"trous" poems
~
*solstice = sun stopped; in the case of winter solstice,
the moment when the sun ceases its journey northward
from the earth’s equator and turns southward toward
longer days; much like the journey our sun takes,
love solstice then is that moment of
arrest and redirect for one’s direction of travel
in life... and in this, the moment
a Sagittarian and Capricornian
separated on two sides of the solstice,
turn, collide and coalesce.*
~
hers,
the waning side,
winter's reprise,
calls to the night,
at height of eventide.
his,
on ebbing turn,
the sun's reverse,
together rise to step
as one at winter's ball.
their dance across the sky
'neath moonlit nights.
two in love,
in lockstep of
the stars above,
collide and coalesce,
their waltz amidst
the delicate pearls of
a Milky Way stage!
no more his lonely
path among the stars;
his heart she's swept,
to never dance alone;
her arrow sent with bow,
piercing to the marrow,
holds his life,
his very soul.
bold and daring,
her voice of caring,
soothes his troubled heart.
he, her promise, calls
to her adven’trous heart,
two stepping toward
a rising warming sun,
in birth that spans
the space and time between,
forever now as one;
this their solstice of love!
~
post script.
*she (late Sagittarian) is the setting-sun-kissed, rain-misted huntress,
he (early Capricornian) is the rising sun's icicled traveler.
mere days separating their arrival, though theirs could not be
more varied. their births under different signs; his in the wintry
heartland, hers in the sun-kissed southwest; individually they are fire
and ice, huntress and wanderer who together have captured,
captivated each the other’s heart. you’re not likely to see them
separately, but when you do, it’s only briefly when resupplying
their home, their hearth, their hearts. two making a most unlikely one,
but oh so surprisingly, so beautifully passionate!*
Dec 23, 2015
Dec 23, 2015 at 2:19 AM UTC
Avec mes premiers droits d’auteur je m’achèterai une vieille maison à retaper
Longeant une petite route déserte au milieu d’un champ immense
Je ne sais pas qui retapera ma maison
Je ne mentirai plus oh non jamais plus
Mais j’aimerais que l’ivresse me vienne plus vite
Comme ce mur blanc salement tacheté de jaune
Je voudrais tout couvrir, effacer toutes les traces
Ne plus penser à toi
Mais te dire à quel point tu m’as troué le cœur
Te tordre le cou devant un parterre de gens débiles
Oui
Je ne veux pas penser à la mort de mes parents
Encore moins à leur folie
Même si je sais, je sens qu’elle approche
Je me vois bien crever toute seule comme une vieille conne frigide entourée d’une centaine de cadavres de lapins dans cette vieille maison que j’aurais achetée avec mes droits d’auteur
Les gens je les déteste, ils ne se rendent pas compte du mal qu’ils peuvent faire
Ne se rendent jamais compte de rien
Non
De rien du tout
Pourtant
Je sais que ces trous du cul ont mal eux aussi
Je sens d’ici leur souffrance
Sous leurs mensonges et leurs faux-semblant je sens leur douleur d’inexistence
Mais moi vous savez
Je ne sais pas pour vous
Mais moi
Je veux juste écrire
JUSTE ECRIRE
Que mes parents demeurent immortels
Et aussi un peu d’amour charnel
Juste
Une fois
De temps à autre.
…/…
Avec mes premiers droits d’auteur je me suis achetée une vieille maison à retaper
Longeant une petite route déserte au milieu d’un champ immense
Mais comme mes parents sont morts et que je suis une vieille conne frigide qui n’aimera jamais un homme autre que son père
Personne n’a retapé ma maison
Vieille maison qui tombe à présent en ruine
Dans laquelle je m’effondre
Jour après jour
Minute
Après
Minute
Mar 23, 2012
Mar 23, 2012 at 11:34 AM UTC
Mes mains : ses minuscules trous, par lesquels tout passe à travers,
les anciens déchets oubliés se ramassent autour de mes pieds,
et montrent les plus belles cendres d’une fablière ratée
-
sous la mer, à des milliers de pas, parmi des feus brûlants noyés
cette langue (jamais entendue) me ramène très **** du moment donné,
entre-temps, l’anti-temps et ses camarades se réveillent battus et épuisés
-
la ligne droite vient de s’exprimer en courbes,
faut se plier en deux, en trois, même en quatre
pour aller jusqu’au bout du monde encore
-
puis, le retour.
