dans une étrange hôtellerie. À la plus vieille chambre un enfant m'a conduit, De galerie en galerie. Je me suis étendu sur un grand lit carré Flanqué de lions héraldiques ; Un rideau blanc tombait à longs plis, bigarré Du reflet des vitraux gothiques. J'étais là, recevant, muet et sans bouger, Les philtres que la lune envoie, Quand j'ouïs un murmure, un froissement léger, Comme fait l'ongle sur la soie ; Puis comme un battement de fléaux sourds et prompts Dans des granges très éloignées ; Puis on eût dit, plus près, le han des bûcherons Tour à tour lançant leurs cognées ; Puis un long roulement, un vaste branle-bas, Pareil au bruit d'un char de tôle Attelé d'un dragon toujours fumant et las, Qui souffle à chaque effort d'épaule ; Puis soudain serpenta dans l'infini du soir Un sifflement lugubre, intense, Comme le cri perçant d'une âme au désespoir En fuite par le vide immense. Or, c'était un convoi que j'entendais courir À toute vapeur dans la plaine. Il passa, laissant **** derrière lui mourir Son fracas et sa rouge haleine. Le passage du monstre un moment ébranla Les carreaux étroits des fenêtres, Fit geindre un clavecin poudreux qui dormait là Et frémir des portraits d'ancêtres ; Sur la tapisserie Actéon tressaillit, Diane contracta les lèvres ; Un plâtras détaché du haut du mur faillit Briser l'horloge de vieux sèvres. Ce fut tout. Le silence aux voûtes du plafond Replia lentement son aile, Et la nuit, arrachée à son rêve profond, Se redrapa plus solennelle. Mais mon cœur remué ne se put assoupir : J'écoutais toujours dans l'espace Cette course effrénée et ce strident soupir, Image d'un siècle qui passe.
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Effet de nuit
Voyager seul est triste, et j'ai passé la nuit Dans une étrange hôtellerie. À la plus vieille chambre un enfant m'a conduit, De galerie en galerie. Je me suis étendu sur un grand lit carré Flanqué de lions héraldiques ; Un rideau blanc tombait à longs plis, bigarré Du reflet des vitraux gothiques. J'étais là, recevant, muet et sans bouger, Les philtres que la lune envoie, Quand j'ouïs un murmure, un froissement léger, Comme fait l'ongle sur la soie ; Puis comme un battement de fléaux sourds et prompts Dans des granges très éloignées ; Puis on eût dit, plus près, le han des bûcherons Tour à tour lançant leurs cognées ; Puis un long roulement, un vaste branle-bas, Pareil au bruit d'un char de tôle Attelé d'un dragon toujours fumant et las, Qui souffle à chaque effort d'épaule ; Puis soudain serpenta dans l'infini du soir Un sifflement lugubre, intense, Comme le cri perçant d'une âme au désespoir En fuite par le vide immense. Or, c'était un convoi que j'entendais courir À toute vapeur dans la plaine. Il passa, laissant **** derrière lui mourir Son fracas et sa rouge haleine. Le passage du monstre un moment ébranla Les carreaux étroits des fenêtres, Fit geindre un clavecin poudreux qui dormait là Et frémir des portraits d'ancêtres ; Sur la tapisserie Actéon tressaillit, Diane contracta les lèvres ; Un plâtras détaché du haut du mur faillit Briser l'horloge de vieux sèvres. Ce fut tout. Le silence aux voûtes du plafond Replia lentement son aile, Et la nuit, arrachée à son rêve profond, Se redrapa plus solennelle. Mais mon cœur remué ne se put assoupir : J'écoutais toujours dans l'espace Cette course effrénée et ce strident soupir, Image d'un siècle qui passe.
