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"venait" poems
Sous le pont Mirabeau coule la Seine Et nos amours Faut-il qu'il m'en souvienne La joie venait toujours après la peine Vienne la nuit sonne l'heure Les jours s'en vont je demeure Les mains dans les mains restons face à face Tandis que sous Le pont de nos bras passe Des éternels regards l'onde si lasse Vienne la nuit sonne l'heure Les jours s'en vont je demeure L'amour s'en va comme cette eau courante L'amour s'en va Comme la vie est lente Et comme l'Espérance est violente Vienne la nuit sonne l'heure Les jours s'en vont je demeure Passent les jours et passent les semaines Ni temps passé Ni les amours reviennent Sous le pont Mirabeau coule la Seine Vienne la nuit sonne l'heure Les jours s'en vont je demeure In English : Below the Mirabeau bridge there flows the Seine As for our love Must I recall how then After each sorrow joy would come again Let night come toll hours away Days go by me here I stay Let us stay hand in hand and face to face While down below The bridge of our embrace Roll the waves weary of our endless gaze Let night come toll hours away Days go by me here I stay Love goes away the way the waters flow Love goes away How life is long and slow How hope of life can deal so strong a blow Let night come toll hours away Days go by me here I stay The days the weeks are passing from our ken Neither time passed Nor love can come again Below the Mirabeau bridge there flows the Seine Let night come toll hours away Days go by me here I stay
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Nov 6, 2015
Nov 6, 2015 at 11:38 AM UTC
Le Pont Mirabeau by Guillaume Apollinaire
JE VOIS QUE TU SALIVES. TU AS ENVIE DE MOI ? SERS-TOI DONC ! PRENDS-MOI COMME TU  VEUX ! PRENDS TOUT CE QUE TU VEUX ! ETIRE-MOI, CARESSE-MOI, BRANLE-MOI VIDE-MOI, LECHE-MOI AVALE-MOI MA SEMENCE A LE GOUT DE VIOLETTE IMMORTELLE ET SI TU VEUX METS-EN QUELQUES PERLES DANS UNE FIOLE ET METS-LA AU CREUX DE TES HANCHES POUR TE DEPANNER AU BESOIN SI UNE PETITE SOIF VENAIT A SE FAIRE SENTIR ET QUE JE NE SERAIS PAS LA POUR TE SERVIR DU PRODUCTEUR AU CONSOMMATEUR. HONORE-MOI DE TA JOUISSANCE MOI JE RETIENS MON JUS DE JADE POUR TOI IL NE FAUT PAS GASPILLER CETTE MANNE EN VAIN ELLE EST A TOI N'EN  PERDS PAS UNE GOUTTE ET MEME SI CHAQUE GOUTTE QUI GICLE ME RAPPROCHE DE LA MORT C'EST AVEC JOIE ET DELICE QUE JE MEURS INELUCTABLE CHAQUE FOIS DANS TA BOUCHE ET QUE JE BANDE ET DEBANDE SOUS LES ASSAUTS DES POINTS ET DES TIRETS DE TA LANGUE QUI ME DECODE ET ME DEGUSTE EN MORSE.
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Aug 31, 2019
Aug 31, 2019 at 2:30 AM UTC
Poème érotique en morse (for adults only)
Un vieux renard cassé, goutteux, apoplectique, Mais instruit, éloquent, disert, Et sachant très bien sa logique, Se mit à prêcher au désert. Son style était fleuri, sa morale excellente. Il prouvait en trois points que la simplicité, Les bonnes moeurs, la probité, Donnent à peu de frais cette félicité Qu'un monde imposteur nous présente Et nous fait payer cher sans la donner jamais. Notre prédicateur n'avait aucun succès ; Personne ne venait, hors cinq ou six marmottes, Ou bien quelques biches dévotes Qui vivaient **** du bruit, sans entour, sans faveur, Et ne pouvaient pas mettre en crédit l'orateur. Il prit le bon parti de changer de matière, Prêcha contre les ours, les tigres, les lions, Contre leurs appétits gloutons, Leur soif, leur rage sanguinaire. Tout le monde accourut alors à ses sermons : Cerfs, gazelles, chevreuils, y trouvaient mille charmes ; L'auditoire sortait toujours baigné de larmes ; Et le nom du renard devint bientôt fameux. Un **** roi de la contrée, Bon homme au demeurant, et vieillard fort pieux, De l'entendre fut curieux. Le renard fut charmé de faire son entrée A la cour : il arrive, il prêche, et, cette fois, Se surpassant lui-même, il tonne, il épouvante Les féroces tyrans des bois, Peint la faible innocence à leur aspect tremblante, Implorant chaque jour la justice trop lente Du maître et du juge des rois. Les courtisans, surpris de tant de hardiesse, Se regardaient sans dire rien ; Car le roi trouvait cela bien. La nouveauté parfois fait aimer la rudesse. Au sortir du sermon, le monarque enchanté Fit venir le renard : vous avez su me plaire, Lui dit-il, vous m'avez montré la vérité ; Je vous dois un juste salaire : Que me demandez-vous pour prix de vos leçons ? Le renard répondit : sire, quelques dindons.
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Le renard qui prêche
Un vieux renard cassé, goutteux, apoplectique, Mais instruit, éloquent, disert, Et sachant très bien sa logique, Se mit à prêcher au désert. Son style était fleuri, sa morale excellente. Il prouvait en trois points que la simplicité, Les bonnes moeurs, la probité, Donnent à peu de frais cette félicité Qu'un monde imposteur nous présente Et nous fait payer cher sans la donner jamais. Notre prédicateur n'avait aucun succès ; Personne ne venait, hors cinq ou six marmottes, Ou bien quelques biches dévotes Qui vivaient **** du bruit, sans entour, sans faveur, Et ne pouvaient pas mettre en crédit l'orateur. Il prit le bon parti de changer de matière, Prêcha contre les ours, les tigres, les lions, Contre leurs appétits gloutons, Leur soif, leur rage sanguinaire. Tout le monde accourut alors à ses sermons : Cerfs, gazelles, chevreuils, y trouvaient mille charmes ; L'auditoire sortait toujours baigné de larmes ; Et le nom du renard devint bientôt fameux. Un **** roi de la contrée, Bon homme au demeurant, et vieillard fort pieux, De l'entendre fut curieux. Le renard fut charmé de faire son entrée A la cour : il arrive, il prêche, et, cette fois, Se surpassant lui-même, il tonne, il épouvante Les féroces tyrans des bois, Peint la faible innocence à leur aspect tremblante, Implorant chaque jour la justice trop lente Du maître et du juge des rois. Les courtisans, surpris de tant de hardiesse, Se regardaient sans dire rien ; Car le roi trouvait cela bien. La nouveauté parfois fait aimer la rudesse. Au sortir du sermon, le monarque enchanté Fit venir le renard : vous avez su me plaire, Lui dit-il, vous m'avez montré la vérité ; Je vous dois un juste salaire : Que me demandez-vous pour prix de vos leçons ? Le renard répondit : sire, quelques dindons.
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Je m'étais endormi la nuit près de la grève. Un vent frais m'éveilla, je sortis de mon rêve, J'ouvris les yeux, je vis l'étoile du matin. Elle resplendissait au fond du ciel lointain Dans sa blancheur molle, infinie et charmante. Aquilon s'enfuyait emportant la tourmente. L'astre éclatant changeait la nuée en duvet. C'était une clarté qui pensait, qui vivait Elle apaisait l'écueil où la vague déferle On croyait voir une âme à travers une perle. Il faisait nuit encor, l'ombre régnait en vain, Le ciel s'illuminait d'un sourire divin. La lueur argentait le haut du mât qui penche ; Le navire était noir, mais la voile était blanche Des goélands debout sur un escarpement, Attentifs, contemplaient l'étoile gravement Comme un oiseau céleste et fait d'une étincelle L'océan, qui ressemble au peuple, allait vers elle, Et rugissant tout bas, la regardait briller, Et semblait avoir peur de la faire envoler. Un ineffable amour emplissait l'étendue. L'herbe verte à mes pieds frissonnait éperdue, Les oiseaux se parlaient dans les nids ; une fleur Qui s'éveillait me dit -. c'est l'étoile ma soeur. Et pendant qu'à longs plis l'ombre levait son voile, J'entendis une voix qui venait de l'étoile Et qui disait : - Je suis l'astre qui vient d'abord. Je suis celle qu'on croit dans la tombe et qui sort. J'ai lui sur le Sina, j'ai lui sur le Taygète ; Je suis le caillou d'or et de feu que Dieu jette, Comme avec une fronde, au front noir de la nuit. Je suis ce qui renaît quand un monde est détruit. Ô nations ! je suis la poésie ardente. J'ai brillé sur Moïse et j'ai brillé sur Dante. Le lion océan est amoureux de moi. J'arrive. Levez-vous, vertu, courage, foi ! Penseurs, esprits, montez sur la tour, sentinelles ! Paupières, ouvrez-vous, allumez-vous, prunelles, Terre, émeus le sillon, vie, éveille le bruit, Debout, vous qui dormez ! - car celui qui me suit, Car celui qui m'envoie en avant la première, C'est l'ange Liberté, c'est le géant Lumière ! Jersey, le 31 août. 1853.