-
l’horloge sonne.
l’air pèse une tonne
-
english translation
*Tiny holes in my hands, through which everything slips
the former, forgotten waste collects around my feet,
showcasing the breathtaking ashes of a failed storyteller
-
under the sea, at a thousand paces, among the burning, drowned fires
a stranger’s unknown word takes me to places far from this instant,
Whilst Anti-time et his mates awake battered & dead on their feet
-
the straightest line sings its song in curves,
bend yourself in two, in three, even four
to reach the end of the world once more
-
& then, the return.
-
the clock strikes
the air is thick as hell.*
Mar 21, 2013
Mar 21, 2013 at 6:16 AM UTC
Sonnet.
C'est un trou de verdure où chante une rivière,
Accrochant follement aux herbes des haillons
D'argent ; où le soleil, de la montagne fière,
Luit : c'est un petit val qui mousse de rayons.
Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort ; il est étendu dans l'herbe, sous la nue,
Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.
Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme :
Nature, berce-le chaudement : il a froid.
Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine,
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.
1.1k
Blanche fille aux cheveux roux,
Dont la robe par ses trous
Laisse voir la pauvreté
Et la beauté,
Pour moi, poète chétif,
Ton jeune corps maladif,
Plein de taches de rousseur,
A sa douceur.
Tu portes plus galamment
Qu'une reine de roman
Ses cothurnes de velours
Tes sabots lourds.
Au lieu d'un haillon trop court,
Qu'un superbe habit de cour
Traîne à plis bruyants et longs
Sur tes talons ;
En place de bas troués,
Que pour les yeux des roués
Sur ta jambe un poignard d'or
Reluise encor ;
Que des noeuds mal attachés
Dévoilent pour nos péchés
Tes deux beaux seins, radieux
Comme des yeux ;
Que pour te déshabiller
Tes bras se fassent prier
Et chassent à coups mutins
Les doigts lutins,
Perles de la plus belle eau,
Sonnets de maître Belleau
Par tes galants mis aux fers
Sans cesse offerts,
Valetaille de rimeurs
Te dédiant leurs primeurs
Et contemplant ton soulier
Sous l'escalier,
Maint page épris du hasard,
Maint seigneur et maint Ronsard
Épieraient pour le déduit
Ton frais réduit !
Tu compterais dans tes lits
Plus de baisers que de lis
Et rangerais sous tes lois
Plus d'un Valois !
- Cependant tu vas gueusant
Quelque vieux débris gisant
Au seuil de quelque Véfour
De carrefour ;
Tu vas lorgnant en dessous
Des bijoux de vingt-neuf sous
Dont je ne puis, oh ! pardon !
Te faire don.
Va donc ! sans autre ornement,
Parfum, perles, diamant,
Que ta maigre nudité,
Ô ma beauté !
811
Noirs dans la neige et dans la brume,
Au grand soupirail qui s'allume,
Leurs culs en rond,
A genoux, cinq petits, - misère ! -
Regardent le Boulanger faire
Le lourd pain blond.
Ils voient le fort bras blanc qui tourne
La pâte grise et qui l'enfourne
Dans un trou clair.
Ils écoutent le bon pain cuire.
Le Boulanger au gras sourire
Grogne un vieil air.
Ils sont blottis, pas un ne bouge,
Au souffle du soupirail rouge
Chaud comme un sein.
Quand pour quelque médianoche,
Façonné comme une brioche
On sort le pain,
Quand, sous les poutres enfumées,
Chantent les croûtes parfumées
Et les grillons,
Que ce trou chaud souffle la vie,
Ils ont leur âme si ravie
Sous leurs haillons,
Ils se ressentent si bien vivre,
Les pauvres Jésus pleins de givre,
Qu'ils sont là tous,
Collant leurs petits museaux roses
Au treillage, grognant des choses
Entre les trous,
Tout bêtes, faisant leurs prières
Et repliés vers ces lumières
Du ciel rouvert,
Si fort qu'ils crèvent leur culotte
Et que leur chemise tremblote
Au vent d'hiver.
