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"sanglant" poems
À Max Jacob. Vers le palais de Rosemonde au fond du Rêve Mes rêveuses pensées pieds nus vont en soirée Le palais don du roi comme un roi nu s'élève Des chairs fouettées des roses de la roseraie On voit venir au fond du jardin mes pensées Qui sourient du concert joué par les grenouilles Elles ont envie des cyprès grandes quenouilles Et le soleil miroir des roses s'est brisé Le stigmate sanglant des mains contre les vitres Quel archer mal blessé du couchant le troua La résine qui rend amer le vin de Chypre Ma bouche aux agapes d'agneau blanc l'éprouva Sur les genoux pointus du monarque adultère Sur le mai de son âge et sur son trente et un Madame Rosemonde roule avec mystère Ses petits yeux tout ronds pareils aux yeux des Huns Dame de mes pensées au cul de perle fine Dont ni perle ni cul n'égale l'orient Qui donc attendez-vous De rêveuses pensées en marche à l'Orient Mes plus belles voisines Toc toc Entrez dans l'antichambre le jour baisse La veilleuse dans l'ombre est un bijou d'or cuit Pendez vos têtes aux patères par les tresses Le ciel presque nocturne a des lueurs d'aiguilles On entra dans la salle à manger les narines Reniflaient une odeur de graisse et de graillon On eut vingt potages dont trois couleurs d'urine Et le roi prit deux œufs pochés dans du bouillon Puis les marmitons apportèrent les viandes Des rôtis de pensées mortes dans mon cerveau Mes beaux rêves mort-nés en tranches bien saignantes Et mes souvenirs faisandés en godiveaux Or ces pensées mortes depuis des millénaires Avaient le fade goût des grands mammouths gelés Les os ou songe-creux venaient des ossuaires En danse macabre aux plis de mon cervelet Et tous ces mets criaient des choses nonpareilles Mais nom de Dieu ! Ventre affamé n'a pas d'oreilles Et les convives mastiquaient à qui mieux mieux Ah ! nom de Dieu ! qu'ont donc crié ces entrecôtes Ces grands pâtés ces os à moelle et mirotons Langues de feu où sont-elles mes pentecôtes Pour mes pensées de tous pays de tous les temps.
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Palais
À Max Jacob. Vers le palais de Rosemonde au fond du Rêve Mes rêveuses pensées pieds nus vont en soirée Le palais don du roi comme un roi nu s'élève Des chairs fouettées des roses de la roseraie On voit venir au fond du jardin mes pensées Qui sourient du concert joué par les grenouilles Elles ont envie des cyprès grandes quenouilles Et le soleil miroir des roses s'est brisé Le stigmate sanglant des mains contre les vitres Quel archer mal blessé du couchant le troua La résine qui rend amer le vin de Chypre Ma bouche aux agapes d'agneau blanc l'éprouva Sur les genoux pointus du monarque adultère Sur le mai de son âge et sur son trente et un Madame Rosemonde roule avec mystère Ses petits yeux tout ronds pareils aux yeux des Huns Dame de mes pensées au cul de perle fine Dont ni perle ni cul n'égale l'orient Qui donc attendez-vous De rêveuses pensées en marche à l'Orient Mes plus belles voisines Toc toc Entrez dans l'antichambre le jour baisse La veilleuse dans l'ombre est un bijou d'or cuit Pendez vos têtes aux patères par les tresses Le ciel presque nocturne a des lueurs d'aiguilles On entra dans la salle à manger les narines Reniflaient une odeur de graisse et de graillon On eut vingt potages dont trois couleurs d'urine Et le roi prit deux œufs pochés dans du bouillon Puis les marmitons apportèrent les viandes Des rôtis de pensées mortes dans mon cerveau Mes beaux rêves mort-nés en tranches bien saignantes Et mes souvenirs faisandés en godiveaux Or ces pensées mortes depuis des millénaires Avaient le fade goût des grands mammouths gelés Les os ou songe-creux venaient des ossuaires En danse macabre aux plis de mon cervelet Et tous ces mets criaient des choses nonpareilles Mais nom de Dieu ! Ventre affamé n'a pas d'oreilles Et les convives mastiquaient à qui mieux mieux Ah ! nom de Dieu ! qu'ont donc crié ces entrecôtes Ces grands pâtés ces os à moelle et mirotons Langues de feu où sont-elles mes pentecôtes Pour mes pensées de tous pays de tous les temps.