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Stella
Je m'étais endormi la nuit près de la grève. Un vent frais m'éveilla, je sortis de mon rêve, J'ouvris les yeux, je vis l'étoile du matin. Elle resplendissait au fond du ciel lointain Dans sa blancheur molle, infinie et charmante. Aquilon s'enfuyait emportant la tourmente. L'astre éclatant changeait la nuée en duvet. C'était une clarté qui pensait, qui vivait Elle apaisait l'écueil où la vague déferle On croyait voir une âme à travers une perle. Il faisait nuit encor, l'ombre régnait en vain, Le ciel s'illuminait d'un sourire divin. La lueur argentait le haut du mât qui penche ; Le navire était noir, mais la voile était blanche Des goélands debout sur un escarpement, Attentifs, contemplaient l'étoile gravement Comme un oiseau céleste et fait d'une étincelle L'océan, qui ressemble au peuple, allait vers elle, Et rugissant tout bas, la regardait briller, Et semblait avoir peur de la faire envoler. Un ineffable amour emplissait l'étendue. L'herbe verte à mes pieds frissonnait éperdue, Les oiseaux se parlaient dans les nids ; une fleur Qui s'éveillait me dit -. c'est l'étoile ma soeur. Et pendant qu'à longs plis l'ombre levait son voile, J'entendis une voix qui venait de l'étoile Et qui disait : - Je suis l'astre qui vient d'abord. Je suis celle qu'on croit dans la tombe et qui sort. J'ai lui sur le Sina, j'ai lui sur le Taygète ; Je suis le caillou d'or et de feu que Dieu jette, Comme avec une fronde, au front noir de la nuit. Je suis ce qui renaît quand un monde est détruit. Ô nations ! je suis la poésie ardente. J'ai brillé sur Moïse et j'ai brillé sur Dante. Le lion océan est amoureux de moi. J'arrive. Levez-vous, vertu, courage, foi ! Penseurs, esprits, montez sur la tour, sentinelles ! Paupières, ouvrez-vous, allumez-vous, prunelles, Terre, émeus le sillon, vie, éveille le bruit, Debout, vous qui dormez ! - car celui qui me suit, Car celui qui m'envoie en avant la première, C'est l'ange Liberté, c'est le géant Lumière ! Jersey, le 31 août. 1853.
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La prudence est bonne de soi, Mais la pousser trop **** est une duperie : L'exemple suivant en fait foi. Des moineaux habitaient dans une métairie : Un beau champ de millet, voisin de la maison, Leur donnait du grain à foison. Ces moineaux dans le champ passaient toute leur vie, Occupés de gruger les épis de millet Le vieux chat du logis les guettait d'ordinaire, Tournait et retournait ; mais il avait beau faire, Sitôt qu'il paraissait la bande s'envolait. Comment les attraper ? Notre vieux chat y songe, Médite, fouille en son cerveau, Et trouve un tour tout neuf. II va tremper dans l'eau Sa patte dont il fait éponge. Dans du millet en grain aussitôt il la plonge ; Le grain s'attache tout autour. Alors à cloche-pied, sans bruit, par un détour, II va gagner le champ, s'y couche La patte en l'air et sur le dos, Ne bougeant non plus qu'une souche : Sa patte ressemblait à l'épi le plus gros. L'oiseau s'y méprenait, il approchait sans crainte, Venait pour becqueter ; de l'autre patte, crac, Voilà mon oiseau dans le sac. Il en prit vingt par cette feinte. Un moineau s'aperçoit du piège scélérat, Et prudemment fuit la machine ; Mais dès ce jour il s'imagine Que chaque épi de grain était patte de chat. Au fond de son trou solitaire II se retire, et plus n'en sort, Supporte la faim, la misère, Et meurt pour éviter la mort.
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Le chat et le moineau
Le Géranium d'Alger (dédié à mon ami Abder). C'était un plant de géranium, sans racine apparente qui avait poussé à Alger, sous le soleil si vif de la terre d'Afrique. L’ami Abder, me l'avait apporté, comme un présent choisi d'orange ou de soleil Il venait de «La bas», que nous feignons d'oublier Mais ou tant de souvenirs nous relient, par-delà l'amertume Tant de haine et de préjugés. Même si des plaies restent à vif maigres les porteurs de braises et les vaine vengeances entretenant les feux. au lieu de les éteindre et de jeter leurs forces pour rapprocher nos Peuples préserver notre même mer. Notre Méditerranée lustrale qui borde nos deux rives et de rechercher ensemble l'eau qui étanchera les soifs de demain, quels que soient nos Dieux ou nos idéaux. Je craignais pour ce géranium aux radicelles menues, qu'il succombe au vent d'autan et à ce printemps si pluvieux mais l'hôte d'Alger était de bonne souche accrochée à la vie et soucieux d'embellir «Tolosa la belle», qui brille et resplendit sur ces terrasses solaires de «la Comtale» nous faisant oublier que nous vivons en ville et goûter ce bonheur. emplissant mes yeux d'une multiplicité de plantes Méditerranéennes; bien sûr, irisées pas les fluides solaires arrosées par tant de couchers de soleil et les levers de lune. Ce géranium à trois têtes courbées par ces vents si fréquents, côtoie la menthe, le fenouil et la sauge et scelle une amitié profonde de natifs des rives de notre même Méditerranée. Paul Arrighi
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May 18, 2016
May 18, 2016 at 6:25 PM UTC
Le Géranium d'Alger
Le Géranium d'Alger (dédié à mon ami Abder). C'était un plant de géranium, sans racine apparente qui avait poussé à Alger, sous le soleil si vif de la terre d'Afrique. L’ami Abder, me l'avait apporté, comme un présent choisi d'orange ou de soleil Il venait de «La bas», que nous feignons d'oublier Mais ou tant de souvenirs nous relient, par-delà l'amertume Tant de haine et de préjugés. Même si des plaies restent à vif maigres les porteurs de braises et les vaine vengeances entretenant les feux. au lieu de les éteindre et de jeter leurs forces pour rapprocher nos Peuples préserver notre même mer. Notre Méditerranée lustrale qui borde nos deux rives et de rechercher ensemble l'eau qui étanchera les soifs de demain, quels que soient nos Dieux ou nos idéaux. Je craignais pour ce géranium aux radicelles menues, qu'il succombe au vent d'autan et à ce printemps si pluvieux mais l'hôte d'Alger était de bonne souche accrochée à la vie et soucieux d'embellir «Tolosa la belle», qui brille et resplendit sur ces terrasses solaires de «la Comtale» nous faisant oublier que nous vivons en ville et goûter ce bonheur. emplissant mes yeux d'une multiplicité de plantes Méditerranéennes; bien sûr, irisées pas les fluides solaires arrosées par tant de couchers de soleil et les levers de lune. Ce géranium à trois têtes courbées par ces vents si fréquents, côtoie la menthe, le fenouil et la sauge et scelle une amitié profonde de natifs des rives de notre même Méditerranée. Paul Arrighi
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Tandis que l'étoile inodore Que l'été mêle aux blonds épis Emaille de son bleu lapis Les sillons que la moisson dore, Avant que, de fleurs dépeuplés, Les champs aient subi les faucilles, Allez, allez, ô jeunes filles, Cueillir des bleuets dans les blés ! Entre les villes andalouses, Il n'en est pas qui sous le ciel S'étende mieux que Peñafiel Sur les gerbes et les pelouses, Pas qui dans ses murs crénelés Lève de plus fières bastilles... Allez, allez, ô jeunes filles, Cueillir des bleuets dans les blés ! Il n'est pas de cité chrétienne, Pas de monastère à beffroi, Chez le Saint-Père et chez le Roi, Où, vers la Saint-Ambroise, il vienne Plus de bons pèlerins hâlés, Portant bourdon, gourde et coquilles... Allez, allez, ô jeunes filles, Cueillir des bleuets dans les blés ! Dans nul pays, les jeunes femmes, Les soirs, lorsque l'on danse en rond, N'ont plus de roses sur le front, Et n'ont dans le cœur plus de flammes ; Jamais plus vifs et plus voilés Regards n'ont lui sous les mantilles... Allez, allez, ô jeunes filles, Cueillir des bleuets dans les blés ! La perle de l'Andalousie, Alice, était de Peñafiel, Alice qu'en faisant son miel Pour fleur une abeille eût choisie. Ces jours, hélas ! sont envolés ! On la citait dans les familles... Allez, allez, ô jeunes filles, Cueillir des bleuets dans les blés ! Un étranger vint dans la ville, Jeune, et parlant avec dédain. Etait-ce un maure grenadin ? Un de Murcie ou de Séville ? Venait-il des bords désolés Où Tunis a ses escadrilles ?... Allez, allez, ô jeunes filles, Cueillir des bleuets dans les blés ! On ne savait. - La pauvre Alice En fut aimée, et puis l'aima. Le doux vallon du Xarama De leur doux péché fut complice. Le soir, sous les cieux étoilés, Tous deux erraient par les charmilles... Allez, allez, ô jeunes filles, Cueillir des bleuets dans les blés ! La ville était lointaine et sombre ; Et la lune, douce aux amours, Se levant derrière les tours Et les clochers perdus dans l'ombre, Des édifices dentelés Découpait en noir les aiguilles... Allez, allez, ô jeunes filles, Cueillir des bleuets dans les blés ! Cependant, d'Alice jalouses, En rêvant au bel étranger, Sous l'arbre à soie et l'oranger Dansaient les brunes andalouses ; Les cors, aux guitares mêlés, Animaient les joyeux quadrilles... Allez, allez, ô jeunes filles, Cueillir des bleuets dans les blés ! L'oiseau dort dans le lit de mousse Que déjà menace l'autour ; Ainsi dormait dans son amour Alice confiante et douce. Le jeune homme aux cheveux bouclés, C'était don Juan, roi des Castilles... Allez, allez, ô jeunes filles, Cueillir des bleuets dans les blés ! Or c'est péril qu'aimer un prince. Un jour, sur un noir palefroi On la jeta de par le roi ; On l'arracha de la province ; Un cloître sur ses jours troublés De par le roi ferma ses grilles... Allez, allez, ô jeunes filles, Cueillir des bleuets dans les blés ! Le 13 avril 1828.