735
Fable V, Livre IV.
Don pourceau, lâché dans la plaine,
S'émancipait à travers choux,
Flairant, fouillant dans tous les trous,
Et, dans l'espoir de quelque aubaine,
Mettant tout sens dessus dessous.
Du fait sa noble espèce est assez coutumière.
Or donc, après avoir ravagé maint terrier,
Saccagé mainte fourmilière,
Ecrasé mainte taupinière,
Mon galant va dans un guêpier
Donner la tête la première.
Vous devinez comment il y fut accueilli.
En un clin d'œil son nez immonde,
Par la peuplade furibonde,
De toutes parts est assailli.
Malgré l'épais abri du lard qui l'environne,
Ce pauvre nez paya pour toute la personne,
Et fut par l'aiguillon chatouillé jusqu'au bout.
Étourdis, prenez-y donc garde !
Vous voyez que l'on se hasarde
À mettre ainsi le nez partout.
660
Au rendez-vous des assassins
Le sang et la peinture fraîche
Odeur du froid
On tue au dessert
Les bougies n'agiront pas assez
Nous aurons évidemment besoin de nos petits
outils
Le chef se masque
Velours des abstractions
Monsieur va sans doute au bal de l'Opéra
Tous les crimes se passent à La Muette
Et cœtera
Ils ne voient que l'argent à gagner Opossum
Ma bande réunit les plus grands noms de France
Bouquets de fleurs Abus de confiance
J'entraîne Paris dans mon déshonneur Course
Coup de Bourse
La perspective réjouit le cœur des complices
Machine infernale au sein d'un coquelicot
Ils ne s'enrichiront plus longtemps C'est à leur
tour
Étoile en journal des carreaux cassés
Je connais les points faibles des vilebrequins
mes camarades
On arrive à ses fins par la délation sans yeux
Le poison Bière mousseuse
Ou la trahison.
Celui-ci Pâture du cheval de bois
Je le livre à la police
Les autres se frottent les mains
Vous ne perdez rien pour attendre
Il y aura des sinistres sur mer cette nuit
Des attentats Des préoccupations
Sur les descentes de lit la mort coule en lacs
rouges
Encore deux amis avant d'arriver à mon frère
Il me regarde en souriant et je lui montre aussi
les dents
Lequel étranglera l'autre
La main dans la main
Tirerons-nous au sort le nom de la victime
L'agression nœud coulant
Celui qui parlait trépasse
Le meurtrier se relève et dit
Suicide
Fin du monde
Enroulement des drapeaux coquillages
Le flot ne rend pas ses vaisseaux
Secrets de goudron Torches
Fruit percé de trous Sifflet de plomb
Je rends le massacre inutile et renie
le passé vert et blanc pour le plaisir
Je mets au concours l'anarchie
dans toutes les librairies et gares.
660
Donne-moy tes presens en ces jours que la brume
Fait les plus courts de l'an, ou, de ton rameau teint
Dans le ruisseau d'oubly, dessus mon front espreint,
Endors mes pauvres yeux, mes gouttes et mon rhume.
Misericorde, ô Dieu ! ô Dieu, ne me consume
A faute de dormir ! plustost sois-je contreint
De me voir par la peste ou par la fiévre esteint,
Qui mon sang desseiché dans mes veines allume.
Heureux, cent fois heureux, animaux qui dormez
Demy an en vos trous, sous la terre enfermez,
Sans manger du pavot qui tous les sens assomme.
J'en ay mangé, j'ay beu de son just oublieux,
En salade, cuit, cru et toutesfois le somme
Ne vient par sa froideur s'asseoir dessus mes yeux.
585
Sonnet.
Ma jeunesse ne fut qu'un ténébreux orage,
Traversé çà et là par de brillants soleils ;
Le tonnerre et la pluie ont fait un tel ravage,
Qu'il reste en mon jardin bien peu de fruits vermeils.
Voilà que j'ai touché l'automne des idées,
Et qu'il faut employer la pelle et les râteaux
Pour rassembler à neuf les terres inondées,
Où l'eau creuse des trous grands comme des tombeaux.
