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"voyons" poems
II. Oh ! vers ces vétérans quand notre esprit s'élève, Nous voyons leur front luire et resplendir leur glaive, Fertile en grands travaux. C'étaient là les anciens. Mais ce temps les efface ! France, dans ton histoire ils tiennent trop de place. France, gloire aux nouveaux ! Oui, gloire à ceux d'hier ! ils se mettent cent mille, Sabres nus, vingt contre un, sans crainte, et par la ville S'en vont, tambours battants. À mitraille ! leur feu brille, l'obusier tonne, Victoire ! ils ont tué, carrefour Tiquetonne, Un enfant de sept ans ! Ceux-ci sont des héros qui n'ont pas peur des femmes Ils tirent sans pâlir, gloire à ces grandes âmes ! Sur les passants tremblants. On voit, quand dans Paris leur troupe se promène, Aux fers de leurs chevaux de la cervelle humaine Avec des cheveux blancs ! Ils montent à l'assaut des lois ; sur la patrie Ils s'élancent ; chevaux, fantassins, batterie, Bataillon, escadron, Gorgés, payés, repus, joyeux, fous de colère, Sonnant la charge, avec Maupas pour vexillaire Et Veuillot pour clairon. Tout, le fer et le plomb, manque à nos bras farouches, Le peuple est sans fusils, le peuple est sans cartouches, Braves ! c'est le moment ! Avec quelques tribuns la loi demeure seule. Derrière vos canons chargés jusqu'à la gueule Risquez-vous hardiment ! Ô soldats de décembre ! ô soldats d'embuscades Contre votre pays ! honte à vos cavalcades Dans Paris consterné ! Vos pères, je l'ai dit, brillaient comme le phare ; Ils bravaient, en chantant une haute fanfare, La mort, spectre étonné ; Vos pères combattaient les plus fières armées, Le prussien blond, le russe aux foudres enflammées, Le catalan bruni, Vous, vous tuez des gens de bourse et de négoce. Vos pères, ces géants, avaient pris Saragosse, Vous prenez Tortoni ! Histoire, qu'en dis-tu ? les vieux dans les batailles Couraient sur les canons vomissant les mitrailles ; Ceux-ci vont, sans trembler, Foulant aux pieds vieillards sanglants, femmes mourantes Droit au crime. Ce sont deux façons différentes De ne pas reculer. Jersey, du 7 au 13 janvier 1853.
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À l'obéissance passive (II)
II. Oh ! vers ces vétérans quand notre esprit s'élève, Nous voyons leur front luire et resplendir leur glaive, Fertile en grands travaux. C'étaient là les anciens. Mais ce temps les efface ! France, dans ton histoire ils tiennent trop de place. France, gloire aux nouveaux ! Oui, gloire à ceux d'hier ! ils se mettent cent mille, Sabres nus, vingt contre un, sans crainte, et par la ville S'en vont, tambours battants. À mitraille ! leur feu brille, l'obusier tonne, Victoire ! ils ont tué, carrefour Tiquetonne, Un enfant de sept ans ! Ceux-ci sont des héros qui n'ont pas peur des femmes Ils tirent sans pâlir, gloire à ces grandes âmes ! Sur les passants tremblants. On voit, quand dans Paris leur troupe se promène, Aux fers de leurs chevaux de la cervelle humaine Avec des cheveux blancs ! Ils montent à l'assaut des lois ; sur la patrie Ils s'élancent ; chevaux, fantassins, batterie, Bataillon, escadron, Gorgés, payés, repus, joyeux, fous de colère, Sonnant la charge, avec Maupas pour vexillaire Et Veuillot pour clairon. Tout, le fer et le plomb, manque à nos bras farouches, Le peuple est sans fusils, le peuple est sans cartouches, Braves ! c'est le moment ! Avec quelques tribuns la loi demeure seule. Derrière vos canons chargés jusqu'à la gueule Risquez-vous hardiment ! Ô soldats de décembre ! ô soldats d'embuscades Contre votre pays ! honte à vos cavalcades Dans Paris consterné ! Vos pères, je l'ai dit, brillaient comme le phare ; Ils bravaient, en chantant une haute fanfare, La mort, spectre étonné ; Vos pères combattaient les plus fières armées, Le prussien blond, le russe aux foudres enflammées, Le catalan bruni, Vous, vous tuez des gens de bourse et de négoce. Vos pères, ces géants, avaient pris Saragosse, Vous prenez Tortoni ! Histoire, qu'en dis-tu ? les vieux dans les batailles Couraient sur les canons vomissant les mitrailles ; Ceux-ci vont, sans trembler, Foulant aux pieds vieillards sanglants, femmes mourantes Droit au crime. Ce sont deux façons différentes De ne pas reculer. Jersey, du 7 au 13 janvier 1853.
