Hello Poetry
Submit your work and get some sparkles! Create free account
"laissant" poems
Je suis exatlé de voir dans ce ciel de nuit, Auquel je dois cette plaisante fortune. En compagnie d’étoiles clignotantes, Subjugué par ce spectacle, j’admire ma Lune. Lave-moi dans ton eau argentée, translucide. Sois près de moi lors de mes blanches nuits. Veille sur moi tel un garde sans faille. Enveloppe-moi de murmures, un calme répit. Ô comme tu guides les flots ardents de mon âme! Baisse les yeux, les eaux abordent ma plage… Érode le fardeau qui étouffe mes écueils brûlants, Des sables noyés, oppressé, tendres otages. Peu de nuits à présent… Épris alors que tu t’en vas. Des brins épais et sombres de cheveux en cascades, Dissimulent ton visage d’une manière séduisante. Il n’en reste qu’un croissant, qui s’efface dans le noir. Les nuits s’écoulent… Maintenant la lune se délite M’en laissant qu’une moitié; la nuit le veut ainsi. Reste encore, plus longtemps; ne pars pas si tôt, Je ne me sens pas prêt à être anéanti. Je lève la tête sans dire un mot, alors que les nuits passent. J’ai vu mon amour lunaire se dissoudre dans l’espace. My coeur, aussi, déchiré bout par bout… Enfin, elle était partie; partie, sans laisser de trace. Depuis, chaque nuit abonde de vide et de souffrance. Je supplie les étoiles d’apaiser le vide en moi… Mais ils se contenteraient de briller, indifférents… Même suite à tous mes appels, mes émois. Desormais je suis incertain sur le nombre de passages. Les nuits n’amenèrent que l’assaut des étoiles moqueuses. Cependant je joue des promesses celestes, Pour le retour de ma folle quête amoureuse. Je sais que c’est frivole de penser que je suis le seul… C’est vrai, ils languissent; ma souffrance est la leur. Mais c’est moi qui désire le plus ton fameux regard, Car nos coeurs ont chanté dans toutes les couleurs. Ma détresse à son zénith, emplis, presque brisé, Lorsque soudain j’entends une belle chanson, lointaine. Une chanson pareille à celle que l’on prononçât, Encore garnie d’argent translucide, je soupire avec peine…, “Te voilà....”
0
Nov 23, 2014
Nov 23, 2014 at 7:16 PM UTC
Lettre de ton Astronome
Je suis exatlé de voir dans ce ciel de nuit, Auquel je dois cette plaisante fortune. En compagnie d’étoiles clignotantes, Subjugué par ce spectacle, j’admire ma Lune. Lave-moi dans ton eau argentée, translucide. Sois près de moi lors de mes blanches nuits. Veille sur moi tel un garde sans faille. Enveloppe-moi de murmures, un calme répit. Ô comme tu guides les flots ardents de mon âme! Baisse les yeux, les eaux abordent ma plage… Érode le fardeau qui étouffe mes écueils brûlants, Des sables noyés, oppressé, tendres otages. Peu de nuits à présent… Épris alors que tu t’en vas. Des brins épais et sombres de cheveux en cascades, Dissimulent ton visage d’une manière séduisante. Il n’en reste qu’un croissant, qui s’efface dans le noir. Les nuits s’écoulent… Maintenant la lune se délite M’en laissant qu’une moitié; la nuit le veut ainsi. Reste encore, plus longtemps; ne pars pas si tôt, Je ne me sens pas prêt à être anéanti. Je lève la tête sans dire un mot, alors que les nuits passent. J’ai vu mon amour lunaire se dissoudre dans l’espace. My coeur, aussi, déchiré bout par bout… Enfin, elle était partie; partie, sans laisser de trace. Depuis, chaque nuit abonde de vide et de souffrance. Je supplie les étoiles d’apaiser le vide en moi… Mais ils se contenteraient de briller, indifférents… Même suite à tous mes appels, mes émois. Desormais je suis incertain sur le nombre de passages. Les nuits n’amenèrent que l’assaut des étoiles moqueuses. Cependant je joue des promesses celestes, Pour le retour de ma folle quête amoureuse. Je sais que c’est frivole de penser que je suis le seul… C’est vrai, ils languissent; ma souffrance est la leur. Mais c’est moi qui désire le plus ton fameux regard, Car nos coeurs ont chanté dans toutes les couleurs. Ma détresse à son zénith, emplis, presque brisé, Lorsque soudain j’entends une belle chanson, lointaine. Une chanson pareille à celle que l’on prononçât, Encore garnie d’argent translucide, je soupire avec peine…, “Te voilà....”
Continue reading...
41
The planes in the sky look dwarf size, compare to the large skies. Swallowing the blue atheist clouds all spotless as the ocean sparkles, flirting with the blazing sun, flirting with sailing ships as they smoothly take their leave. Hypnotizing the captains onto their long journey on this massive 70% part of water they are on. they are seen somewhere along the lines of the horizon in the Atlantic ocean leaving with the sun at 7:52 PM  with 17 seconds. The black haired beauty is seen, with a beige round hat wearing a long black dress, fleeing into the black hole sun.                      ***********************************************                  Les avions dans le ciel ressemblent à la taille des nains, comparés aux grands cieux. Avaler les nuages ​​athées bleus tout impeccable alors que l'océan scintille, flirtant avec le soleil flamboyant, flirtant avec des voiliers alors qu'ils partent tranquillement. Hypnotiser les capitaines sur leur long voyage sur cette énorme partie de soixante dix pour cent d'eau qu'ils sont. ils sont vus quelque part le long des lignes de l'horizon dans l'océan Atlantique laissant au soleil à 19h52 avec 17 secondes. On voit la beauté aux cheveux noirs, avec un chapeau rond beige portant une longue robe noire, fuyant dans le soleil du trou noir.
0
Jul 20, 2018
Jul 20, 2018 at 1:25 PM UTC
Au revoir
Les jours passent si rapidement quand la vie est à l'arrêt Un flou de gris et de bruns Créer un fanées bouquet incomplète Une fois qu'ils ont donné la beauté lys blancs et des violettes magnifiques Puis il y avait une rose Puis il n'y avait rien Arpenter rythme rythme rythme Fleurs sur le plancher de la chambre Couleur dans la poussière, les pétales en gris Fondu la décoloration à la décoloration à la cendre Coincé dans les images Se cacher dans les rêves Nuits passent si lentement quand la vie est la fugue Courir courir courir Laissant mon bouquet fané. Days pass so quickly when life is standing still A blur of grays and browns Creating a withered, incomplete bouquet Once they gave beauty,  white lilies and magnificent violets Then there was a rose Then there was nothing Pacing, pacing, pacing, pacing Flowers on the bedroom floor Color into dust, petals into gray Fading, fading, fading  to ash Lingering in  pictures Hiding in dreams Nights pass so slowly when life is running away Running, running, running, Leaving my withered bouquet.
0
Nov 22, 2011
Nov 22, 2011 at 9:56 PM UTC
Nous Sommes Les Fleurs Je Suis Flétri
Je vis cette faucheuse. Elle était dans son champ. Elle allait à grands pas moissonnant et fauchant, Noir squelette laissant passer le crépuscule. Dans l'ombre où l'on dirait que tout tremble et recule, L'homme suivait des yeux les lueurs de la faulx. Et les triomphateurs sous les arcs triomphaux Tombaient ; elle changeait en désert Babylone, Le trône en échafaud et l'échafaud en trône, Les roses en fumier, les enfants en oiseaux, L'or en cendre, et les yeux des mères en ruisseaux. Et les femmes criaient : - Rends-nous ce petit être. Pour le faire mourir, pourquoi l'avoir fait naître ? - Ce n'était qu'un sanglot sur terre, en haut, en bas ; Des mains aux doigts osseux sortaient des noirs grabats ; Un vent froid bruissait dans les linceuls sans nombre ; Les peuples éperdus semblaient sous la faulx sombre Un troupeau frissonnant qui dans l'ombre s'enfuit ; Tout était sous ses pieds deuil, épouvante et nuit. Derrière elle, le front baigné de douces flammes, Un ange souriant portait la gerbe d'âmes.