Et qui sait si les fleurs nouvelles que je rêve
Trouveront dans ce sol lavé comme une grève
Le mystique aliment qui ferait leur vigueur ?
- Ô douleur ! ô douleur ! Le Temps mange la vie,
Et l'obscur Ennemi qui nous ronge le coeur
Du sang que nous perdons croît et se fortifie !
486
Donne moy tes presens en ces jours que la Brume
Fait les plus courts de l'an, ou de ton rameau teint
Dans le ruisseau d'Oubly dessus mon front espreint,
Endor mes pauvres yeux, mes gouttes et mon rhume.
Misericorde ô Dieu, ô Dieu ne me consume
A faulte de dormir, plustost sois-je contreint
De me voir par la peste ou par la fievre esteint,
Qui mon sang deseché dans mes veines allume.
Heureux, cent fois heureux animaux qui dormez
Demy an en voz trous, soubs la terre enfermez,
Sans manger du pavot qui tous les sens assomme :
J'en ay mangé, j'ay beu de son just oublieux
En salade cuit, cru, et toutesfois le somme
Ne vient par sa froideur s'asseoir dessus mes yeux.
482
Mon doux Georges, viens voir une ménagerie
Quelconque, chez Buffon, au cirque, n'importe où ;
Sans sortir de Lutèce allons en Assyrie,
Et sans quitter Paris partons pour Tombouctou.
Viens voir les léopards de Tyr, les gypaètes,
L'ours grondant, le boa formidable sans bruit,
Le zèbre, le chacal, l'once, et ces deux poètes,
L'aigle ivre de soleil, le vautour plein de nuit.
Viens contempler le lynx sagace, l'amphisbène
À qui Job comparait son faux ami Sepher,
Et l'obscur tigre noir, dont le masque d'ébène
A deux trous flamboyants par où l'on voit l'enfer.
Voir de près l'oiseau fauve et le frisson des ailes,
C'est charmant ; nous aurons, sous de très sûrs abris,
Le spectacle des loups, des jaguars, des gazelles,
Et l'éblouissement divin des colibris.
Sortons du bruit humain. Viens au jardin des plantes.
Penchons-nous, à travers l'ombre où nous étouffons
Sur les douleurs d'en bas, vaguement appelantes,
Et sur les pas confus des inconnus profonds.
L'animal, c'est de l'ombre errant dans les ténèbres ;
On ne sait s'il écoute, on ne sait s'il entend ;
Il a des cris hagards, il a des yeux funèbres ;
Une affirmation sublime en sort pourtant.
Nous qui régnons, combien de choses inutiles
Nous disons, sans savoir le mal que nous faisons !
Quand la vérité vient, nous lui sommes hostiles,
Et contre la raison nous avons des raisons.
Corbière à la tribune et Frayssinous en chaire
Sont fort inférieurs à la bête des bois ;
L'âme dans la forêt songe et se laisse faire ;
Je doute dans un temple, et sur un mont je crois.
Dieu par les voix de l'ombre obscurément se nomme ;
Nul Quirinal ne vaut le fauve Pélion ;
Il est bon, quand on vient d'entendre parler l'homme,
D'aller entendre un peu rugir le grand lion.
491
Seigneur, quand froide est la prairie,
Quand dans les hameaux abattus,
Les longs angelus se sont tus...
Sur la nature défleurie
Faites s'abattre des grands cieux
Les chers corbeaux délicieux.
Armée étrange aux cris sévères,
Les vents froids attaquent vos nids !
Vous, le long des fleuves jaunis,
Sur les routes aux vieux calvaires,
Sur les fossés et sur les trous
Dispersez-vous, ralliez-vous !
Par milliers, sur les champs de France,
Où dorment des morts d'avant-hier,
Tournoyez, n'est-ce pas, l'hiver,
Pour que chaque passant repense !
Sois donc le crieur du devoir,
Ô notre funèbre oiseau noir !
Mais, saints du ciel, en haut du chêne,
Mât perdu dans le soir charmé,
Laissez les fauvettes de mai
Pour ceux qu'au fond du bois enchaîne,
Dans l'herbe d'où l'on ne peut fuir,
La défaite sans avenir.