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La première est toute d'argent Et son nom tremblant c'est Pâline Sa lame un ciel d'hiver neigeant Son destin sanglant gibeline Vulcain mourut en la forgeant La seconde nommée Noubosse Est un bel arc-en-ciel joyeux Les dieux s'en servent à leurs noces Elle a tué trente Bé-Rieux Et fut douée par Carabosse La troisième bleu féminin N'en est pas moins un chibriape Appelé Lul de Faltenin Et que porte sur une nappe L'Hermès Ernest devenu nain La quatrième Malourène Est un fleuve vert et doré C'est le soir quand les riveraines Y baignent leurs corps adorés Et des chants de rameurs s'y traînent La cinquième Sainte-Fabeau C'est la plus belle des quenouilles C'est un cyprès sur un tombeau Où les quatre vents s'agenouillent Et chaque nuit c'est un flambeau La sixième métal de gloire C'est l'ami aux si douces mains Dont chaque matin nous sépare Adieu voilà votre chemin Les coqs s'épuisaient en fanfares Et la septième s'exténue Une femme une rose morte Merci que le dernier venu Sur mon amour ferme la porte Je ne vous ai jamais connue.
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Les Sept Épées
I Dans les planches d'anatomie Qui traînent sur ces quais poudreux Où maint livre cadavéreux Dort comme une antique momie, Dessins auxquels la gravité Et le savoir d'un vieil artiste, Bien que le sujet en soit triste, Ont communiqué la Beauté, On voit, ce qui rend plus complètes Ces mystérieuses horreurs, Bêchant comme des laboureurs, Des Écorchés et des Squelettes. II De ce terrain que vous fouillez, Manants résignés et funèbres, De tout l'effort de vos vertèbres, Ou de vos muscles dépouillés, Dites, quelle moisson étrange, Forçats arrachés au charnier, Tirez-vous, et de quel fermier Avez-vous à remplir la grange ? Voulez-vous (d'un destin trop dur Épouvantable et clair emblème !) Montrer que dans la fosse même Le sommeil promis n'est pas sûr ; Qu'envers nous le Néant est traître ; Que tout, même la Mort, nous ment, Et que sempiternellement, Hélas ! il nous faudra peut-être Dans quelque pays inconnu Écorcher la terre revêche Et pousser une lourde bêche Sous notre pied sanglant et nu ?
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Le squelette laboureur
Un amant ailé Soleil éthéré d’été Laissez-moi être ton Icare Même si je tombe sur la mer Blessez mes faibles ailes Brûlez mes yeux du cristal Pour avoir du plaisir de vous regarder Seulement une fois dans l’aube Tomber amoureux, ce n’est pas un canular Mais comment peux-je dire si vous me trompez ou pas ? Serez-vous capable de me susurrer des illusions ? Serais-je capable d’être le guignol de tes mains ? Larmes d’or Dessous kilos du sel Personne n’écoute le son des souffrances invisibles Néanmoins, comment pourrais-je demeurer dans vos oreilles ? Quand l’air, c’est l’eau Et quand mes veines ont des poissons, Toujours cannibales, En nageant dans le liquide sanglant. Serra ici le vide n’est plus un chose à craindre ? Serra l’amour qui donne l’heure obscure ? Alors, on paralysera et tombera sur un dimensionnelle lagune ? Sans savoir où ou qui je serais Malgré une existence n’est pas une réalité Sans vous, les flammes, dans mon cœur avare
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Feb 19, 2020
Feb 19, 2020 at 11:39 AM UTC
Un amant ailé
Petits amis qui sûtes nous prouver Par A plus B que deux et deux font quatre, Mais qui depuis voulez parachever Une victoire où l'on se laissait battre, Et couronner vos conquêtes d'un coup Par ce soufflet à la mémoire humaine ; « Dieu ne vous a révélé rien du tout, Car nous disions qu'il n'est que l'ombre vaine, Que le profil et que l'allongement, Sur tous les murs que la peur édifie De votre pur et simple mouvement, Et nous dictons cette philosophie. » - Frères trop chers, laissez-nous rire un peu, Nous les fervents d'une logique rance, Qui justement n'avons de foi qu'en Dieu Et mettons notre espoir dans l'Espérance, Laissez-nous rire un peu, pleurer aussi, Pleurer sur vous, rire du vieux blasphème, Rire du vieux Satan stupide ainsi, Pleurer sur cet Adam dupe quand même ! Frère de nous qui payons vos orgueils, Tous fils du même Amour, ah ! la science, Allons donc, allez donc, c'est nos cercueils Naïfs ou non, c'est notre méfiance Ou notre confiance aux seuls Récits, C'est notre oreille ouverte toute grande Ou tristement fermée au Mot précis ! Frères, lâchez la science gourmande Qui veut voler sur les ceps défendus Le fruit sanglant qu'il ne faut pas connaître. Lâchez son bras qui vous tient attendus Pour des enfers que Dieu n'a pas fait naître, Mais qui sont l'œuvre affreuse du péché, Car nous, les fils attentifs de l'Histoire, Nous tenons pour l'honneur jamais taché De la Tradition, supplice et gloire ! Nous sommes sûrs des Aïeux nous disant Qu'ils ont vu Dieu sous telle ou telle forme, Et prédisant aux crimes d'à présent La peine immense ou le pardon énorme. Puisqu'ils avaient vu Dieu présent toujours, Puisqu'ils ne mentaient pas, puisque nos crimes Vont effrayants, puisque vos yeux sont courts, Et puisqu'il est des repentirs sublimes, Ils ont dit tout. Savoir le reste est bien : Que deux et deux fassent quatre, à merveille ! Riens innocents, mais des riens moins que rien, La dernière heure étant là qui surveille Tout autre soin dans l'homme en vérité ! Gardez que trop chercher ne vous séduise **** d'une sage et forte humilité... Le seul savant, c'est encore Moïse.