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Sonnet. Le rêve, serpent traître éclos dans le duvet, Roule autour de mes bras une flatteuse entrave, Sur mes lèvres distille un philtre dans sa bave, Et m'amuse aux couleurs changeantes qu'il revêt. Depuis qu'il est sorti de dessous mon chevet, Mon sang glisse figé comme une tiède lave, Ses nœuds me font captif et ses regards esclave, Et je vis comme si quelque autre en moi vivait. Mais bientôt j'ai connu le mal de sa caresse ; Vainement je me tords sous son poids qui m'oppresse, Je retombe et ne peux me défaire de lui. Sa dent cherche mon cœur, le retourne et le ronge ; Et, tout embarrassé dans des lambeaux de songe, Je meurs. - Ô monstre lourd ! qui donc es-tu ? - L'Ennui.
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Fin du rêve
je ne te céderai pas, jamais plus, toi, le monstre, parti pour un carnage, voulant montrer tes crocs, mais hélas, tu oublies que je suis aveugle, et que toi, tu m'appartiens. j'oublierai le goût de ses lèvres et l'odeur de son cou, et le toucher de son pull, oui, j'oublierai tout. je serai sans pitié vis-à-vis des mémoires qu'elles aillent craintives se recroqueviller dans un coin sombre de ma pensée intransigeante. sans concessions. une statue de marbre sur la joue de laquelle coule une larme. *i won't give it to you, never again, you, the monster, off in a rampage, wanting to bear your fangs, but alas, you forget that i am blind, and you, you are part of me. i'll forget the taste of his lips and the smell of his neck and the touch of his sweater, yes, i'll forget everything, without exception. i'll be ruthless regarding the memories i hope they go cower, fearful, in a dark corner of my mind. intransigent. without concession. a marble statue on whose cheek falls a tear.*
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Mar 15, 2015
Mar 15, 2015 at 6:00 PM UTC
intransigeante
Il me dit qu'il était très riche, Mais qu'il craignait le choléra ; - Que de son or il était chiche, Mais qu'il goûtait fort l'Opéra ; - Qu'il raffolait de la nature, Ayant connu monsieur Corot ; - Qu'il n'avait pas encor voiture, Mais que cela viendrait bientôt ; - Qu'il aimait le marbre et la brique, Les bois noirs et les bois dorés ; - Qu'il possédait dans sa fabrique Trois contremaîtres décorés ; - Qu'il avait, sans compter le reste, Vingt mille actions sur le Nord ; Qu'il avait trouvé, pour un zeste, Des encadrements d'Oppenord ; - Qu'il donnerait (fût-ce à Luzarches !) Dans le bric-à-brac jusqu'au cou, Et qu'au Marché des Patriarches Il avait fait plus d'un bon coup ; - Qu'il n'aimait pas beaucoup sa femme, Ni sa mère ; - mais qu'il croyait À l'immortalité de l'âme, Et qu'il avait lu Niboyet ! - Qu'il penchait pour l'amour physique, Et qu'à Rome, séjour d'ennui, Une femme, d'ailleurs phtisique, Etait morte d'amour pour lui. Pendant trois heures et demie, Ce bavard, venu de Tournai, M'a dégoisé toute sa vie ; J'en ai le cerveau consterné. S'il fallait décrire ma peine, Ce serait à n'en plus finir ; Je me disais, domptant ma haine : « Au moins, si je pouvais dormir ! » Comme un qui n'est pas à son aise, Et qui n'ose pas s'en aller, Je frottais de mon cul ma chaise, Rêvant de le faire empaler. Ce monstre se nomme Bastogne ; Il fuyait devant le fléau. Moi, je fuirai jusqu'en Gascogne, Ou j'irai me jeter à l'eau, Si dans ce Paris, qu'il redoute, Quand chacun sera retourné, Je trouve encore sur ma route Ce fléau, natif de Tournai.