415
Sois de bronze et de marbre et surtout sois de chair
Certes, prise l'orgueil nécessaire plus cher,
Pour ton combat avec les contingences vaines ;
Que les poils de ta barbe ou le sang de tes veines ;
Mais vis, vis pour souffrir, souffre pour expier,
Expie et va-t'en vivre et puis reviens prier,
Prier pour le courage et la persévérance
De vivre dans ce siècle, hélas ! et cette France,
Siècle et France ignorants et tristement railleurs.
(Mais le règne est plus haut et la patrie ailleurs
Et la solution est autre du problème.)
Sois de chair et même aime cette chair, la même
Que celle de Jésus sur terre et dans les cieux,
Et dans le Très Saint-Sacrement si précieux
Qu'il n'est de comparable à sa valeur que celle
De ta chair vénérable en sa moindre parcelle
Et dans le moindre grain de l'Hostie à l'autel ;
Car ce mystère, l'Incarnation, est tel,
Par l'exégèse autour comme par sa nature ;
Qu'il fait égale au Créateur la créature,
Cependant que, par un miracle encor plus grand,
L'Eucharistie, elle, les confond et les rend
Identiques. Or cette chair expiatoire.
Fais-t'en une arme douloureuse de victoire
Sur l'orgueil que Satan peut d'elle t'inspirer
Pour l'orgueil qu'à jamais tu peux considérer
Comme le prix suprême et le but enviable.
Tout le reste n'est rien que malice du diable !
Alors, oui, sois de bronze impassible, revêts
L'armure inaccessible à braver le Mauvais,
Pudeur, Calme, Respect, Silence et Vigilance.
Puis sois de marbre, et pur, sous le heaume qui lance
Par ses trous le regard de tes yeux assurés,
Marche à pas révérents sur les parvis sacrés.
438
La limace baveuse argente la muraille
Dont la pierre se gerce et dont l'enduit s'éraille,
Les lézards verts et gris se logent dans les trous,
Et l'on entend le soir sur une note haute
Coasser tout auprès la grenouille qui saute,
Et râler aigrement les crapauds à l'oeil roux.
- Aussi, pendant les soirs d'hiver, la nuit venue,
Surtout quand du croissant une ouateuse nue
Emmaillote la corne en un flot de vapeur,
Personne, - non pas même Eisembach le ministre, -
N'ose passer devant ce repaire sinistre
Sans trembler et blêmir de peur.
371
Je t'ai rêvée, câline
Ogresse minérale,
Gazeuse et animale
Frémissante,
Offerte au sac et ressac des sables noirs,
Volcanique baïne !
J'ai cherché dans l'écume les coquelicots
Et les abeilles entre les raisiniers bord-de-mer
Je n'ai vu que lave moutonnante
Et crabes-violonistes qui jouaient au cerf-volant.
J'ai cherché le marbre des bas-reliefs en ruine
C'étaient les éclats de tes mille yeux
De cristal épars sur l'estran
Qui me brûlaient comme des phares engloutis
Dans un cimetière sous-marin.
Et soudain dans une déferlante
Surgie d'un galet bien lisse
J'ai vu les vingt-six os de ton pied droit
Reconnaissable entre tous
Juché sur ses orteils
Et j'ai crié : Apsara !
J'ai crié Zoé !
J 'ai crié Gradiva !
Et nous avons dansé et tournoyé
Au-dessus des trous noirs !
Aug 21, 2019
Aug 21, 2019 at 2:01 PM UTC
Sonnet.
La Haine est le tonneau des pâles Danaïdes ;
La Vengeance éperdue aux bras rouges et forts
A beau précipiter dans ses ténèbres vides
De grands seaux pleins du sang et des larmes des morts,
Le Démon fait des trous secrets à ces abîmes,
Par où fuiraient mille ans de sueurs et d'efforts,
Quand même elle saurait ranimer ses victimes,
Et pour les pressurer ressusciter leurs corps.
La Haine est un ivrogne au fond d'une taverne,
Qui sent toujours la soif naître de la liqueur
Et se multiplier comme l'hydre de Lerne.
