"entr" poems
Face of MADNESS , gather your twisted strength
Stench like sadness? (Do)n't confuse, its greatness
Sway through the fractures and disjointedness
Disembodied manifestation, useless phenomenon
S(cul)p(ture)s hammered into DisFuRme/nt
Castrate salient pieces of that body
Spew inhuman lexicon insinuating i-n/co\here/nce
Slaughter the (harm)ony within cadence
Screech! H o w l! Growl!
Rel(easing) murderous miseries within infected entr[ails]
R A G E, count{less} bullets turning fl{ashes} of sanity to CAD(AVE)R(S)
De[generate] ripping throat of conscio(us)ness
Feb 24, 2013
Feb 24, 2013 at 12:31 AM UTC
1. (photographs; kaleidoscopes)
I tried to capture you
in words, the way you were, the way
with each relentless second
you would never be again.
2. (words were not enough)
because
a) language is a frail medium
for the powerful; the overwhelming;
b) emotions are shifting, & imprecise.
3. (I tried, a thousand times, to say)
how I found in you the wonder I had always looked for;
always missed.
4. (we can choose how we react)
how rare and beautiful
it is — to me — that you exist.
5. (you)
your hurricane eyes
twilight smiles
shoulders
where
have you
been?
6. (define morning as a feeling, not a time of day)
what did you think about when you poured your coffee and did you feel relieved when you heard the sound of rain? what colour was the daylight; and does love ever happen to you, in the traffic of rush hour?
7. (I said)
“come on --
let me take you home”.
“I am here” she said “you are it”
8. (he asked me)
"have you ever been in love with someone you knew you couldn’t have?”
I’ve never been anything else.
9. (a single green light across the bay)
I will rearrange my life around your meaningless smiles —
when love is not returned to us,
we will never stop looking for it.
10. (holding on and letting go)
there is a space between breaths and heartbeats — an endless moment, the infinite, an entr’acte in the operas of unrequited love.
11. (simply because I found her irresistible)
and yet that’s what we do, isn’t it?
we hang onto hope —
in every hopelessly irrational way that we can.
12. (and so part of me is always a fool)
I will wait for you forever.
Sep 25, 2015
Sep 25, 2015 at 10:44 AM UTC
Tu te dis enrobée, ma tigresse
J 'ai beau purger les yeux
Pour tenter de voir à travers ton sari de soie blanc céladon
Je ne décèle dans tes dessous
Que ton parfum de tigresse furtive et changeante
Chevauchant ton dragon de jade
Dans une jungle inhabitée.
Sauvage
Volontaire
Désinhibée
C'est ainsi qu'on te décrit à chaque illumination
C 'est ainsi qu'évidemment tu te sens
Avec Tigresse
Parfum Extraordinaire ... by Fabergé
Autour de ta taille j 'ai cru voir
Une chaîne d'argent massif où pend une fiole de jade
En forme de dent de tigre .
A l 'intérieur que sais je ?
J 'imagine de l 'eau bénite
Une capsule de cyanide ?
Ou des résidus de jus de jade
Au cas où
En cas de besoin
Sur la route ?
Sur ton *****
J'ai entr'aperçu
Un tatouage :
Un porc-épic qui feule
Hérissant et jetant ses épines
Avec comme devise
Qui s'y frotte s'y pique !
Je meurs d'envie
Que tu m'intronises dans ton ordre secret
Je meurs d'envie
D'être adoubé chevalier de l'ordre du porc-épic
Je meurs d'envie
Que, nue, tu te présentes,
Ma tigresse quatre en une ,
Dans l'un ou l 'autre
De tes plus simples appareils :
Tigresse en nourrice,
Tigresse errante,
Tigresse dans sa tanière,
Tigresse en laisse
Aug 29, 2019
Aug 29, 2019 at 2:26 AM UTC
You can’t hear my screams through this house’s thin walls
I can’t reach the shore in your paper lifeboat
You can’t pull me up as I drown while afloat
I can’t help but by this spiralling stairwell be enthralled
I leap over, hurtling towards the water beneath
Blood splatters on the walls, crimson swirls in the sea
You scrub the water coarse, trying to strain the impurity
But my wounds are still open; they continue to bleed
The cycle keeps repeating, as history tends to
You’re tired of all this melodrama that keeps unfolding anew
You think it’s all rehearsed, that it is not impromptu
So I perform behind closed doors, waiting for your cue
During the entr’acte, I wait in the dark
The spotlight’s gone out, the character has not
I have been typecast in this role for too long
It’s become second nature so I play along
Apr 8, 2016
Apr 8, 2016 at 5:32 PM UTC
Sur le bord du chemin, que j'aime à voir l'oiseau,
Fuyant le nid léger que balance l'ormeau,
Prendre le grain qu'il porte à sa couvée éclose,
Les premiers jours de mai, quand s'entr'ouvre la rose.
Sur le bord du chemin, que j'aime l'églantier,
De pétales dorés parsemant le sentier,
Disant que l'hiver fuit avec neige et froidure,
Qu'un sourire d'avril ramène la verdure.