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À M. Eugène Fromentin
Il me dit qu'il était très riche, Mais qu'il craignait le choléra ; - Que de son or il était chiche, Mais qu'il goûtait fort l'Opéra ; - Qu'il raffolait de la nature, Ayant connu monsieur Corot ; - Qu'il n'avait pas encor voiture, Mais que cela viendrait bientôt ; - Qu'il aimait le marbre et la brique, Les bois noirs et les bois dorés ; - Qu'il possédait dans sa fabrique Trois contremaîtres décorés ; - Qu'il avait, sans compter le reste, Vingt mille actions sur le Nord ; Qu'il avait trouvé, pour un zeste, Des encadrements d'Oppenord ; - Qu'il donnerait (fût-ce à Luzarches !) Dans le bric-à-brac jusqu'au cou, Et qu'au Marché des Patriarches Il avait fait plus d'un bon coup ; - Qu'il n'aimait pas beaucoup sa femme, Ni sa mère ; - mais qu'il croyait À l'immortalité de l'âme, Et qu'il avait lu Niboyet ! - Qu'il penchait pour l'amour physique, Et qu'à Rome, séjour d'ennui, Une femme, d'ailleurs phtisique, Etait morte d'amour pour lui. Pendant trois heures et demie, Ce bavard, venu de Tournai, M'a dégoisé toute sa vie ; J'en ai le cerveau consterné. S'il fallait décrire ma peine, Ce serait à n'en plus finir ; Je me disais, domptant ma haine : « Au moins, si je pouvais dormir ! » Comme un qui n'est pas à son aise, Et qui n'ose pas s'en aller, Je frottais de mon cul ma chaise, Rêvant de le faire empaler. Ce monstre se nomme Bastogne ; Il fuyait devant le fléau. Moi, je fuirai jusqu'en Gascogne, Ou j'irai me jeter à l'eau, Si dans ce Paris, qu'il redoute, Quand chacun sera retourné, Je trouve encore sur ma route Ce fléau, natif de Tournai.
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Chloé, jeune, jolie, et surtout fort coquette, Tous les matins, en se levant, Se mettait au travail, j'entends à sa toilette ; Et là, souriant, minaudant, Elle disait à son cher confident Les peines, les plaisirs, les projets de son âme. Une abeille étourdie arrive en bourdonnant. Au secours ! Au secours ! Crie aussitôt la dame : Venez, Lise, Marton, accourez promptement ; Chassez ce monstre ailé. Le monstre insolemment Aux lèvres de Chloé se pose. Chloé s'évanouit, et Marton en fureur Saisit l'abeille et se dispose A l'écraser. Hélas ! Lui dit avec douceur L'insecte malheureux, pardonnez mon erreur ; La bouche de Chloé me semblait une rose, Et j'ai cru... ce seul mot à Chloé rend ses sens. Faisons grâce, dit-elle, à son aveu sincère : D'ailleurs sa piqûre est légère ; Depuis qu'elle te parle, à peine je la sens. Que ne fait-on passer avec un peu d'encens !
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La coquette et l'abeille
La sottise, l'erreur, le péché, la lésine, Occupent nos esprits et travaillent nos corps, Et nous alimentons nos aimables remords, Comme les mendiants nourrissent leur vermine. Nos péchés sont têtus, nos repentirs sont lâches ; Nous nous faisons payer grassement nos aveux, Et nous rentrons gaiement dans le chemin bourbeux, Croyant par de vils pleurs laver toutes nos taches. Sur l'oreiller du mal c'est Satan Trismégiste Qui berce longuement notre esprit enchanté, Et le riche métal de notre volonté Est tout vaporisé par ce savant chimiste. C'est le Diable qui tient les fils qui nous remuent ! Aux objets répugnants nous trouvons des appas ; Chaque jour vers l'Enfer nous descendons d'un pas, Sans horreur, à travers des ténèbres qui puent. Ainsi qu'un débauché pauvre qui baise et mange Le sein martyrisé d'une antique catin, Nous volons au passage un plaisir clandestin Que nous pressons bien fort comme une vieille orange. Serré, fourmillant, comme un million d'helminthes, Dans nos cerveaux ribote un peuple de Démons, Et, quand nous respirons, la Mort dans nos poumons Descend, fleuve invisible, avec de sourdes plaintes. Si le viol, le poison, le poignard, l'incendie, N'ont pas encor brodé de leurs plaisants dessins Le canevas banal de nos piteux destins, C'est que notre âme, hélas ! n'est pas assez hardie. Mais parmi les chacals, les panthères, les lices, Les singes, les scorpions, les vautours, les serpents, Les monstres glapissants, hurlants, grognants, rampants, Dans la ménagerie infâme de nos vices, Il en est un plus laid, plus méchant, plus immonde ! Quoiqu'il ne pousse ni grands gestes ni grands cris, Il ferait volontiers de la terre un débris Et dans un bâillement avalerait le monde ; C'est l'Ennui ! - l'oeil chargé d'un pleur involontaire, Il rêve d'échafauds en fumant son houka. Tu le connais, lecteur, ce monstre délicat, - Hypocrite lecteur, - mon semblable, - mon frère !