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Les bleuets
Tandis que l'étoile inodore Que l'été mêle aux blonds épis Emaille de son bleu lapis Les sillons que la moisson dore, Avant que, de fleurs dépeuplés, Les champs aient subi les faucilles, Allez, allez, ô jeunes filles, Cueillir des bleuets dans les blés ! Entre les villes andalouses, Il n'en est pas qui sous le ciel S'étende mieux que Peñafiel Sur les gerbes et les pelouses, Pas qui dans ses murs crénelés Lève de plus fières bastilles... Allez, allez, ô jeunes filles, Cueillir des bleuets dans les blés ! Il n'est pas de cité chrétienne, Pas de monastère à beffroi, Chez le Saint-Père et chez le Roi, Où, vers la Saint-Ambroise, il vienne Plus de bons pèlerins hâlés, Portant bourdon, gourde et coquilles... Allez, allez, ô jeunes filles, Cueillir des bleuets dans les blés ! Dans nul pays, les jeunes femmes, Les soirs, lorsque l'on danse en rond, N'ont plus de roses sur le front, Et n'ont dans le cœur plus de flammes ; Jamais plus vifs et plus voilés Regards n'ont lui sous les mantilles... Allez, allez, ô jeunes filles, Cueillir des bleuets dans les blés ! La perle de l'Andalousie, Alice, était de Peñafiel, Alice qu'en faisant son miel Pour fleur une abeille eût choisie. Ces jours, hélas ! sont envolés ! On la citait dans les familles... Allez, allez, ô jeunes filles, Cueillir des bleuets dans les blés ! Un étranger vint dans la ville, Jeune, et parlant avec dédain. Etait-ce un maure grenadin ? Un de Murcie ou de Séville ? Venait-il des bords désolés Où Tunis a ses escadrilles ?... Allez, allez, ô jeunes filles, Cueillir des bleuets dans les blés ! On ne savait. - La pauvre Alice En fut aimée, et puis l'aima. Le doux vallon du Xarama De leur doux péché fut complice. Le soir, sous les cieux étoilés, Tous deux erraient par les charmilles... Allez, allez, ô jeunes filles, Cueillir des bleuets dans les blés ! La ville était lointaine et sombre ; Et la lune, douce aux amours, Se levant derrière les tours Et les clochers perdus dans l'ombre, Des édifices dentelés Découpait en noir les aiguilles... Allez, allez, ô jeunes filles, Cueillir des bleuets dans les blés ! Cependant, d'Alice jalouses, En rêvant au bel étranger, Sous l'arbre à soie et l'oranger Dansaient les brunes andalouses ; Les cors, aux guitares mêlés, Animaient les joyeux quadrilles... Allez, allez, ô jeunes filles, Cueillir des bleuets dans les blés ! L'oiseau dort dans le lit de mousse Que déjà menace l'autour ; Ainsi dormait dans son amour Alice confiante et douce. Le jeune homme aux cheveux bouclés, C'était don Juan, roi des Castilles... Allez, allez, ô jeunes filles, Cueillir des bleuets dans les blés ! Or c'est péril qu'aimer un prince. Un jour, sur un noir palefroi On la jeta de par le roi ; On l'arracha de la province ; Un cloître sur ses jours troublés De par le roi ferma ses grilles... Allez, allez, ô jeunes filles, Cueillir des bleuets dans les blés ! Le 13 avril 1828.
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A la terrasse du café «Le Matin» aux Carmes (Dédié à Abder, Jean-Pierre et Toinou) Le soleil était brûlant Et la chaleur comme du plomb Pas possible de rester à l'intérieur, Dans l'étuve, alors je sorti Me protéger sous un parasol, ou ce qui en tenait lieu Tenant le verre De «coca-glaçons» a la main. Les parasols tamisaient mal L'ardeur du soleil. Mais un Zéphyr nous donnait un souffle de fraîcheur, Si bienfaisante, Que je commençais A me sentir bien et être moins oppressé par le rythme fou la fureur et les violences du Monde et à me réconcilier avec cette myriade de visages Si variés de l'humanité parcourant, rapides et pressés allez savoir pourquo ?  En ce Dix-huit juillet,  la «rue des Filatiers». Les demoiselles, courts vêtues. Étaient ravissantes, en cet été, Ou ne manquaient que les faunes, décidés à les  séduire, Et parfois, un éclair de chair Entrevue, virevoltant, comme un poisson volant. Venait troubler mon calme En aiguiser des désirs enfouis. Je vis passer l'ami d'Abder Étrangement pressé; je le hélais Il me dit aller prendre son café Italien, Et être enfin en vacances, L'après-midi s'annonçait Délicieuse et je commençais A congédier tout stress Et toute entrave à la délicieuse Sensation de se sentir vivre, Je me pris a songer aux lézards Des rochers de notre Corse Et aux chants des oiseaux. Le temps, s'était comme arrêté et l’ une horloge s’était cassée Seul, s'imposait, à moi L'impératif et le goût de vivre Mais aussi de ressentir intensément, cette sensation aiguë et finalement trop rare, De se sentir vivre, partie prenante Du rythme de la rue et de des flâneurs. Je songeais à Jean-Sol Partre A ces philosophies de l'existence Qui sont, le Maître l’a dit: «un Humanisme» Et à ce quartier des Carmes, Enchanteur et fébrile, que j'ai toujours aimé pour sa variété de lumières d'accents et de saveurs. J'ai voulu durant de longs instants pouvoir figer ce moment Et à ce que les visages de la vie restent si charmeurs et variés J'avais face à moi ce bouquet de vie s'écoulant à ce coin de rues Devant le café «Le Matin» Faisant assurément partie. De mes bars préférés à Toulouse Car l'on y voit passer Tant d'inconnus et de figures amies. Paul Arrighi
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Jul 26, 2016
Jul 26, 2016 at 10:17 AM UTC
A la terrasse du café «Le Matin» aux Carmes
A la terrasse du café «Le Matin» aux Carmes (Dédié à Abder, Jean-Pierre et Toinou) Le soleil était brûlant Et la chaleur comme du plomb Pas possible de rester à l'intérieur, Dans l'étuve, alors je sorti Me protéger sous un parasol, ou ce qui en tenait lieu Tenant le verre De «coca-glaçons» a la main. Les parasols tamisaient mal L'ardeur du soleil. Mais un Zéphyr nous donnait un souffle de fraîcheur, Si bienfaisante, Que je commençais A me sentir bien et être moins oppressé par le rythme fou la fureur et les violences du Monde et à me réconcilier avec cette myriade de visages Si variés de l'humanité parcourant, rapides et pressés allez savoir pourquo ?  En ce Dix-huit juillet,  la «rue des Filatiers». Les demoiselles, courts vêtues. Étaient ravissantes, en cet été, Ou ne manquaient que les faunes, décidés à les  séduire, Et parfois, un éclair de chair Entrevue, virevoltant, comme un poisson volant. Venait troubler mon calme En aiguiser des désirs enfouis. Je vis passer l'ami d'Abder Étrangement pressé; je le hélais Il me dit aller prendre son café Italien, Et être enfin en vacances, L'après-midi s'annonçait Délicieuse et je commençais A congédier tout stress Et toute entrave à la délicieuse Sensation de se sentir vivre, Je me pris a songer aux lézards Des rochers de notre Corse Et aux chants des oiseaux. Le temps, s'était comme arrêté et l’ une horloge s’était cassée Seul, s'imposait, à moi L'impératif et le goût de vivre Mais aussi de ressentir intensément, cette sensation aiguë et finalement trop rare, De se sentir vivre, partie prenante Du rythme de la rue et de des flâneurs. Je songeais à Jean-Sol Partre A ces philosophies de l'existence Qui sont, le Maître l’a dit: «un Humanisme» Et à ce quartier des Carmes, Enchanteur et fébrile, que j'ai toujours aimé pour sa variété de lumières d'accents et de saveurs. J'ai voulu durant de longs instants pouvoir figer ce moment Et à ce que les visages de la vie restent si charmeurs et variés J'avais face à moi ce bouquet de vie s'écoulant à ce coin de rues Devant le café «Le Matin» Faisant assurément partie. De mes bars préférés à Toulouse Car l'on y voit passer Tant d'inconnus et de figures amies. Paul Arrighi