Sur le bord du chemin, que j'aime à voir les fleurs
Dont les hommes n'ont pas combiné les couleurs ;
Les fleurs des malheureux, qu'aux malheureux Dieu donne,
Du Dieu qui songe à tous, aimable et sainte aumône.
Sur le bord du chemin, que j'aime le ruisseau,
Qui, sous le nénuphar, sous l'aulne et le roseau,
Me cache ses détours, mais qui murmure et chante,
S'emparant en fuyant de ma pensée errante.
Sur le bord du chemin, que j'aime le berger,
Son vieux chien vigilant, son chalumeau léger ;
La cloche du troupeau, triste comme une plainte,
Qui s'arrête parfois, puis qui s'ébranle et tinte.
Sur le bord du chemin, que j'aime mieux encor
La simple croix de bois, sans sculpture, sans or ;
À ses pieds, une fleur humide de rosée,
Par l'humble laboureur, humblement déposée.
Sur le bord du chemin, la fleur se fanera,
Les troupeaux partiront, le ruisseau tarira ;
Tout se flétrit et meurt, quand s'enfuit l'hirondelle ;
Mais la croix restera saintement immortelle !
Sur le bord du chemin, tout varie en son cours,
Le ciel seul, à notre âme, osa dire : Toujours !
Et quand nos cœurs brisés s'agitent dans le doute,
Qu'il est bon de trouver une croix sur la route !
Sur le bord du chemin, les paroles d'amour,
Murmure harmonieux qui ne dure qu'un jour,
S'en vont avec le vent, aussi légère chose
Qu'un chant d'oiseau dans l'air ou qu'un parfum de rose.
Sur le bord du chemin, on tombe avant le soir,
Les pieds tout déchirés et le cœur sans espoir ;
Pèlerin fatigué que poursuivit l'orage,
On s'assied sur la route à moitié du voyage.
Sur le bord du chemin, ô croix ! reste pour moi !
Mes yeux ont moins de pleurs en se levant vers toi.
Tu me montres le but ; une voix qui console,
Dans le fond de mon cœur, semble être ta parole :
« Sur le bord du chemin, si ton cœur affaibli
Souffre d'isolement, de mécompte et d'oubli,
Ô pauvre ami blessé qui caches ta souffrance,
Viens t'asseoir à mes pieds, car je suis l'espérance ! »
Sur le bord du chemin, ainsi parle la croix,
Consolant les bergers et consolant les rois,
Offrant à tout passant son appui tutélaire...
Car tout cœur qui palpite a souffert sur la terre !
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Watching the monsters sleep and slumber
A masked owl whispers and wanders
Tree bark yawns with the break of twilight
Flames cackle casting embers of amber and seething whites
A cauldron of fireflies crash amongst the leaves
With the winter breeze hurling them throughout the sky
A mouse hurries late for it's meeting in the old shed
Where the spider lies back stretching in her web
The stars roll around laughing about something bright that was said
The moon sighs overhead while clouds encircle the lunar light
Puddles shiver and grasses bloom with frost bite
The aching orchard hums a tune of summer nights
Feb 18, 2018
Feb 18, 2018 at 9:37 PM UTC
Vous surtout que je plains si vous n'êtes chéries,
Vous surtout qui souffrez, je vous prends pour mes soeurs :
C'est à vous qu'elles vont, mes lentes rêveries,
Et de mes pleurs chantés les amères douceurs.
Prisonnière en ce livre une âme est contenue.
Ouvrez, lisez : comptez les jours que j'ai soufferts.
Pleureuses de ce monde où je passe inconnue,
Rêvez sur cette cendre et trempez-y vos fers.
Chantez ! Un chant de femme attendrit la souffrance.
Aimez ! Plus que l'amour la haine fait souffrir.
Donnez ! La charité relève l'espérance :
Tant que l'on peut donner on ne veut pas mourir !
Si vous n'avez le temps d'écrire aussi vos larmes,
Laissez-les de vos yeux descendre sur ces vers.
Absoudre, c'est prier ; prier, ce sont nos armes.
Absolvez de mon sort les feuillets entr'ouverts !
Pour livrer sa pensée au vent de la parole,
S'il faut avoir perdu quelque peu sa raison,
Qui donne son secret est plus tendre que folle :
Méprise-t-on l'oiseau qui répand sa chanson ?
849
Sonnet.
Nous aurons des lits pleins d'odeurs légères,
Des divans profonds comme des tombeaux,
Et d'étranges fleurs sur des étagères,
Ecloses pour nous sous des cieux plus beaux.
Usant à l'envi leurs chaleurs dernières,
Nos deux coeurs seront deux vastes flambeaux,
Qui réfléchiront leurs doubles lumières
Dans nos deux esprits, ces miroirs jumeaux.
Un soir fait de rose et de bleu mystique,
Nous échangerons un éclair unique,
Comme un long sanglot, tout chargé d'adieux ;
Et plus **** un Ange, entr'ouvrant les portes,
Viendra ranimer, fidèle et joyeux,
Les miroirs ternis et les flammes mortes.