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Au lecteur
La sottise, l'erreur, le péché, la lésine, Occupent nos esprits et travaillent nos corps, Et nous alimentons nos aimables remords, Comme les mendiants nourrissent leur vermine. Nos péchés sont têtus, nos repentirs sont lâches ; Nous nous faisons payer grassement nos aveux, Et nous rentrons gaiement dans le chemin bourbeux, Croyant par de vils pleurs laver toutes nos taches. Sur l'oreiller du mal c'est Satan Trismégiste Qui berce longuement notre esprit enchanté, Et le riche métal de notre volonté Est tout vaporisé par ce savant chimiste. C'est le Diable qui tient les fils qui nous remuent ! Aux objets répugnants nous trouvons des appas ; Chaque jour vers l'Enfer nous descendons d'un pas, Sans horreur, à travers des ténèbres qui puent. Ainsi qu'un débauché pauvre qui baise et mange Le sein martyrisé d'une antique catin, Nous volons au passage un plaisir clandestin Que nous pressons bien fort comme une vieille orange. Serré, fourmillant, comme un million d'helminthes, Dans nos cerveaux ribote un peuple de Démons, Et, quand nous respirons, la Mort dans nos poumons Descend, fleuve invisible, avec de sourdes plaintes. Si le viol, le poison, le poignard, l'incendie, N'ont pas encor brodé de leurs plaisants dessins Le canevas banal de nos piteux destins, C'est que notre âme, hélas ! n'est pas assez hardie. Mais parmi les chacals, les panthères, les lices, Les singes, les scorpions, les vautours, les serpents, Les monstres glapissants, hurlants, grognants, rampants, Dans la ménagerie infâme de nos vices, Il en est un plus laid, plus méchant, plus immonde ! Quoiqu'il ne pousse ni grands gestes ni grands cris, Il ferait volontiers de la terre un débris Et dans un bâillement avalerait le monde ; C'est l'Ennui ! - l'oeil chargé d'un pleur involontaire, Il rêve d'échafauds en fumant son houka. Tu le connais, lecteur, ce monstre délicat, - Hypocrite lecteur, - mon semblable, - mon frère !
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Cusin, monstre à double aile, au mufle Elephantin, Canal à tirer sang, qui voletant en presse Sifles d'un son aigu, ne picque ma Maistresse, Et la laisse dormir du soir jusqu'au matin. Si ton corps d'un atome, et ton nez de mastin Cherche tant à picquer la peau d'une Deesse, En lieu d'elle, Cusin, la mienne je te laisse : Succe la, que mon sang te soit comme un butin. Cusin, je m'en desdy : hume moy de la belle Le sang, et m'en apporte une goutte nouvelle Pour gouster quel il est. Ha, que le sort fatal Ne permet à mon corps de prendre ton essence ! Repicquant ses beaux yeux, elle auroit cognoissance Qu'un rien qu'on ne voit pas, fait souvent un grand mal.
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Cusin, monstre à double aile, au mufle Elephantin
merci. mon monstre.
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Dec 6, 2018
Dec 6, 2018 at 10:49 AM UTC
scared.