0
2.2k
Mors
Je ne sens plus le poids du temps ; le vol de l'heure D'une aile égale et douce en s'écoulant m'effleure ; Je voudrais chaque soir que le jour avancé Fût encore au matin à peine commencé ; Ou plutôt que le jour naisse ou meurt dans l'ombre, Que le ciel du vallon soit rayonnant ou sombre, Que l'alouette chante ou non à mon réveil. Mon cœur ne dépend plus d'un rayon de soleil, De la saison qui fuit, du nuage qui passe ; Son bonheur est en lui ; toute heure, toute place. Toute saison, tout ciel, sont bons quand on est deux ; Qu'importe aux cœurs unis ce qui change autour d'eux ? L'un à l'autre ils se font leur temps, leur ciel, leur monde ; L'heure qui fuit revient plus pleine et plus féconde, Leur cœur intarissable, et l'un à l'autre ouvert, Leur est un firmament qui n'est jamais couvert. Ils y plongent sans ombre, ils y lisent sans voile. Un horizon nouveau sans cesse s'y dévoile ; Du mot de chaque ami le retentissement Éveille au sein de l'autre un même sentiment ; La parole dont l'un révèle sa pensée Sur les lèvres de l'autre est déjà commencée ; Le geste aide le mot, l'œil explique le cœur, L'âme coule toujours et n'a plus de langueur ; D'un univers nouveau l'impression commune Vibre à la fois, s'y fond, et ne fait bientôt qu'une ; Dans cet autre soi-même, où tout va retentir, On se regarde vivre, on s'écoute sentir ; En laissant échapper sa pensée ingénue, On s'explique, on se crée une langue inconnue ; En entendant le mot que l'on cherchait en soi, On se comprend soi-même, on rêve, on dit : c'est moi ! Dans sa vivante image on trouve son emblème, On admire le monde à travers ce qu'on aime ; Et la vie appuyée, appuyant tour à tour, Est un fardeau sacré qu'on porte avec amour ! De la Grotte, 20 septembre 1793.
0
1.1k
Jocelyn, le 20 septembre 1793
Je ne sens plus le poids du temps ; le vol de l'heure D'une aile égale et douce en s'écoulant m'effleure ; Je voudrais chaque soir que le jour avancé Fût encore au matin à peine commencé ; Ou plutôt que le jour naisse ou meurt dans l'ombre, Que le ciel du vallon soit rayonnant ou sombre, Que l'alouette chante ou non à mon réveil. Mon cœur ne dépend plus d'un rayon de soleil, De la saison qui fuit, du nuage qui passe ; Son bonheur est en lui ; toute heure, toute place. Toute saison, tout ciel, sont bons quand on est deux ; Qu'importe aux cœurs unis ce qui change autour d'eux ? L'un à l'autre ils se font leur temps, leur ciel, leur monde ; L'heure qui fuit revient plus pleine et plus féconde, Leur cœur intarissable, et l'un à l'autre ouvert, Leur est un firmament qui n'est jamais couvert. Ils y plongent sans ombre, ils y lisent sans voile. Un horizon nouveau sans cesse s'y dévoile ; Du mot de chaque ami le retentissement Éveille au sein de l'autre un même sentiment ; La parole dont l'un révèle sa pensée Sur les lèvres de l'autre est déjà commencée ; Le geste aide le mot, l'œil explique le cœur, L'âme coule toujours et n'a plus de langueur ; D'un univers nouveau l'impression commune Vibre à la fois, s'y fond, et ne fait bientôt qu'une ; Dans cet autre soi-même, où tout va retentir, On se regarde vivre, on s'écoute sentir ; En laissant échapper sa pensée ingénue, On s'explique, on se crée une langue inconnue ; En entendant le mot que l'on cherchait en soi, On se comprend soi-même, on rêve, on dit : c'est moi ! Dans sa vivante image on trouve son emblème, On admire le monde à travers ce qu'on aime ; Et la vie appuyée, appuyant tour à tour, Est un fardeau sacré qu'on porte avec amour ! De la Grotte, 20 septembre 1793.
Continue reading...
37
Il faut laisser maisons et vergers et jardins, Vaisselles et vaisseaux que l'artisan burine, Et chanter son obseque en la façon du Cygne, Qui chante son trespas sur les bors Maeandrins. C'est fait j'ay devidé le cours de mes destins, J'ay vescu, j'ay rendu mon nom assez insigne, Ma plume vole au ciel pour estre quelque signe **** des appas mondains qui trompent les plus fins. Heureux qui ne fut onc, plus heureux qui retourne En rien comme il estoit, plus heureux qui sejourne D'homme fait nouvel ange aupres de Jesuchrist, Laissant pourrir ça bas sa despouille de boüe Dont le sort, la fortune, et le destin se joüe, Franc des liens du corps pour n'estre qu'un esprit.
0
994
Il faut laisser maisons et vergers et jardins
La vie s'en est allée La vie s'en est allée comme vont et viennent les vagues avec leur écume et leurs ressacs. Avec leurs rêves de jeunesse trop souvent envolés dans la forêt des illusions perdues. La vie s'en est allée Comme une pluie d'illusions Pour nous, rêveurs trébuchants, Et celles et ceux, brillants comme des papillons Happés par leurs mirages. La vie s'en est allée Comme l'on fait naufrage, En se retrouvant Robinson Dans une île inconnue, **** de tout secours Guettant les signes de vaisseaux Qui ne passeront probablement jamais. La vie, s'en est allée Comme meurent les roses Laissant charmes et beauté, Se dissiper comme des parfums Évaporés avec le temps. Ne laissant qu'une faible empreinte. La vie s'en est allée, Comme un dernier souffle Comme un regard mouillé Qui voudrait s'attarder Mais n'a plus le pouvoir de capter l'attention Des passant(e)s fuyant(e)s. Paul Arrighi
0
Sep 16, 2016
Sep 16, 2016 at 2:59 PM UTC
La vie s'en est allée (Life is gone)
Carnaval. Venise pour le bal s'habille. De paillettes tout étoilé, Scintille, fourmille et babille Le carnaval bariolé. Arlequin, nègre par son masque, Serpent par ses mille couleurs, Rosse d'une note fantasque Cassandre son souffre-douleurs. Battant de l'aile avec sa manche Comme un pingouin sur un écueil, Le blanc Pierrot, par une blanche, Passe la tête et cligne l'oeil. Le Docteur bolonais rabâche Avec la basse aux sons traînés ; Polichinelle, qui se fâche, Se trouve une croche pour nez. Heurtant Trivelin qui se mouche Avec un trille extravagant, A Colombine Scaramouche Rend son éventail ou son gant. Sur une cadence se glisse Un domino ne laissant voir Qu'un malin regard en coulisse Aux paupières de satin noir. Ah ! fine barbe de dentelle, Que fait voler un souffle pur, Cet arpège m'a dit : C'est elle ! Malgré tes réseaux, j'en suis sûr, Et j'ai reconnu, rose et fraîche, Sous l'affreux profil de carton, Sa lèvre au fin duvet de pêche, Et la mouche de son menton.