829
Cygnes au blanc plumage, au port majestueux,
Est-il vrai, dites-moi, qu'un chant harmonieux,
De vos jours écoulés rompant le long silence,
Lorsque va se briser votre frêle existence,
Comme un cri de bonheur s'élève vers les cieux ?
Quand sous votre aile, un soir, votre long col se ploie
Pour le dernier sommeil... d'où vous vient cette joie ?
De vos jours rien ne rompt l'indolente douceur :
Lorsque tout va finir, cet hymne de bonheur,
Comme à des cœurs brisés, quel penser vous l'envoie ?
Ô cygnes de nos lacs ! votre destin est doux ;
De votre sort heureux chacun serait jaloux.
Vous voguez lentement de l'une à l'autre rive,
Vous suivez les détours de l'onde fugitive :
Que ne puis-je en ces flots m'élancer avec vous !
Moi, sous l'ardent soleil, je demeure au rivage...
Pour vous, l'onde s'entr'ouvre et vous livre passage ;
Votre col gracieux, dans les eaux se plongeant,
Fait jaillir sur le lac mille perles d'argent
Qui laissent leur rosée à votre blanc plumage ;
Et les saules pleureurs, ondoyants, agités,
- Alors que vous passez, par le flot emportés -
D'un rameau caressant, doucement vous effleurent
Sur votre aile qui fuit quelques feuilles demeurent,
Ainsi qu'un souvenir d'amis qu'on a quittés.
Puis le soir, abordant à la rive odorante
Où fleurit à l'écart le muguet ou la menthe,
Sur un lit de gazon vous reposez, bercés
Par la brise des nuits, par les bruits cadencés
Des saules, des roseaux , de l'onde murmurante.
Oh ! pourquoi donc chanter un chant mélodieux
Quand s'arrête le cours de vos jours trop heureux ?
Pleurez plutôt, pleurez vos nuits au doux silence,
Les étoiles, les fleurs, votre fraîche existence ;
Pourquoi fêter la mort ?... vous êtes toujours deux !
C'est à nous de chanter quand vient l'heure suprême,
Nous, tristes pèlerins, dont la jeunesse même
Ne sait pas découvrir un verdoyant sentier,
Dont le bonheur s'effeuille ainsi que l'églantier ;
Nous, si tôt oubliés de l'ami qui nous aime !
C'est à nous de garder pour un jour à venir,
Tristes comme un adieu, doux comme un souvenir,
Des trésors d'harmonie inconnus à la terre,
Qui ne s'exhaleront qu'à notre heure dernière.
Pour qui souffre ici-bas, il est doux de mourir !
Ô cygnes ! laissez donc ce cri de délivrance
À nos cœurs oppressés de muette souffrance ;
La vie est un chemin où l'on cache ses pleurs...
Celui qui les comprend est plus **** est ailleurs.
À nous les chants !... la mort, n'est-ce pas l'espérance ?
924
Eh bien ! que fais-tu donc, ô Mémoire infidèle ?
Tu ne sais plus ces vers, poésie immortelle,
Consacrés par la gloire et redits en tous lieux !
Ces sublimes accents au rythme harmonieux,
Où d'un poète aimé le génie étincelle,
Mémoire, que fuis-tu, si tu ne les retiens ?
« Je me souviens !
« Mais, passant à travers les grands bruits de la terre,
Qui doit se souvenir, hélas ! a trop à faire.
Contre moi, chaque jour, combat l'oubli jaloux :
Je ne puis tout garder, et je choisis pour vous.
Du rayon qui donna la plus fraîche lumière,
D'un suave parfum, de sons éoliens,
Je me souviens.
« Souvent, abandonnant au burin de l'histoire,
Tout ce qui tient en main le sceptre de la gloire,
Je laisse à tout hasard, au **** errer mes pas,
Dans des sentiers obscurs où l'on chante tout bas.
Plus attentive alors, moi, pauvre humble Mémoire,
D'espoirs, de doux pensers, rêves aériens,
Je me souviens.
« Si parfois un ami, triste et rempli d'alarme,
Vient chercher près de vous quelque espoir qui le charme ;
Sa main dans votre main, quand s'entr'ouvre son cœur,
- Le cœur, qui sait si bien parler de la douleur ! -
Du mal de votre ami, d'un regard, d'une larme,
De tout ce qui s'échappe en vos longs entretiens,
Je me souviens.
« À tout ce qui gémit et pleure dans la vie,
Je prête, en cheminant, une oreille attendrie ;
J'écoute mieux encor ceux qui ne parlent plus,
Les amis d'autrefois au tombeau descendus :
Je fais revivre en moi l'âme qui s'est enfuie ;
Des nœuds qui sont rompus rattachant les liens,
Je me souviens !
« Assez d'autres sans moi garderont souvenance
De ces vers tant aimés ; qu'importe mon silence !