- Mais les buveurs heureux connaissent leur vainqueur,
Et la Haine est vouée à ce sort lamentable
De ne pouvoir jamais s'endormir sous la table.
357
Oui, je suis le rêveur; je suis le camarade
Des petites fleurs d'or du mur qui se dégrade,
Et l'interlocuteur des arbres et du vent.
Tout cela me connaît, voyez-vous. J'ai souvent,
En mai, quand de parfums les branches sont gonflées,
Des conversations avec les giroflées ;
Je reçois des conseils du lierre et du bleuet.
L'être mystérieux, que vous croyez muet,
Sur moi se penche, et vient avec ma plume écrire.
J'entends ce qu'entendit Rabelais ; je vois rire
Et pleurer ; et j'entends ce qu'Orphée entendit.
Ne vous étonnez pas de tout ce que me dit
La nature aux soupirs ineffables. Je cause
Avec toutes les voix de la métempsycose.
Avant de commencer le grand concert sacré,
Le moineau, le buisson, l'eau vive dans le pré,
La forêt, basse énorme, et l'aile et la corolle,
Tous ces doux instruments, m'adressent la parole ;
Je suis l'habitué de l'orchestre divin ;
Si je n'étais songeur, j'aurais été sylvain.
J'ai fini, grâce au calme en qui je me recueille,
A force de parler doucement à la feuille,
A la goutte de pluie, à la plume au rayon,
Par descendre à ce point dans la création,
Cet abîme où frissonne un tremblement farouche,
Que je ne fais plus même envoler une mouche !
Le brin d'herbe, vibrant d'un éternel émoi,
S'apprivoise et devient familier avec moi,
Et, sans s'apercevoir que je suis là, les roses
Font avec les bourdons toutes sortes de choses ;
Quelquefois, à travers les doux rameaux bénis,
J'avance largement ma face sur les nids,
Et le petit oiseau, mère inquiète et sainte,
N'a pas plus peur de moi que nous n'aurions de crainte,
Nous, si l'oeil du bon Dieu regardait dans nos trous ;
Le lys ***** me voit approcher sans courroux,
Quand il s'ouvre aux baisers du jour ; la violette
La plus pudique fait devant moi sa toilette ;
Je suis pour ces beautés l'ami discret et sûr
Et le frais papillon, libertin de l'azur,
Qui chiffonne gaîment une fleur demi-nue,
Si je viens à passer dans l'ombre, continue,
Et, si la fleur se veut cacher dans le gazon,
Il lui dit : « Es-tu bête ! Il est de la maison. »
Les Roches, août 1835.
388
C'est un trou de verdure, où chante une riviere
Accrochant follement aux herbes des haillons
D'argent, où le soleil, de la montagne fière,
Luit: c'est un petit val qui mousse de rayons.
Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort; il est étendu dans 1'herbe, sous la nue,
Pâle dans son lit vert où la lumiere pleut.
Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme.
Nature, berce-le chaudement: il a froid!
Les parfums ne font pas frissonner sa narine;
II dort dans le soleil, la main stir sa poitrine,
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.
Arthur Rimbaud, Oeuvres
translation:
THE VALLEY SLEEPER
It's a green vale where a river runs
clawing madly at silver herbs that toss
shade, while from proud mountain the sun's
rays fall on a crater foaming with moss.
A young soldier, mouth open, head bare,
neck nape bathed in blue water cress
sleeps; white faced, of clouds unaware
and in green bed, the light's caress.
Feet in gladioli, smiling, dozing, still
as a sick child smiles, he is taking a rest.
His nostrils uncloyed by scents,
he sleeps in the sun, hand on chest,
In his right side are two red rents.
TOBIAS
Mar 24, 2018
Mar 24, 2018 at 1:38 PM UTC
I
Tu me dois ta photographie
À la condition que je
Serai bien sage - et tu t'y fies !
Apprends, ma chère, que je veux
Être, en échange de ce don
Précieux, un libertin que
L'on pardonne après sa fredaine
Dernière en faveur d'un second
Crime et peut-être d'un troisième.