0
754
Sur le Carnaval de Venise III
Le toit s'égaie et rit. ANDRÉ CHÉNIER. Lorsque l'enfant paraît, le cercle de famille Applaudit à grands cris. Son doux regard qui brille Fait briller tous les yeux, Et les plus tristes fronts, les plus souillés peut-être, Se dérident soudain à voir l'enfant paraître, Innocent et joyeux. Soit que juin ait verdi mon seuil, ou que novembre Fasse autour d'un grand feu vacillant dans la chambre Les chaises se toucher, Quand l'enfant vient, la joie arrive et nous éclaire. On rit, on se récrie, on l'appelle, et sa mère Tremble à le voir marcher. Quelquefois nous parlons, en remuant la flamme, De patrie et de Dieu, des poètes, de l'âme Qui s'élève en priant ; L'enfant paraît, adieu le ciel et la patrie Et les poètes saints ! la grave causerie S'arrête en souriant. La nuit, quand l'homme dort, quand l'esprit rêve, à l'heure Où l'on entend gémir, comme une voix qui pleure, L'onde entre les roseaux, Si l'aube tout à coup là-bas luit comme un phare, Sa clarté dans les champs éveille une fanfare De cloches et d'oiseaux. Enfant, vous êtes l'aube et mon âme est la plaine Qui des plus douces fleurs embaume son haleine Quand vous la respirez ; Mon âme est la forêt dont les sombres ramures S'emplissent pour vous seul de suaves murmures Et de rayons dorés ! Car vos beaux yeux sont pleins de douceurs infinies, Car vos petites mains, joyeuses et bénies, N'ont point mal fait encor ; Jamais vos jeunes pas n'ont touché notre fange, Tête sacrée ! enfant aux cheveux blonds ! bel ange À l'auréole d'or ! Vous êtes parmi nous la colombe de l'arche. Vos pieds tendres et purs n'ont point l'âge où l'on marche. Vos ailes sont d'azur. Sans le comprendre encor vous regardez le monde. Double virginité ! corps où rien n'est immonde, Âme où rien n'est impur ! Il est si beau, l'enfant, avec son doux sourire, Sa douce bonne foi, sa voix qui veut tout dire, Ses pleurs vite apaisés, Laissant errer sa vue étonnée et ravie, Offrant de toutes parts sa jeune âme à la vie Et sa bouche aux baisers ! Seigneur ! préservez-moi, préservez ceux que j'aime, Frères, parents, amis, et mes ennemis même Dans le mal triomphants, De jamais voir, Seigneur ! l'été sans fleurs vermeilles, La cage sans oiseaux, la ruche sans abeilles, La maison sans enfants ! Mai 1830.
0
845
Lorsque l'enfant paraît
Le toit s'égaie et rit. ANDRÉ CHÉNIER. Lorsque l'enfant paraît, le cercle de famille Applaudit à grands cris. Son doux regard qui brille Fait briller tous les yeux, Et les plus tristes fronts, les plus souillés peut-être, Se dérident soudain à voir l'enfant paraître, Innocent et joyeux. Soit que juin ait verdi mon seuil, ou que novembre Fasse autour d'un grand feu vacillant dans la chambre Les chaises se toucher, Quand l'enfant vient, la joie arrive et nous éclaire. On rit, on se récrie, on l'appelle, et sa mère Tremble à le voir marcher. Quelquefois nous parlons, en remuant la flamme, De patrie et de Dieu, des poètes, de l'âme Qui s'élève en priant ; L'enfant paraît, adieu le ciel et la patrie Et les poètes saints ! la grave causerie S'arrête en souriant. La nuit, quand l'homme dort, quand l'esprit rêve, à l'heure Où l'on entend gémir, comme une voix qui pleure, L'onde entre les roseaux, Si l'aube tout à coup là-bas luit comme un phare, Sa clarté dans les champs éveille une fanfare De cloches et d'oiseaux. Enfant, vous êtes l'aube et mon âme est la plaine Qui des plus douces fleurs embaume son haleine Quand vous la respirez ; Mon âme est la forêt dont les sombres ramures S'emplissent pour vous seul de suaves murmures Et de rayons dorés ! Car vos beaux yeux sont pleins de douceurs infinies, Car vos petites mains, joyeuses et bénies, N'ont point mal fait encor ; Jamais vos jeunes pas n'ont touché notre fange, Tête sacrée ! enfant aux cheveux blonds ! bel ange À l'auréole d'or ! Vous êtes parmi nous la colombe de l'arche. Vos pieds tendres et purs n'ont point l'âge où l'on marche. Vos ailes sont d'azur. Sans le comprendre encor vous regardez le monde. Double virginité ! corps où rien n'est immonde, Âme où rien n'est impur ! Il est si beau, l'enfant, avec son doux sourire, Sa douce bonne foi, sa voix qui veut tout dire, Ses pleurs vite apaisés, Laissant errer sa vue étonnée et ravie, Offrant de toutes parts sa jeune âme à la vie Et sa bouche aux baisers ! Seigneur ! préservez-moi, préservez ceux que j'aime, Frères, parents, amis, et mes ennemis même Dans le mal triomphants, De jamais voir, Seigneur ! l'été sans fleurs vermeilles, La cage sans oiseaux, la ruche sans abeilles, La maison sans enfants ! Mai 1830.
Continue reading...
58
Alfred, j'ai vu des jours où nous vivions en frères, Servant les mêmes dieux aux autels littéraires : Le ciel n'avait formé qu'une âme pour deux corps ; Beaux jours d'épanchement, d'amour et d'harmonie, Où ma voix à la tienne incessamment unie Allait se perdre au ciel en de divins accords. Qui de nous a changé ? Pourquoi dans la carrière L'un court-il en avant, laissant l'autre en arrière ? Lequel des deux soldats a déserté les rangs ? Pourquoi ces deux vaisseaux qui naviguaient ensemble, Désespérant déjà d'un port qui les rassemble, Vont-ils chercher si **** des bords si différents ? Je n'ai pas dévoué mon maître aux gémonies, Je n'ai pas abreuvé de fiel et d'avanies L'idole où mes genoux s'usaient à se plier : Je n'ai point du passé répudié la trace, J'y suis resté fidèle, et n'ai point, comme Horace, Au milieu du combat jeté mon bouclier. Non, c'est toi qui changeas. Un nom qui se révèle T'éblouit des rayons de sa gloire nouvelle. Tu vois dans le bourgeon le fruit qui doit mûrir : Mécène du Virgile et saint Jean du Messie, Tu répands en tous lieux la saint Prophétie, Tu sèmes la parole et tu la fais fleurir. Je ne suis pas de ceux qui vont dans les ****** S'inspirer aux lueurs blafardes des bougies, Qui dans l'air obscurci par les vapeurs du vin, Tentent de ranimer leur muse exténuée, Comme un vieillard flétri qu'une prostituée Sous ses baisers impurs veut réchauffer en vain. C'est ainsi que j'entends l'œuvre de poésie : Chacun de nous s'est fait l'art à sa fantaisie, Chacun de nous l'a vu d'un différent côté. Prisme aux mille couleurs, chaque œil en saisit une Suivant le point divers où l'a mis la fortune : Dieu lui seul peut tout voir dans son immensité. Conserve la croyance et respecte la nôtre, Apôtre dévoué de la gloire d'un autre ; Fais-toi du nouveau Dieu confesseur et martyr, Ne crois pas que mon cœur cède comme une argile Ni que ta voix, prêchant le nouvel Évangile, Si chaude qu'elle soit, puisse me convertir. Adieu. Garde ta foi, garde ton opulence. Laisse-moi recueillir mon cœur dans le silence, Laisse-moi consumer mes jours comme un reclus ; Pardonne cependant à cette rêverie, C'est le chant d'un proscrit en quittant la patrie, C'est la voix d'un ami que tu n'entendras plus.
0
749
À Alfred Tattet
Alfred, j'ai vu des jours où nous vivions en frères, Servant les mêmes dieux aux autels littéraires : Le ciel n'avait formé qu'une âme pour deux corps ; Beaux jours d'épanchement, d'amour et d'harmonie, Où ma voix à la tienne incessamment unie Allait se perdre au ciel en de divins accords. Qui de nous a changé ? Pourquoi dans la carrière L'un court-il en avant, laissant l'autre en arrière ? Lequel des deux soldats a déserté les rangs ? Pourquoi ces deux vaisseaux qui naviguaient ensemble, Désespérant déjà d'un port qui les rassemble, Vont-ils chercher si **** des bords si différents ? Je n'ai pas dévoué mon maître aux gémonies, Je n'ai pas abreuvé de fiel et d'avanies L'idole où mes genoux s'usaient à se plier : Je n'ai point du passé répudié la trace, J'y suis resté fidèle, et n'ai point, comme Horace, Au milieu du combat jeté mon bouclier. Non, c'est toi qui changeas. Un nom qui se révèle T'éblouit des rayons de sa gloire nouvelle. Tu vois dans le bourgeon le fruit qui doit mûrir : Mécène du Virgile et saint Jean du Messie, Tu répands en tous lieux la saint Prophétie, Tu sèmes la parole et tu la fais fleurir. Je ne suis pas de ceux qui vont dans les ****** S'inspirer aux lueurs blafardes des bougies, Qui dans l'air obscurci par les vapeurs du vin, Tentent de ranimer leur muse exténuée, Comme un vieillard flétri qu'une prostituée Sous ses baisers impurs veut réchauffer en vain. C'est ainsi que j'entends l'œuvre de poésie : Chacun de nous s'est fait l'art à sa fantaisie, Chacun de nous l'a vu d'un différent côté. Prisme aux mille couleurs, chaque œil en saisit une Suivant le point divers où l'a mis la fortune : Dieu lui seul peut tout voir dans son immensité. Conserve la croyance et respecte la nôtre, Apôtre dévoué de la gloire d'un autre ; Fais-toi du nouveau Dieu confesseur et martyr, Ne crois pas que mon cœur cède comme une argile Ni que ta voix, prêchant le nouvel Évangile, Si chaude qu'elle soit, puisse me convertir. Adieu. Garde ta foi, garde ton opulence. Laisse-moi recueillir mon cœur dans le silence, Laisse-moi consumer mes jours comme un reclus ; Pardonne cependant à cette rêverie, C'est le chant d'un proscrit en quittant la patrie, C'est la voix d'un ami que tu n'entendras plus.