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Eh quoi ! prier déjà.... tu bégayes encore ; De la vie, ici-bas, tu n'as vu que l'aurore ; Pour loi, le beau printemps n'est venu que deux fois ; À peine connaît-on le doux son de ta voix. Et cependant, docile aux leçons d'une mère, Tu bégayes déjà quelques mots de prière ! Oh ! laisse la prière au cœur des malheureux, Et toi, petit enfant, va reprendre tes jeux ! Pourvu qu'à ton réveil, s'échappant de sa cage, L'oiseau qui te connaît commence son ramage, Qu'il reste près de toi ; que d'un bouquet nouveau, Ta mère, en souriant, vienne orner ton berceau ; Pourvu que vers le soir, sa voix mélodieuse T'endorme doucement, ou que, silencieuse, Elle ébranle ta couche, et d'un léger effort, En longs balancements t'endorme mieux encor : C'est là tout le bonheur de ta paisible enfance. Et comment prierais-tu ? tu n'as pas d'espérance ! À ton âge charmant, l'existence est un jour, Où le rire et les pleurs s'effacent tour à tour. Plus **** petit enfant, poursuivant ton voyage, Ton cœur s'agitera du trouble du jeune âge ; Tu sentiras alors les charmes enivrants De nos illusions, rêves purs et charmants. Un doux espoir, ainsi qu'une ombre fugitive, Apparaîtra soudain à ton âme naïve, Te faisant pressentir l'amour et le bonheur... Alors, il sera temps de prier le Seigneur ! À genoux devant lui, plein de foi, d'espérance, On dit tout sans parler ; - Dieu comprend le silence. Ô mon Dieu ! que l'on aime à vous prier longtemps, Lorsqu'on veut être heureux et que l'on a seize ans ! Car, hélas ! jeune enfant, pendant le long voyage, Nous n'avons pas toujours un beau ciel sans nuage ; Le limpide ruisseau qui s'en va murmurant, Se change bien souvent en horrible torrent, Et l'aquilon, soufflant sur la barque légère, Vient la briser, le soir, aux écueils de la terre. Va jouer, bel enfant !... il te faudra plus **** Souffrir ainsi que nous : ta vie aura sa part ! Tu verras fuir l'espoir qui venait de paraître ; Un jour, on t'aimera..., l'on t'oubliera peut-être !... Ah ! qu'ai-je dit, enfant ? -Suspends, suspends tes jeux Joins tes petites mains, et regarde les cieux.
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L'enfant qui priait
Eh quoi ! prier déjà.... tu bégayes encore ; De la vie, ici-bas, tu n'as vu que l'aurore ; Pour loi, le beau printemps n'est venu que deux fois ; À peine connaît-on le doux son de ta voix. Et cependant, docile aux leçons d'une mère, Tu bégayes déjà quelques mots de prière ! Oh ! laisse la prière au cœur des malheureux, Et toi, petit enfant, va reprendre tes jeux ! Pourvu qu'à ton réveil, s'échappant de sa cage, L'oiseau qui te connaît commence son ramage, Qu'il reste près de toi ; que d'un bouquet nouveau, Ta mère, en souriant, vienne orner ton berceau ; Pourvu que vers le soir, sa voix mélodieuse T'endorme doucement, ou que, silencieuse, Elle ébranle ta couche, et d'un léger effort, En longs balancements t'endorme mieux encor : C'est là tout le bonheur de ta paisible enfance. Et comment prierais-tu ? tu n'as pas d'espérance ! À ton âge charmant, l'existence est un jour, Où le rire et les pleurs s'effacent tour à tour. Plus **** petit enfant, poursuivant ton voyage, Ton cœur s'agitera du trouble du jeune âge ; Tu sentiras alors les charmes enivrants De nos illusions, rêves purs et charmants. Un doux espoir, ainsi qu'une ombre fugitive, Apparaîtra soudain à ton âme naïve, Te faisant pressentir l'amour et le bonheur... Alors, il sera temps de prier le Seigneur ! À genoux devant lui, plein de foi, d'espérance, On dit tout sans parler ; - Dieu comprend le silence. Ô mon Dieu ! que l'on aime à vous prier longtemps, Lorsqu'on veut être heureux et que l'on a seize ans ! Car, hélas ! jeune enfant, pendant le long voyage, Nous n'avons pas toujours un beau ciel sans nuage ; Le limpide ruisseau qui s'en va murmurant, Se change bien souvent en horrible torrent, Et l'aquilon, soufflant sur la barque légère, Vient la briser, le soir, aux écueils de la terre. Va jouer, bel enfant !... il te faudra plus **** Souffrir ainsi que nous : ta vie aura sa part ! Tu verras fuir l'espoir qui venait de paraître ; Un jour, on t'aimera..., l'on t'oubliera peut-être !... Ah ! qu'ai-je dit, enfant ? -Suspends, suspends tes jeux Joins tes petites mains, et regarde les cieux.
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Sous le pont Mirabeau coule la Seine Et nos amours Faut-il qu'il m'en souvienne La joie venait toujours après la peine. Vienne la nuit sonne l'heure Les jours s'en vont je demeure. Les mains dans les mains restons face à face Tandis que sous Le pont de nos bras passe Des éternels regards l'onde si lasse. Vienne la nuit sonne l'heure Les jours s'en vont je demeure. L'amour s'en va comme cette eau courante L'amour s'en va Comme la vie est lente Et comme l'Espérance est violente. Vienne la nuit sonne l'heure Les jours s'en vont je demeure. Passent les jours et passent les semaines Ni temps passé Ni les amours reviennent Sous le pont Mirabeau coule la Seine. Vienne la nuit sonne l'heure Les jours s'en vont je demeure.
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Le Pont Mirabeau
Que j'aime les héros dont je conte l'histoire ! Et qu'à m'occuper d'eux je trouve de douceur ! J'ignore s'ils pourront m'acquérir de la gloire ; Mais je sais qu'ils font mon bonheur. Avec les animaux je veux passer ma vie ; Ils sont si bonne compagnie ! Je conviens cependant, et c'est avec douleur, Que tous n'ont pas le même cœur. Plusieurs que l'on connaît, sans qu'ici je les nomme, De nos vices ont bonne part : Mais je les trouve encor moins dangereux que l'homme ; Et fripon pour fripon je préfère un renard. C'est ainsi que pensait un sage, Un bon fermier de mon pays. Depuis quatre-vingts ans, de tout le voisinage On venait écouter et suivre ses avis. Chaque mot qu'il disait était une sentence. Son exemple surtout aidait son éloquence ; Et lorsqu'environné de ses quarante enfants, Fils, petits-fils, brus, gendres, filles, Il jugeait les procès ou réglait les familles, Nul n'eût osé mentir devant ses cheveux blancs. Je me souviens qu'un jour dans son champêtre asile Il vint un savant de la ville Qui dit au bon vieillard : mon père, enseignez-moi Dans quel auteur, dans quel ouvrage, Vous apprîtes l'art d'être sage. Chez quelle nation, à la cour de quel roi, Avez-vous été, comme Ulysse, Prendre des leçons de justice ? Suivez-vous de Zénon la rigoureuse loi ? Avez-vous embrassé la secte d'Épicure, Celle de Pythagore ou du divin Platon ? De tous ces messieurs-là je ne sais pas le nom, Répondit le vieillard : mon livre est la nature ; Et mon unique précepteur, C'est mon cœur. Je vois les animaux, j'y trouve le modèle Des vertus que je dois chérir : La colombe m'apprit à devenir fidèle ; En voyant la fourmi j'amassai pour jouir ; Mes bœufs m'enseignent la constance, Mes brebis la douceur, mes chiens la vigilance ; Et si j'avais besoin d'avis Pour aimer mes filles, mes fils, La poule et ses poussins me serviraient d'exemple. Ainsi dans l'univers tout ce que je contemple M'avertit d'un devoir qu'il m'est doux de remplir. Je fais souvent du bien pour avoir du plaisir, J'aime et je suis aimé, mon âme est tendre et pure, Et toujours selon ma mesure Ma raison sait régler mes vœux : J'observe et je suis la nature, C'est mon secret pour être heureux.
