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"roule" poems
Au temps Au temps où l'on va toujours plus vite, pour en gagner Autant de temps à perdre devant la télé Quand les pieds d'argile ont des chaussures en croco Au temps de la guerre des égos À celui passé à l'usine, qui roule sa bosse Quand c'est tout ce qu'on apprends à nos gosses Fais de l'argent, entres dans le moule À l'heure où notre joli navire coule Quand les recherches les plus subventionnées sont militaires Quand l'homme avance un pas en avant, deux pas en arrière Quand on a plus que jamais tous du sang sur nos doigts Là où on trouve moins d'eau que de soda À l'heure des strings et des braguettes Quand la pucelle à honte de l'être Quand on fait l'amour à des images, à du kevlar À l'heure où l'art fait sa pute, et au street art Aux endettés que le temps presse Aux laodicéens qui pensent boire de l'eau fraiche Au temps passé en emmenant nos valeurs Au temps modernes, au temps perdu, au temps qui fait peur Au temps qui veut m'arracher ce que j'ai de plus précieux Ma sauvagerie, ma liberté, comme la prunelle de mes yeux Au temps, à ses aiguilles qu'on ne peut casser, Qui passent sur nous comme on laboure un champ Plient et tâchent une peau tant de fois griffée, Puis laissent à nos yeux que le blanc Au temps qui nous abimes, qui passe et nous emporte l'un après l'autre Au temps des idoles et des rois, au temps des apôtres Au temps qui passe et estompe nos mirages Qui file tout le temps, qui jauni nos images Qui nous vieilli, nous flétris, nous habitue Qui nous ternis, nous aigris, puis qui nous tue. Au temps qui ne s'est pas passé comme prévu Aux tremblotants, au temps qui nous fait perdre la vue Aux palpitants qui s'arrêtent Aux pétillants qui naissent À ceux qui ont tant passé à contre courant, au monuments Qui résistent contre le vent, qui malgré tout et pour autant Au temps.
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Jul 6, 2014
Jul 6, 2014 at 2:13 PM UTC
Au temps
Au temps Au temps où l'on va toujours plus vite, pour en gagner Autant de temps à perdre devant la télé Quand les pieds d'argile ont des chaussures en croco Au temps de la guerre des égos À celui passé à l'usine, qui roule sa bosse Quand c'est tout ce qu'on apprends à nos gosses Fais de l'argent, entres dans le moule À l'heure où notre joli navire coule Quand les recherches les plus subventionnées sont militaires Quand l'homme avance un pas en avant, deux pas en arrière Quand on a plus que jamais tous du sang sur nos doigts Là où on trouve moins d'eau que de soda À l'heure des strings et des braguettes Quand la pucelle à honte de l'être Quand on fait l'amour à des images, à du kevlar À l'heure où l'art fait sa pute, et au street art Aux endettés que le temps presse Aux laodicéens qui pensent boire de l'eau fraiche Au temps passé en emmenant nos valeurs Au temps modernes, au temps perdu, au temps qui fait peur Au temps qui veut m'arracher ce que j'ai de plus précieux Ma sauvagerie, ma liberté, comme la prunelle de mes yeux Au temps, à ses aiguilles qu'on ne peut casser, Qui passent sur nous comme on laboure un champ Plient et tâchent une peau tant de fois griffée, Puis laissent à nos yeux que le blanc Au temps qui nous abimes, qui passe et nous emporte l'un après l'autre Au temps des idoles et des rois, au temps des apôtres Au temps qui passe et estompe nos mirages Qui file tout le temps, qui jauni nos images Qui nous vieilli, nous flétris, nous habitue Qui nous ternis, nous aigris, puis qui nous tue. Au temps qui ne s'est pas passé comme prévu Aux tremblotants, au temps qui nous fait perdre la vue Aux palpitants qui s'arrêtent Aux pétillants qui naissent À ceux qui ont tant passé à contre courant, au monuments Qui résistent contre le vent, qui malgré tout et pour autant Au temps.
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I Dansons la gigue ! J'aimais surtout ses jolis yeux, Plus clairs que l'étoile des cieux, J'aimais ses yeux malicieux. Dansons la gigue ! Elle avait des façons vraiment De désoler un pauvre amant, Que c'en était vraiment charmant ! Dansons la gigue ! Mais je trouve encore meilleur Le baiser de sa bouche en fleur, Depuis qu'elle est morte à mon cœur. Dansons la gigue ! Je me souviens, je me souviens Des heures et des entretiens, Et c'est le meilleur de mes biens. Dansons la gigue ! Soho. II Ô la rivière dans la rue ! Fantastiquement apparue Derrière un mur haut de cinq pieds, Elle roule sans un murmure Son onde opaque et pourtant pure, Par les faubourgs pacifiés. La chaussée est très large, en sorte Que l'eau jaune comme une morte Dévale ample et sans nuls espoirs De rien refléter que la brume, Même alors que l'aurore allume Les cottages jaunes et noirs. Paddington
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Streets
À Max Jacob. Vers le palais de Rosemonde au fond du Rêve Mes rêveuses pensées pieds nus vont en soirée Le palais don du roi comme un roi nu s'élève Des chairs fouettées des roses de la roseraie On voit venir au fond du jardin mes pensées Qui sourient du concert joué par les grenouilles Elles ont envie des cyprès grandes quenouilles Et le soleil miroir des roses s'est brisé Le stigmate sanglant des mains contre les vitres Quel archer mal blessé du couchant le troua La résine qui rend amer le vin de Chypre Ma bouche aux agapes d'agneau blanc l'éprouva Sur les genoux pointus du monarque adultère Sur le mai de son âge et sur son trente et un Madame Rosemonde roule avec mystère Ses petits yeux tout ronds pareils aux yeux des Huns Dame de mes pensées au cul de perle fine Dont ni perle ni cul n'égale l'orient Qui donc attendez-vous De rêveuses pensées en marche à l'Orient Mes plus belles voisines Toc toc Entrez dans l'antichambre le jour baisse La veilleuse dans l'ombre est un bijou d'or cuit Pendez vos têtes aux patères par les tresses Le ciel presque nocturne a des lueurs d'aiguilles On entra dans la salle à manger les narines Reniflaient une odeur de graisse et de graillon On eut vingt potages dont trois couleurs d'urine Et le roi prit deux œufs pochés dans du bouillon Puis les marmitons apportèrent les viandes Des rôtis de pensées mortes dans mon cerveau Mes beaux rêves mort-nés en tranches bien saignantes Et mes souvenirs faisandés en godiveaux Or ces pensées mortes depuis des millénaires Avaient le fade goût des grands mammouths gelés Les os ou songe-creux venaient des ossuaires En danse macabre aux plis de mon cervelet Et tous ces mets criaient des choses nonpareilles Mais nom de Dieu ! Ventre affamé n'a pas d'oreilles Et les convives mastiquaient à qui mieux mieux Ah ! nom de Dieu ! qu'ont donc crié ces entrecôtes Ces grands pâtés ces os à moelle et mirotons Langues de feu où sont-elles mes pentecôtes Pour mes pensées de tous pays de tous les temps.