Continue reading...
48
Que je sois un fou, qu'on le dise, Je trouve ça tout naturel, Ayant eu ma part de bêtise Et commis plus d'une sottise, Depuis que je suis... temporel. Je suis un fou, quel avantage, Madame ! un fou, songez-y bien, Peut crier... se tromper d'étage, Vous proposer... le mariage, On ne lui dira jamais rien, C'est un fou ; mais lui peut tout dire, Lâcher parfois un terme vil, Dans ce cas le mieux c'est d'en rire, Se fâcher serait du délire, À quoi cela servirait-il ? C'est un fou. Si c'est un bonhomme Laissant les gens à leurs métiers, Peu contrariant, calme... en somme, Distinguant un nez d'une pomme, On lui pardonne volontiers. Donc, je suis fou, je le révèle. Nous l'avons, Madame, en dormant, Comme dit l'autre, échappé belle ; J'aime mieux être un sans cervelle Que d'être un sage, assurément. Songez donc ! si j'étais un sage, Je fuirais les joyeux dîners ; Je n'oserais voir ton corsage ; J'aurais un triste et long visage Et des lunettes sur le nez ; Mais, je ne suis qu'un fou, je danse, Je tambourine avec mes doigts Sur la vitre de l'existence. Qu'on excuse mon insistance, C'est un fou qu'il faut que je sois ! C'est trop fort, me dit tout le monde, Qu'est-ce que vous nous chantez là ? Pourquoi donc, partout à la ronde, À la brune comme à la blonde, Parler de la sorte ? - Ah ! voilà ! Je vais même plus **** personne Ne pourra jamais me guérir, Ni la sagesse qui sermonne, Ni le bon Dieu, ni la Sorbonne, Et c'est fou que je veux mourir. C'est fou que je mourrai du reste, Mais oui, Madame, j'en suis sûr, Et d'abord... de ton moindre geste, Fou... de ton passage céleste Qui laisse un parfum de fruit mûr, De ton allure alerte et franche, Oui, fou d'amour, oui, fou d'amour, Fou de ton sacré... coup de hanche, Qui vous fiche au cœur la peur... blanche, Mieux... qu'un roulement de tambour ; Fou de ton petit pied qui vole Et que je suivrais n'importe où, Je veux dire... au Ciel ;... ma parole ! J'admire qu'on ne soit pas folle, Je plains celui qui n'est pas fou.
0
713
Fou
Que je sois un fou, qu'on le dise, Je trouve ça tout naturel, Ayant eu ma part de bêtise Et commis plus d'une sottise, Depuis que je suis... temporel. Je suis un fou, quel avantage, Madame ! un fou, songez-y bien, Peut crier... se tromper d'étage, Vous proposer... le mariage, On ne lui dira jamais rien, C'est un fou ; mais lui peut tout dire, Lâcher parfois un terme vil, Dans ce cas le mieux c'est d'en rire, Se fâcher serait du délire, À quoi cela servirait-il ? C'est un fou. Si c'est un bonhomme Laissant les gens à leurs métiers, Peu contrariant, calme... en somme, Distinguant un nez d'une pomme, On lui pardonne volontiers. Donc, je suis fou, je le révèle. Nous l'avons, Madame, en dormant, Comme dit l'autre, échappé belle ; J'aime mieux être un sans cervelle Que d'être un sage, assurément. Songez donc ! si j'étais un sage, Je fuirais les joyeux dîners ; Je n'oserais voir ton corsage ; J'aurais un triste et long visage Et des lunettes sur le nez ; Mais, je ne suis qu'un fou, je danse, Je tambourine avec mes doigts Sur la vitre de l'existence. Qu'on excuse mon insistance, C'est un fou qu'il faut que je sois ! C'est trop fort, me dit tout le monde, Qu'est-ce que vous nous chantez là ? Pourquoi donc, partout à la ronde, À la brune comme à la blonde, Parler de la sorte ? - Ah ! voilà ! Je vais même plus **** personne Ne pourra jamais me guérir, Ni la sagesse qui sermonne, Ni le bon Dieu, ni la Sorbonne, Et c'est fou que je veux mourir. C'est fou que je mourrai du reste, Mais oui, Madame, j'en suis sûr, Et d'abord... de ton moindre geste, Fou... de ton passage céleste Qui laisse un parfum de fruit mûr, De ton allure alerte et franche, Oui, fou d'amour, oui, fou d'amour, Fou de ton sacré... coup de hanche, Qui vous fiche au cœur la peur... blanche, Mieux... qu'un roulement de tambour ; Fou de ton petit pied qui vole Et que je suivrais n'importe où, Je veux dire... au Ciel ;... ma parole ! J'admire qu'on ne soit pas folle, Je plains celui qui n'est pas fou.
Continue reading...
60
Voyager seul est triste, et j'ai passé la nuit Dans une étrange hôtellerie. À la plus vieille chambre un enfant m'a conduit, De galerie en galerie. Je me suis étendu sur un grand lit carré Flanqué de lions héraldiques ; Un rideau blanc tombait à longs plis, bigarré Du reflet des vitraux gothiques. J'étais là, recevant, muet et sans bouger, Les philtres que la lune envoie, Quand j'ouïs un murmure, un froissement léger, Comme fait l'ongle sur la soie ; Puis comme un battement de fléaux sourds et prompts Dans des granges très éloignées ; Puis on eût dit, plus près, le han des bûcherons Tour à tour lançant leurs cognées ; Puis un long roulement, un vaste branle-bas, Pareil au bruit d'un char de tôle Attelé d'un dragon toujours fumant et las, Qui souffle à chaque effort d'épaule ; Puis soudain serpenta dans l'infini du soir Un sifflement lugubre, intense, Comme le cri perçant d'une âme au désespoir En fuite par le vide immense. Or, c'était un convoi que j'entendais courir À toute vapeur dans la plaine. Il passa, laissant **** derrière lui mourir Son fracas et sa rouge haleine. Le passage du monstre un moment ébranla Les carreaux étroits des fenêtres, Fit geindre un clavecin poudreux qui dormait là Et frémir des portraits d'ancêtres ; Sur la tapisserie Actéon tressaillit, Diane contracta les lèvres ; Un plâtras détaché du haut du mur faillit Briser l'horloge de vieux sèvres. Ce fut tout. Le silence aux voûtes du plafond Replia lentement son aile, Et la nuit, arrachée à son rêve profond, Se redrapa plus solennelle. Mais mon cœur remué ne se put assoupir : J'écoutais toujours dans l'espace Cette course effrénée et ce strident soupir, Image d'un siècle qui passe.