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Le savant et le fermier
Que j'aime les héros dont je conte l'histoire ! Et qu'à m'occuper d'eux je trouve de douceur ! J'ignore s'ils pourront m'acquérir de la gloire ; Mais je sais qu'ils font mon bonheur. Avec les animaux je veux passer ma vie ; Ils sont si bonne compagnie ! Je conviens cependant, et c'est avec douleur, Que tous n'ont pas le même cœur. Plusieurs que l'on connaît, sans qu'ici je les nomme, De nos vices ont bonne part : Mais je les trouve encor moins dangereux que l'homme ; Et fripon pour fripon je préfère un renard. C'est ainsi que pensait un sage, Un bon fermier de mon pays. Depuis quatre-vingts ans, de tout le voisinage On venait écouter et suivre ses avis. Chaque mot qu'il disait était une sentence. Son exemple surtout aidait son éloquence ; Et lorsqu'environné de ses quarante enfants, Fils, petits-fils, brus, gendres, filles, Il jugeait les procès ou réglait les familles, Nul n'eût osé mentir devant ses cheveux blancs. Je me souviens qu'un jour dans son champêtre asile Il vint un savant de la ville Qui dit au bon vieillard : mon père, enseignez-moi Dans quel auteur, dans quel ouvrage, Vous apprîtes l'art d'être sage. Chez quelle nation, à la cour de quel roi, Avez-vous été, comme Ulysse, Prendre des leçons de justice ? Suivez-vous de Zénon la rigoureuse loi ? Avez-vous embrassé la secte d'Épicure, Celle de Pythagore ou du divin Platon ? De tous ces messieurs-là je ne sais pas le nom, Répondit le vieillard : mon livre est la nature ; Et mon unique précepteur, C'est mon cœur. Je vois les animaux, j'y trouve le modèle Des vertus que je dois chérir : La colombe m'apprit à devenir fidèle ; En voyant la fourmi j'amassai pour jouir ; Mes bœufs m'enseignent la constance, Mes brebis la douceur, mes chiens la vigilance ; Et si j'avais besoin d'avis Pour aimer mes filles, mes fils, La poule et ses poussins me serviraient d'exemple. Ainsi dans l'univers tout ce que je contemple M'avertit d'un devoir qu'il m'est doux de remplir. Je fais souvent du bien pour avoir du plaisir, J'aime et je suis aimé, mon âme est tendre et pure, Et toujours selon ma mesure Ma raison sait régler mes vœux : J'observe et je suis la nature, C'est mon secret pour être heureux.
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Dans la Haute-Rue à Cologne Elle allait et venait le soir Offerte à tous en tout mignonne Puis buvait lasse des trottoirs Très **** dans les brasseries borgnes Elle se mettait sur la paille Pour un maquereau roux et rose C'était un juif il sentait l'ail Et l'avait venant de Formose Tirée d'un bordel de Changaï Je connais gens de toutes sortes Ils n'égalent pas leurs destins Indécis comme feuilles mortes Leurs yeux sont des feux mal éteints Leurs cœurs bougent comme leurs portes.
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Marizibill
J'ai rencontré sur la terre où je passe Plus d'un abîme où je tombais, seigneur ! Lors, d'un long cri j'appelais dans l'espace Mon Dieu, mon père, ou quelque ange sauveur. Doux et penché sur l'abîme funeste, Un envoyé du tribunal céleste Venait toujours, fidèle à votre loi : Qu'il soit béni ! Mon Dieu, payez pour moi. J'ai rencontré sur la terre où je pleure Des yeux mouillés de prière et d'espoir : À leurs regards souvent j'oubliais l'heure ; Dans ces yeux-là, mon Dieu, j'ai cru vous voir. Le ciel s'y meut comme dans vos étoiles, C'est votre livre entr'ouvert et sans voiles, Ils m'ont appris la charité, la foi. Qu'ai-je rendu ? Mon Dieu, payez pour moi. J'ai rencontré sur la terre où je chante Des coeurs vibrants, juges harmonieux Muse cachée et qui de peu s'enchante, Ecoutant bien pour faire chanter mieux. Divine aumône, adorable indulgence, Trésor tombé dans ma fière indigence, Suffrage libre, ambition de roi, Vous êtes Dieu ! Mon Dieu ! Payez pour moi. J'ai rencontré jour par jour sur la terre Des malheureux le troupeau grossissant ; J'ai vu languir dans son coin solitaire, Comme un ramier, l'orphelin pâlissant ; J'ai regardé ces frères de mon âme, Puis, j'ai caché mes yeux avec effroi ; Mon coeur nageait dans les pleurs et la flamme : Regardez-les, mon Dieu ! Donnez pour moi.
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Merci, mon Dieu
L'être que j'adore en ce monde, Eût-il les pieds noirs et des poux, C'est le mendiant, il m'inonde Le cœur d'une extase profonde ; Je lui baiserais les genoux. D'abord il convient de vous dire Que si je ne l'adorais pas, Ça ferait peut-être sourire ; On penserait : Hé ! le bon sire ! Il a le « trac » pour ses ducats. Il a peur de faire l'aumône, Ou qu'on le vole, il a raison Dans la vie, ah ! tout n'est pas jaune, Et mon ami le plus béjaune Ne viendrait pas à la maison. Ou, s'il venait, il voudrait faire, Tout comme moi, les mêmes frais, Nous compterions, quelle misère ! Et s'il me cassait, quoi ? son verre ? Ah ! la tête que je ferais ! Je parlerais de ma famille Tant, que c'en serait Han-Mer-Dent : « J'ai ma femme, mon fils, ma fille ; Oui, la petite est très gentille, Mais ça coûte. - C'est évident ! » Le mendiant, qu'est-ce qu'il coûte ? Titus disait : un heureux jour. Quand nous verrons plus d'une goutte, Chacun trouvera sur sa route Qu'avec cet homme, on fait l'amour. Je l'aime, comme une parente, Pauvre... mais ça... c'est un détail..., D'une façon bien différente. Si j'avais mille francs de rente. Je lui donnerais... du travail. Je lui dirais : Tu vas me faire Un bonhomme sur ce papier. - « Monsieur, je ne dessine guère, » Alors... de me foutre en colère, Trouves-tu cela trop... pompier ? Il dessinerait son bonhomme Bien ou mal, naturellement. Je dirais : Combien ? - « Telle somme. » Et je paierais ; c'est presque, en somme, Ce que fait le Gouvernement. Le mendiant, mais c'est mon frère ! Comment, mon frère ? Mais, c'est moi. Je commence par me la faire, La charité, la chose est claire. Tu te la fais aussi, va, Toi. Moi, souvent « je me le demande » Et demande, quand ça me plaît. Et bien ! pour ma langue gourmande, Plus que la vôtre n'est normande, Si saint Pierre ouvrait son volet Seulement pour une seconde : Si je suis là, si je le vois, Bien que je doute qu'il réponde, Je lui demande la plus ronde Des lunes qui rient dans les bois. Et si, - surprise ! et joie extrême ! - J'entends : « tiens ! enfant, la voici ! » Comme avec tes baisers que j'aime, Je me barbouille tout de crème, Sans seulement dire : merci.
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Le mendiant
L'être que j'adore en ce monde, Eût-il les pieds noirs et des poux, C'est le mendiant, il m'inonde Le cœur d'une extase profonde ; Je lui baiserais les genoux. D'abord il convient de vous dire Que si je ne l'adorais pas, Ça ferait peut-être sourire ; On penserait : Hé ! le bon sire ! Il a le « trac » pour ses ducats. Il a peur de faire l'aumône, Ou qu'on le vole, il a raison Dans la vie, ah ! tout n'est pas jaune, Et mon ami le plus béjaune Ne viendrait pas à la maison. Ou, s'il venait, il voudrait faire, Tout comme moi, les mêmes frais, Nous compterions, quelle misère ! Et s'il me cassait, quoi ? son verre ? Ah ! la tête que je ferais ! Je parlerais de ma famille Tant, que c'en serait Han-Mer-Dent : « J'ai ma femme, mon fils, ma fille ; Oui, la petite est très gentille, Mais ça coûte. - C'est évident ! » Le mendiant, qu'est-ce qu'il coûte ? Titus disait : un heureux jour. Quand nous verrons plus d'une goutte, Chacun trouvera sur sa route Qu'avec cet homme, on fait l'amour. Je l'aime, comme une parente, Pauvre... mais ça... c'est un détail..., D'une façon bien différente. Si j'avais mille francs de rente. Je lui donnerais... du travail. Je lui dirais : Tu vas me faire Un bonhomme sur ce papier. - « Monsieur, je ne dessine guère, » Alors... de me foutre en colère, Trouves-tu cela trop... pompier ? Il dessinerait son bonhomme Bien ou mal, naturellement. Je dirais : Combien ? - « Telle somme. » Et je paierais ; c'est presque, en somme, Ce que fait le Gouvernement. Le mendiant, mais c'est mon frère ! Comment, mon frère ? Mais, c'est moi. Je commence par me la faire, La charité, la chose est claire. Tu te la fais aussi, va, Toi. Moi, souvent « je me le demande » Et demande, quand ça me plaît. Et bien ! pour ma langue gourmande, Plus que la vôtre n'est normande, Si saint Pierre ouvrait son volet Seulement pour une seconde : Si je suis là, si je le vois, Bien que je doute qu'il réponde, Je lui demande la plus ronde Des lunes qui rient dans les bois. Et si, - surprise ! et joie extrême ! - J'entends : « tiens ! enfant, la voici ! » Comme avec tes baisers que j'aime, Je me barbouille tout de crème, Sans seulement dire : merci.