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Palais
À Max Jacob. Vers le palais de Rosemonde au fond du Rêve Mes rêveuses pensées pieds nus vont en soirée Le palais don du roi comme un roi nu s'élève Des chairs fouettées des roses de la roseraie On voit venir au fond du jardin mes pensées Qui sourient du concert joué par les grenouilles Elles ont envie des cyprès grandes quenouilles Et le soleil miroir des roses s'est brisé Le stigmate sanglant des mains contre les vitres Quel archer mal blessé du couchant le troua La résine qui rend amer le vin de Chypre Ma bouche aux agapes d'agneau blanc l'éprouva Sur les genoux pointus du monarque adultère Sur le mai de son âge et sur son trente et un Madame Rosemonde roule avec mystère Ses petits yeux tout ronds pareils aux yeux des Huns Dame de mes pensées au cul de perle fine Dont ni perle ni cul n'égale l'orient Qui donc attendez-vous De rêveuses pensées en marche à l'Orient Mes plus belles voisines Toc toc Entrez dans l'antichambre le jour baisse La veilleuse dans l'ombre est un bijou d'or cuit Pendez vos têtes aux patères par les tresses Le ciel presque nocturne a des lueurs d'aiguilles On entra dans la salle à manger les narines Reniflaient une odeur de graisse et de graillon On eut vingt potages dont trois couleurs d'urine Et le roi prit deux œufs pochés dans du bouillon Puis les marmitons apportèrent les viandes Des rôtis de pensées mortes dans mon cerveau Mes beaux rêves mort-nés en tranches bien saignantes Et mes souvenirs faisandés en godiveaux Or ces pensées mortes depuis des millénaires Avaient le fade goût des grands mammouths gelés Les os ou songe-creux venaient des ossuaires En danse macabre aux plis de mon cervelet Et tous ces mets criaient des choses nonpareilles Mais nom de Dieu ! Ventre affamé n'a pas d'oreilles Et les convives mastiquaient à qui mieux mieux Ah ! nom de Dieu ! qu'ont donc crié ces entrecôtes Ces grands pâtés ces os à moelle et mirotons Langues de feu où sont-elles mes pentecôtes Pour mes pensées de tous pays de tous les temps.
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Quand j'étais jeune et fier et que j'ouvrais mes ailes, Les ailes de mon âme à tous les vents des mers, Les voiles emportaient ma pensée avec elles, Et mes rêves flottaient sur tous les flots amers. Je voyais dans ce vague où l'horizon se noie Surgir tout verdoyants de pampre et de jasmin Des continents de vie et des îles de joie Où la gloire et l'amour m'appelaient de la main. J'enviais chaque nef qui blanchissait l'écume, Heureuse d'aspirer au rivage inconnu, Et maintenant, assis au bord du cap qui fume, J'ai traversé ces flots et j'en suis revenu. Et j'aime encor ces mers autrefois tant aimées, Non plus comme le champ de mes rêves chéris, Mais comme un champ de mort où mes ailes semées De moi-même partout me montrent les débris. Cet écueil me brisa, ce bord surgit funeste, Ma fortune sombra dans ce calme trompeur ; La foudre ici sur moi tomba de l'arc céleste Et chacun de ces flots roule un peu de mon coeur.
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Les voiles
Mon Papy. Mon Papy n'a jamais eu de poème, Afin de lui faire comprendre à quel point je l'aime. J'ai donc le devoir de rectifier cette erreur, Qui, depuis quelques temps, ronge mon coeur. Depuis que je suis petite, tu m'as fait découvrir la belle vie, Apprendre à faire du vélo sur deux roues en fait partie. Tu m'as montré comment jouer aux boules, Et comment orienter mon cerf-volant pour qu'il s'envole plus haut. Tu m'as fais goûter le meilleur miel du monde, Celui que tu allais chercher dans ta combinaison de super-héro. Moi je pensais que tu étais James Bond, Tu me disais, "ca roule, ma poule", Comme si tu n'avais peur de rien, Même pas des oies qui nous courraient après dans le jardin. Avec toi je joue au scrabble et aux petits chevaux, Tu gagnes toujours haut la main, et on ne peut s'empêcher de crier "Bravo!" Je me souviens de nos soirées Fort Boyard et Koh-Lanta, Rien de mieux qu'un bon feu, une famille réunie, et du chocolat. T'avoir dans ma vie est un cadeau de chaque seconde, Parfois j'aimerai le crier sur le toit du monde, Pour qu'ils sachent tous la chance que j'ai, D'avoir un papy comme toi, que je suis si fière d'aimer. Même **** de toi je te sens près de moi, Tu réchauffes mon cœur avec des sourires. Tu sais bien qu'avec toi je ne peux que rire. Tu m'aides à donner le meilleur de moi-même, Tu sais bien que ta fierté fait la mienne. Dans ma tête tes chansons résonnent avec clarté, De la souris verte à la claire fontaine, Ta voix berce mes souvenirs chaque jour, Et mon angoisse disparaît dès que j'en entends les contours. Mon sourire apparaît dès que je pense à toi, Et mon cœur se remplit automatiquement de joie.
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Sep 20, 2014
Sep 20, 2014 at 6:11 AM UTC
Papy
Mon Papy. Mon Papy n'a jamais eu de poème, Afin de lui faire comprendre à quel point je l'aime. J'ai donc le devoir de rectifier cette erreur, Qui, depuis quelques temps, ronge mon coeur. Depuis que je suis petite, tu m'as fait découvrir la belle vie, Apprendre à faire du vélo sur deux roues en fait partie. Tu m'as montré comment jouer aux boules, Et comment orienter mon cerf-volant pour qu'il s'envole plus haut. Tu m'as fais goûter le meilleur miel du monde, Celui que tu allais chercher dans ta combinaison de super-héro. Moi je pensais que tu étais James Bond, Tu me disais, "ca roule, ma poule", Comme si tu n'avais peur de rien, Même pas des oies qui nous courraient après dans le jardin. Avec toi je joue au scrabble et aux petits chevaux, Tu gagnes toujours haut la main, et on ne peut s'empêcher de crier "Bravo!" Je me souviens de nos soirées Fort Boyard et Koh-Lanta, Rien de mieux qu'un bon feu, une famille réunie, et du chocolat. T'avoir dans ma vie est un cadeau de chaque seconde, Parfois j'aimerai le crier sur le toit du monde, Pour qu'ils sachent tous la chance que j'ai, D'avoir un papy comme toi, que je suis si fière d'aimer. Même **** de toi je te sens près de moi, Tu réchauffes mon cœur avec des sourires. Tu sais bien qu'avec toi je ne peux que rire. Tu m'aides à donner le meilleur de moi-même, Tu sais bien que ta fierté fait la mienne. Dans ma tête tes chansons résonnent avec clarté, De la souris verte à la claire fontaine, Ta voix berce mes souvenirs chaque jour, Et mon angoisse disparaît dès que j'en entends les contours. Mon sourire apparaît dès que je pense à toi, Et mon cœur se remplit automatiquement de joie.
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La Rivière de Cassis roule ignorée En des vaux étranges : La voix de cent corbeaux l'accompagne, vraie Et bonne voix d'anges : Avec les grands mouvements des sapinaies Quand plusieurs vents plongent. Tout roule avec des mystères révoltants De campagnes d'anciens temps ; De donjons visités, de parcs importants : C'est en ces bords qu'on entend Les passions mortes des chevaliers errants : Mais que salubre est le vent ! Que le piéton regarde à ces claires-voies : Il ira plus courageux. Soldats des forêts que le Seigneur envoie, Chers corbeaux délicieux ! Faites fuir d'ici le paysan matois Qui trinqué d'un moignon vieux.