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Le présent se fait vide et triste, Ô mon amie, autour de nous ; Combien peu de passé subsiste ! Et ceux qui restent changent tous. Nous ne voyons plus sans envie Les yeux de vingt ans resplendir, Et combien sont déjà sans vie Des yeux qui nous ont vus grandir ! Que de jeunesse emporte l'heure, Qui n'en rapporte jamais rien ! Pourtant quelque chose demeure : Je t'aime avec mon cœur ancien, Mon vrai cœur, celui qui s'attache Et souffre depuis qu'il est né, Mon cœur d'enfant, le cœur sans tache Que ma mère m'avait donné ; Ce cœur où plus rien ne pénètre, D'où plus rien désormais ne sort ; Je t'aime avec ce que mon être A de plus fort contre la mort ; Et, s'il peut braver la mort même, Si le meilleur de l'homme est tel Que rien n'en périsse, je t'aime Avec ce que j'ai d'immortel.
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Ce qui dure
Fable VII, Livre II. Toi qui te dis mon camarade, Devrais-je ici te rencontrer, Bonnet ridicule et maussade ? Le jour, peux-tu bien te montrer, Si ce n'est au front d'un malade ? Quel espoir te retient céans ? De l'indolence épais emblème, Te crois-tu chez ces fainéants Qui te ceignaient pour diadème ? Va, le prince à qui j'appartiens Porte autrement qu'eux la couronne. Vois tout l'éclat qui m'environne, C'est de lui seul que je le tiens. Actif dans la paix, dans la guerre, Ce roi ne se repose guère ; S'il me permet quelque repos, C'est lorsque, des mains de la Gloire, II prend le casque des héros Ou le laurier de la Victoire. Mais le bonnet, jusqu'à ce jour, Vit-il jamais venir son tour ? Pourquoi donc sort-il de l'armoire ? Crois-moi, si tu crains les railleurs, À la cour grand en est le nombre, Crois-moi, rentre au plus tôt dans l'ombre, Ou va chercher fortune ailleurs. - C'est ici que je dois l'attendre. Répond humblement le bonnet ; Et je puis vous le prouver net, Si vous consentez à m'entendre. Partout où le trône est placé, De droit vous vous dites admise ; Eh bien ! moi, je me crois de mise Partout où le lit est dressé. N'en est-il en cette demeure ? Nature y perd-elle ses droits ? Ou, par bonheur, les yeux des rois Seraient-ils ouverts à toute heure ? Quand vient minuit, nous le voyons, Votre noble poids les chagrine, Et l'on dirait que quelque épine Les tourmente sous vos rayons. Mon règne alors succède au vôtre : Le front de toute majesté Qui veut dormir en liberté Doit être coiffé comme un autre. Et puis, mais soit dit entre nous, N'est-il pas d'autres soins plus doux Qui font quitter la compagnie Et l'habit de cérémonie ? À moi la nuit, à vous le jour : Oui, bien que votre orgueil en gronde, Mon crédit, même ici, se fonde Sur les premiers besoins du monde : Sur le sommeil et sur l'amour.