Quand la gloire a parlé, mes soins sont superflus. »
- C'est bien ! je suis contente, et ne veux rien de plus
Si, n'oubliant jamais ni bonheur ni souffrance,
Lorsque je vois s'enfuir les plus chers de mes biens,
Tu te souviens !
809
Volez, nobles coursiers, franchissez la distance !
Pour le prix disputé, luttez avec constance !
Sous un soleil de feu, le sol est éclatant ;
Pour vous voir aujourd'hui, tout est bruit et lumière ;
Ainsi qu'un flot d'encens, la légère poussière,
Devant vos pas, s'envole au but qui vous attend.
Que l'air rapide et vif, soulevant vos poitrines,
S'échappe palpitant de vos larges narines !
Laissez sous l'éperon votre flanc s'entr'ouvrir...
Volez, nobles coursiers, dussiez-vous en mourir !
Au milieu des bravos, votre course s'achève ;
Le silence revient - puis, je pense et je rêve...
Notre vie est l'arène où se hâtent nos pas ;
Nous volons vers le but que l'on ne connaît pas.
Fatigués, épuisés, prêts à tomber, qu'importe !
Nous marchons à grands pas, le torrent nous emporte.
Oubliant le passé, repoussant le présent,
Nos regards inquiets se portent en avant ;
Rien n'est beau que plus **** et notre flanc palpite,
Sous l'éperon caché qui nous dit : « Marche vite ! »
Nous marchons. - Quelquefois, à travers les déserts,
Une oasis répand ses parfums dans les airs,
Un doux chant retentit sur le bord de la route :
L'oasis, on la fuit ; le chant, nul ne l'écoute.
Sans garder du chemin regret ou souvenir,
D'un avide regard, on cherche l'avenir ;
L'avenir, c'est le but ! l'avenir, c'est la vie !
Bientôt, à notre gré, la distance est franchie ;
Haletants de la course, épuisés de l'effort,
Nous touchons l'avenir... L'avenir, c'est la mort !
Qu'ai-je dit ? - Ô mon Dieu ! toi qui m'entends, pardonne !...
L'avenir, c'est le ciel, où ton soleil rayonne
Sans que la nuit succède à l'éclat d'un beau jour,
Sans que l'oubli succède aux paroles d'amour !
L'avenir, c'est le ciel où s'arrête l'orage !
C'est le port qui reçoit les débris du naufrage ;
C'est la fin des regrets ; c'est l'éternel printemps ;
C'est l'ange dont la voix a de divins accents.
L'avenir, ô mon Dieu ! c'est la sainte auréole
Que pose sur nos fronts ta main qui nous console.
Oui, marchons ! et vers toi levant souvent les yeux,
Avançons vers le but que nous montrent les cieux.
Chut ! voici le signal, franchissez la distance.
Volez, nobles coursiers, luttez avec constance !
Sous un soleil de feu, le sol est éclatant ;
Pour vous voir aujourd'hui, tout est bruit et lumière ;
Ainsi qu'un flot d'encens, la légère poussière,
Devant vos pas, s'envole au but qui vous attend.
Que l'air rapide et vif, soulevant vos poitrines,
S'échappe palpitant de vos larges narines !
Laissez sous l'éperon votre flanc s'entr'ouvrir...
Volez, nobles coursiers, dussiez-vous en mourir !
806
La rosée arrondie en perles
Scintille aux pointes du gazon ;
Les chardonnerets et les merles
Chantent à l'envi leur chanson ;
Les fleurs de leurs paillettes blanches
Brodent le bord vert du chemin ;
Un vent léger courbe les branches
Du chèvrefeuille et du jasmin ;
Et la lune, vaisseau d'agate,
Sur les vagues des rochers bleus
S'avance comme la frégate
Au dos de l'Océan houleux.
Jamais la nuit de plus d'étoiles
N'a semé son manteau d'azur,
Ni, du doigt entr'ouvrant ses voiles,
Mieux fait voir Dieu dans le ciel pur.
Prends mon bras, ô ma bien-aimée,
Et nous irons, à deux, jouir
De la solitude embaumée,
Et, couchés sur la mousse, ouïr
Ce que tout bas, dans la ravine
Où brillent ses moites réseaux,
En babillant, l'eau qui chemine
Conte à l'oreille des roseaux.
724
J'ai rencontré sur la terre où je passe
Plus d'un abîme où je tombais, seigneur !
Lors, d'un long cri j'appelais dans l'espace
Mon Dieu, mon père, ou quelque ange sauveur.
Doux et penché sur l'abîme funeste,
Un envoyé du tribunal céleste
Venait toujours, fidèle à votre loi :
Qu'il soit béni ! Mon Dieu, payez pour moi.
J'ai rencontré sur la terre où je pleure
Des yeux mouillés de prière et d'espoir :
À leurs regards souvent j'oubliais l'heure ;
Dans ces yeux-là, mon Dieu, j'ai cru vous voir.
Le ciel s'y meut comme dans vos étoiles,
C'est votre livre entr'ouvert et sans voiles,
Ils m'ont appris la charité, la foi.