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La rivière de Cassis
Vous que le printemps opéra Miracles ponctuez ma stance Mon esprit épris du départ Dans un rayon soudain se perd Perpétué par la cadence La Seine au soleil d'avril danse Comme Cécile au premier bal Ou plutôt roule des pépites Vers les ponts de pierre ou les cribles Charme sûr La ville est le val Les quais gais comme en carnaval Vont au devant de la lumière Elle visite les palais Surgis selon ses jeux ou lois Moi je l'honore à ma manière La seule école buissonnière Et non Silène m'enseigna Cette ivresse couleur de lèvres Et les roses du jour aux vitres Comme des filles d'Opéra.
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Pour demain
Roule l’Automne Roule, roule; l'automne roux sur les bruyères de Corse et les bouleaux du lac Baïkal. Sur le dôme de Notre Dame et le clocher de Saint-Sernin. Roule, roule; l'automne roux sur la queue rousse de « Goupil » et le flamboiement du soleil qui cligne comme un phare éperdu enluminant notre horizon. Roule, roule; dans les cheveux d'or des belles Femmes rousses et de cet été indien qui flamboie, de nos promesses d’amours de la transparence de nos yeux. Roule, roule; l'automne roux dont les feuilles volètent au vent des feuilles bariolées qui deviennent tapis de velours, ravivant la joie des amant(e)s Qui y trouvent des lits d’amour. Roule, roule; dans les vignes et les sous-bois quand Bacchus s'en donne à cœur joie, Les vignerons pressent les pampres font couler les nectars vermeils avec cette fraîcheur sans pareil Qui illumine nos Esprits. Roule, roule ; bel automne dans tes atours de séducteur, tournant la tête des amoureuses. Car la nostalgie de l'hiver, Et sa compagne la froidure ne sont pas encore avancées. Paul Arrighi
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Sep 30, 2016
Sep 30, 2016 at 11:50 AM UTC
Roule l’Automne ( Roll up Autumn)
Quand le souffle divin qui flotte sur le monde S'arrête sur mon âme ouverte au moindre vent, Et la fait tout à coup frissonner comme une onde Où le cygne s'abat dans un cercle mouvant ! Quand mon regard se plonge au rayonnant abîme, Où luisent ces trésors du riche firmament, Ces perles de la nuit que son souffle ranime, Des sentiers du Seigneur innombrable ornement ! Quand d'un ciel de printemps l'aurore qui ruisselle Se brise et rejaillit en gerbes de chaleur, Que chaque atome d'air roule son étincelle, Et que tout sous mes pas devient lumière ou fleur ! Quand tout chante ou gazouille, ou roucoule ou bourdonne, Que d'immortalité tout semble se nourrir, Et que l'homme, ébloui de cet air qui rayonne, Croit qu'un jour si vivant ne pourra plus mourir ! Quand je roule en mon sein mille pensers sublimes, Et que mon faible esprit, ne pouvant les porter, S'arrête en frissonnant sur les derniers abîmes, Et, faute d'un appui, va s'y précipiter ! Quand, dans le ciel d'amour où mon âme est ravie, Je presse sur mon coeur un fantôme adoré, Et que je cherche en vain des paroles de vie Pour l'embraser du feu dont je suis dévoré ! Quand je sens qu'un soupir de mon âme oppressée Pourrait créer un monde en son brûlant essor, Que ma vie userait le temps, que ma pensée En remplissant le ciel déborderait encor ! Jéhova ! Jéhova ! ton nom seul me soulage ! Il est le seul écho qui réponde à mon coeur ! Ou plutôt ces élans, ces transports, sans langage, Sont eux-mêmes un écho de ta propre grandeur ! Tu ne dors pas souvent dans mon sein, nom sublime ! Tu ne dors pas souvent sur mes lèvres de feu : Mais chaque impression t'y trouve et t'y ranime, Et le cri de mon âme est toujours toi, mon Dieu !
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Le cri de l'âme
Quand le souffle divin qui flotte sur le monde S'arrête sur mon âme ouverte au moindre vent, Et la fait tout à coup frissonner comme une onde Où le cygne s'abat dans un cercle mouvant ! Quand mon regard se plonge au rayonnant abîme, Où luisent ces trésors du riche firmament, Ces perles de la nuit que son souffle ranime, Des sentiers du Seigneur innombrable ornement ! Quand d'un ciel de printemps l'aurore qui ruisselle Se brise et rejaillit en gerbes de chaleur, Que chaque atome d'air roule son étincelle, Et que tout sous mes pas devient lumière ou fleur ! Quand tout chante ou gazouille, ou roucoule ou bourdonne, Que d'immortalité tout semble se nourrir, Et que l'homme, ébloui de cet air qui rayonne, Croit qu'un jour si vivant ne pourra plus mourir ! Quand je roule en mon sein mille pensers sublimes, Et que mon faible esprit, ne pouvant les porter, S'arrête en frissonnant sur les derniers abîmes, Et, faute d'un appui, va s'y précipiter ! Quand, dans le ciel d'amour où mon âme est ravie, Je presse sur mon coeur un fantôme adoré, Et que je cherche en vain des paroles de vie Pour l'embraser du feu dont je suis dévoré ! Quand je sens qu'un soupir de mon âme oppressée Pourrait créer un monde en son brûlant essor, Que ma vie userait le temps, que ma pensée En remplissant le ciel déborderait encor ! Jéhova ! Jéhova ! ton nom seul me soulage ! Il est le seul écho qui réponde à mon coeur ! Ou plutôt ces élans, ces transports, sans langage, Sont eux-mêmes un écho de ta propre grandeur ! Tu ne dors pas souvent dans mon sein, nom sublime ! Tu ne dors pas souvent sur mes lèvres de feu : Mais chaque impression t'y trouve et t'y ranime, Et le cri de mon âme est toujours toi, mon Dieu !
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Viens, cherchons cette ombre propice Jusqu'à l'heure où de ce séjour Les fleurs fermeront leur calice Aux regards languissants du jour. Voilà ton ciel, ô mon étoile ! Soulève, oh ! soulève ce voile, Éclaire la nuit de ces lieux ; Parle, chante, rêve, soupire, Pourvu que mon regard attire Un regard errant de tes yeux. Laisse-moi parsemer de roses La tendre mousse où tu t'assieds, Et près du lit où tu reposes Laisse-moi m'asseoir à tes pieds. Heureux le gazon que tu foules, Et le bouton dont tu déroules Sous tes doigts les fraîches couleurs ! Heureuses ces coupes vermeilles Que pressent tes lèvres, pareilles Aux frelons qui tètent les fleurs ! Si l'onde des lis que tu cueilles Roule les calices flétris, Des tiges que ta bouche effeuille Si le vent m'apporte un débris, Si ta bouche qui se dénoue Vient, en ondulant sur ma joue, De ma lèvre effleurer le bord ; Si ton souffle léger résonne, Je sens sur mon front qui frissonne Passer les ailes de la mort. Souviens-toi de l'heure bénie Où les dieux, d'une tendre main, Te répandirent sur ma vie Comme l'ombre sur le chemin. Depuis cette heure fortunée, Ma vie à ta vie enchaînée, Qui s'écoule comme un seul jour, Est une coupe toujours pleine, Où mes lèvres à longue haleine Puisent l'innocence et l'amour. Ah ! lorsque mon front qui s'incline Chargé d'une douce langueur, S'endort bercé sur ta poitrine Par le mouvement de ton coeur...