0
713
Effet de nuit
Voyager seul est triste, et j'ai passé la nuit Dans une étrange hôtellerie. À la plus vieille chambre un enfant m'a conduit, De galerie en galerie. Je me suis étendu sur un grand lit carré Flanqué de lions héraldiques ; Un rideau blanc tombait à longs plis, bigarré Du reflet des vitraux gothiques. J'étais là, recevant, muet et sans bouger, Les philtres que la lune envoie, Quand j'ouïs un murmure, un froissement léger, Comme fait l'ongle sur la soie ; Puis comme un battement de fléaux sourds et prompts Dans des granges très éloignées ; Puis on eût dit, plus près, le han des bûcherons Tour à tour lançant leurs cognées ; Puis un long roulement, un vaste branle-bas, Pareil au bruit d'un char de tôle Attelé d'un dragon toujours fumant et las, Qui souffle à chaque effort d'épaule ; Puis soudain serpenta dans l'infini du soir Un sifflement lugubre, intense, Comme le cri perçant d'une âme au désespoir En fuite par le vide immense. Or, c'était un convoi que j'entendais courir À toute vapeur dans la plaine. Il passa, laissant **** derrière lui mourir Son fracas et sa rouge haleine. Le passage du monstre un moment ébranla Les carreaux étroits des fenêtres, Fit geindre un clavecin poudreux qui dormait là Et frémir des portraits d'ancêtres ; Sur la tapisserie Actéon tressaillit, Diane contracta les lèvres ; Un plâtras détaché du haut du mur faillit Briser l'horloge de vieux sèvres. Ce fut tout. Le silence aux voûtes du plafond Replia lentement son aile, Et la nuit, arrachée à son rêve profond, Se redrapa plus solennelle. Mais mon cœur remué ne se put assoupir : J'écoutais toujours dans l'espace Cette course effrénée et ce strident soupir, Image d'un siècle qui passe.
Continue reading...
44
Marbre de Paros. Un jour, au doux rêveur qui l'aime, En train de montrer ses trésors, Elle voulut lire un poème, Le poème de son beau corps. D'abord, superbe et triomphante Elle vint en grand apparat, Traînant avec des airs d'infante Un flot de velours nacarat : Telle qu'au rebord de sa loge Elle brille aux Italiens, Ecoutant passer son éloge Dans les chants des musiciens. Ensuite, en sa verve d'artiste, Laissant tomber l'épais velours, Dans un nuage de batiste Elle ébaucha ses fiers contours. Glissant de l'épaule à la hanche, La chemise aux plis nonchalants, Comme une tourterelle blanche Vint s'abattre sur ses pieds blancs. Pour Apelle ou pour Cléoméne, Elle semblait, marbre de chair, En Vénus Anadyomène Poser nue au bord de la mer. De grosses perles de Venise Roulaient au lieu de gouttes d'eau, Grains laiteux qu'un rayon irise, Sur le frais satin de sa peau. Oh ! quelles ravissantes choses, Dans sa divine nudité, Avec les strophes de ses poses, Chantait cet hymne de beauté ! Comme les flots baisant le sable Sous la lune aux tremblants rayons, Sa grâce était intarissable En molles ondulations. Mais bientôt, lasse d'art antique, De Phidias et de Vénus, Dans une autre stance plastique Elle groupe ses charmes nus. Sur un tapis de Cachemire, C'est la sultane du sérail, Riant au miroir qui l'admire Avec un rire de corail ; La Géorgienne indolente, Avec son souple narguilhé, Etalant sa hanche opulente, Un pied sous l'autre replié. Et comme l'odalisque d'Ingres, De ses reins cambrant les rondeurs, En dépit des vertus malingres, En dépit des maigres pudeurs ! Paresseuse odalisque, arrière ! Voici le tableau dans son jour, Le diamant dans sa lumière ; Voici la beauté dans l'amour ! Sa tête penche et se renverse ; Haletante, dressant les seins, Aux bras du rêve qui la berce, Elle tombe sur ses coussins. Ses paupières battent des ailes Sur leurs globes d'argent bruni, Et l'on voit monter ses prunelles Dans la nacre de l'infini. D'un linceul de point d'Angleterre Que l'on recouvre sa beauté : L'extase l'a prise à la terre ; Elle est morte de volupté ! Que les violettes de Parme, Au lieu des tristes fleurs des morts Où chaque perle est une larme, Pleurent en bouquets sur son corps ! Et que mollement on la pose Sur son lit, tombeau blanc et doux, Où le poète, à la nuit close, Ira prier à deux genoux.
0
667
Le poème de la femme
Marbre de Paros. Un jour, au doux rêveur qui l'aime, En train de montrer ses trésors, Elle voulut lire un poème, Le poème de son beau corps. D'abord, superbe et triomphante Elle vint en grand apparat, Traînant avec des airs d'infante Un flot de velours nacarat : Telle qu'au rebord de sa loge Elle brille aux Italiens, Ecoutant passer son éloge Dans les chants des musiciens. Ensuite, en sa verve d'artiste, Laissant tomber l'épais velours, Dans un nuage de batiste Elle ébaucha ses fiers contours. Glissant de l'épaule à la hanche, La chemise aux plis nonchalants, Comme une tourterelle blanche Vint s'abattre sur ses pieds blancs. Pour Apelle ou pour Cléoméne, Elle semblait, marbre de chair, En Vénus Anadyomène Poser nue au bord de la mer. De grosses perles de Venise Roulaient au lieu de gouttes d'eau, Grains laiteux qu'un rayon irise, Sur le frais satin de sa peau. Oh ! quelles ravissantes choses, Dans sa divine nudité, Avec les strophes de ses poses, Chantait cet hymne de beauté ! Comme les flots baisant le sable Sous la lune aux tremblants rayons, Sa grâce était intarissable En molles ondulations. Mais bientôt, lasse d'art antique, De Phidias et de Vénus, Dans une autre stance plastique Elle groupe ses charmes nus. Sur un tapis de Cachemire, C'est la sultane du sérail, Riant au miroir qui l'admire Avec un rire de corail ; La Géorgienne indolente, Avec son souple narguilhé, Etalant sa hanche opulente, Un pied sous l'autre replié. Et comme l'odalisque d'Ingres, De ses reins cambrant les rondeurs, En dépit des vertus malingres, En dépit des maigres pudeurs ! Paresseuse odalisque, arrière ! Voici le tableau dans son jour, Le diamant dans sa lumière ; Voici la beauté dans l'amour ! Sa tête penche et se renverse ; Haletante, dressant les seins, Aux bras du rêve qui la berce, Elle tombe sur ses coussins. Ses paupières battent des ailes Sur leurs globes d'argent bruni, Et l'on voit monter ses prunelles Dans la nacre de l'infini. D'un linceul de point d'Angleterre Que l'on recouvre sa beauté : L'extase l'a prise à la terre ; Elle est morte de volupté ! Que les violettes de Parme, Au lieu des tristes fleurs des morts Où chaque perle est une larme, Pleurent en bouquets sur son corps ! Et que mollement on la pose Sur son lit, tombeau blanc et doux, Où le poète, à la nuit close, Ira prier à deux genoux.
Continue reading...
77
J 'ai enfin fait le deuil de ma Muse Ce n 'est plus Ma Muse Ni la Muse C 'est Muse tout simplement Majuscule sans déterminant. Cosmique ! Sans fleurs ni couronnes ! J 'ai sondé la nuit noire Et sa vulve béante Souriait de mille étoiles filantes Et j 'ai trouvé la paix Aux côtés de l 'ombre de Muse Qui m'a fredonné à l 'oreille Dans mon demi-sommeil Un pot-pourri de valse oubliée Et de fantaisie pour orgue en ré bémol majeur : Carmen Sylva. Femme, Mère, Reine et Poètesse : Muse. Terre de Feu. Et j 'ai dansé aux obsèques de Muse Ma valse musette invisible J'ai vu un cirque et des clowns Et des ourses et des prestidigitateurs Des chevaux andalous et un couple nu, Catalina et Hespérion, qui tournoyait Entre coquillages, crustacés et méduses Sur le sable d'une plage céleste Abandonnée aux rayons de lune. Puis Muse a disparu dans la queue d'une comète Ne me laissant pour vestiges que le doux surnom De Câlin le Fou et une toupie à son effigie.