Seras-tu de l'amour l'éternelle pâture ? À quoi te sert la volonté, Si ce n'est point, ô cœur, pour vaincre ta torture, Et dans la paix enfin, plus fort que la nature, T'asseoir sur le désir dompté, Ainsi qu'un bestiaire, après la lutte, règne Sur son tigre qui s'est rendu, Et s'assied sur la bête, et, de son poing qui saigne La courbant jusqu'à terre, exige qu'elle craigne Alors même qu'elle a mordu ? Et comme ce dompteur, seul au fond de la cage, Ne cherche qu'en soi son appui, Car nul dans ce péril avec lui ne s'engage, Et nul ne sait parler le tacite langage Que le monstre parle avec lui, Ainsi, dans les combats que le désir te livre, Ne compte sur personne, ô cœur ! N'attends pas, sous la dent, qu'un autre te délivre ! Tu luttes quelque part où nul ne peut te suivre, Toujours seul, victime ou vainqueur.
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Combats intimes
En été dans ta chambre claire, Vers le temps des premiers aveux, (Ce jeu-là paraissait Te plaire) On ouvrait parfois Baudelaire, Avec ton épingle à cheveux, Comme un croyant ouvre sa Bible, En s'imaginant que le Ciel, Dans un verset doux ou terrible, Va parler à son coeur sensible, Quelque peu superficiel ; D'avance on désignait la page À droite ou bien à gauche, et puis, Par un chiffre le vers, ce mage Qui devrait être ton image, Ou me dire ce que je suis. Nous prenions du goût à la chose. Donc on tirait chacun pour soi Un vers, au hasard, noir ou rose, Dans ce beau Poète morose. Nous commencions, d'abord à Toi, Attention ! Dans ta ruelle Tu mettrais l'univers entier. Vous riez ! bon pour Vous, cruelle ! Car ce vers Vous flatte de l'aile, Et c'est un compliment altier ! Un compliment comme en sait faire Un homme sagace en amour, Et qui fleure en sa grâce fière, Sous le style de La Bruyère, Son joli poète de Cour ; Un compliment qui sent sa fraise, Son talon rouge, et qui, vainqueur, Allumant ses pudeurs de braise, Eût faire rire Sainte Thérèse, Chatouillée... au fond de son coeur. Qu'il est bon ! oui !... mais moi... je gronde ! Y songez-Vous, avec ce vers, Quelle figure fais-je au monde, Dans cette ruelle profonde, Au milieu de cet Univers ! Ah ! fi !... Pardonnez-moi... Madame... Oui, je m'oublie !... oui, je sais bien... Toute jalousie est infâme... C'est un peu de vertige à l'âme, Ça va se passer... ce n'est rien... Ah ! tant mieux ! je vous vois sourire. Continuons ce jeu si doux ; Mais avant, je dois Vous le dire, Afin d'éviter un mal pire, Si jamais je deviens jaloux, Rejetez-moi, moi G, moi N, Moi, vilain monstre rabougri, Rejetez-moi dans ma Géhenne ; Le jaloux n'est plus, dans sa haine, Rien... qu'un billet d'amour... aigri.
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Jaloux
En été dans ta chambre claire, Vers le temps des premiers aveux, (Ce jeu-là paraissait Te plaire) On ouvrait parfois Baudelaire, Avec ton épingle à cheveux, Comme un croyant ouvre sa Bible, En s'imaginant que le Ciel, Dans un verset doux ou terrible, Va parler à son coeur sensible, Quelque peu superficiel ; D'avance on désignait la page À droite ou bien à gauche, et puis, Par un chiffre le vers, ce mage Qui devrait être ton image, Ou me dire ce que je suis. Nous prenions du goût à la chose. Donc on tirait chacun pour soi Un vers, au hasard, noir ou rose, Dans ce beau Poète morose. Nous commencions, d'abord à Toi, Attention ! Dans ta ruelle Tu mettrais l'univers entier. Vous riez ! bon pour Vous, cruelle ! Car ce vers Vous flatte de l'aile, Et c'est un compliment altier ! Un compliment comme en sait faire Un homme sagace en amour, Et qui fleure en sa grâce fière, Sous le style de La Bruyère, Son joli poète de Cour ; Un compliment qui sent sa fraise, Son talon rouge, et qui, vainqueur, Allumant ses pudeurs de braise, Eût faire rire Sainte Thérèse, Chatouillée... au fond de son coeur. Qu'il est bon ! oui !... mais moi... je gronde ! Y songez-Vous, avec ce vers, Quelle figure fais-je au monde, Dans cette ruelle profonde, Au milieu de cet Univers ! Ah ! fi !... Pardonnez-moi... Madame... Oui, je m'oublie !... oui, je sais bien... Toute jalousie est infâme... C'est un peu de vertige à l'âme, Ça va se passer... ce n'est rien... Ah ! tant mieux ! je vous vois sourire. Continuons ce jeu si doux ; Mais avant, je dois Vous le dire, Afin d'éviter un mal pire, Si jamais je deviens jaloux, Rejetez-moi, moi G, moi N, Moi, vilain monstre rabougri, Rejetez-moi dans ma Géhenne ; Le jaloux n'est plus, dans sa haine, Rien... qu'un billet d'amour... aigri.