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Chant d'amour (V)
Sonnet. Le rêve, serpent traître éclos dans le duvet, Roule autour de mes bras une flatteuse entrave, Sur mes lèvres distille un philtre dans sa bave, Et m'amuse aux couleurs changeantes qu'il revêt. Depuis qu'il est sorti de dessous mon chevet, Mon sang glisse figé comme une tiède lave, Ses nœuds me font captif et ses regards esclave, Et je vis comme si quelque autre en moi vivait. Mais bientôt j'ai connu le mal de sa caresse ; Vainement je me tords sous son poids qui m'oppresse, Je retombe et ne peux me défaire de lui. Sa dent cherche mon cœur, le retourne et le ronge ; Et, tout embarrassé dans des lambeaux de songe, Je meurs. - Ô monstre lourd ! qui donc es-tu ? - L'Ennui.
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Fin du rêve
VOLUPTÉ Déjeuner de soleil Je me meurs Salive Sommeil Sonnez Matines Masque à chloroforme Amour je roule de tout mon long Abime Au fond La descente de lit n'est pas morte Elle bouge en chantant très bas Panthère Panthère Mon corps n'en finit plus sous les rides des draps Un homme à la mer Encre À la dérive.
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Statue
VI. Le soleil s'est couché ce soir dans les nuées ; Demain viendra l'orage, et le soir, et la nuit ; Puis l'aube, et ses clartés de vapeurs obstruées ; Puis les nuits, puis les jours, pas du temps qui s'enfuit ! Tous ces jours passeront ; ils passeront en foule Sur la face des mers, sur la face des monts, Sur les fleuves d'argent, sur les forêts où roule Comme un hymne confus des morts que nous aimons. Et la face des eaux, et le front des montagnes, Ridés et non vieillis, et les bois toujours verts S'iront rajeunissant ; le fleuve des campagnes Prendra sans cesse aux monts le flot qu'il donne aux mers. Mais moi, sous chaque jour courbant plus bas ma tête, Je passe, et, refroidi sous ce soleil joyeux, Je m'en irai bientôt, au milieu de la fête, Sans que rien manque au monde, immense et radieux ! Avril 1829.
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Soleils couchants (VI)
Cette vallée est triste et grise : un froid brouillard Pèse sur elle ; L'horizon est ridé comme un front de vieillard ; Oiseau, gazelle, Prêtez-moi votre vol ; éclair, emporte-moi ! Vite, bien vite, Vers ces plaines du ciel où le printemps est roi, Et nous invite À la fête éternelle, au concert éclatant Qui toujours vibre, Et dont l'écho lointain, de mon cœur palpitant Trouble la fibre. Là, rayonnent, sous l'oeil de Dieu qui les bénit, Des fleurs étranges, Là, sont des arbres où gazouillent comme un nid Des milliers d'anges ; Là, tous les sons rêves, là, toutes les splendeurs Inabordables Forment, par un ***** miraculeux, des chœurs Inénarrables ! Là, des vaisseaux sans nombre, aux cordages de feu Fendent les ondes D'un lac de diamant où se peint le ciel bleu Avec les mondes ; Là, dans les airs charmés, volèrent des odeurs Enchanteresses, Enivrant à la fois les cerveaux et les cœurs De leurs caresses. Des vierges, à la chair phosphorescente, aux yeux Dont l'orbe austère Contient l'immensité sidérale des cieux Et du mystère, Y baisent chastement, comme il sied aux péris, Le saint poète, Qui voit tourbillonner des légions d'esprits Dessus sa tête. L'âme, dans cet Éden, boit à flots l'idéal, Torrent splendide, Qui tombe des hauts lieux et roule son cristal Sans une ride. Ah ! pour me transporter dans ce septième ciel, Moi, pauvre hère, Moi, frêle fils d'Adam, cœur tout matériel, **** de la terre, **** de ce monde impur où le fait chaque jour Détruit le rêve, Où l'or remplace tout, la beauté, l'art, l'amour, Où ne se lève Aucune gloire un peu pure que les siffleurs Ne la déflorent, Où les artistes pour désarmer les railleurs Se déshonorent, **** de ce bagne où, hors le débauché qui dort, Tous sont infâmes, **** de tout ce qui vit, **** des hommes, encor Plus **** des femmes, Aigle, au rêveur hardi, pour l'enlever du sol, Ouvre ton aile ! Éclair, emporte-moi ! Prêtez-moi votre vol, Oiseau, gazelle !
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Aspiration
Cette vallée est triste et grise : un froid brouillard Pèse sur elle ; L'horizon est ridé comme un front de vieillard ; Oiseau, gazelle, Prêtez-moi votre vol ; éclair, emporte-moi ! Vite, bien vite, Vers ces plaines du ciel où le printemps est roi, Et nous invite À la fête éternelle, au concert éclatant Qui toujours vibre, Et dont l'écho lointain, de mon cœur palpitant Trouble la fibre. Là, rayonnent, sous l'oeil de Dieu qui les bénit, Des fleurs étranges, Là, sont des arbres où gazouillent comme un nid Des milliers d'anges ; Là, tous les sons rêves, là, toutes les splendeurs Inabordables Forment, par un ***** miraculeux, des chœurs Inénarrables ! Là, des vaisseaux sans nombre, aux cordages de feu Fendent les ondes D'un lac de diamant où se peint le ciel bleu Avec les mondes ; Là, dans les airs charmés, volèrent des odeurs Enchanteresses, Enivrant à la fois les cerveaux et les cœurs De leurs caresses. Des vierges, à la chair phosphorescente, aux yeux Dont l'orbe austère Contient l'immensité sidérale des cieux Et du mystère, Y baisent chastement, comme il sied aux péris, Le saint poète, Qui voit tourbillonner des légions d'esprits Dessus sa tête. L'âme, dans cet Éden, boit à flots l'idéal, Torrent splendide, Qui tombe des hauts lieux et roule son cristal Sans une ride. Ah ! pour me transporter dans ce septième ciel, Moi, pauvre hère, Moi, frêle fils d'Adam, cœur tout matériel, **** de la terre, **** de ce monde impur où le fait chaque jour Détruit le rêve, Où l'or remplace tout, la beauté, l'art, l'amour, Où ne se lève Aucune gloire un peu pure que les siffleurs Ne la déflorent, Où les artistes pour désarmer les railleurs Se déshonorent, **** de ce bagne où, hors le débauché qui dort, Tous sont infâmes, **** de tout ce qui vit, **** des hommes, encor Plus **** des femmes, Aigle, au rêveur hardi, pour l'enlever du sol, Ouvre ton aile ! Éclair, emporte-moi ! Prêtez-moi votre vol, Oiseau, gazelle !