0
Aug 21, 2019
Aug 21, 2019 at 2:30 AM UTC
Carmen Sylva
Une femme mystérieuse, Dont la beauté trouble mes sens, Se tient debout, silencieuse, Au bord des flots retentissants. Ses yeux, où le ciel se reflète, Mêlent à leur azur amer, Qu'étoile une humide paillette, Les teintes glauques de la mer. Dans les langueurs de leurs prunelles, Une grâce triste sourit ; Les pleurs mouillent les étincelles Et la lumière s'attendrit ; Et leurs cils comme des mouettes Qui rasent le flot aplani, Palpitent, ailes inquiètes, Sur leur azur indéfini. Comme dans l'eau bleue et profonde, Où dort plus d'un trésor coulé, On y découvre à travers l'onde La coupe du roi de Thulé. Sous leur transparence verdâtre, Brille parmi le goémon, L'autre perle de Cléopâtre Prés de l'anneau de Salomon. La couronne au gouffre lancée Dans la ballade de Schiller, Sans qu'un plongeur l'ait ramassée, Y jette encor son reflet clair. Un pouvoir magique m'entraîne Vers l'abîme de ce regard, Comme au sein des eaux la sirène Attirait Harald Harfagar. Mon âme, avec la violence D'un irrésistible désir, Au milieu du gouffre s'élance Vers l'ombre impossible à saisir. Montrant son sein, cachant sa queue, La sirène amoureusement Fait ondoyer sa blancheur bleue Sous l'émail vert du flot dormant. L'eau s'enfle comme une poitrine Aux soupirs de la passion ; Le vent, dans sa conque marine, Murmure une incantation. " Oh ! viens dans ma couche de nacre, Mes bras d'onde t'enlaceront ; Les flots, perdant leur saveur âcre, Sur ta bouche, en miel couleront. " Laissant bruire sur nos têtes, La mer qui ne peut s'apaiser, Nous boirons l'oubli des tempêtes Dans la coupe de mon baiser. " Ainsi parle la voix humide De ce regard céruléen, Et mon coeur, sous l'onde perfide, Se noie et consomme l'hymen.
0
462
Caerulei oculi
Une femme mystérieuse, Dont la beauté trouble mes sens, Se tient debout, silencieuse, Au bord des flots retentissants. Ses yeux, où le ciel se reflète, Mêlent à leur azur amer, Qu'étoile une humide paillette, Les teintes glauques de la mer. Dans les langueurs de leurs prunelles, Une grâce triste sourit ; Les pleurs mouillent les étincelles Et la lumière s'attendrit ; Et leurs cils comme des mouettes Qui rasent le flot aplani, Palpitent, ailes inquiètes, Sur leur azur indéfini. Comme dans l'eau bleue et profonde, Où dort plus d'un trésor coulé, On y découvre à travers l'onde La coupe du roi de Thulé. Sous leur transparence verdâtre, Brille parmi le goémon, L'autre perle de Cléopâtre Prés de l'anneau de Salomon. La couronne au gouffre lancée Dans la ballade de Schiller, Sans qu'un plongeur l'ait ramassée, Y jette encor son reflet clair. Un pouvoir magique m'entraîne Vers l'abîme de ce regard, Comme au sein des eaux la sirène Attirait Harald Harfagar. Mon âme, avec la violence D'un irrésistible désir, Au milieu du gouffre s'élance Vers l'ombre impossible à saisir. Montrant son sein, cachant sa queue, La sirène amoureusement Fait ondoyer sa blancheur bleue Sous l'émail vert du flot dormant. L'eau s'enfle comme une poitrine Aux soupirs de la passion ; Le vent, dans sa conque marine, Murmure une incantation. " Oh ! viens dans ma couche de nacre, Mes bras d'onde t'enlaceront ; Les flots, perdant leur saveur âcre, Sur ta bouche, en miel couleront. " Laissant bruire sur nos têtes, La mer qui ne peut s'apaiser, Nous boirons l'oubli des tempêtes Dans la coupe de mon baiser. " Ainsi parle la voix humide De ce regard céruléen, Et mon coeur, sous l'onde perfide, Se noie et consomme l'hymen.
Continue reading...
56
Nous marchions indécis j’ai perçu l’interdit Nos regards se croisaient Ton image absorbant Toute mon attention Je devenais otage De fugaces obsessions et d’effrayants mirages Servile à tes paroles et libre de t’aimer L’instant d’une soirée initiée par l’alcool Peut-être par l’audace La fin du boulevard semblait être une impasse Inévitable poignard. Une douce tristesse Submergeait mes désirs Captifs des souvenirs délivrés par l’ivresse Tu rentras donc chez toi Me laissant, toi apôtre En ébranlant ma foi Le choix d’en aimer un autre. Les nuits d’Hiver ne m’avaient jamais autant paru éphémères.
0
Oct 25, 2022
Oct 25, 2022 at 4:01 PM UTC
Obsession éphémère
Fable XVI, Livre I. On admirait l'oiseau de Jupiter, Qui déployant ses vastes ailes, Aussi rapide que l'éclair, Remontait vers son maître aux voûtes éternelles. Toute la basse-cour avait les yeux en l'air. Ce n'est pas sans raison qu'un grand dieu le préfère ! S'écriait un vieux coq ; parmi ses envieux, Qui pourrait, comme lui, laissant bien **** la terre, Voler en un clin-d'oeil au séjour du tonnerre, Et d'un élan franchir l'immensité des cieux ? Qui ? reprit un chapon ; vous et moi, mon confrère. Moi, vous dis-je. Laissons les dindons s'étonner De ce qui sort de leurs coutumes : Osons, au lieu de raisonner. D'aussi près qu'il voudra verra Jupin tonner Quiconque a du cœur et des plumes. Il dit, et de l'exemple appuyant la leçon, Il a déjà pris vol vers la céleste plaine. Mais c'était le vol du chapon. L'enfant gâté du Mans s'élève, et, comme un plomb, Va tomber sur le toit de l'étable prochaine. On sait que l'indulgence, en un malheur pareil, N'est pas le fort de la canaille : On suit le pauvre hère, on le hue, on le raille, Les plus petits exprès montaient sur la muraille. Le vieux coq, plus sensé, lui donna ce conseil : Que ceci te serve de règle ; Raser la terre est ton vrai lot : Renonce à prendre un vol plus haut, Mon ami, tu n'es pas un aigle.
0
367
L'aigle et le chapon
Oh ! vous aurez trop dit au pauvre petit ange Qu'il est d'autres anges là-haut, Que rien ne souffre au ciel, que jamais rien n'y change, Qu'il est doux d'y rentrer bientôt ; Que le ciel est un dôme aux merveilleux pilastres, Une tente aux riches couleurs, Un jardin bleu rempli de lis qui sont des astres, Et d'étoiles qui sont des fleurs ; Que c'est un lieu joyeux plus qu'on ne saurait dire, Où toujours, se laissant charmer, On a les chérubins pour jouer et pour rire, Et le bon Dieu pour nous aimer ; Qu'il est doux d'être un coeur qui brûle comme un cierge, Et de vivre, en toute saison, Près de l'enfant Jésus et de la sainte Vierge Dans une si belle maison ! Et puis vous n'aurez pas assez dit, pauvre mère, A ce fils si frêle et si doux, Que vous étiez à lui dans cette vie amère, Mais aussi qu'il était à vous ; Que, tant qu'on est petit, la mère sur nous veille, Mais que plus **** on la défend ; Et qu'elle aura besoin, quand elle sera vieille, D'un homme qui soit son enfant ; Vous n'aurez point assez dit à cette jeune âme Que Dieu veut qu'on reste ici-bas, La femme guidant l'homme et l'homme aidant la femme, Pour les douleurs et les combats ; Si bien qu'un jour, ô deuil ! irréparable perte ! Le doux être s'en est allé !... - Hélas ! vous avez donc laissé la cage ouverte, Que votre oiseau s'est envolé ! Avril 1843.