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Petits amis qui sûtes nous prouver
Petits amis qui sûtes nous prouver Par A plus B que deux et deux font quatre, Mais qui depuis voulez parachever Une victoire où l'on se laissait battre, Et couronner vos conquêtes d'un coup Par ce soufflet à la mémoire humaine ; « Dieu ne vous a révélé rien du tout, Car nous disions qu'il n'est que l'ombre vaine, Que le profil et que l'allongement, Sur tous les murs que la peur édifie De votre pur et simple mouvement, Et nous dictons cette philosophie. » - Frères trop chers, laissez-nous rire un peu, Nous les fervents d'une logique rance, Qui justement n'avons de foi qu'en Dieu Et mettons notre espoir dans l'Espérance, Laissez-nous rire un peu, pleurer aussi, Pleurer sur vous, rire du vieux blasphème, Rire du vieux Satan stupide ainsi, Pleurer sur cet Adam dupe quand même ! Frère de nous qui payons vos orgueils, Tous fils du même Amour, ah ! la science, Allons donc, allez donc, c'est nos cercueils Naïfs ou non, c'est notre méfiance Ou notre confiance aux seuls Récits, C'est notre oreille ouverte toute grande Ou tristement fermée au Mot précis ! Frères, lâchez la science gourmande Qui veut voler sur les ceps défendus Le fruit sanglant qu'il ne faut pas connaître. Lâchez son bras qui vous tient attendus Pour des enfers que Dieu n'a pas fait naître, Mais qui sont l'œuvre affreuse du péché, Car nous, les fils attentifs de l'Histoire, Nous tenons pour l'honneur jamais taché De la Tradition, supplice et gloire ! Nous sommes sûrs des Aïeux nous disant Qu'ils ont vu Dieu sous telle ou telle forme, Et prédisant aux crimes d'à présent La peine immense ou le pardon énorme. Puisqu'ils avaient vu Dieu présent toujours, Puisqu'ils ne mentaient pas, puisque nos crimes Vont effrayants, puisque vos yeux sont courts, Et puisqu'il est des repentirs sublimes, Ils ont dit tout. Savoir le reste est bien : Que deux et deux fassent quatre, à merveille ! Riens innocents, mais des riens moins que rien, La dernière heure étant là qui surveille Tout autre soin dans l'homme en vérité ! Gardez que trop chercher ne vous séduise **** d'une sage et forte humilité... Le seul savant, c'est encore Moïse.
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Mon père, ce héros au sourire si doux, Suivi d'un seul housard qu'il aimait entre tous Pour sa grande bravoure et pour sa haute taille, Parcourait à cheval, le soir d'une bataille, Le champ couvert de morts sur qui tombait la nuit. Il lui sembla dans l'ombre entendre un faible bruit. C'était un Espagnol de l'armée en déroute Qui se traînait sanglant sur le bord de la route, Râlant, brisé, livide, et mort plus qu'à moitié. Et qui disait : " A boire ! à boire par pitié ! " Mon père, ému, tendit à son housard fidèle Une gourde de rhum qui pendait à sa selle, Et dit : "Tiens, donne à boire à ce pauvre blessé. " Tout à coup, au moment où le housard baissé Se penchait vers lui, l'homme, une espèce de maure, Saisit un pistolet qu'il étreignait encore, Et vise au front mon père en criant: "Caramba! " Le coup passa si près que le chapeau tomba Et que le cheval fit un écart en arrière. " Donne-lui tout de même à boire ", dit mon père.