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Si j'étais la feuille que roule L'aile tournoyante du vent, Qui flotte sur l'eau qui s'écoule, Et qu'on suit de l'oeil en rêvant ; Je me livrerais, fraîche encore, De la branche me détachant, Au zéphyr qui souffle à l'aurore, Au ruisseau qui vient du couchant. Plus **** que le fleuve, qui gronde, Plus **** que les vastes forêts, Plus **** que la gorge profonde, Je fuirais, je courrais, j'irais ! Plus **** que l'antre de la louve, Plus **** que le bois des ramiers, Plus **** que la plaine où l'on trouve Une fontaine et trois palmiers ; Par delà ces rocs qui répandent L'orage en torrent dans les blés, Par delà ce lac morne, où pendent Tant de buissons échevelés ; Plus **** que les terres arides Du chef maure au large ataghan, Dont le front pâle a plus de rides Que la mer un jour d'ouragan. Je franchirais comme la flèche L'étang d'Arta, mouvant miroir, Et le mont dont la cime empêche Corinthe et Mykos de se voir. Comme par un charme attirée, Je m'arrêterais au matin Sur Mykos, la ville carrée, La ville aux coupoles d'étain. J'irais chez la fille du prêtre, Chez la blanche fille à l'oeil noir, Qui le jour chante à sa fenêtre, Et joue à sa porte le soir. Enfin, pauvre feuille envolée, Je viendrais, au gré de mes voeux, Me poser sur son front, mêlée Aux boucles de ses blonds cheveux ; Comme une perruche au pied leste Dans le blé jaune, ou bien encor Comme, dans un jardin céleste, Un fruit vert sur un arbre d'or. Et là, sur sa tête qui penche, Je serais, fût-ce peu d'instants, Plus fière que l'aigrette blanche Au front étoilé des sultans.
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Voeu
Si j'étais la feuille que roule L'aile tournoyante du vent, Qui flotte sur l'eau qui s'écoule, Et qu'on suit de l'oeil en rêvant ; Je me livrerais, fraîche encore, De la branche me détachant, Au zéphyr qui souffle à l'aurore, Au ruisseau qui vient du couchant. Plus **** que le fleuve, qui gronde, Plus **** que les vastes forêts, Plus **** que la gorge profonde, Je fuirais, je courrais, j'irais ! Plus **** que l'antre de la louve, Plus **** que le bois des ramiers, Plus **** que la plaine où l'on trouve Une fontaine et trois palmiers ; Par delà ces rocs qui répandent L'orage en torrent dans les blés, Par delà ce lac morne, où pendent Tant de buissons échevelés ; Plus **** que les terres arides Du chef maure au large ataghan, Dont le front pâle a plus de rides Que la mer un jour d'ouragan. Je franchirais comme la flèche L'étang d'Arta, mouvant miroir, Et le mont dont la cime empêche Corinthe et Mykos de se voir. Comme par un charme attirée, Je m'arrêterais au matin Sur Mykos, la ville carrée, La ville aux coupoles d'étain. J'irais chez la fille du prêtre, Chez la blanche fille à l'oeil noir, Qui le jour chante à sa fenêtre, Et joue à sa porte le soir. Enfin, pauvre feuille envolée, Je viendrais, au gré de mes voeux, Me poser sur son front, mêlée Aux boucles de ses blonds cheveux ; Comme une perruche au pied leste Dans le blé jaune, ou bien encor Comme, dans un jardin céleste, Un fruit vert sur un arbre d'or. Et là, sur sa tête qui penche, Je serais, fût-ce peu d'instants, Plus fière que l'aigrette blanche Au front étoilé des sultans.
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Avec ses nerfs rompus, une main écorchée, Qui marche sans le corps dont elle est arrachée, Crispe ses doigts crochus armés d'ongles de fer Pour me saisir ; des feux pareils aux feux d'enfer Se croisent devant moi ; dans l'ombre, des yeux fauves Rayonnent ; des vautours, à cous rouges et chauves, Battent mon front de l'aile en poussant des cris sourds ; En vain pour me sauver je lève mes pieds lourds, Des flots de plomb fondu subitement les baignent, À des pointes d'acier ils se heurtent et saignent, Meurtris et disloqués ; et mon dos cependant, Ruisselant de sueur, frissonne au souffle ardent De naseaux enflammés, de gueules haletantes : Les voilà, les voilà ! dans mes chairs palpitantes Je sens des becs d'oiseaux avides se plonger, Fouiller profondément, jusqu'aux os me ronger, Et puis des dents de loups et de serpents qui mordent Comme une scie aiguë, et des pinces qui tordent ; Ensuite le sol manque à mes pas chancelants : Un gouffre me reçoit ; sur des rochers brûlants, Sur des pics anguleux que la lune reflète, Tremblant, je roule, roule, et j'arrive squelette. Dans un marais de sang ; bientôt, spectres hideux, Des morts au teint bleuâtre en sortent deux à deux, Et, se penchant vers moi, m'apprennent les mystères Que le trépas révèle aux pâles feudataires De son empire ; alors, étrange enchantement, Ce qui fut moi s'envole, et passe lentement À travers un brouillard couvrant les flèches grêles D'une église gothique aux moresques dentelles. Déchirant une proie enlevée au tombeau, En me voyant venir, tout joyeux, un corbeau Croasse, et, s'envolant aux steppes de l'Ukraine, Par un pouvoir magique à sa suite m'entraîne, Et j'aperçois bientôt, non **** d'un vieux manoir, À l'angle d'un taillis, surgir un gibet noir Soutenant un pendu ; d'effroyables sorcières Dansent autour, et moi, de fureurs carnassières Agité, je ressens un immense désir De broyer sous mes dents sa chair, et de saisir, Avec quelque lambeau de sa peau bleue et verte, Son cœur demi-pourri dans sa poitrine ouverte.
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Cauchemar
Avec ses nerfs rompus, une main écorchée, Qui marche sans le corps dont elle est arrachée, Crispe ses doigts crochus armés d'ongles de fer Pour me saisir ; des feux pareils aux feux d'enfer Se croisent devant moi ; dans l'ombre, des yeux fauves Rayonnent ; des vautours, à cous rouges et chauves, Battent mon front de l'aile en poussant des cris sourds ; En vain pour me sauver je lève mes pieds lourds, Des flots de plomb fondu subitement les baignent, À des pointes d'acier ils se heurtent et saignent, Meurtris et disloqués ; et mon dos cependant, Ruisselant de sueur, frissonne au souffle ardent De naseaux enflammés, de gueules haletantes : Les voilà, les voilà ! dans mes chairs palpitantes Je sens des becs d'oiseaux avides se plonger, Fouiller profondément, jusqu'aux os me ronger, Et puis des dents de loups et de serpents qui mordent Comme une scie aiguë, et des pinces qui tordent ; Ensuite le sol manque à mes pas chancelants : Un gouffre me reçoit ; sur des rochers brûlants, Sur des pics anguleux que la lune reflète, Tremblant, je roule, roule, et j'arrive squelette. Dans un marais de sang ; bientôt, spectres hideux, Des morts au teint bleuâtre en sortent deux à deux, Et, se penchant vers moi, m'apprennent les mystères Que le trépas révèle aux pâles feudataires De son empire ; alors, étrange enchantement, Ce qui fut moi s'envole, et passe lentement À travers un brouillard couvrant les flèches grêles D'une église gothique aux moresques dentelles. Déchirant une proie enlevée au tombeau, En me voyant venir, tout joyeux, un corbeau Croasse, et, s'envolant aux steppes de l'Ukraine, Par un pouvoir magique à sa suite m'entraîne, Et j'aperçois bientôt, non **** d'un vieux manoir, À l'angle d'un taillis, surgir un gibet noir Soutenant un pendu ; d'effroyables sorcières Dansent autour, et moi, de fureurs carnassières Agité, je ressens un immense désir De broyer sous mes dents sa chair, et de saisir, Avec quelque lambeau de sa peau bleue et verte, Son cœur demi-pourri dans sa poitrine ouverte.