Qu'ai-je rendu ? Mon Dieu, payez pour moi.
J'ai rencontré sur la terre où je chante
Des coeurs vibrants, juges harmonieux
Muse cachée et qui de peu s'enchante,
Ecoutant bien pour faire chanter mieux.
Divine aumône, adorable indulgence,
Trésor tombé dans ma fière indigence,
Suffrage libre, ambition de roi,
Vous êtes Dieu ! Mon Dieu ! Payez pour moi.
J'ai rencontré jour par jour sur la terre
Des malheureux le troupeau grossissant ;
J'ai vu languir dans son coin solitaire,
Comme un ramier, l'orphelin pâlissant ;
J'ai regardé ces frères de mon âme,
Puis, j'ai caché mes yeux avec effroi ;
Mon coeur nageait dans les pleurs et la flamme :
Regardez-les, mon Dieu ! Donnez pour moi.
709
On est moins seul au fond d'une église déserte :
De son père inquiet c'est la porte entr'ouverte ;
Lui qui bénit l'enfant, même après son départ,
Lui, qui ne dit jamais : « N'entrez plus, c'est trop **** ! »
Moi, j'ai **** seigneur, j'ai fui votre colère,
Comme l'enfant qui tremble à la voix de son père,
Se dérobe au jardin tout pâle, tout en pleurs,
Retient son souffle et met sa tête dans les fleurs ;
J'ai **** ! Retenant le souffle de ma plainte,
J'ai levé mes deux mains entre vous et ma crainte ;
J'ai fait la morte ; et puis, en fermant bien les yeux,
Me croyant invisible aux lumières des cieux,
Triste comme à ténèbre au milieu de mon âme,
Je fuyais. Mais, Seigneur ! votre incessante flamme,
Perçait de mes détours les fragiles remparts,
Et dans mon cœur fermé rentrait de toutes parts !
C'est là que j'ai senti, de sa fuite lassée,
Se retourner vers vous mon âme délaissée ;
Et me voilà pareille à ce volage enfant,
Dépouillé par la ville, et qui n'a bien souvent
Que ses débiles mais pour voiler son visage,
Quand il dit à son père : Oh ! que n'ai-je été sage !
679
Sonnet.
Ainsi, quand la fleur printanière
Dans les bois va s'épanouir,
Au premier souffle du zéphyr
Elle sourit avec mystère ;
Et sa tige, fraîche et légère,
Sentant son calice s'ouvrir,
Jusque dans le sein de la terre
Frémit de joie et de désir.
Ainsi, quand ma douce Marie
Entr'ouvre sa lèvre chérie,
Et lève, en chantant, ses yeux bleus,
Dans l'harmonie et la lumière
Son âme semble tout entière
Monter en tremblant vers les cieux.
629
À Madame *** qui demandait des vers pour son album.
Les vers n'arrivent pas au gré de mon désir,
L'heure du feu sacré ne saurait se choisir.
Dites-vous au bouton qu'il devienne une rose,
À l'oiseau dans son nid que sa couvée éclose ?
Pourquoi me dire à moi : « Prends ton luth pour chanter ? »
Les feuilles **** du vent ne sauraient s'agiter ;
Et comme elles j'attends, immobile et timide,
Qu'une brise du ciel, dans sa course rapide,
Vienne douce et suave, inclinant les buissons,
Comme aux feuilles des bois m'arracher quelques sons.
Ne forcez point mes chants, je n'ai vu que l'aurore ;
Pour moi, si Dieu le veut, le jour est long encore !
Doux espoir ou regret, amertume ou plaisir,
Indécise en son vol, mon âme veut choisir ;
Elle parcourt la vie, effleurant chaque chose ;
Elle espère et soupire, et sur rien ne se pose.
Ainsi l'on voit l'abeille, active en son labeur,
S'agitant dans les airs, chercher longtemps la fleur,
Qui, livrant ses trésors à son aile légère,
Lui permet de porter son doux miel à la terre.
Mais hélas ! nul calice, entr'ouvert à ma voix,
Ne veut, dans ses parfums, laisser baigner mes doigts;
Je m'arrête, interdite au seuil de ma demeure :
En vain je veux chanter... je me tais et je pleure !
678
Nous fûmes dupes, vous et moi,
De manigances mutuelles,
Madame, à cause de l'émoi
Dont l'Été férut nos cervelles.
Le Printemps avait bien un peu
Contribué, si ma mémoire
Est bonne, à brouiller notre jeu,
Mais que d'une façon moins noire !
Car au printemps l'air est si frais
Qu'en somme les roses naissantes,
Qu'Amour semble entr'ouvrir exprès,
Ont des senteurs presque innocentes ;
Et même les lilas ont beau
Pousser leur haleine poivrée,
Dans l'ardeur du soleil nouveau,
Cet excitant au plus récrée,
Tant le zéphyr souffle, moqueur,
Dispersant l'aphrodisiaque
Effluve, en sorte que le cœur
Chôme et que même l'esprit vaque,
Et qu'émoustillés, les cinq sens
Se mettent alors de la fête,
Mais seuls, tout seuls, bien seuls et sans
Que la crise monte à la tête.