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Une eau croupie est un miroir Plus fidèle encor qu'une eau pure, Et l'image la transfigure, Prêtant ses couleurs au fond noir. Aurore, colombe et nuée Y réfléchissent leur candeur, Et du firmament la grandeur N'y semble pas diminuée. À fleur de ce cloaque épais Les couleuvres et les sangsues, Mille bêtes inaperçues, Rôdent sans en troubler la paix. Le reflet d'en haut les recouvre, Et le jeu trompeur du rayon Donne au regard l'illusion D'un grand vallon d'azur qui s'ouvre. À travers ces monstres hideux Le ciel luit sans rides ni voiles, Il les change tous en étoiles Et s'arrondit au-dessous d'eux. Mais la bouche qui veut se tendre Vers l'étoile pour s'y poser, Sent au-devant de son baiser Surgir un monstre pour le prendre. Tel se reflète l'idéal Dans les yeux d'une amante infâme, Et telle, en y plongeant, notre âme N'y sent de réel que le mal.
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Déception
Viens sur mon coeur, âme cruelle et sourde, Tigre adoré, monstre aux airs indolents ; Je veux longtemps plonger mes doigts tremblants Dans l'épaisseur de ta crinière lourde ; Dans tes jupons remplis de ton parfum Ensevelir ma tête endolorie, Et respirer, comme une fleur flétrie, Le doux relent de mon amour défunt. Je veux dormir ! dormir plutôt que vivre ! Dans un sommeil aussi doux que la mort, J'étalerai mes baisers sans remord Sur ton beau corps poli comme le cuivre. Pour engloutir mes sanglots apaisés Rien ne me vaut l'abîme de ta couche ; L'oubli puissant habite sur ta bouche, Et le Léthé coule dans tes baisers. A mon destin, désormais mon délice, J'obéirai comme un prédestiné ; Martyr docile, innocent condamné, Dont la ferveur attise le supplice, Je sucerai, pour noyer ma rancoeur, Le népenthès et la bonne ciguë Aux bouts charmants de cette gorge aiguë Qui n'a jamais emprisonné de coeur.
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Le Léthé
L'Amour est assis sur le crâne De l'Humanité, Et sur ce trône le profane, Au rire effronté, Souffle gaiement des bulles rondes Qui montent dans l'air, Comme pour rejoindre les mondes Au fond de l'éther. Le globe lumineux et frêle Prend un grand essor, Crève et crache son âme grêle Comme un songe d'or. J'entends le crâne à chaque bulle Prier et gémir : - " Ce jeu féroce et ridicule, Quand doit-il finir ? Car ce que ta bouche cruelle Eparpille en l'air, Monstre assassin, c'est ma cervelle, Mon sang et ma chair ! "
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L'amour et le crâne
Amour ! le seul péché qui vaille qu'on se damne, - En vain dans ses sermons le prêtre te condamne, En vain dans son fauteuil, besicles sur le nez, La maman te dépeint comme un monstre à sa fille ; - En vain Orgon jaloux ferme sa porte, et grille Ses fenêtres. - En vain dans leurs livres mort-nés, Contre toi longuement les moralistes crient, En vain de ton pouvoir les coquettes se rient ; - La novice à ton nom fait un signe de croix ; Jeune ou vieux, laid ou beau, teint vermeil ou teint blême, Anglais, Français, païen ou chrétien, - chacun aime Au moins dans sa vie une fois.