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Après la bataille
Sonnet. Sans cesse à mes côtés s'agite le Démon ; Il nage autour de moi comme un air impalpable ; Je l'avale et le sens qui brûle mon poumon Et l'emplit d'un désir éternel et coupable. Parfois il prend, sachant mon grand amour de l'Art, La forme de la plus séduisante des femmes, Et, sous de spécieux prétextes de cafard, Accoutume ma lèvre à des philtres infâmes. Il me conduit ainsi, **** du regard de Dieu, Haletant et brisé de fatigue, au milieu Des plaines de l'Ennui, profondes et désertes, Et jette dans mes yeux pleins de confusion Des vêtements souillés, des blessures ouvertes, Et l'appareil sanglant de la Destruction !
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La destruction
Ces femmes, qu'on envoie aux lointaines bastilles, Peuple, ce sont tes soeurs, tes mères et tes filles ! Ô peuple, leur forfait, c'est de t'avoir aimé ! Paris sanglant, courbé, sinistre, inanimé, Voit ces horreurs et garde un silence farouche. Celle-ci, qu'on amène un bâillon dans la bouche, Cria - c'est là son crime - : à bas la trahison ! Ces femmes sont la foi, la vertu, la raison, L'équité, la pudeur, la fierté, la justice. Saint-Lazare - il faudra broyer cette bâtisse ! Il n'en restera pas pierre sur pierre un jour ! - Les reçoit, les dévore, et, quand revient leur tour, S'ouvre, et les revomit par son horrible porte, Et les jette au fourgon hideux qui les emporte. Où vont-elles ? L'oubli le sait, et le tombeau Le raconte au cyprès et le dit au corbeau. Une d'elles était une mère sacrée. Le jour qu'on l'entraîna vers l'Afrique abhorrée, Ses enfants étaient là qui voulaient l'embrasser ; On les chassa. La mère en deuil les vit chasser Et dit : partons ! Le peuple en larmes criait grâce. La porte du fourgon étant étroite et basse, Un argousin joyeux, raillant son embonpoint, La fit entrer de force en la poussant du poing. Elles s'en vont ainsi, malades, verrouillées, Dans le noir chariot aux cellules souillées Où le captif, sans air, sans jour, sans pleurs dans l'œil, N'est plus qu'un mort vivant assis dans son cercueil. Dans la route on entend leurs voix désespérées. Le peuple hébété voit passer ces torturées. À Toulon, le fourgon les quitte, le ponton Les prend ; sans vêtements, sans pain, sous le bâton, Elles passent la mer, veuves, seules au monde, Mangeant avec les doigts dans la gamelle immonde. Bruxelles, le 8 juillet 1852.
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Les martyres
Ces femmes, qu'on envoie aux lointaines bastilles, Peuple, ce sont tes soeurs, tes mères et tes filles ! Ô peuple, leur forfait, c'est de t'avoir aimé ! Paris sanglant, courbé, sinistre, inanimé, Voit ces horreurs et garde un silence farouche. Celle-ci, qu'on amène un bâillon dans la bouche, Cria - c'est là son crime - : à bas la trahison ! Ces femmes sont la foi, la vertu, la raison, L'équité, la pudeur, la fierté, la justice. Saint-Lazare - il faudra broyer cette bâtisse ! Il n'en restera pas pierre sur pierre un jour ! - Les reçoit, les dévore, et, quand revient leur tour, S'ouvre, et les revomit par son horrible porte, Et les jette au fourgon hideux qui les emporte. Où vont-elles ? L'oubli le sait, et le tombeau Le raconte au cyprès et le dit au corbeau. Une d'elles était une mère sacrée. Le jour qu'on l'entraîna vers l'Afrique abhorrée, Ses enfants étaient là qui voulaient l'embrasser ; On les chassa. La mère en deuil les vit chasser Et dit : partons ! Le peuple en larmes criait grâce. La porte du fourgon étant étroite et basse, Un argousin joyeux, raillant son embonpoint, La fit entrer de force en la poussant du poing. Elles s'en vont ainsi, malades, verrouillées, Dans le noir chariot aux cellules souillées Où le captif, sans air, sans jour, sans pleurs dans l'œil, N'est plus qu'un mort vivant assis dans son cercueil. Dans la route on entend leurs voix désespérées. Le peuple hébété voit passer ces torturées. À Toulon, le fourgon les quitte, le ponton Les prend ; sans vêtements, sans pain, sous le bâton, Elles passent la mer, veuves, seules au monde, Mangeant avec les doigts dans la gamelle immonde. Bruxelles, le 8 juillet 1852.