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Deux jeunes bacheliers logés chez un docteur Y travaillaient avec ardeur A se mettre en état de prendre leurs licences. Là, du matin au soir, en public disputant, Prouvant, divisant, ergotant Sur la nature et ses substances, L'infini, le fini, l'âme, la volonté, Les sens, le libre arbitre et la nécessité, Ils en étaient bientôt à ne plus se comprendre : Même par là souvent l'on dit qu'ils commençaient, Mais c'est alors qu ils se poussaient Les plus beaux arguments ; qui venait les entendre Bouche béante demeurait, Et leur professeur même en extase admirait. Une nuit qu'ils dormaient dans le grenier du maître Sur un grabat commun, voilà mes jeunes gens Qui, dans un rêve, pensent être A se disputer sur les bancs. Je démontre, dit l'un. Je distingue, dit l'autre. Or, voici mon dilemme. Ergo, voici le nôtre... A ces mots, nos rêveurs, criants, gesticulants, Au lieu de s'en tenir aux simples arguments D'Aristote ou de Scot, soutiennent leur dilemme De coups de poing bien assenés Sur le nez. Tous deux sautent du lit dans une rage extrême, Se saisissent par les cheveux, Tombent, et font tomber pêle-mêle avec eux Tous les meubles qu'ils ont, deux chaises, une table, Et quatre in-folios écrits sur parchemin. Le professeur arrive, une chandelle en main, A ce tintamarre effroyable : Le diable est donc ici ! Dit-il tout hors de soi : Comment ! Sans y voir clair et sans savoir pourquoi, Vous vous battez ainsi ! Quelle mouche vous pique ? Nous ne nous battons point, disent-ils ; jugez mieux : C'est que nous repassons tous deux Nos leçons de métaphysique.
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Les deux bacheliers
Deux jeunes bacheliers logés chez un docteur Y travaillaient avec ardeur A se mettre en état de prendre leurs licences. Là, du matin au soir, en public disputant, Prouvant, divisant, ergotant Sur la nature et ses substances, L'infini, le fini, l'âme, la volonté, Les sens, le libre arbitre et la nécessité, Ils en étaient bientôt à ne plus se comprendre : Même par là souvent l'on dit qu'ils commençaient, Mais c'est alors qu ils se poussaient Les plus beaux arguments ; qui venait les entendre Bouche béante demeurait, Et leur professeur même en extase admirait. Une nuit qu'ils dormaient dans le grenier du maître Sur un grabat commun, voilà mes jeunes gens Qui, dans un rêve, pensent être A se disputer sur les bancs. Je démontre, dit l'un. Je distingue, dit l'autre. Or, voici mon dilemme. Ergo, voici le nôtre... A ces mots, nos rêveurs, criants, gesticulants, Au lieu de s'en tenir aux simples arguments D'Aristote ou de Scot, soutiennent leur dilemme De coups de poing bien assenés Sur le nez. Tous deux sautent du lit dans une rage extrême, Se saisissent par les cheveux, Tombent, et font tomber pêle-mêle avec eux Tous les meubles qu'ils ont, deux chaises, une table, Et quatre in-folios écrits sur parchemin. Le professeur arrive, une chandelle en main, A ce tintamarre effroyable : Le diable est donc ici ! Dit-il tout hors de soi : Comment ! Sans y voir clair et sans savoir pourquoi, Vous vous battez ainsi ! Quelle mouche vous pique ? Nous ne nous battons point, disent-ils ; jugez mieux : C'est que nous repassons tous deux Nos leçons de métaphysique.
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Il ne faudrait pourtant, me disais-je à moi-même, Qu'une permission de notre seigneur Dieu, Pour qu'il vînt à passer quelque femme en ce lieu. Les bosquets sont déserts ; la chaleur est extrême ; Les vents sont à l'amour l'horizon est en feu ; Toute femme, ce soir, doit désirer qu'on l'aime. S'il venait à passer, sous ces grands marronniers, Quelque alerte beauté de l'école flamande, Une ronde fillette, échappée à Téniers, Ou quelque ange pensif de candeur allemande : Une vierge en or fin d'un livre de légende, Dans un flot de velours traînant ses petits pieds ; Elle viendrait par là, de cette sombre allée, Marchant à pas de biche avec un air boudeur, Ecoutant murmurer le vent dans la feuillée, De paresse amoureuse et de langueur voilée, Dans ses doigts inquiets tourmentant une fleur, Le printemps sur la joue, et le ciel dans le coeur. Elle s'arrêterait là-bas, sous la tonnelle. Je ne lui dirais rien, j'irais tout simplement Me mettre à deux genoux par terre devant elle, Regarder dans ses yeux l'azur du firmament, Et pour toute faveur la prier seulement De se laisser aimer d'une amour immortelle.
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Une bonne fortune
(Le lézard sur les ruines de Rome.) Un jour, seul dans le Colisée, Ruine de l'orgueil romain, Sur l'herbe de sang arrosée Je m'assis, Tacite à la main. Je lisais les crimes de Rome, Et l'empire à l'encan vendu, Et, pour élever un seul homme, L'univers si bas descendu. Je voyais la plèbe idolâtre, Saluant les triomphateurs, Baigner ses yeux sur le théâtre Dans le sang des gladiateurs. Sur la muraille qui l'incruste, Je recomposais lentement Les lettres du nom de l'Auguste Qui dédia le monument. J'en épelais le premier signe : Mais, déconcertant mes regards, Un lézard dormait sur la ligne Où brillait le nom des Césars. Seul héritier des sept collines, Seul habitant de ces débris, Il remplaçait sous ces ruines Le grand flot des peuples taris. Sorti des fentes des murailles, Il venait, de froid engourdi, Réchauffer ses vertes écailles Au contact du bronze attiédi. Consul, César, maître du monde, Pontife, Auguste, égal aux dieux, L'ombre de ce reptile immonde Éclipsait ta gloire à mes yeux ! La nature a son ironie Le livre échappa de ma main. Ô Tacite, tout ton génie Raille moins fort l'orgueil humain !
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Le lézard
Bonjour, Suzon, ma fleur des bois ! Es-tu toujours la plus jolie ? Je reviens, tel que tu me vois, D'un grand voyage en Italie. Du paradis j'ai fait le tour ; J'ai fait des vers, j'ai fait l'amour. Mais que t'importe ? (Bis.) Je passe devant ta maison ; Ouvre ta porte. Bonjour, Suzon ! Je t'ai vue au temps des lilas. Ton coeur joyeux venait d'éclore. Et tu disais : " Je ne veux pas, Je ne veux pas qu'on m'aime encore. " Qu'as-tu fait depuis mon départ ? Qui part trop tôt revient trop **** Mais que m'importe ? (Bis.) Je passe devant ta maison ; Ouvre ta porte. Bonjour, Suzon !
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Chanson
La musique venait frapper nos âmes perdues Et on venaient se prendre dans nos bras. Nos verres n'étaient pas vide, l'alcool nous a eu, Pourtant nous ne ressentons qu'une seule chose : la joie. Dans cette fabuleuse nuit, nos âmes perdues S'étaient enfin retrouvées, Et nous avons su Qu'elles allaient encore se séparer. C'était magnifique.
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Jun 20, 2017
Jun 20, 2017 at 12:08 PM UTC
âmes perdues
Les pitons des sierras, les dunes du désert, Où ne pousse jamais un seul brin d'herbe vert ; Les monts aux flancs zébrés de tuf, d'ocre et de marne, Et que l'éboulement de jour en jour décharne, Le grès plein de micas papillotant aux yeux, Le sable sans profit buvant les pleurs des cieux, Le rocher renfrogné dans sa barbe de ronce ; L'ardente solfatare avec la pierre-ponce, Sont moins secs et moins morts aux végétations Que le roc de mon coeur ne l'est aux passions. Le soleil de midi, sur le sommet aride, Répand à flots plombés sa lumière livide, Et rien n'est plus lugubre et désolant à voir Que ce grand jour frappant sur ce grand désespoir. Le lézard pâmé bâille, et parmi l'herbe cuite On entend résonner les vipères en fuite. Là, point de marguerite au coeur étoilé d'or, Point de muguet prodigue égrenant son trésor ; Là point de violette ignorée et charmante, Dans l'ombre se cachant comme une pâle amante ; Mais la broussaille rousse et le tronc d'arbre mort, Que le genou du vent comme un arc plie et tord : Là, pas d'oiseau chanteur, ni d'abeille en voyage, Pas de ramier plaintif déplorant son veuvage ; Mais bien quelque vautour, quelque aigle montagnard, Sur le disque enflammé fixant son oeil hagard, Et qui, du haut du pic où son pied prend racine, Dans l'or fauve du soir durement se dessine. Tel était le rocher que Moïse, au désert, Toucha de sa baguette, et dont le flanc ouvert, Tressaillant tout à coup, fit jaillir en arcade Sur les lèvres du peuple une fraîche cascade. Ah ! s'il venait à moi, dans mon aridité, Quelque reine des coeurs, quelque divinité, Une magicienne, un Moïse femelle, Traînant dam le désert les peuples après elle, Qui frappât le rocher de mon coeur endurci, Comme de l'autre roche, on en verrait aussi Sortir en jets d'argent des eaux étincelantes, Où viendraient s'abreuver les racines des plantes ; Où les pâtres errants conduiraient leurs troupeaux, Pour se coucher à l'ombre et prendre le repos, Où, comme en un vivier les cigognes fidèles Plongeraient leurs grands becs et laveraient leurs ailes.