0
362
À la mère de l'enfant mort
Oh ! Quand donc aurez-vous fini, petits oiseaux, De jaser au milieu des branches et des eaux, Que nous nous expliquions et que je vous querelle ? Rouge-gorge, verdier, fauvette, tourterelle, Oiseaux, je vous entends, je vous connais. Sachez Que je ne suis pas dupe, ô doux ténors cachés, De votre mélodie et de votre langage. Celle que j'aime est **** et pense à moi ; je gage, O rossignol dont l'hymne, exquis et gracieux, Donne un frémissement à l'astre dans les cieux, Que ce que tu dis là, c'est le chant de son âme. Vous guettez les soupirs de l'homme et de la femme, Oiseaux ; Quand nous aimons et quand nous triomphons, Quand notre être, tout bas, s'exhale en chants profonds, Vous, attentifs, parmi les bois inaccessibles, Vous saisissez au vol ces strophes invisibles, Et vous les répétez tout haut, comme de vous ; Et vous mêlez, pour rendre encor l'hymne plus doux, A la chanson des coeurs, le battement des ailes ; Si bien qu'on vous admire, écouteurs infidèles, Et que le noir sapin murmure aux vieux tilleuls : « Sont-ils charmants d'avoir trouvé cela tout seuls ! » Et que l'eau, palpitant sous le chant qui l'effleure, Baise avec un sanglot le beau saule qui pleure ; Et que le dur tronc d'arbre a des airs attendris ; Et que l'épervier rêve, oubliant la perdrix ; Et que les loups s'en vont songer auprès des louves ! « Divin ! » dit le hibou ; le moineau dit : « Tu trouves ? » Amour, lorsqu'en nos coeurs tu te réfugias, L'oiseau vint y puiser ; ce sont ces plagiats, Ces chants qu'un rossignol, belles, prend sur vos bouches, Qui font que les grands bois courbent leurs fronts farouches, Et que les lourds rochers, stupides et ravis, Se penchent, les laissant piller le chènevis, Et ne distinguent plus, dans leurs rêves étranges, La langue des oiseaux de la langue des anges. Caudebec, septembre 183...
0
419
En écoutant les oiseaux
Oh ! Quand donc aurez-vous fini, petits oiseaux, De jaser au milieu des branches et des eaux, Que nous nous expliquions et que je vous querelle ? Rouge-gorge, verdier, fauvette, tourterelle, Oiseaux, je vous entends, je vous connais. Sachez Que je ne suis pas dupe, ô doux ténors cachés, De votre mélodie et de votre langage. Celle que j'aime est **** et pense à moi ; je gage, O rossignol dont l'hymne, exquis et gracieux, Donne un frémissement à l'astre dans les cieux, Que ce que tu dis là, c'est le chant de son âme. Vous guettez les soupirs de l'homme et de la femme, Oiseaux ; Quand nous aimons et quand nous triomphons, Quand notre être, tout bas, s'exhale en chants profonds, Vous, attentifs, parmi les bois inaccessibles, Vous saisissez au vol ces strophes invisibles, Et vous les répétez tout haut, comme de vous ; Et vous mêlez, pour rendre encor l'hymne plus doux, A la chanson des coeurs, le battement des ailes ; Si bien qu'on vous admire, écouteurs infidèles, Et que le noir sapin murmure aux vieux tilleuls : « Sont-ils charmants d'avoir trouvé cela tout seuls ! » Et que l'eau, palpitant sous le chant qui l'effleure, Baise avec un sanglot le beau saule qui pleure ; Et que le dur tronc d'arbre a des airs attendris ; Et que l'épervier rêve, oubliant la perdrix ; Et que les loups s'en vont songer auprès des louves ! « Divin ! » dit le hibou ; le moineau dit : « Tu trouves ? » Amour, lorsqu'en nos coeurs tu te réfugias, L'oiseau vint y puiser ; ce sont ces plagiats, Ces chants qu'un rossignol, belles, prend sur vos bouches, Qui font que les grands bois courbent leurs fronts farouches, Et que les lourds rochers, stupides et ravis, Se penchent, les laissant piller le chènevis, Et ne distinguent plus, dans leurs rêves étranges, La langue des oiseaux de la langue des anges. Caudebec, septembre 183...
Continue reading...
37
Ma Dame ne donne pas Des baisers, mais des appas Qui seuls nourrissent mon âme, Les biens dont les Dieux sont sous, Du Nectar, du sucre doux, De la cannelle et du bâme (1), Du thym, du lis, de la rose, Entre les lèvres écloses Fleurante en toutes saisons, Et du miel tel qu'en Hymette (2) La desrobe-fleur avette Remplit ses douces maisons. O dieux, que j'ai de plaisir Quand je sens mon col saisir De ses bras en mainte sorte ! Sur moi se laissant courber, D'yeux clos je la vois tomber Sur mon sein à demi-morte. Puis mettant la bouche sienne Tout à plat dessus la mienne, Me mord et je la remords : Je lui darde, elle me darde Sa languette frétillarde, Puis en ses bras je m'endors. D'un baiser mignard et long Me resuce l'âme adonc (3), Puis en soufflant la repousse, La resuce encore un coup, La ressoude (4) tout à coup Avec son haleine douce. Tout ainsi les colombelles Trémoussant un peu des ailes Avidement se vont baisant, Après que l'oiseuse glace A quitté la froide place Au Printemps doux et plaisant. Hélas! mais tempère un peu Les biens dont je suis repu, Tempère un peu ma liesse (5) : Tu me ferais immortel. Hé ! je ne veux être tel Si tu n'es aussi Déesse. 1. Bâme : Baume parfumé très agréable. 2. Hymette : Le mont Hymette est un massif grec connu pour son miel. 3. Adonc : En ce moment, alors. 4. Ressoude : Se réunir, être soudé ensemble. 5. Liesse : Joie.
0
352
À sa maîtresse (II)
Sonnet. Je passerai l'été dans l'herbe, sur le dos, La nuque dans les mains, les paupières mi-closes, Sans mêler un soupir à l'haleine des roses Ni troubler le sommeil léger des clairs échos. Sans peur je livrerai mon sang, ma chair, mes os, Mon être, au cours de l'heure et des métamorphoses, Calme et laissant la foule innombrable des causes Dans l'ordre universel assurer mon repos. Sous le pavillon d'or que le soleil déploie, Mes yeux boiront l'éther, dont l'immuable joie Filtrera dans mon âme au travers de mes cils, Et je dirai, songeant aux hommes : « Que font-ils ? » Et le ressouvenir des amours et des haines Me bercera, pareil au bruit des mers lointaines.
0
294
Sieste
"Ô Dieu, ai-je pris ta grâce pour acquise ? Ai-je oublié la voie étroite que je dois traverser ? Ai-je oublié que tu es saint et que tu ne vis que dans la sainteté ? Il est vrai que tu aimes le pécheur, mais j'ai déjà été rachetée. Tu m'as conduite à la vérité. Et maintenant, qu'est-ce que je fais ? Deviens-je pire que les Galates ? Suis-je en train d'oublier le sacrifice de la croix et la persévérance que tu nous exhorte à pratiquer ? Deviens-je une paresseuse éternelle, qui ne pense qu'au plaisir, somnolente dans ma chair ? Père, pardonne-moi, pardonne-moi, car j'ai laissé tomber toutes les voies que tu m'as apprises, en laissant le laxisme et la paresse m'envahir. Je ne comprends pas que je ne suis pas indispensable. Je ne voudrais pas être mise de côté. J'aimerais vraiment que tu m'utilises, que je revienne à ma consécration, à mon alliance et à mon amour premier. Je te prie de ne point détourner ta face de moi. Aide moi père
0
Sep 24, 2024
Sep 24, 2024 at 2:45 AM UTC
Ô Dieu
À quoi je songe ? - Hélas ! **** du toit où vous êtes, Enfants, je songe à vous ! à vous, mes jeunes têtes, Espoir de mon été déjà penchant et mûr, Rameaux dont, tous les ans, l'ombre croît sur mon mur, Douces âmes à peine au jour épanouies, Des rayons de votre aube encor tout éblouies ! Je songe aux deux petits qui pleurent en riant, Et qui font gazouiller sur le seuil verdoyant, Comme deux jeunes fleurs qui se heurtent entre elles, Leurs jeux charmants mêlés de charmantes querelles ! Et puis, père inquiet, je rêve aux deux aînés Qui s'avancent déjà de plus de flot baignés, Laissant pencher parfois leur tête encor naïve, L'un déjà curieux, l'autre déjà pensive ! Seul et triste au milieu des chants des matelots, Le soir, sous la falaise, à cette heure où les flots, S'ouvrant et se fermant comme autant de narines, Mêlent au vent des cieux mille haleines marines, Où l'on entend dans l'air d'ineffables échos Qui viennent de la terre ou qui viennent des eaux, Ainsi je songe ! - à vous, enfants, maisons, famille, A la table qui rit, au foyer qui pétille, A tous les soins pieux que répandent sur vous Votre mère si tendre et votre aïeul si doux ! Et tandis qu'à mes pieds s'étend, couvert de voiles, Le limpide océan, ce miroir des étoiles, Tandis que les nochers laissent errer leurs yeux De l'infini des mers à l'infini des cieux, Moi, rêvant à vous seuls, je contemple et je sonde L'amour que j'ai pour vous dans mon âme profonde, Amour doux et puissant qui toujours m'est resté. Et cette grande mer est petite à côté ! Le 15 juillet 1837.