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La couronne et le bonnet de nuit
Fable VII, Livre II. Toi qui te dis mon camarade, Devrais-je ici te rencontrer, Bonnet ridicule et maussade ? Le jour, peux-tu bien te montrer, Si ce n'est au front d'un malade ? Quel espoir te retient céans ? De l'indolence épais emblème, Te crois-tu chez ces fainéants Qui te ceignaient pour diadème ? Va, le prince à qui j'appartiens Porte autrement qu'eux la couronne. Vois tout l'éclat qui m'environne, C'est de lui seul que je le tiens. Actif dans la paix, dans la guerre, Ce roi ne se repose guère ; S'il me permet quelque repos, C'est lorsque, des mains de la Gloire, II prend le casque des héros Ou le laurier de la Victoire. Mais le bonnet, jusqu'à ce jour, Vit-il jamais venir son tour ? Pourquoi donc sort-il de l'armoire ? Crois-moi, si tu crains les railleurs, À la cour grand en est le nombre, Crois-moi, rentre au plus tôt dans l'ombre, Ou va chercher fortune ailleurs. - C'est ici que je dois l'attendre. Répond humblement le bonnet ; Et je puis vous le prouver net, Si vous consentez à m'entendre. Partout où le trône est placé, De droit vous vous dites admise ; Eh bien ! moi, je me crois de mise Partout où le lit est dressé. N'en est-il en cette demeure ? Nature y perd-elle ses droits ? Ou, par bonheur, les yeux des rois Seraient-ils ouverts à toute heure ? Quand vient minuit, nous le voyons, Votre noble poids les chagrine, Et l'on dirait que quelque épine Les tourmente sous vos rayons. Mon règne alors succède au vôtre : Le front de toute majesté Qui veut dormir en liberté Doit être coiffé comme un autre. Et puis, mais soit dit entre nous, N'est-il pas d'autres soins plus doux Qui font quitter la compagnie Et l'habit de cérémonie ? À moi la nuit, à vous le jour : Oui, bien que votre orgueil en gronde, Mon crédit, même ici, se fonde Sur les premiers besoins du monde : Sur le sommeil et sur l'amour.
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Volons au **** dans le ciel nocturne. Voyons voir les étoiles de toutes les galaxies. Disons s’endormir sur une nouvelle planète dans un nouveau plan entouré par de nouvelles personnes. Lançons à travers les parties les plus sombres de l’univers et pas peur. Disons-venture à travers tout le temps et l’espace ensemble. Vous et moi. Let’s fly off into the night sky. Let’s see the stars of all the galaxies. Let’s fall asleep on a new planet in a new plane surrounded by new people. Let’s run through the darkest parts of the universe and not be scared. Let’s venture through all of time and space together. You and I.
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Mar 8, 2014
Mar 8, 2014 at 5:44 PM UTC
You and I
I. À qui donc le grand ciel sombre Jette-t-il ses astres d'or ? Pluie éclatante de l'ombre, Ils tombent...? - Encor ! encor ! Encor ! - lueurs éloignées, Feux purs, pâles orients, Ils scintillent... - ô poignées De diamant effrayants ! C'est de la splendeur qui rôde, Ce sont des points univers, La foudre dans l'émeraude ! Des bleuets dans des éclairs ! Réalités et chimères Traversant nos soirs d'été ! Escarboucles éphémères De l'obscure éternité ! De quelle main sortent-elles ? Cieux, à qui donc jette-t-on Ces tourbillons d'étincelles ? Est-ce à l'âme de Platon ? Est-ce à l'esprit de Virgile ? Est-ce aux monts ? est-ce au flot vert ? Est-ce à l'immense évangile Que Jésus-Christ tient ouvert ? Est-ce à la tiare énorme De quelque Moïse enfant Dont l'âme a déjà la forme Du firmament triomphant ? Ces feux-là vont-ils aux prières ? À qui l'Inconnu profond Ajoute-t-il ces lumières, Vagues flammes de son front ? Est-ce, dans l'azur superbe, Aux religions que Dieu, Pour accentuer son verbe, Jette ces langues de feu ? Est-ce au-dessus de la Bible Que flamboie, éclate et luit L'éparpillement terrible Du sombre écrin de la nuit ? Nos questions en vain pressent Le ciel, fatal ou béni. Qui peut dire à qui s'adressent Ces envois de l'infini ? Qu'est-ce que c'est que ces chutes D'éclairs au ciel arrachés ? Mystère ! Sont-ce des luttes ? Sont-ce des hymens ? Cherchez. Sont-ce les anges du soufre ? Voyons-nous quelque essaim bleu D'argyraspides du gouffre Fuir sur des chevaux de feu ? Est-ce le Dieu des désastres, Le Sabaoth irrité, Qui lapide avec des astres Quelque soleil révolté ?