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Vous avez un regard singulier et charmant ; Comme la lune au fond du lac qui la reflète, Votre prunelle, où brille une humide paillette, Au coin de vos doux yeux roule languissamment ; Ils semblent avoir pris ses feux au diamant ; Ils sont de plus belle eau qu'une perle parfaite, Et vos grands cils émus, de leur aile inquiète, Ne voilent qu'à demi leur vif rayonnement. Mille petits amours, à leur miroir de flamme, Se viennent regarder et s'y trouvent plus beaux, Et les désirs y vont rallumer leurs flambeaux. Ils sont si transparents, qu'ils laissent voir votre âme, Comme une fleur céleste au calice idéal Que l'on apercevrait à travers un cristal.
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À deux beaux yeux
Rubens, fleuve d'oubli, jardin de la paresse, Oreiller de chair fraîche où l'on ne peut aimer, Mais où la vie afflue et s'agite sans cesse, Comme l'air dans le ciel et la mer dans la mer ; Léonard de Vinci, miroir profond et sombre, Où des anges charmants, avec un doux souris Tout chargé de mystère, apparaissent à l'ombre Des glaciers et des pins qui ferment leur pays, Rembrandt, triste hôpital tout rempli de murmures, Et d'un grand crucifix décoré seulement, Où la prière en pleurs s'exhale des ordures, Et d'un rayon d'hiver traversé brusquement ; Michel-Ange, lieu vague où l'on voit des Hercules Se mêler à des Christs, et se lever tout droits Des fantômes puissants qui dans les crépuscules Déchirent leur suaire en étirant leurs doigts ; Colères de boxeur, impudences de faune, Toi qui sus ramasser la beauté des goujats, Grand coeur gonflé d'orgueil, homme débile et jaune, Puget, mélancolique empereur des forçats, Watteau, ce carnaval où bien des coeurs illustres, Comme des papillons, errent en flamboyant, Décors frais et légers éclairés par des lustres Qui versent la folie à ce bal tournoyant ; Goya, cauchemar plein de choses inconnues, De foetus qu'on fait cuire au milieu des sabbats, De vieilles au miroir et d'enfants toutes nues, Pour tenter les démons ajustant bien leurs bas ; Delacroix, lac de sang hanté des mauvais anges, Ombragé par un bois de sapins toujours vert, Où, sous un ciel chagrin, des fanfares étranges Passent, comme un soupir étouffé de Weber ; Ces malédictions, ces blasphèmes, ces plaintes, Ces extases, ces cris, ces pleurs, ces Te Deum, Sont un écho redit par mille labyrinthes ; C'est pour les coeurs mortels un divin ***** ! C'est un cri répété par mille sentinelles, Un ordre renvoyé par mille porte-voix ; C'est un phare allumé sur mille citadelles, Un appel de chasseurs perdus dans les grands bois ! Car c'est vraiment, Seigneur, le meilleur témoignage Que nous puissions donner de notre dignité Que cet ardent sanglot qui roule d'âge en âge Et vient mourir au bord de votre éternité !
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Les phares
Rubens, fleuve d'oubli, jardin de la paresse, Oreiller de chair fraîche où l'on ne peut aimer, Mais où la vie afflue et s'agite sans cesse, Comme l'air dans le ciel et la mer dans la mer ; Léonard de Vinci, miroir profond et sombre, Où des anges charmants, avec un doux souris Tout chargé de mystère, apparaissent à l'ombre Des glaciers et des pins qui ferment leur pays, Rembrandt, triste hôpital tout rempli de murmures, Et d'un grand crucifix décoré seulement, Où la prière en pleurs s'exhale des ordures, Et d'un rayon d'hiver traversé brusquement ; Michel-Ange, lieu vague où l'on voit des Hercules Se mêler à des Christs, et se lever tout droits Des fantômes puissants qui dans les crépuscules Déchirent leur suaire en étirant leurs doigts ; Colères de boxeur, impudences de faune, Toi qui sus ramasser la beauté des goujats, Grand coeur gonflé d'orgueil, homme débile et jaune, Puget, mélancolique empereur des forçats, Watteau, ce carnaval où bien des coeurs illustres, Comme des papillons, errent en flamboyant, Décors frais et légers éclairés par des lustres Qui versent la folie à ce bal tournoyant ; Goya, cauchemar plein de choses inconnues, De foetus qu'on fait cuire au milieu des sabbats, De vieilles au miroir et d'enfants toutes nues, Pour tenter les démons ajustant bien leurs bas ; Delacroix, lac de sang hanté des mauvais anges, Ombragé par un bois de sapins toujours vert, Où, sous un ciel chagrin, des fanfares étranges Passent, comme un soupir étouffé de Weber ; Ces malédictions, ces blasphèmes, ces plaintes, Ces extases, ces cris, ces pleurs, ces Te Deum, Sont un écho redit par mille labyrinthes ; C'est pour les coeurs mortels un divin ***** ! C'est un cri répété par mille sentinelles, Un ordre renvoyé par mille porte-voix ; C'est un phare allumé sur mille citadelles, Un appel de chasseurs perdus dans les grands bois ! Car c'est vraiment, Seigneur, le meilleur témoignage Que nous puissions donner de notre dignité Que cet ardent sanglot qui roule d'âge en âge Et vient mourir au bord de votre éternité !
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Que j'aime voir, chère indolente, De ton corps si beau, Comme une étoffe vacillante, Miroiter la peau ! Sur ta chevelure profonde Aux âcres parfums, Mer odorante et vagabonde Aux flots bleus et bruns, Comme un navire qui s'éveille Au vent du matin, Mon âme rêveuse appareille Pour un ciel lointain. Tes yeux, où rien ne se révèle De doux ni d'amer, Sont deux bijoux froids où se mêle L'or avec le fer. A te voir marcher en cadence, Belle d'abandon, On dirait un serpent qui danse Au bout d'un bâton. Sous le fardeau de ta paresse Ta tête d'enfant Se balance avec la mollesse D'un jeune éléphant, Et ton corps se penche et s'allonge Comme un fin vaisseau Qui roule bord sur bord et plonge Ses vergues dans l'eau. Comme un flot grossi par la fonte Des glaciers grondants, Quand l'eau de ta bouche remonte Au bord de tes dents, Je crois boire un vin de Bohême, Amer et vainqueur, Un ciel liquide qui parsème D'étoiles mon coeur !
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Le serpent qui danse
Le bruit des cabarets, la fange du trottoir, Les platanes déchus s'effeuillant dans l'air noir, L'omnibus, ouragan de ferraille et de boues, Qui grince, mal assis entre ses quatre roues, Et roule ses yeux verts et rouges lentement, Les ouvriers allant au club, tout en fumant Leur brûle-gueule au nez des agents de police, Toits qui dégouttent, murs suintants, pavé qui glisse, Bitume défoncé, ruisseaux comblant l'égout, Voilà ma route - avec le paradis au bout.