0
340
À quoi je songe
À quoi je songe ? - Hélas ! **** du toit où vous êtes, Enfants, je songe à vous ! à vous, mes jeunes têtes, Espoir de mon été déjà penchant et mûr, Rameaux dont, tous les ans, l'ombre croît sur mon mur, Douces âmes à peine au jour épanouies, Des rayons de votre aube encor tout éblouies ! Je songe aux deux petits qui pleurent en riant, Et qui font gazouiller sur le seuil verdoyant, Comme deux jeunes fleurs qui se heurtent entre elles, Leurs jeux charmants mêlés de charmantes querelles ! Et puis, père inquiet, je rêve aux deux aînés Qui s'avancent déjà de plus de flot baignés, Laissant pencher parfois leur tête encor naïve, L'un déjà curieux, l'autre déjà pensive ! Seul et triste au milieu des chants des matelots, Le soir, sous la falaise, à cette heure où les flots, S'ouvrant et se fermant comme autant de narines, Mêlent au vent des cieux mille haleines marines, Où l'on entend dans l'air d'ineffables échos Qui viennent de la terre ou qui viennent des eaux, Ainsi je songe ! - à vous, enfants, maisons, famille, A la table qui rit, au foyer qui pétille, A tous les soins pieux que répandent sur vous Votre mère si tendre et votre aïeul si doux ! Et tandis qu'à mes pieds s'étend, couvert de voiles, Le limpide océan, ce miroir des étoiles, Tandis que les nochers laissent errer leurs yeux De l'infini des mers à l'infini des cieux, Moi, rêvant à vous seuls, je contemple et je sonde L'amour que j'ai pour vous dans mon âme profonde, Amour doux et puissant qui toujours m'est resté. Et cette grande mer est petite à côté ! Le 15 juillet 1837.
Continue reading...
33
Jésus au ciel est monté Pour vous envoyer sa grâce Espérance et charité, Foi qui jamais ne se lasse, Patience et tous les dons Que l'esprit porte en ses flamme. Et les trésors de pardons, De zèle au salut des âmes, De courage durant les Tentations de ce monde. Ah ! surtout, oui, devant les Tentations de ce monde, Ces scandales étalés Tour à tour beaux puis immondes, Pauvres cœurs écartelés, Tristes âmes vagabondes ! Jésus au ciel est monté, Mais en nous laissant son ombre : L'Évangile répété Sans cesse aux peuples sans nombre. Jésus au ciel est monté Pour mieux veiller, Lui, fait homme, Sur notre fragilité Qu'il éprouva... Mais nous, comme Jésus au ciel est monté Notre nuit n'y pourrait suivre Avant la mort sa clarté : Ah ! d'esprit allons y vivre !
0
285
Ascension
L'habit râpé Vivent les bas de soie et les souliers vernis ! La chaise dépaillée Dieu dit aux bons fauteuils : fauteuils, je vous bénis ! Le poêle froid Comme un grand feu qui flambe et pétille en décembre Vous illumine l'âme en empourprant la chambre ! Le verre plein d'eau Ma foi, j'aime le vin. La soucoupe pleine de poussière Moi, j'aime le café. L'écuelle de bois C'est charmant de crier : garçon ! Perdreau truffé, Bordeaux retour de l'Inde, et saumon sauce aux huîtres ! Le carreau cassé Une fenêtre est belle alors qu'elle a des vitres. Le gousset vide Que l'usurier hideux, poussif, auquel tu dois, Agite un vieux billet de banque en ses vieux doigts, Fût-il gris comme un chantre et crasseux comme un diacre, Vénus vient toute nue en sa conque de nacre. Le lit de sangle Un édredon, c'est doux. L'écritoire Arétin, plein d'esprit, Vit content ; sous ses pieds il a quand il écrit Un charmant tapis turc qui réchauffe sa prose. Le trou de la serrure J'estime une portière épaisse, et, verte ou rose, Laissant voir, dans les plis du satin ouaté, Un mandarin qui prend une tasse de thé. Un papier timbré Verrès est riche et grand ; devant lui nul ne bouge. Le miroir fêlé Sur un frac brodé d'or j'aime un beau cordon rouge. L'escabeau boiteux Quel bonheur de courir à la croix de Berny Sur quelque ardent cheval plein d'un souffle infini, Démon aux crins épars né des vents de l'Ukraine ! La semelle percée Quelle joie ! En hiver, rouler au Cours-la-Reine, Quand le soleil dissout les brouillards pluvieux, Dans un landau qui fait blêmir les envieux ! Le plafond troué Et, tandis qu'au dehors siffle le vent féroce, Contempler, à travers les glaces du carrosse, Le ciel bleu, rayonnant d'une douce clarté ! Le ciel bleu Paix ! Comptez vous pour rien cette sérénité De marcher le front haut, et de se dire : en somme, Je mange du pain noir, mais je suis honnête homme ! Le 17 novembre 1853.
0
330
Voix dans le grenier
L'habit râpé Vivent les bas de soie et les souliers vernis ! La chaise dépaillée Dieu dit aux bons fauteuils : fauteuils, je vous bénis ! Le poêle froid Comme un grand feu qui flambe et pétille en décembre Vous illumine l'âme en empourprant la chambre ! Le verre plein d'eau Ma foi, j'aime le vin. La soucoupe pleine de poussière Moi, j'aime le café. L'écuelle de bois C'est charmant de crier : garçon ! Perdreau truffé, Bordeaux retour de l'Inde, et saumon sauce aux huîtres ! Le carreau cassé Une fenêtre est belle alors qu'elle a des vitres. Le gousset vide Que l'usurier hideux, poussif, auquel tu dois, Agite un vieux billet de banque en ses vieux doigts, Fût-il gris comme un chantre et crasseux comme un diacre, Vénus vient toute nue en sa conque de nacre. Le lit de sangle Un édredon, c'est doux. L'écritoire Arétin, plein d'esprit, Vit content ; sous ses pieds il a quand il écrit Un charmant tapis turc qui réchauffe sa prose. Le trou de la serrure J'estime une portière épaisse, et, verte ou rose, Laissant voir, dans les plis du satin ouaté, Un mandarin qui prend une tasse de thé. Un papier timbré Verrès est riche et grand ; devant lui nul ne bouge. Le miroir fêlé Sur un frac brodé d'or j'aime un beau cordon rouge. L'escabeau boiteux Quel bonheur de courir à la croix de Berny Sur quelque ardent cheval plein d'un souffle infini, Démon aux crins épars né des vents de l'Ukraine ! La semelle percée Quelle joie ! En hiver, rouler au Cours-la-Reine, Quand le soleil dissout les brouillards pluvieux, Dans un landau qui fait blêmir les envieux ! Le plafond troué Et, tandis qu'au dehors siffle le vent féroce, Contempler, à travers les glaces du carrosse, Le ciel bleu, rayonnant d'une douce clarté ! Le ciel bleu Paix ! Comptez vous pour rien cette sérénité De marcher le front haut, et de se dire : en somme, Je mange du pain noir, mais je suis honnête homme ! Le 17 novembre 1853.
Continue reading...
52