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Lorsque Abd-el-Kader dans sa geôle Vit entrer l'homme aux yeux étroits Que l'histoire appelle - ce drôle, - Et Troplong - Napoléon trois ; Qu'il vit venir, de sa croisée, Suivi du troupeau qui le sert, L'homme louche de l'Elysée, - Lui, l'homme fauve du désert ; Lui, le sultan né sous les palmes, Le compagnon des lions roux, Le hadji farouche aux yeux calmes, L'émir pensif, féroce et doux ; Lui, sombre et fatal personnage Qui, spectre pâle au blanc burnous, Bondissait, ivre de carnage, Puis tombait dans l'ombre à genoux ; Qui, de sa tente ouvrant les toiles, Et priant au bord du chemin, Tranquille, montrait aux étoiles Ses mains teintes de sang humain ; Qui donnait à boire aux épées, Et qui, rêveur mystérieux, Assis sur des têtes coupées, Contemplait la beauté des cieux ; Voyant ce regard fourbe et traître, Ce front bas, de honte obscurci, Lui, le beau soldat, le beau prêtre, Il dit : « Quel est cet homme-ci ? » Devant ce vil masque à moustaches, Il hésita ; mais on lui dit : « Regarde, émir, passer les haches ! Cet homme, c'est César bandit. « Ecoute ces plaintes amères Et cette clameur qui grandit. Cet homme est maudit par les mères, Par les femmes il est maudit ; « Il les fait veuves, Il les navre Il prit la France et la tua, Il ronge à présent son cadavre. » Alors le hadji salua. Mais au fond toutes ses pensées Méprisaient le sanglant gredin Le tigre aux narines froncées Flairait ce loup avec dédain. Jersey, le 20 novembre.
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Orientale
Lorsque Abd-el-Kader dans sa geôle Vit entrer l'homme aux yeux étroits Que l'histoire appelle - ce drôle, - Et Troplong - Napoléon trois ; Qu'il vit venir, de sa croisée, Suivi du troupeau qui le sert, L'homme louche de l'Elysée, - Lui, l'homme fauve du désert ; Lui, le sultan né sous les palmes, Le compagnon des lions roux, Le hadji farouche aux yeux calmes, L'émir pensif, féroce et doux ; Lui, sombre et fatal personnage Qui, spectre pâle au blanc burnous, Bondissait, ivre de carnage, Puis tombait dans l'ombre à genoux ; Qui, de sa tente ouvrant les toiles, Et priant au bord du chemin, Tranquille, montrait aux étoiles Ses mains teintes de sang humain ; Qui donnait à boire aux épées, Et qui, rêveur mystérieux, Assis sur des têtes coupées, Contemplait la beauté des cieux ; Voyant ce regard fourbe et traître, Ce front bas, de honte obscurci, Lui, le beau soldat, le beau prêtre, Il dit : « Quel est cet homme-ci ? » Devant ce vil masque à moustaches, Il hésita ; mais on lui dit : « Regarde, émir, passer les haches ! Cet homme, c'est César bandit. « Ecoute ces plaintes amères Et cette clameur qui grandit. Cet homme est maudit par les mères, Par les femmes il est maudit ; « Il les fait veuves, Il les navre Il prit la France et la tua, Il ronge à présent son cadavre. » Alors le hadji salua. Mais au fond toutes ses pensées Méprisaient le sanglant gredin Le tigre aux narines froncées Flairait ce loup avec dédain. Jersey, le 20 novembre.