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Les étoiles filantes
I. À qui donc le grand ciel sombre Jette-t-il ses astres d'or ? Pluie éclatante de l'ombre, Ils tombent...? - Encor ! encor ! Encor ! - lueurs éloignées, Feux purs, pâles orients, Ils scintillent... - ô poignées De diamant effrayants ! C'est de la splendeur qui rôde, Ce sont des points univers, La foudre dans l'émeraude ! Des bleuets dans des éclairs ! Réalités et chimères Traversant nos soirs d'été ! Escarboucles éphémères De l'obscure éternité ! De quelle main sortent-elles ? Cieux, à qui donc jette-t-on Ces tourbillons d'étincelles ? Est-ce à l'âme de Platon ? Est-ce à l'esprit de Virgile ? Est-ce aux monts ? est-ce au flot vert ? Est-ce à l'immense évangile Que Jésus-Christ tient ouvert ? Est-ce à la tiare énorme De quelque Moïse enfant Dont l'âme a déjà la forme Du firmament triomphant ? Ces feux-là vont-ils aux prières ? À qui l'Inconnu profond Ajoute-t-il ces lumières, Vagues flammes de son front ? Est-ce, dans l'azur superbe, Aux religions que Dieu, Pour accentuer son verbe, Jette ces langues de feu ? Est-ce au-dessus de la Bible Que flamboie, éclate et luit L'éparpillement terrible Du sombre écrin de la nuit ? Nos questions en vain pressent Le ciel, fatal ou béni. Qui peut dire à qui s'adressent Ces envois de l'infini ? Qu'est-ce que c'est que ces chutes D'éclairs au ciel arrachés ? Mystère ! Sont-ce des luttes ? Sont-ce des hymens ? Cherchez. Sont-ce les anges du soufre ? Voyons-nous quelque essaim bleu D'argyraspides du gouffre Fuir sur des chevaux de feu ? Est-ce le Dieu des désastres, Le Sabaoth irrité, Qui lapide avec des astres Quelque soleil révolté ?
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Les étoiles, points d'or, percent les branches noires ; Le flot huileux et lourd décompose ses moires Sur l'océan blêmi ; Les nuages ont l'air d'oiseaux prenant la fuite ; Par moments le vent parle, et dit des mots sans suite, Comme un homme endormi. Tout s'en va. La nature est l'urne mal fermée. La tempête est écume et la flamme est fumée. Rien n'est, hors du moment, L'homme n'a rien qu'il prenne, et qu'il tienne, et qu'il garde. Il tombe heure par heure, et, ruine, il regarde Le monde, écroulement. L'astre est-il le point fixe en ce mouvant problème ? Ce ciel que nous voyons fut-il toujours le même ? Le sera-t-il toujours ? L'homme a-t-il sur son front des clartés éternelles ? Et verra-t-il toujours les mêmes sentinelles Monter aux mêmes tours ? [...]
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À la fenêtre, pendant la nuit
Stances irrégulières. À Madame la princesse D'Hatzfeld. Le bonheur ici-bas tient à bien peu de chose. Vous ne l'ignorez pas ; vous savez, d'après vous, Que le sort au hasard porte souvent ses coups, Et que l'aquilon en courroux N'épargne pas même la rose. Aussi n'êtes-vous pas de ces cœurs rigoureux Qui, prompts à condamner ceux que le sort opprime, Dans un revers n'ont jamais vu qu'un crime ; Compatissante aux malheureux, Étrangère aux calculs d'une froide prudence, Aussi vous voyons-nous réparer envers eux Les oublis de la Providence. Bien qu'à l'agneau tondu Dieu mesure le vent, J'aime qu'une bergère ait un cœur secourable. Dieu ne souffle pas seul, hélas ! et plus souvent Aux tondeurs qu'aux tondus le vent est favorable. Au vent qui m'a fané reverdit Richelieu. Pauvres humains ! point de milieu : Oui, dans ce siècle impitoyable, Dès qu'on vous recommande à Dieu, C'est qu'on vous abandonne au diable. Le doigt divin pourtant se révèle à moitié Dans les maux dont il frappe une âme peu commune. Didon devint meilleure au sein de l'infortune ; En éprouvant la peine elle apprit la pitié. L'or s'épure ainsi dans la flamme. Comme elle, belle et bonne, ah ! qu'il vous sied, madame, D'apprendre à cette école autant qu'elle en apprit. C'est le propre d'un bon esprit, Tout autant que d'une belle âme.