Ce fut le temps, sous de clairs ciels
(Vous vous en souvenez-vous, Madame ?),
Des baisers superficiels
Et des sentiments à fleur d'âme,
Exempts de folles passions,
Pleins d'une bienveillance amène.
Comme tous deux nous jouissions
Sans enthousiasme - et sans peine !
Heureux instants ! - mais vint l'Été :
Adieu, rafraîchissantes brises ?
Un vent de lourde volupté
Investit nos âmes surprises.
Des fleurs aux calices vermeils
Nous lancèrent leurs odeurs mûres,
Et partout les mauvais conseils
Tombèrent sur nous des ramures
Nous cédâmes à tout cela,
Et ce fut un bien ridicule
Vertigo qui nous affola
Tant que dura la canicule.
Rires oiseux, pleurs sans raisons,
Mains indéfiniment pressées,
Tristesses moites, pâmoisons,
Et que vague dans les pensées !
L'automne heureusement, avec
Son jour froid et ses bises rudes,
Vint nous corriger, bref et sec,
De nos mauvaises habitudes,
Et nous induisit brusquement
En l'élégance réclamée
De tout irréprochable amant
Comme de toute digne aimée...
Or, cet Hiver, Madame, et nos
Parieurs tremblent pour leur bourse,
Et déjà les autres traîneaux
Osent nous disputer la course.
Les deux mains dans votre manchon,
Tenez-vous bien sur la banquette
Et filons ! - et bientôt Fanchon
Nous fleurira quoiqu'on caquette !
678
L'épouse, la compagne à mon cœur destinée,
Promise à mon jeune tourment,
Je ne la connais pas, mais je sais qu'elle est née ;
Elle respire en ce moment.
Son âge et ses devoirs lui font la vie étroite ;
Sa chambre est un frais petit coin ;
Elle y prend sa leçon, bien soumise et bien droite,
Et sa mère n'est jamais ****
Ma mère, parlez-lui du bon Dieu, de la Vierge
Et des saints tant qu'il lui plaira ;
Oui, rendez-la timide, et qu'elle brûle un cierge
Quand le tonnerre grondera.
Je veux, entendez-vous, qu'elle soit grave et tendre,
Qu'elle chérisse et qu'elle ait peur ;
Je veux que tout mon sang me serve à la défendre,
À la caresser de tout mon cœur.
Déjà dans l'inconnu je t'épouse et je t'aime,
Tu m'appartiens dès le passé,
Fiancée invisible et dont j'ignore même
Le nom sans cesse prononcé.
À défaut de mes yeux, mon rêve te regarde,
Je te soigne et te sers tout bas :
« Que veux-tu ? Le voici. Couvre-toi bien, prends garde
Au vent du soir, et ne sors pas. »
Pour te sentir à moi je fais un peu le maître,
Et je te gronde avec amour ;
Mais j'essuie aussitôt les pleurs que j'ai fait naître,
Implorant ma grâce à mon tour.
Tu t'assiéras, l'été, bien **** dans la campagne,
En robe claire, au bord de l'eau.
Qu'il est bon d'emporter sa nouvelle compagne
Tout seul dans un pays nouveau !
Et dire que ma vie est cependant déserte,
Que mon bonheur peut aujourd'hui
Passer tout près de moi dans la foule entr'ouverte
Qui se refermera sur lui,
Et que déjà peut-être elle m'est apparue,
Et j'ai dit : ! La jolie enfant ! »
Peut-être suivons-nous toujours la même rue,
Elle derrière et moi devant.
Nous pourrons nous croiser en un point de l'espace,
Sans nous sourire, bien longtemps,
Puisqu'on n'oserait dire à la vierge qui passe :
Ô Vous êtes celle que j'attends. »
Un jour, mais je sais trop ce que l'épreuve en coûte,
J'ai cru la voir sur mon chemin,
Et j'ai dit : « C'est bien vous. » Je me trompais sans doute,
Car elle a retiré sa main.
Depuis lors, je me tais ; mon âme solitaire
Confie au Dieu qui sait unir
Par les souffles du ciel les plantes sur la terre
Notre union dans l'avenir.
À moins que, me privant de la jamais connaître,
La mort déjà n'ait emporté
Ma femme encore enfant, toi qui naissais pour l'être
Et ne l'auras jamais été.
719
T'ai-je vu chez mon père,
Dans l'âge où tout est beau,
Comme je dois, j'espère,
Te voir près du tombeau ?
Sur les bords de ma vie
Vins-tu voir après moi ?
Oui, quelqu'un m'a suivie,
Et je crois que c'est toi !
Quand tout semble un hommage
A nos yeux entr'ouverts,
Ai-je vu ton image
Peinte sur l'univers ?
Et toi, sous une flamme
Dont le ciel t'éclairait,
Dans le fond de ton âme
Cachais-tu mon portrait ?