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Quand tu me parles de gloire, Je souris amèrement. Cette voix que tu veux croire, Moi, je sais bien qu'elle ment. La gloire est vite abattue ; L'envie au sanglant flambeau N'épargne cette statue Qu'assise au seuil d'un tombeau. La prospérité s'envole, Le pouvoir tombe et s'enfuit. Un peu d'amour qui console Vaut mieux et fait moins de bruit. Je ne veux pas d'autres choses Que ton sourire et ta voix, De l'air, de l'ombre et des roses, Et des rayons dans les bois ! Je ne veux, moi qui me voile Dans la joie ou la douleur, Que ton regard, mon étoile ! Que ton haleine, ô ma fleur ! Sous ta paupière vermeille Qu'inonde un céleste jour, Tout un univers sommeille. Je n'y cherche que l'amour ! Ma pensée, urne profonde, Vase à la douce liqueur, Qui pourrait emplir le monde, Ne veut emplir que ton cœur ! Chante ! en moi l'extase coule. Ris-moi ! c'est mon seul besoin. Que m'importe cette foule Qui fait sa rumeur au **** ! Dans l'ivresse où tu me plonges, En vain, pour briser nos nœuds, Je vois passer dans mes songes Les poètes lumineux. Je veux, quoi qu'ils me conseillent, Préférer, jusqu'à la mort, Aux fanfares qui m'éveillent Ta chanson qui me rendort. Je veux, dût mon nom suprême Au front des cieux s'allumer, Qu'une moitié de moi-même Reste ici-bas pour t'aimer ! Laisse-moi t'aimer dans l'ombre, Triste, ou du moins sérieux. La tristesse est un lieu sombre Où l'amour rayonne mieux. Ange aux yeux pleins d'étincelles, Femme aux jours de pleurs noyés, Prends mon âme sur tes ailes, Laisse mon cœur à tes pieds ! Le 12 octobre 1837.
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Quand tu me parles de gloire
Quand tu me parles de gloire, Je souris amèrement. Cette voix que tu veux croire, Moi, je sais bien qu'elle ment. La gloire est vite abattue ; L'envie au sanglant flambeau N'épargne cette statue Qu'assise au seuil d'un tombeau. La prospérité s'envole, Le pouvoir tombe et s'enfuit. Un peu d'amour qui console Vaut mieux et fait moins de bruit. Je ne veux pas d'autres choses Que ton sourire et ta voix, De l'air, de l'ombre et des roses, Et des rayons dans les bois ! Je ne veux, moi qui me voile Dans la joie ou la douleur, Que ton regard, mon étoile ! Que ton haleine, ô ma fleur ! Sous ta paupière vermeille Qu'inonde un céleste jour, Tout un univers sommeille. Je n'y cherche que l'amour ! Ma pensée, urne profonde, Vase à la douce liqueur, Qui pourrait emplir le monde, Ne veut emplir que ton cœur ! Chante ! en moi l'extase coule. Ris-moi ! c'est mon seul besoin. Que m'importe cette foule Qui fait sa rumeur au **** ! Dans l'ivresse où tu me plonges, En vain, pour briser nos nœuds, Je vois passer dans mes songes Les poètes lumineux. Je veux, quoi qu'ils me conseillent, Préférer, jusqu'à la mort, Aux fanfares qui m'éveillent Ta chanson qui me rendort. Je veux, dût mon nom suprême Au front des cieux s'allumer, Qu'une moitié de moi-même Reste ici-bas pour t'aimer ! Laisse-moi t'aimer dans l'ombre, Triste, ou du moins sérieux. La tristesse est un lieu sombre Où l'amour rayonne mieux. Ange aux yeux pleins d'étincelles, Femme aux jours de pleurs noyés, Prends mon âme sur tes ailes, Laisse mon cœur à tes pieds ! Le 12 octobre 1837.
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Le soleil de la nuit éclaire la montagne ; Sur le sable désert faut-il encore rester ? Doucement dans mes bras laisse-moi t'emporter ; Bon maître, éveille-toi ! marchons vers la campagne. Tes yeux sont clos depuis trois jours : Maître ! dormiras-tu toujours ? L'orage dans son vol a brisé les platanes ; Le navire sans voile a disparu dans l'eau : De ton front tout sanglant, j'ai lavé le bandeau ; Marchons, les pauvres noirs t'ouvriront leurs cabanes. Tes yeux sont clos depuis trois jours : Maître ! dormiras-tu toujours ? Je voudrais deviner ton rêve que j'ignore. Oh ! que ce rêve est long ! finira-t-il demain ? Demain, en t'éveillant, presseras-tu ma main ? Oui, je t'appellerai quand j'aurai vu l'aurore. Tes yeux sont clos depuis trois jours : Maître ! dormiras-tu toujours ? Mais la lueur du jour s'étend sur le rivage, Le flot porte sans bruit la barque du pêcheur ; Viens ! ... que ton front est froid ! quelle triste blancheur ! Oh ! maître ! que ta voix me rendrait de courage ! Tes yeux sont clos depuis trois jours : Maître ! dormiras-tu toujours ?
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La veillée du nègre