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Le bonheur
Voyons, d'où vient le verbe ? Et d'où viennent les langues ? De qui tiens-tu les mots dont tu fais tes harangues ? Écriture, Alphabet, d'où tout cela vient-il ? Réponds. Platon voit l'I sortir de l'air subtil ; Messène emprunte l'M aux boucliers du Mède ; La grue offre en volant l'Y à Palamède ; Entre les dents du chien Perse voit grincer l'R ; Le Z à Prométhée apparaît dans l'éclair ; L'O, c'est l'éternité, serpent qui mord sa queue ; L'S et l'F et le G sont dans la voûte bleue, Des nuages confus gestes aériens ; Querelle à ce sujet chez les grammairiens : Le D, c'est le triangle où Dieu pour Job se lève ; Le T, croix sombre, effare Ézéchiel en rêve ; Soit ; crois-tu le problème éclairci maintenant ? Triptolème, a-t-il fait tomber, en moissonnant, Les mots avec les blés au tranchant de sa serpe ? Le grec est-il éclos sur les lèvres d'Euterpe ? L'hébreu vient-il d'Adam ? le celte d'Irmensul ? Dispute, si tu veux ! Le certain, c'est que nul Ne connaît le maçon qui posa sur le vide, Dans la direction de l'idéal splendide, Les lettres de l'antique alphabet, ces degrés Par où l'esprit humain monte aux sommets sacrés, Ces vingt-cinq marches d'or de l'escalier Pensée. Eh bien, juge à présent. Pauvre argile insensée, Homme, ombre, tu n'as point ton explication ; L'homme pour l'oeil humain n'est qu'une vision ; Quand tu veux remonter de ta langue à ton âme, Savoir comment ce bruit se lie à cette gamme, Néant. Ton propre fil en toi-même est rompu. En toi, dans ton cerveau, tu n'as pas encor pu Ouvrir ta propre énigme et ta propre fenêtre, Tu ne te connais pas, et tu veux le connaître, LUI ! Voyant sans regard, triste magicien, Tu ne sais pas ton verbe et veux savoir le sien !
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Voyons, d'où vient le verbe ?
Voyons, d'où vient le verbe ? Et d'où viennent les langues ? De qui tiens-tu les mots dont tu fais tes harangues ? Écriture, Alphabet, d'où tout cela vient-il ? Réponds. Platon voit l'I sortir de l'air subtil ; Messène emprunte l'M aux boucliers du Mède ; La grue offre en volant l'Y à Palamède ; Entre les dents du chien Perse voit grincer l'R ; Le Z à Prométhée apparaît dans l'éclair ; L'O, c'est l'éternité, serpent qui mord sa queue ; L'S et l'F et le G sont dans la voûte bleue, Des nuages confus gestes aériens ; Querelle à ce sujet chez les grammairiens : Le D, c'est le triangle où Dieu pour Job se lève ; Le T, croix sombre, effare Ézéchiel en rêve ; Soit ; crois-tu le problème éclairci maintenant ? Triptolème, a-t-il fait tomber, en moissonnant, Les mots avec les blés au tranchant de sa serpe ? Le grec est-il éclos sur les lèvres d'Euterpe ? L'hébreu vient-il d'Adam ? le celte d'Irmensul ? Dispute, si tu veux ! Le certain, c'est que nul Ne connaît le maçon qui posa sur le vide, Dans la direction de l'idéal splendide, Les lettres de l'antique alphabet, ces degrés Par où l'esprit humain monte aux sommets sacrés, Ces vingt-cinq marches d'or de l'escalier Pensée. Eh bien, juge à présent. Pauvre argile insensée, Homme, ombre, tu n'as point ton explication ; L'homme pour l'oeil humain n'est qu'une vision ; Quand tu veux remonter de ta langue à ton âme, Savoir comment ce bruit se lie à cette gamme, Néant. Ton propre fil en toi-même est rompu. En toi, dans ton cerveau, tu n'as pas encor pu Ouvrir ta propre énigme et ta propre fenêtre, Tu ne te connais pas, et tu veux le connaître, LUI ! Voyant sans regard, triste magicien, Tu ne sais pas ton verbe et veux savoir le sien !
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(Musique de Beethoven) Là-haut qui sourit ? Est-ce un esprit ? Est-ce une femme ? Quel front sombre et doux ! Peuple, à genoux ! Est-ce notre âme Qui vient à nous ? Cette figure en deuil Paraît sur notre seuil, Et notre antique orgueil Sort du cercueil. Ses fiers regards vainqueurs Réveillent tous les cœurs, Les nids dans les buissons, Et les chansons. C'est l'ange du jour ; L'espoir, l'amour Du cœur qui pense Du monde enchanté C'est la clarté. Son nom est France Ou Vérité. Bel ange, à ton miroir Quand s'offre un vil pouvoir, Tu viens, terrible à voir, Sous le ciel noir. Tu dis au monde : Allons ! Formez vos bataillons ! Et le monde ébloui Te répond : Oui. C'est l'ange de nuit. Rois, il vous suit, Marquant d'avance Le fatal moment Au firmament. Son nom est France Ou Châtiment. Ainsi que nous voyons En mai les alcyons, Voguez, ô nations, Dans ses rayons ! Son bras aux cieux dressé Ferme le noir passé Et les portes de fer Du sombre enfer. C'est l'ange de Dieu. Dans le ciel bleu Son aile immense Couvre avec fierté L'humanité. Son nom est France Ou Liberté ! Jersey, septembre 1853.