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In deserto
Les pitons des sierras, les dunes du désert, Où ne pousse jamais un seul brin d'herbe vert ; Les monts aux flancs zébrés de tuf, d'ocre et de marne, Et que l'éboulement de jour en jour décharne, Le grès plein de micas papillotant aux yeux, Le sable sans profit buvant les pleurs des cieux, Le rocher renfrogné dans sa barbe de ronce ; L'ardente solfatare avec la pierre-ponce, Sont moins secs et moins morts aux végétations Que le roc de mon coeur ne l'est aux passions. Le soleil de midi, sur le sommet aride, Répand à flots plombés sa lumière livide, Et rien n'est plus lugubre et désolant à voir Que ce grand jour frappant sur ce grand désespoir. Le lézard pâmé bâille, et parmi l'herbe cuite On entend résonner les vipères en fuite. Là, point de marguerite au coeur étoilé d'or, Point de muguet prodigue égrenant son trésor ; Là point de violette ignorée et charmante, Dans l'ombre se cachant comme une pâle amante ; Mais la broussaille rousse et le tronc d'arbre mort, Que le genou du vent comme un arc plie et tord : Là, pas d'oiseau chanteur, ni d'abeille en voyage, Pas de ramier plaintif déplorant son veuvage ; Mais bien quelque vautour, quelque aigle montagnard, Sur le disque enflammé fixant son oeil hagard, Et qui, du haut du pic où son pied prend racine, Dans l'or fauve du soir durement se dessine. Tel était le rocher que Moïse, au désert, Toucha de sa baguette, et dont le flanc ouvert, Tressaillant tout à coup, fit jaillir en arcade Sur les lèvres du peuple une fraîche cascade. Ah ! s'il venait à moi, dans mon aridité, Quelque reine des coeurs, quelque divinité, Une magicienne, un Moïse femelle, Traînant dam le désert les peuples après elle, Qui frappât le rocher de mon coeur endurci, Comme de l'autre roche, on en verrait aussi Sortir en jets d'argent des eaux étincelantes, Où viendraient s'abreuver les racines des plantes ; Où les pâtres errants conduiraient leurs troupeaux, Pour se coucher à l'ombre et prendre le repos, Où, comme en un vivier les cigognes fidèles Plongeraient leurs grands becs et laveraient leurs ailes.
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Quand Marco passait, tous les jeunes hommes Se penchaient pour voir ses yeux, des Sodomes Où les feux d'Amour brûlaient sans pitié Ta pauvre cahute, ô froide Amitié ; Tout autour dansaient des parfums mystiques Où l'âme, en pleurant, s'anéantissait. Sur ses cheveux roux un charme glissait ; Sa robe rendait d'étranges musiques Quand Marco passait. Quand Marco chantait, ses mains, sur l'ivoire Évoquaient souvent la profondeur noire Des airs primitifs que nul n'a redits, Et sa voix montait dans les paradis De la symphonie immense des rêves, Et l'enthousiasme alors transportait Vers des cieux connus quiconque écoutait Ce timbre d'argent qui vibrait sans trêves, Quand Marco chantait. Quand Marco pleurait, ses terribles larmes Défiaient l'éclat des plus belles armes ; Ses lèvres de sang fonçaient leur carmin Et son désespoir n'avait rien d'humain ; Pareil au foyer que l'huile exaspère, Son courroux croissait, rouge, et l'on aurait Dit d'une lionne à l'âpre forêt Communiquant sa terrible colère, Quand Marco pleurait. Quand Marco dansait, sa jupe moirée Allait et venait comme une marée, Et, tel qu'un bambou flexible, son flanc Se tordait, faisant saillir son sein blanc ; Un éclair partait. Sa jambe de marbre, Emphatiquement cynique, haussait Ses mates splendeurs, et cela faisait Le bruit du vent de la nuit dans un arbre, Quand Marco dansait. Quand Marco dormait, oh ! quels parfums d'ambre Et de chair mêlés opprimaient la chambre ! Sous les draps la ligne exquise du dos Ondulait, et dans l'ombre des rideaux L'haleine montait, rhythmique et légère ; Un sommeil heureux et calme fermait Ses yeux, et ce doux mystère charmait Les vagues objets parmi l'étagère, Quand Marco dormait. Mais quand elle aimait, des flots de luxure Débordaient, ainsi que d'une blessure Sort un sang vermeil qui fume et qui bout, De ce corps cruel que son crime absout : Le torrent rompait les digues de l'âme, Noyait la pensée, et bouleversait Tout sur son passage, et rebondissait Souple et dévorant comme de la flamme, Et puis se glaçait.
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Marco
Quand Marco passait, tous les jeunes hommes Se penchaient pour voir ses yeux, des Sodomes Où les feux d'Amour brûlaient sans pitié Ta pauvre cahute, ô froide Amitié ; Tout autour dansaient des parfums mystiques Où l'âme, en pleurant, s'anéantissait. Sur ses cheveux roux un charme glissait ; Sa robe rendait d'étranges musiques Quand Marco passait. Quand Marco chantait, ses mains, sur l'ivoire Évoquaient souvent la profondeur noire Des airs primitifs que nul n'a redits, Et sa voix montait dans les paradis De la symphonie immense des rêves, Et l'enthousiasme alors transportait Vers des cieux connus quiconque écoutait Ce timbre d'argent qui vibrait sans trêves, Quand Marco chantait. Quand Marco pleurait, ses terribles larmes Défiaient l'éclat des plus belles armes ; Ses lèvres de sang fonçaient leur carmin Et son désespoir n'avait rien d'humain ; Pareil au foyer que l'huile exaspère, Son courroux croissait, rouge, et l'on aurait Dit d'une lionne à l'âpre forêt Communiquant sa terrible colère, Quand Marco pleurait. Quand Marco dansait, sa jupe moirée Allait et venait comme une marée, Et, tel qu'un bambou flexible, son flanc Se tordait, faisant saillir son sein blanc ; Un éclair partait. Sa jambe de marbre, Emphatiquement cynique, haussait Ses mates splendeurs, et cela faisait Le bruit du vent de la nuit dans un arbre, Quand Marco dansait. Quand Marco dormait, oh ! quels parfums d'ambre Et de chair mêlés opprimaient la chambre ! Sous les draps la ligne exquise du dos Ondulait, et dans l'ombre des rideaux L'haleine montait, rhythmique et légère ; Un sommeil heureux et calme fermait Ses yeux, et ce doux mystère charmait Les vagues objets parmi l'étagère, Quand Marco dormait. Mais quand elle aimait, des flots de luxure Débordaient, ainsi que d'une blessure Sort un sang vermeil qui fume et qui bout, De ce corps cruel que son crime absout : Le torrent rompait les digues de l'âme, Noyait la pensée, et bouleversait Tout sur son passage, et rebondissait Souple et dévorant comme de la flamme, Et puis se glaçait.
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Les Chinois voient l'heure dans l'œil des chats. Un jour un missionnaire, se promenant dans la banlieue de Nankin, s'aperçut qu'il avait oublié sa montre, et demanda à un petit garçon quelle heure il était. Le gamin du céleste Empire hésita d'abord ; puis, se ravisant, il répondit : « Je vais vous le dire ». Peu d'instants après, il reparut, tenant dans ses bras un fort gros chat, et le regardant, comme on dit, dans le blanc des yeux, il affirma sans hésiter : « Il n'est pas encore tout à fait midi. » Ce qui était vrai. Pour moi, si je me penche vers la belle Féline, la si bien nommée, qui est à la fois l'honneur de son sexe, l'orgueil de mon cœur et le parfum de mon esprit, que ce soit la nuit, que ce soit le jour, dans la pleine lumière ou dans l'ombre opaque, au fond de ses yeux adorables je vois toujours l'heure distinctement, toujours la même, une heure vaste, solennelle, grande comme l'espace, sans divisions de minutes ni de secondes, - une heure immobile qui n'est pas marquée sur les horloges, et cependant légère comme un soupir, rapide comme un coup d'œil. Et si quelque importun venait me déranger pendant que mon regard repose sur ce délicieux cadran, si quelque Génie malhonnête et intolérant, quelque Démon du contre-temps venait me dire : « Que regardes-tu là avec tant de soin ? Que cherches-tu dans les yeux de cet être ? Y vois-tu l'heure, mortel prodigue et fainéant ? » je répondrais sans hésiter : « Oui, je vois l'heure ; il est l'Éternité ! » N'est-ce pas, madame, que voici un madrigal vraiment méritoire, et aussi emphatique que vous-même ? En vérité, j'ai eu tant de plaisir à broder cette prétentieuse galanterie, que je ne vous demanderai rien en échange.