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Le bruit des cabarets, la fange du trottoir
Sur la bruyère arrosée De rosée ; Sur le buisson d'églantier ; Sur les ombreuses futaies ; Sur les haies Croissant au bord du sentier ; Sur la modeste et petite Marguerite, Qui penche son front rêvant ; Sur le seigle, verte houle Qui déroule Le caprice ailé du vent ; Sur les prés, sur la colline Qui s'incline Vers le champ bariolé De pittoresques guirlandes ; Sur les landes ; Sur le grand orme isolé, La demoiselle se berce ; Et s'il perce Dans la brume, au bord du ciel, Un rayon d'or qui scintille, Elle brille Comme un regard d'Ariel. Traversant, près des charmilles, Les familles Des bourdonnants moucherons, Elle se mêle à leur ronde Vagabonde, Et comme eux décrit des ronds. Bientôt elle vole et joue Sur la roue Du jet d'eau qui, s'élançant Dans les airs, retombe, roule Et s'écoule En un ruisseau bruissant. Plus rapide que la brise, Elle frise, Dans son vol capricieux, L'eau transparente où se mire Et s'admire Le saule au front soucieux ; Où, s'entr'ouvrant blancs et jaunes, Près des aunes, Les deux nénuphars en fleurs, Au gré du flot qui gazouille Et les mouille, Étalent leurs deux couleurs ; Où se baigne le nuage ; Où voyage Le ciel d'été souriant ; Où le soleil plonge, tremble, Et ressemble Au beau soleil d'Orient. Et quand la grise hirondelle Auprès d'elle Passe, et ride à plis d'azur, Dans sa chasse circulaire, L'onde claire, Elle s'enfuit d'un vol sûr. Bois qui chantent, fraîches plaines D'odeurs pleines, Lacs de moire, coteaux bleus, Ciel où le nuage passe, Large espace, Monts aux rochers anguleux, Voilà l'immense domaine Où promène Ses caprices, fleur des airs, La demoiselle nacrée, Diaprée De reflets roses et verts. Dans son étroite famille, Quelle fille N'a pas vingt fois souhaité, Rêveuse, d'être comme elle Demoiselle, Demoiselle en liberté ?
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La demoiselle
Sur la bruyère arrosée De rosée ; Sur le buisson d'églantier ; Sur les ombreuses futaies ; Sur les haies Croissant au bord du sentier ; Sur la modeste et petite Marguerite, Qui penche son front rêvant ; Sur le seigle, verte houle Qui déroule Le caprice ailé du vent ; Sur les prés, sur la colline Qui s'incline Vers le champ bariolé De pittoresques guirlandes ; Sur les landes ; Sur le grand orme isolé, La demoiselle se berce ; Et s'il perce Dans la brume, au bord du ciel, Un rayon d'or qui scintille, Elle brille Comme un regard d'Ariel. Traversant, près des charmilles, Les familles Des bourdonnants moucherons, Elle se mêle à leur ronde Vagabonde, Et comme eux décrit des ronds. Bientôt elle vole et joue Sur la roue Du jet d'eau qui, s'élançant Dans les airs, retombe, roule Et s'écoule En un ruisseau bruissant. Plus rapide que la brise, Elle frise, Dans son vol capricieux, L'eau transparente où se mire Et s'admire Le saule au front soucieux ; Où, s'entr'ouvrant blancs et jaunes, Près des aunes, Les deux nénuphars en fleurs, Au gré du flot qui gazouille Et les mouille, Étalent leurs deux couleurs ; Où se baigne le nuage ; Où voyage Le ciel d'été souriant ; Où le soleil plonge, tremble, Et ressemble Au beau soleil d'Orient. Et quand la grise hirondelle Auprès d'elle Passe, et ride à plis d'azur, Dans sa chasse circulaire, L'onde claire, Elle s'enfuit d'un vol sûr. Bois qui chantent, fraîches plaines D'odeurs pleines, Lacs de moire, coteaux bleus, Ciel où le nuage passe, Large espace, Monts aux rochers anguleux, Voilà l'immense domaine Où promène Ses caprices, fleur des airs, La demoiselle nacrée, Diaprée De reflets roses et verts. Dans son étroite famille, Quelle fille N'a pas vingt fois souhaité, Rêveuse, d'être comme elle Demoiselle, Demoiselle en liberté ?
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Ce nuage est bien noir : - sur le ciel il se roule, Comme sur les galets de la côte une houle. L'ouragan l'éperonne, il s'avance à grands pas. - A le voir ainsi fait, on dirait, n'est-ce pas ? Un beau cheval arabe, à la crinière brune, Qui court et fait voler les sables de la dune. Je crois qu'il va pleuvoir : - la bise ouvre ses flancs, Et par la déchirure il sort des éclairs blancs. Rentrons. - Au bord des toits la frêle girouette D'une minute à l'autre en grinçant pirouette, Le martinet, sentant l'orage, près du sol Afin de l'éviter rabat son léger vol ; - Des arbres du jardin les cimes tremblent toutes. La pluie ! - Oh ! voyez donc comme les larges gouttes Glissent de feuille en feuille et passent à travers La tonnelle fleurie et les frais arceaux verts ! Des marches du perron en longues cascatelles, Voyez comme l'eau tombe, et de blanches dentelles Borde les frontons gris ! - Dans les chemins sablés, Les ruisseaux en torrents subitement gonflés Avec leurs flots boueux mêlés de coquillages Entraînent sans pitié les fleurs et les feuillages ; Tout est perdu : - Jasmins aux pétales nacrés, Belles-de-nuit fuyant l'astre aux rayons dorés, Volubilis chargés de cloches et de vrilles, Roses de tous pays et de toutes famines, Douces filles de Juin, frais et riant trésor ! La mouche que l'orage arrête en son essor, Le faucheux aux longs pieds et la fourmi se noient Dans cet autre océan dont les vagues tournoient. - Que faire de soi-même et du temps, quand il pleut Comme pour un nouveau déluge, et qu'on ne peut Aller voir ses amis et qu'il faut qu'on demeure ? Les uns prennent un livre en main afin que l'heure Hâte son pas boiteux, et dans l'éternité Plonge sans peser trop sur leur oisiveté ; Les autres gravement font de la politique, Sur l'ouvrage du jour exercent leur critique ; Ceux-ci causent entre eux de chiens et de chevaux, De femmes à la mode et d'opéras nouveaux ; Ceux-là du coin de l'oeil se mirent dans la glace, Débitent des fadeurs, des bons mots à la glace, Ou, du binocle armés, regardent un tableau. - Moi, j'écoute le son de l'eau tombant dans l'eau.