Aimais-tu l'humble école
Où j'allais autrefois ?
L'ange, qui la console,
Parlait-il dans ta voix ?
Et, quand j'appris à lire
Ma prière à genoux,
Vins-tu m'aider à dire :
« Mon Dieu, bénissez-nous ! »
A l'étroite fenêtre,
Où riait un jasmin,
Quand je n'osais paraître,
Elevais-tu ta main ?
Oui ! la même ombre encore
Glissait dans le soleil,
Et jusqu'à l'autre aurore
Passait sur mon sommeil !
Dans l'enclos plein d'ombrage,
Où j'avais frais et peur,
Plaçais-tu ton courage
Entre l'ombre et mon cœur ?
Pour causer sans médire,
Y venais-tu t'asseoir,
Et, sans pouvoir sourire,
Nous disions-nous : « Bonsoir ! »
T'ai-je aimé la première,
Lorsque ta main s'ouvrit
Au pauvre sans chaumière,
Dont la flûte pleurait ?
Le demandeur d'aumône
A-t-il béni nos jours ?
Et devant sa Madone
Avons-nous dit : « Toujours ! »
T'ai-je conté mes peines,
Quand je crus en avoir ?
Un jour... triste à nos plaines,
M'as-tu dit : « Au revoir ! »
Pour un âge plus tendre
M'as-tu promis des fleurs ?
Sais-tu qu'à les attendre
J'ai versé bien des pleurs ?
Sais-tu que le ciel même
T'ouvrit notre maison ?
Et que ton nom que j'aime
Se trouve dans mon nom ?
Mais à ma confidence
N'as-tu pas répondu ?
Oui ! jusqu'en ton silence,
Je l'ai tout entendu !
645
Tout ce qu'ont dit les hirondelles
Sur ce colossal bâtiment,
C'est que c'était à cause d'elles
Qu'on élevait un monument.
Leur nid s'y pose si tranquille,
Si près des grands chemins du jour,
Qu'elles ont pris ce champ d'asile
Pour causer d'affaire, ou d'amour.
En hâte, à la géante porte,
Parmi tous ces morts triomphants,
Sans façon l'hirondelle apporte
Un grain de chanvre à ses enfants.
Dans le casque de la Victoire
L'une, heureuse, a couvé ses œufs,
Qui, tout ignorants de l'histoire,
Éclosent fiers comme chez eux.
Voulez-vous lire au fond des gloires,
Dont le marbre est tout recouvert ?
Mille doux cris à têtes noires
Sortent du grand livre entr'ouvert.
La plus mince qui rentre en France
Dit aux oiseaux de l'étranger
« Venez voir notre nid immense.
Nous avons de quoi vous loger. »
Car dans leurs plaines de nuages
Les canons ne s'entendent pas
Plus que si les hommes bien sages
Riaient et s'entr'aimaient en bas.
La guerre est un cri de cigale
Pour l'oiseau qui monte chez Dieu ;
Et le héros que rien n'égale
N'est vu qu'à peine en si haut lieu.
Voilà pourquoi les hirondelles,
À l'aise dans ce bâtiment,
Disent que c'est à cause d'elles
Que Dieu fit faire un monument.
687
Marie, baisez-moi ; non, ne me baisez pas,
Mais tirez-moi le coeur de votre douce haleine ;
Non, ne le tirez pas, mais hors de chaque veine
Sucez-moi toute l'âme éparse entre vos bras ;
Non, ne la sucez pas ; car après le trépas
Que serais-je sinon une semblance vaine,
Sans corps, dessus la rive, où l'amour ne démène
(Pardonne-moi, Pluton) qu'en feintes ses ébats ?
Pendant que nous vivons, entr'aimons-nous, Marie,
Amour ne règne pas sur la troupe blêmie
Des morts, qui sont sillés d'un long somme de fer.
C'est abus que Pluton ait aimé Proserpine ;
Si doux soin n'entre point en si dure poitrine :
Amour règne en la terre et non point en enfer.
481
my head is going to burst.
the thoughts are too crowded in my head.
the storm brews,
it shifts and turns,
rearing it's ugly head.
but i'm the only one who sees it.
my mouth is so bitter
the dryness of my throat slowly engulfing me.
the storm quietens,
slowly sinking to the floor,
not moving.
a corpse of what once lived.
my reprieve comes in intervals
the paranoia entrapping me till change makes it's way.
Jun 14, 2019
Jun 14, 2019 at 1:15 PM UTC
Du malheur de recevoir
Un étranger, sans avoir
De lui quelque connaissance,
Tu as fait expérience,
Ménélas, ayant reçu
Pâris dont tu fus déçu :
Et moi je la viens de faire
Qui ore ai voulu retraire (1)
Sottement un étranger
Dans ma chambre, et le loger.
Il était minuit, et l'Ourse
De son char tournait la course
Entre les mains du Bouvier,
Quand le somme vint lier
D'une chaîne sommelière
Mes yeux clos sous la paupière.