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Albertus (XLIX)
Fable XVII, Livre IV. Une ourse avait mis bas ; ourses du voisinage D'accourir pour voir le poupon. « Est-ce une fille? Est-ce un garçon ? Est-il bien gros ? Est-il bien sage ? Sans que ce soit un damoiseau, Puisqu'il est le fils de son père, Comme un ange il doit être beau, Pour peu qu'il ressemble à sa mère. » « - Gomme un diable il est laid, commère, » Devait répondre la maman, Si sur ce point, une fois l'an, Maman pouvait être sincère. La nôtre à tous les yeux cachait son nourrisson ; Masse informe, ébauche grossière, Ours, qui d'ours n'avait que le nom ; D'un ours c'était bien la matière, Mais il manquait la façon. C'est à la lui donner que la dame s'applique. Au fond d'un antre obscur, **** du monde et du bruit. C'est à lécher sans cesse et relécher son fruit Qu'elle met son étude unique. Ses efforts n'ont pas été vains : Ainsi qu'on voit la molle argile, Sous les doigts d'un artiste habile, Prendre un buste, un visage, et des pieds et des mains ; Grâce aux soins qui le débarbouillent, Du petit monstre, en peu de jours, Les traits tour à tour se débrouillent, Et c'est, s'il n'a changé, le plus joli des ours. Sa mère, je le crois, ne lisait point Horace ; Mais nous qui le lisons, nous autres beaux esprits, Pourquoi moins qu'elle user de ses sages avis ? Cent fois sur le métier remettez vos écrits, A dit le maître du Parnasse. Vains préceptes! nos vers sont à peine ébauchés, Que de les mettre au jour rien ne peut nous distraire, Aussi sur le théâtre, aussi chez le libraire, Mes amis, que d'ours mal léchés !
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Les ours mal léchés
Fable XVII, Livre IV. Une ourse avait mis bas ; ourses du voisinage D'accourir pour voir le poupon. « Est-ce une fille? Est-ce un garçon ? Est-il bien gros ? Est-il bien sage ? Sans que ce soit un damoiseau, Puisqu'il est le fils de son père, Comme un ange il doit être beau, Pour peu qu'il ressemble à sa mère. » « - Gomme un diable il est laid, commère, » Devait répondre la maman, Si sur ce point, une fois l'an, Maman pouvait être sincère. La nôtre à tous les yeux cachait son nourrisson ; Masse informe, ébauche grossière, Ours, qui d'ours n'avait que le nom ; D'un ours c'était bien la matière, Mais il manquait la façon. C'est à la lui donner que la dame s'applique. Au fond d'un antre obscur, **** du monde et du bruit. C'est à lécher sans cesse et relécher son fruit Qu'elle met son étude unique. Ses efforts n'ont pas été vains : Ainsi qu'on voit la molle argile, Sous les doigts d'un artiste habile, Prendre un buste, un visage, et des pieds et des mains ; Grâce aux soins qui le débarbouillent, Du petit monstre, en peu de jours, Les traits tour à tour se débrouillent, Et c'est, s'il n'a changé, le plus joli des ours. Sa mère, je le crois, ne lisait point Horace ; Mais nous qui le lisons, nous autres beaux esprits, Pourquoi moins qu'elle user de ses sages avis ? Cent fois sur le métier remettez vos écrits, A dit le maître du Parnasse. Vains préceptes! nos vers sont à peine ébauchés, Que de les mettre au jour rien ne peut nous distraire, Aussi sur le théâtre, aussi chez le libraire, Mes amis, que d'ours mal léchés !
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