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Pluie
Ce nuage est bien noir : - sur le ciel il se roule, Comme sur les galets de la côte une houle. L'ouragan l'éperonne, il s'avance à grands pas. - A le voir ainsi fait, on dirait, n'est-ce pas ? Un beau cheval arabe, à la crinière brune, Qui court et fait voler les sables de la dune. Je crois qu'il va pleuvoir : - la bise ouvre ses flancs, Et par la déchirure il sort des éclairs blancs. Rentrons. - Au bord des toits la frêle girouette D'une minute à l'autre en grinçant pirouette, Le martinet, sentant l'orage, près du sol Afin de l'éviter rabat son léger vol ; - Des arbres du jardin les cimes tremblent toutes. La pluie ! - Oh ! voyez donc comme les larges gouttes Glissent de feuille en feuille et passent à travers La tonnelle fleurie et les frais arceaux verts ! Des marches du perron en longues cascatelles, Voyez comme l'eau tombe, et de blanches dentelles Borde les frontons gris ! - Dans les chemins sablés, Les ruisseaux en torrents subitement gonflés Avec leurs flots boueux mêlés de coquillages Entraînent sans pitié les fleurs et les feuillages ; Tout est perdu : - Jasmins aux pétales nacrés, Belles-de-nuit fuyant l'astre aux rayons dorés, Volubilis chargés de cloches et de vrilles, Roses de tous pays et de toutes famines, Douces filles de Juin, frais et riant trésor ! La mouche que l'orage arrête en son essor, Le faucheux aux longs pieds et la fourmi se noient Dans cet autre océan dont les vagues tournoient. - Que faire de soi-même et du temps, quand il pleut Comme pour un nouveau déluge, et qu'on ne peut Aller voir ses amis et qu'il faut qu'on demeure ? Les uns prennent un livre en main afin que l'heure Hâte son pas boiteux, et dans l'éternité Plonge sans peser trop sur leur oisiveté ; Les autres gravement font de la politique, Sur l'ouvrage du jour exercent leur critique ; Ceux-ci causent entre eux de chiens et de chevaux, De femmes à la mode et d'opéras nouveaux ; Ceux-là du coin de l'oeil se mirent dans la glace, Débitent des fadeurs, des bons mots à la glace, Ou, du binocle armés, regardent un tableau. - Moi, j'écoute le son de l'eau tombant dans l'eau.
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Lorsque l'on est monté jusqu'au nid des aiglons, Et que l'on voit, sous soi, les plus fiers mamelons Se fondre et s'effacer au flanc de la montagne, Et, comme un lac, bleuir tout au fond la campagne, On s'aperçoit enfin qu'on grimperait mille ans, Tant que la chair tiendrait à vos talons sanglants, Sans approcher du ciel qui toujours se recule, Et qu'on n'est, après tout, qu'un Titan ridicule. On n'est plus dans le monde, on n'est pas dans les cieux, Et des fantômes vains dansent devant vos yeux. Le silence est profond ; la chanson de la terre Ne vient pas jusqu'à vous, et la voix du tonnerre Qui roule sous vos pieds, semble le bâillement Du Brocken, ennuyé de son désœuvrement. Votre cri, sans trouver d'écho qui le répète, S'éteint subitement sous la voûte muette ; C'est un calme sinistre, on n'entend pas encore Les violes d'amour et les cithares d'or, Car le ciel est bien haut et l'échelle est petite ; Votre guide, effrayé, redescend et vous quitte, Et, roulant une larme au fond de son œil bleu, La dernière des fleurs vous jette son adieu. La neige cependant descend silencieuse, Et, sous ses fils d'argent, la lune soucieuse Apparaît à côté d'un soleil sans rayons ; Le ciel est tout rayé de ses pâles sillons, Et la mort, dans ses doigts, tordant ce fil qui tombe, Vous tisse un blanc linceul pour votre froide tombe.
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Montée sur le Brocken
Pour boire dessus l'herbe tendre Je veux sous un laurier m'étendre, Et veux qu'Amour, d'un petit brin Ou de lin ou de chènevière Trousse au flanc sa robe légère, Et, mi-nue, me verse du vin. L'incertaine vie de l'homme De jour en jour se roule comme Aux rives se roulent les flots : Puis après notre heure dernière Rien de nous ne reste en la bière Qu'une vieille carcasse d'os. Je ne veux, selon la coutume, Que d'encens ma tombe on parfume, Ni qu'on y verse des odeurs ; Mais tandis que je suis en vie, J'ai de me parfumer envie, Et de me couronner de fleurs, De moi-même je me veux faire L'héritier pour me satisfaire ; Je ne veux vivre pour autrui. Fol le Pélican qui se blesse Pour les siens, et fol qui se laisse Pour les siens travailler d'ennui.
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Pour boire dessus l'herbe tendre
Souvent, à la clarté rouge d'un réverbère Dont le vent bat la flamme et tourmente le verre, Au coeur d'un vieux faubourg, labyrinthe fangeux Où l'humanité grouille en ferments orageux, On voit un chiffonnier qui vient, hochant la tête Butant, et se cognant aux murs comme un poète, Et sans prendre souci des mouchards, ses sujets, Épanche tout son coeur en glorieux projets. Il prête des serments, dicte des lois sublimes, Terrasse les méchants, relève les victimes, Et sous le firmament comme un dais suspendu S'enivre des splendeurs de sa propre vertu. Oui, ces gens harcelés de chagrins de ménage, Moulus par le travail et tourmentés par l'âge, Éreintés et pliant sous un tas de débris, Vomissement confus de l'énorme Paris, Reviennent, parfumés d'une odeur de futailles, Suivis de compagnons, blanchis dans les batailles Dont la moustache pend comme les vieux drapeaux. Les bannières, les fleurs et les arcs triomphaux Se dressent devant eux, solennelle magie ! Et dans l'étourdissante et lumineuse orgie Des clairons, du soleil, des cris et du tambour, Ils apportent la gloire au peuple ivre d'amour ! C'est ainsi qu'à travers l'Humanité frivole Le vin roule de l'or, éblouissant Pactole ; Par le gosier de l'homme il chante ses exploits Et règne par ses dons ainsi que les vrais rois. Pour noyer la rancoeur et bercer l'indolence De tous ces vieux maudits qui meurent en silence, Dieu, touché de remords, avait fait le sommeil ; L'Homme ajouta le Vin, fils sacré du Soleil !
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Le vin des chiffonniers
Souvent, à la clarté rouge d'un réverbère Dont le vent bat la flamme et tourmente le verre, Au coeur d'un vieux faubourg, labyrinthe fangeux Où l'humanité grouille en ferments orageux, On voit un chiffonnier qui vient, hochant la tête Butant, et se cognant aux murs comme un poète, Et sans prendre souci des mouchards, ses sujets, Épanche tout son coeur en glorieux projets. Il prête des serments, dicte des lois sublimes, Terrasse les méchants, relève les victimes, Et sous le firmament comme un dais suspendu S'enivre des splendeurs de sa propre vertu. Oui, ces gens harcelés de chagrins de ménage, Moulus par le travail et tourmentés par l'âge, Éreintés et pliant sous un tas de débris, Vomissement confus de l'énorme Paris, Reviennent, parfumés d'une odeur de futailles, Suivis de compagnons, blanchis dans les batailles Dont la moustache pend comme les vieux drapeaux. Les bannières, les fleurs et les arcs triomphaux Se dressent devant eux, solennelle magie ! Et dans l'étourdissante et lumineuse orgie Des clairons, du soleil, des cris et du tambour, Ils apportent la gloire au peuple ivre d'amour ! C'est ainsi qu'à travers l'Humanité frivole Le vin roule de l'or, éblouissant Pactole ; Par le gosier de l'homme il chante ses exploits Et règne par ses dons ainsi que les vrais rois. Pour noyer la rancoeur et bercer l'indolence De tous ces vieux maudits qui meurent en silence, Dieu, touché de remords, avait fait le sommeil ; L'Homme ajouta le Vin, fils sacré du Soleil !
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