Hello Poetry
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L'habit râpé Vivent les bas de soie et les souliers vernis ! La chaise dépaillée Dieu dit aux bons fauteuils : fauteuils, je vous bénis ! Le poêle froid Comme un grand feu qui flambe et pétille en décembre Vous illumine l'âme en empourprant la chambre ! Le verre plein d'eau Ma foi, j'aime le vin. La soucoupe pleine de poussière Moi, j'aime le café. L'écuelle de bois C'est charmant de crier : garçon ! Perdreau truffé, Bordeaux retour de l'Inde, et saumon sauce aux huîtres ! Le carreau cassé Une fenêtre est belle alors qu'elle a des vitres. Le gousset vide Que l'usurier hideux, poussif, auquel tu dois, Agite un vieux billet de banque en ses vieux doigts, Fût-il gris comme un chantre et crasseux comme un diacre, Vénus vient toute nue en sa conque de nacre. Le lit de sangle Un édredon, c'est doux. L'écritoire Arétin, plein d'esprit, Vit content ; sous ses pieds il a quand il écrit Un charmant tapis turc qui réchauffe sa prose. Le trou de la serrure J'estime une portière épaisse, et, verte ou rose, Laissant voir, dans les plis du satin ouaté, Un mandarin qui prend une tasse de thé. Un papier timbré Verrès est riche et grand ; devant lui nul ne bouge. Le miroir fêlé Sur un frac brodé d'or j'aime un beau cordon rouge. L'escabeau boiteux Quel bonheur de courir à la croix de Berny Sur quelque ardent cheval plein d'un souffle infini, Démon aux crins épars né des vents de l'Ukraine ! La semelle percée Quelle joie ! En hiver, rouler au Cours-la-Reine, Quand le soleil dissout les brouillards pluvieux, Dans un landau qui fait blêmir les envieux ! Le plafond troué Et, tandis qu'au dehors siffle le vent féroce, Contempler, à travers les glaces du carrosse, Le ciel bleu, rayonnant d'une douce clarté ! Le ciel bleu Paix ! Comptez vous pour rien cette sérénité De marcher le front haut, et de se dire : en somme, Je mange du pain noir, mais je suis honnête homme ! Le 17 novembre 1853.
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Voix dans le grenier
L'habit râpé Vivent les bas de soie et les souliers vernis ! La chaise dépaillée Dieu dit aux bons fauteuils : fauteuils, je vous bénis ! Le poêle froid Comme un grand feu qui flambe et pétille en décembre Vous illumine l'âme en empourprant la chambre ! Le verre plein d'eau Ma foi, j'aime le vin. La soucoupe pleine de poussière Moi, j'aime le café. L'écuelle de bois C'est charmant de crier : garçon ! Perdreau truffé, Bordeaux retour de l'Inde, et saumon sauce aux huîtres ! Le carreau cassé Une fenêtre est belle alors qu'elle a des vitres. Le gousset vide Que l'usurier hideux, poussif, auquel tu dois, Agite un vieux billet de banque en ses vieux doigts, Fût-il gris comme un chantre et crasseux comme un diacre, Vénus vient toute nue en sa conque de nacre. Le lit de sangle Un édredon, c'est doux. L'écritoire Arétin, plein d'esprit, Vit content ; sous ses pieds il a quand il écrit Un charmant tapis turc qui réchauffe sa prose. Le trou de la serrure J'estime une portière épaisse, et, verte ou rose, Laissant voir, dans les plis du satin ouaté, Un mandarin qui prend une tasse de thé. Un papier timbré Verrès est riche et grand ; devant lui nul ne bouge. Le miroir fêlé Sur un frac brodé d'or j'aime un beau cordon rouge. L'escabeau boiteux Quel bonheur de courir à la croix de Berny Sur quelque ardent cheval plein d'un souffle infini, Démon aux crins épars né des vents de l'Ukraine ! La semelle percée Quelle joie ! En hiver, rouler au Cours-la-Reine, Quand le soleil dissout les brouillards pluvieux, Dans un landau qui fait blêmir les envieux ! Le plafond troué Et, tandis qu'au dehors siffle le vent féroce, Contempler, à travers les glaces du carrosse, Le ciel bleu, rayonnant d'une douce clarté ! Le ciel bleu Paix ! Comptez vous pour rien cette sérénité De marcher le front haut, et de se dire : en somme, Je mange du pain noir, mais je suis honnête homme ! Le 17 novembre 1853.
Victor Hugo
1802 - 1885/Male/French