Celle image que tu me dois
Et que je ne mérite pas,
Moyennant ta condition
Je l'aurais quand même tu me
La refuserais, puisque je
L'ai là dans mon cœur, nom de Dieu !
II
Là ! je l'ai, ta photographie
Quand t'étais cette galopine,
Avec, jà, tes yeux de défi,
Tes petits yeux en trous de vrille,
Avec alors de fiers tétins
Promus en fiers seins aujourd'hui.
Sous la longue robe si bien
Qu'on portait vers soixante-seize
Et sous la traîne et tout son train,
On devine bien ton manège
D'abord jà, cuisse alors mignonne,
Ce jourd'huy belle et toujours fraîche ;
Hanches ardentes et luronnes,
Croupe et bas ventre jamais las,
À présent le puissant appât,
Les appas, mûrs mais durs qu'appètent
Ma fressure quand tu es là
Et quand tu n'es pas là, ma tête !
III
Et puisque ta photographie
M'est émouvante et suggestive
À ce point et qu'en outre vit
Près de moi, jours et nuits, lascif
Et toujours prêt, ton corps en chair
Et en os et en muscles vifs
Et ton âme amusante, ô chère
Méchante, je ne serai « sage »
Plus du tout et zut aux bergères
Autres que toi que je vais sac-
Cager de si belle manière ;
- Il importe que tu le saches -
Que j'en mourrai, de ce plus fier
Que de toute gloire qu'on prise
Et plus heureux que le bonheur !
Et pour la tombe où mes gens gisent,
Toute belle ainsi que la vie,
Mets, dans son cadre de peluche,
Sur mon cœur, ta photographie.
377
Ce n'est plus le rêveur lunaire du vieil air
Qui riait aux aïeux dans les dessus de porte ;
Sa gaîté, comme sa chandelle, hélas! est morte,
Et son spectre aujourd'hui nous hante, mince et clair.
Et voici que parmi l'effroi d'un long éclair
Sa pâle blouse a l'air, au vent froid qui l'emporte,
D'un linceul, et sa bouche est béante, de sorte
Qu'il semble hurler sous les morsures du ver.
Avec le bruit d'un vol d'oiseaux de nuit qui passe,
Ses manches blanches font vaguement par l'espace
Des signes fous auxquels personne ne répond.
Ses yeux sont deux grands trous où rampe du phosphore
Et la farine rend plus effroyable encore
Sa face exsangue au nez pointu de moribond.
316
Caféière rime avec cimetière
Comme doublons rime avec bourdons.
Quel rapport me direz-vous ?
Synonymie. Homonymie. Toponymie. Antonymie. Taphonomie
Je vous en fais la démonstration ?
Revenons des lustres ou des siècles en arrière
Au temps des bois-debout
Quand il n'y avait ni gaulettes ni squelettes
Ni café rat, ni robusta,
Ni machette, ni croix
Mais seulement des trous de crabe,
Des conques et des mordants épars
Jonchés au gré du hasard des vagues et des cyclones.
Revenons aux origines où bonifieur n'était même pas un mot
Way before Gabriel was a thought
Même pas une pensée en parche
Et qu'ainsi caféière n'étant rien
Elle pouvait aussi bien être synonyme, antonyme
Toponyme et antonyme de cimetière
qui lui aussi n'évoquait
ni café ni mandibule,
ni cerise ni tibia,
ni humérus ni libéria,
ni robusta ni radius
ni torréfaction ni putréfaction
ni arabica ni mort...
Dans les pépinières carrées de la mort
Caféière et cimetière se donnaient la main
On murmure même qu'ils étaient amants !
L'un bonifiait l'autre
Pour le meilleur et pour le pire
Tandis que la houe du soleil ne torréfiait pas encore
Dans un cycle immuable leurs terres consacrées,
Sarclées par le temps,
Binées par le vent,
Creusées par les laves,
Repiquées par les cendres,
Paillées par les eaux,
Egourmandées par les croix,
Cueillies par les armes
Trempées par les bénitiers,
Frottées ,
Lavées,
Essorées,
Séchées,
Bonifiées,
Taillées,
Traitées
Etait aussi invisible que la galerie creusée dans les ravines
en ce temps-là l'idée même d'une caféière désaffectée semblait incongrue.