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L'horloge (II)
Les Chinois voient l'heure dans l'œil des chats. Un jour un missionnaire, se promenant dans la banlieue de Nankin, s'aperçut qu'il avait oublié sa montre, et demanda à un petit garçon quelle heure il était. Le gamin du céleste Empire hésita d'abord ; puis, se ravisant, il répondit : « Je vais vous le dire ». Peu d'instants après, il reparut, tenant dans ses bras un fort gros chat, et le regardant, comme on dit, dans le blanc des yeux, il affirma sans hésiter : « Il n'est pas encore tout à fait midi. » Ce qui était vrai. Pour moi, si je me penche vers la belle Féline, la si bien nommée, qui est à la fois l'honneur de son sexe, l'orgueil de mon cœur et le parfum de mon esprit, que ce soit la nuit, que ce soit le jour, dans la pleine lumière ou dans l'ombre opaque, au fond de ses yeux adorables je vois toujours l'heure distinctement, toujours la même, une heure vaste, solennelle, grande comme l'espace, sans divisions de minutes ni de secondes, - une heure immobile qui n'est pas marquée sur les horloges, et cependant légère comme un soupir, rapide comme un coup d'œil. Et si quelque importun venait me déranger pendant que mon regard repose sur ce délicieux cadran, si quelque Génie malhonnête et intolérant, quelque Démon du contre-temps venait me dire : « Que regardes-tu là avec tant de soin ? Que cherches-tu dans les yeux de cet être ? Y vois-tu l'heure, mortel prodigue et fainéant ? » je répondrais sans hésiter : « Oui, je vois l'heure ; il est l'Éternité ! » N'est-ce pas, madame, que voici un madrigal vraiment méritoire, et aussi emphatique que vous-même ? En vérité, j'ai eu tant de plaisir à broder cette prétentieuse galanterie, que je ne vous demanderai rien en échange.
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Une colombe avait son nid Tout auprès du nid d'une pie. Cela s'appelle voir mauvaise compagnie, D'accord ; mais de ce point pour l'heure il ne s'agit. Au logis de la tourterelle Ce n'était qu'amour et bonheur ; Dans l'autre nid toujours querelle, Oeufs cassés, tapage et rumeur. Lorsque par son époux la pie était battue, Chez sa voisine elle venait, Là jasait, criait, se plaignait, Et faisait la longue ***** Des défauts de son cher époux : Il est fier, exigeant, dur, emporté, jaloux ; De plus, je sais fort bien qu'il va voir des corneilles ; Et cent autres choses pareilles Qu'elle disait dans son courroux. Mais vous, répond la tourterelle, Êtes-vous sans défauts ? Non, j'en ai, lui dit-elle ; Je vous le confie entre nous : En conduite, en propos, je suis assez légère, Coquette comme on l'est, par fois un peu colère, Et me plaisant souvent à le faire enrager : Mais qu'est-ce que cela ? - C'est beaucoup trop, ma chère : Commencez par vous corriger ; Votre humeur peut l'aigrir... qu'appelez-vous, ma mie ? Interrompt aussitôt la pie : Moi de l'humeur ! Comment ! Je vous conte mes maux, Et vous m'injuriez ! Je vous trouve plaisante : Adieu, petite impertinente ; Mêlez-vous de vos tourtereaux. Nous convenons de nos défauts ; Mais c'est pour que l'on nous démente.
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La pie et la colombe
Sur les tuiles où se hasarde Le chat guettant l'oiseau qui boit, De mon balcon une mansarde Entre deux tuyaux s'aperçoit. Pour la parer d'un faux bien-être, Si je mentais comme un auteur, Je pourrais faire à sa fenêtre Un cadre de pois de senteur, Et vous y montrer Rigolette Riant à son petit miroir, Dont le tain rayé ne reflète Que la moitié de son oeil noir ; Ou, la robe encor sans agrafe, Gorge et cheveux au vent, Margot Arrosant avec sa carafe Son jardin planté dans un *** ; Ou bien quelque jeune poète Qui scande ses vers sibyllins, En contemplant la silhouette De Montmartre et de ses moulins. Par malheur, ma mansarde est vraie ; Il n'y grimpe aucun liseron, Et la vitre y fait voir sa taie, Sous l'ais verdi d'un vieux chevron. Pour la grisette et pour l'artiste, Pour le veuf et pour le garçon, Une mansarde est toujours triste : Le grenier n'est beau qu'en chanson. Jadis, sous le comble dont l'angle Penchait les fronts pour le baiser, L'amour, content d'un lit de sangle, Avec Suzon venait causer. Mais pour ouater notre joie, Il faut des murs capitonnés, Des flots de dentelle et de soie, Des lits par Monbro festonnés. Un soir, n'étant pas revenue, Margot s'attarde au mont Breda, Et Rigolette entretenue N'arrose plus son réséda. Voilà longtemps que le poète, Las de prendre la rime au vol, S'est fait reporter de gazette, Quittant le ciel pour l'entresol. Et l'on ne voit contre la vitre Qu'une vieille au maigre profil, Devant Minet, qu'elle chapitre, Tirant sans cesse un bout de fil.
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La mansarde
Sur les tuiles où se hasarde Le chat guettant l'oiseau qui boit, De mon balcon une mansarde Entre deux tuyaux s'aperçoit. Pour la parer d'un faux bien-être, Si je mentais comme un auteur, Je pourrais faire à sa fenêtre Un cadre de pois de senteur, Et vous y montrer Rigolette Riant à son petit miroir, Dont le tain rayé ne reflète Que la moitié de son oeil noir ; Ou, la robe encor sans agrafe, Gorge et cheveux au vent, Margot Arrosant avec sa carafe Son jardin planté dans un *** ; Ou bien quelque jeune poète Qui scande ses vers sibyllins, En contemplant la silhouette De Montmartre et de ses moulins. Par malheur, ma mansarde est vraie ; Il n'y grimpe aucun liseron, Et la vitre y fait voir sa taie, Sous l'ais verdi d'un vieux chevron. Pour la grisette et pour l'artiste, Pour le veuf et pour le garçon, Une mansarde est toujours triste : Le grenier n'est beau qu'en chanson. Jadis, sous le comble dont l'angle Penchait les fronts pour le baiser, L'amour, content d'un lit de sangle, Avec Suzon venait causer. Mais pour ouater notre joie, Il faut des murs capitonnés, Des flots de dentelle et de soie, Des lits par Monbro festonnés. Un soir, n'étant pas revenue, Margot s'attarde au mont Breda, Et Rigolette entretenue N'arrose plus son réséda. Voilà longtemps que le poète, Las de prendre la rime au vol, S'est fait reporter de gazette, Quittant le ciel pour l'entresol. Et l'on ne voit contre la vitre Qu'une vieille au maigre profil, Devant Minet, qu'elle chapitre, Tirant sans cesse un bout de fil.
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Il fallait la laisser, solitaire et pieuse, S'abreuver de prière et d'indigentes fleurs : Si peu lui semblait tout ; misère harmonieuse, Sédentaire à l'église et bornée à ses pleurs. Il fallait la laisser au long travail penchée, Du rideau d'un vieux mur bornant son horizon : Le ciel la regardait sous ses cheveux penchée, Et quelque doux cantique apaisait sa raison. Ce qu'elle avait perdu, qui pouvait le lui rendre ? Aux enfants orphelins on ne rend pas les morts ; Mais seule, jour par jour, elle venait d'apprendre Qu'un goût divin se mêle aux douleurs sans remords. Il fallait lui laisser Dieu pleurant avec elle ; N'en doutez pas, « Dieu pleurt avec les innocents. » Et vous l'avez volée à cet ami fidèle, Et vous avez versé la terre sur ses sens. Vous avez dévasté la belle âme ingénue ; Elle sait aujourd'hui la chute de l'orgueil. Dieu vous demandera ce qu'elle est devenue : Pour un ange tombé tout le ciel est en deuil. Ah ! Pour l'avoir tuée en mourrez-vous moins vite ? Le tombeau, qui prend tout, vous fait-il moins d'effroi ? Il prend tout ! Comme une ombre affligée ou maudite, Vous quitterez la terre, en fussiez-vous le roi. Cherchez : elle est peut-être un peu vivante encore ; Épousez dans la mort son amer abandon, Sanctifiez à deux votre nom qu'elle adore, Et montez l'un par l'autre au céleste pardon !
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Dieu pleure avec les innocents