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Patria
Pourquoi t'exiler, ô poète, Dans la foule où nous te voyons ? Que sont pour ton âme inquiète Les partis, chaos sans rayons ? Dans leur atmosphère souillée Meurt ta poésie effeuillée : Leur souffle égare ton encens ; Ton cœur, dans leurs luttes serviles, Est comme ces gazons des villes Rongés par les pieds des passants. Dans les brumeuses capitales N'entends-tu pas avec effroi, Comme deux puissances fatales, Se heurter le peuple et le roi ? De ces haines que tout réveille À quoi bon remplir ton oreille, Ô poète, ô maître, ô semeur ? Tout entier au Dieu que tu nommes, Ne te mêle pas à ces hommes Qui vivent dans une rumeur ! Va résonner, âme épurée, Dans le pacifique concert ! Va t'épanouis, fleur sacrée, Sous les larges cieux du désert ! Ô rêveur, cherche les retraites, Les abris, les grottes discrètes, Et l'oubli pour trouver l'amour, Et le silence afin d'entendre La voix d'en haut, sévère et tendre, Et l'ombre afin de voir le jour ! Va dans les bois ! va sur les plages ! Compose tes chants inspirés Avec la chanson des feuillages Et l'hymne des flots azurés ! Dieu t'attend dans les solitudes ; Dieu n'est pas dans les multitudes ; L'homme est petit, ingrat et vain. Dans les champs tout vibre et soupire. La nature est la grande lyre, Le poète est l'archet divin ! Sors de nos tempêtes, ô sage ! Que pour toi l'empire en travail, Qui fait son périlleux passage Sans boussole et sans gouvernail, Soit comme un vaisseau qu'en décembre Le pêcheur, du fond de sa chambre Où pendent ses filets séchés, Entend la nuit passer dans l'ombre Avec un bruit sinistre et sombre De mâts frissonnants et penchés !
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Fonction du poète (I)
Pourquoi t'exiler, ô poète, Dans la foule où nous te voyons ? Que sont pour ton âme inquiète Les partis, chaos sans rayons ? Dans leur atmosphère souillée Meurt ta poésie effeuillée : Leur souffle égare ton encens ; Ton cœur, dans leurs luttes serviles, Est comme ces gazons des villes Rongés par les pieds des passants. Dans les brumeuses capitales N'entends-tu pas avec effroi, Comme deux puissances fatales, Se heurter le peuple et le roi ? De ces haines que tout réveille À quoi bon remplir ton oreille, Ô poète, ô maître, ô semeur ? Tout entier au Dieu que tu nommes, Ne te mêle pas à ces hommes Qui vivent dans une rumeur ! Va résonner, âme épurée, Dans le pacifique concert ! Va t'épanouis, fleur sacrée, Sous les larges cieux du désert ! Ô rêveur, cherche les retraites, Les abris, les grottes discrètes, Et l'oubli pour trouver l'amour, Et le silence afin d'entendre La voix d'en haut, sévère et tendre, Et l'ombre afin de voir le jour ! Va dans les bois ! va sur les plages ! Compose tes chants inspirés Avec la chanson des feuillages Et l'hymne des flots azurés ! Dieu t'attend dans les solitudes ; Dieu n'est pas dans les multitudes ; L'homme est petit, ingrat et vain. Dans les champs tout vibre et soupire. La nature est la grande lyre, Le poète est l'archet divin ! Sors de nos tempêtes, ô sage ! Que pour toi l'empire en travail, Qui fait son périlleux passage Sans boussole et sans gouvernail, Soit comme un vaisseau qu'en décembre Le pêcheur, du fond de sa chambre Où pendent ses filets séchés, Entend la nuit passer dans l'ombre Avec un bruit sinistre et sombre De mâts frissonnants et penchés !
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