Aug 23, 2019
Aug 23, 2019 at 3:01 AM UTC
Quand je pense à l'extrême je plonge mes yeux dans l'extrême horizon de mes propres extrémités inférieures comme supérieures et j'essaie de matérialiser par des bouées les champs sémantiques des extrêmes. L'orient extrême, l'occident extrême, l'extrême couchant alias extrême ponant et l'extrême levant.
Me voici donc bien installé sur l'estran, cowboy anachronique en selle sur une vague appelée Jolly Jumper, la moitié de mes extrémités enfoncée sous mon poids dans le sable, entouré de trous de crabes et de pélicans plongeurs qui me dévisagent au **** sur cette Grande Anse du Far West Indies. Je ne vois guère que leurs traces fugitives, pattes et becs qui ricanent dans le sable mouillé . Je suis aux frontières de l' extrême. Les extrêmes sont à la mode. LES EXTRÊMES SONT TENDANCE. Le mot extrême qui s'utilisait jadis en antéposition dans ses constructions lexicales comme dans les formulations comme l'Extrême-Orient, extrême-droite, extrême-gauche, extrême-onction, s'utilise désormais en postposition comme pour en adoucir les traits, nous la retirer de l'horizon lointain, du Far West pour la rendre plus visible dans le centre extrême ou l'extrême insoumission que d'aucuns appellent de leurs vœux comme dernière extrémité pour sauver les démocraties de l'extrême-onction programmée.
Mais revenons aux sens premiers d'extrême. A travers deux proverbes :
"Aux maux extrêmes les extrêmes remèdes."
"Les extrêmes se touchent."
Extrême, dixit le Cntrl, tiré du latin extremus, superlatif de exter, en dehors. Signifiant le plus à l'extérieur, le dernier, le pire, l'extrême.
Oh je sais, tout n'est affaire que de proportion puisque, nous disent par ailleurs les arithméticiens, le produit des extrêmes est égal aux produits des moyens.
Les frontières de l'extrême reculent sans arrêt. Il y a une surenchère permanente. Plus le sport est extrême plus il attire la jeunesse, Plus le discours est extrême plus il attire le chaland.
Je suis né moi-même dans l'extrême, puisque né à EXTRA-MUROS. EN DEHORS DES MURS, EN DEHORS DU BOURG. DEWO. L'extrême extase de l'en-dehors...
Aug 23, 2019
Aug 23, 2019 at 3:08 AM UTC
Jadis je vous disais : « Vivez, régnez, Madame !
Le salon vous attend ! le succès vous réclame !
Le bal éblouissant pâlit quand vous partez !
Soyez illustre et belle ! aimez ! riez ! chantez !
Vous avez la splendeur des astres et des roses !
Votre regard charmant, où je lis tant de choses,
Commente vos discours légers et gracieux.
Ce que dit votre bouche étincelle en vos yeux.
Il semble, quand parfois un chagrin vous alarme,
Qu'ils versent une perle et non pas une larme.
Même quand vous rêvez, vous souriez encor,
Vivez, fêtée et fière, ô belle aux cheveux d'or ! »
Maintenant vous voilà pâle, grave, muette,
Morte, et transfigurée, et je vous dis : « Poète !
Viens me chercher ! Archange ! être mystérieux !
Fais pour moi transparents et la terre et les cieux !
Révèle-moi, d'un mot de ta bouche profonde,
La grande énigme humaine et le secret du monde !
Confirme en mon esprit Descarte ou Spinosa !
Car tu sais le vrai nom de celui qui perça,
Pour que nous puissions voir sa lumière sans voiles,
Ces trous du noir plafond qu'on nomme les étoiles !
Car je te sens flotter sous mes rameaux penchants ;
Car ta lyre invisible a de sublimes chants !
Car mon sombre océan, où l'esquif s'aventure,
T'épouvante et te plaît ; car la sainte nature,
La nature éternelle, et les champs, et les bois,
Parlent de ta grande âme avec leur grande voix ! »
Paris, 1840. - Jersey, 1855.
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