Là je dormais en mon lit,
Lorsque j'entr'ouïs le bruit
D'un qui frappait à ma porte,
Et heurtait de telle sorte
Que mon dormir s'en alla :
Je demandai : Qu'est-ce là
Qui fait à mon huis (2) sa plainte ?
Je suis enfant, n'aye crainte,
Ce me dit-il, et adonc (3)
Je lui desserre le gond,
De ma porte verrouillée.
J'ai la chemise mouillée
Qui me trempe jusqu'aux os,
Ce disait ; dessus le dos
Toute nuit j'ai eu la pluie :
Et pour ce je te supplie
De me conduire à ton feu
Pour m'aller sécher un peu.
Lors je pris sa main humide,
Et plein de pitié le guide
En ma chambre et le fis seoir
Au feu qui restait du soir :
Puis, allumant des chandelles,
Je vis qu'il portait des ailes,
Dans la main un arc turquois,
Et sous l'aisselle un carquois.
Adonc en mon cœur je pense
Qu'il avait quelque puissance.
Et qu'il fallait m'apprêter
Pour le faire banqueter.
Cependant il me regarde
D'un œil, de l'autre il prend garde
Si son arc était séché ;
Puis, me voyant empêché
A lui faire bonne chère,
Me tire une flèche amère
Droit en l'œil : le coup de là
Plus bas au cœur dévala :
Et m'y fit telle ouverture,
Qu'herbe, drogue ni murmure (4)
N'y serviraient plus de rien.
Voilà, Robertet, le bien,
(Mon Robertet qui embrasse
Les neuf Muses et les Grâces)
Le bien qui m'est advenu
Pour loger un inconnu.
1. Retraire signifie abriter.
2. Huis est une porte.
3. Adonc veut dire alors.
4. Murmure ainsi indique prière.
531
Hier il m'a semblé (sans doute j'étais ivre)
Voir sur l'arche d'un pont un choc de cavaliers
Tout cuirassés de fer, tout imbriqués de cuivre,
Et caparaçonnés de harnais singuliers.
Des dragons accroupis grommelaient sur leurs casques,
Des Méduses d'airain ouvraient leurs yeux hagards
Dans leurs grands boucliers, aux ornements fantasques,
Et des nœuds de serpents écaillaient leurs brassards.
Par moments, du rebord de l'arcade géante,
Un cavalier blessé perdant son point d'appui,
Un cheval effaré tombait dans l'eau béante,
Gueule de crocodile entr'ouverte sous lui.
C'était vous, mes désirs, c'était vous, mes pensées,
Qui cherchiez à forcer le passage du pont,
Et vos corps tout meurtris sous leurs armes faussées
Dorment ensevelis dans le gouffre profond.
448
Sur la bruyère arrosée
De rosée ;
Sur le buisson d'églantier ;
Sur les ombreuses futaies ;
Sur les haies
Croissant au bord du sentier ;
Sur la modeste et petite
Marguerite,
Qui penche son front rêvant ;
Sur le seigle, verte houle
Qui déroule
Le caprice ailé du vent ;
Sur les prés, sur la colline
Qui s'incline
Vers le champ bariolé
De pittoresques guirlandes ;
Sur les landes ;
Sur le grand orme isolé,
La demoiselle se berce ;
Et s'il perce
Dans la brume, au bord du ciel,
Un rayon d'or qui scintille,
Elle brille
Comme un regard d'Ariel.
Traversant, près des charmilles,
Les familles
Des bourdonnants moucherons,
Elle se mêle à leur ronde
Vagabonde,
Et comme eux décrit des ronds.
Bientôt elle vole et joue
Sur la roue
Du jet d'eau qui, s'élançant
Dans les airs, retombe, roule
Et s'écoule
En un ruisseau bruissant.
Plus rapide que la brise,
Elle frise,
Dans son vol capricieux,
L'eau transparente où se mire
Et s'admire
Le saule au front soucieux ;
Où, s'entr'ouvrant blancs et jaunes,
Près des aunes,
Les deux nénuphars en fleurs,
Au gré du flot qui gazouille
Et les mouille,
Étalent leurs deux couleurs ;
Où se baigne le nuage ;
Où voyage
Le ciel d'été souriant ;
Où le soleil plonge, tremble,
Et ressemble
Au beau soleil d'Orient.
Et quand la grise hirondelle
Auprès d'elle
Passe, et ride à plis d'azur,
Dans sa chasse circulaire,
L'onde claire,
Elle s'enfuit d'un vol sûr.
Bois qui chantent, fraîches plaines
D'odeurs pleines,
Lacs de moire, coteaux bleus,
Ciel où le nuage passe,
Large espace,
Monts aux rochers anguleux,
Voilà l'immense domaine
Où promène
Ses caprices, fleur des airs,
La demoiselle nacrée,
Diaprée
De reflets roses et verts.
Dans son étroite famille,
Quelle fille
N'a pas vingt fois souhaité,
Rêveuse, d'être comme elle
Demoiselle,
Demoiselle en liberté ?
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