"presse" poems
I presse not to the Quire, nor dare I greet
The holy Place with my unhallow’d feet:
My unwasht Muse pollutes not things Divine,
Nor mingles her prophaner notes with thine;
Here, humbly at the Porch, she listning stayes,
And with glad eares ***** in thy Sacred Layes.
So, devout Penitents of old were wont,
Some without doore, and some beneath the Font,
To stand and heare the Churches Liturgies,
Yet not assist the solemne Exercise.
Sufficeth her, that she a Lay-place gaine,
To trim thy Vestments, or but beare thy traine:
Though nor in Tune, nor Wing, She reach thy Larke,
Her Lyricke feet may dance before the Arke.
Who knowes, but that Her wandring eyes, that run
Now hunting Glow-wormes, may adore the Sun.
A pure Flame may, shot by Almighty Power
Into my brest, the earthy flame devoure:
My Eyes, in Penitentiall dew may steepe
That bryne, which they for sensuall love did weepe:
So (though ‘gainst Natures course) fire may be quencht
With fire, and water be with water drencht.
Perhaps, my restlesse Soule, tyr’d with pursuit
Of mortall beautie, seeking without fruit
Contentment there; which hath not, when enjoy’d,
Quencht all her thirst, nor satisfi’d, though cloy’d;
Weary of her vaine search below, above
In the first Faire may find th’ immortall Love.
Prompted by thy Example then, no more
In moulds of Clay will I my God adore;
But teare those Idols from my Heart, and Write
What his blest Sp’rit, not fond Love, shall endite.
Then, I no more shall court the Verdant Bay,
But the dry leavelesse Trunk on Golgotha:
And rather strive to gaine from thence one Thorne,
Then all the flourishing Wreathes by Laureats worne.
2.3k
Det var et paradigmeskift dengang,
den tirsdag
for så længe siden, at kun jeg selv husker det alt for godt.
Jeg ved nu, at livet ville have været rosenlet uden dig - uden mig.
Det ville være lettere, hvis ikke mine øjne var så blå og mine følelser så punkterede af verdens forventninger.
Jeg ville dog stadig ønske, at jeg ikke kunne finde min krop
forvildet i et virvar af liv, jeg ikke er en del af.
Ville ønske at kunne skære stykke for stykke af min krop
sammen med byrde for byrde, til der ikke var mere tilbage end
ben, lukkede døre og sterile lejer, hvor biedermeier kulturen ville herske uden at ærgre mig,
at du ikke ville stå ved siden af og flå mig indefra, presse mig:
For jeg kan jo ikke - vi kan jo ikke, du og jeg.
Der blev stille, for du sagde ikke noget.
Alligevel er fristelsen for stor, og du trykkede ekstra hårdt på venerne, der svulmede op og lyste, som var der netop gennemskuet inkurabel cancer.
Hvis bare jeg kunne pakkes ind i velour
og glemme dagene
og græde lidt mere
og binde sløjfer langs min rygsøjle med mine blå vinternegle i maj.
Feb 13, 2015
Feb 13, 2015 at 1:09 PM UTC
Adieu pour toujours,
Mes amours ;
Ne pleure pas,
Tes pleurs ont trop d'appas !
Presse encor ma main ;
Mais, demain,
Il aura fui,
Le bonheur d'aujourd'hui.
Quand une fleur
Va perdre sa couleur,
On n'y doit plus
De regrets superflus :
Et le flambeau,
Dont l'éclat fut si beau,
Quand il s'éteint,
Cède au froid qui l'atteint.
Adieu pour toujours,
Mes amours ;
Ne pleure pas,
Tes pleurs ont trop d'appas !
Presse encor ma main ;
Mais, demain,
Il aura fui,
Le bonheur d'aujourd'hui.
Ton doux regard
M'éclaira par hasard ;
Et dans mes yeux
Il répandit les cieux :
Dès ce moment,
Si fatal... si charmant,
Mon cœur perdu
Ne me fut pas rendu !
Adieu pour toujours,
Mes amours ;
Ne pleure pas,
Tes pleurs ont trop d'appas !
Presse encor ma main ;
Mais, demain,
Il aura fui,
Le bonheur d'aujourd'hui.
1.6k
Mon Père, ce grand Chêne,
Je le croyais indéracinable, en ses terres,
Comme ce chêne Corse, sur la roche, poussé.
Il nous semblait si grand, il paraissait si fort,
Si longtemps résistant aux grands vents de la vie,
Sous les châtaigneraies et parmi les bruyères,
Il marchait, puis rêvait.
Parfois, il m'amenait, dans son refuge,
y faisait provision de «corned-beef» et de lait
en boite "gloria", et aussi de «bastelles»,
et ces repas hâtifs me semblaient un festin.
Mais plus que tout, je goûtais si belle liberté.
Disparues les contraintes.
D'un pas de montagnard, il nous menait, souvent,
En ces lieux de granit, qui semblaient son domaine.
Il me mit dans les mains, sa fine carabine,
dont j'aimais le canon à l’acier effilé ;
mais avant que je presse, le geai était parti.
Il ne me gronda pas.
Le soir, si peu dormeurs, avec Régis, mon frère,
dans la chambre aux obus, des tués de quatorze,
dont un panier d'osier exhalait tant les truites,
Nous le savions dormir dans la chambre à côté,
nous ne cherchions pas trop, sommeil prompt à venir.
Je lisais de vieux livre.
Et puis nous descendions, furtifs vers la rivière,
encaissé dans les roches le «Fiume grosso» grondait.
Mon père nous racontait qu'il y avait dormi
avec quelques amis, à la flambée des feux.
Et le bruit lancinant était une musique
qui malgré le soleil nous tenait éveillé.
Magie des eaux profondes.
Quand un jour de détresse, je perdis «Nils le prince»
ressentant mon chagrin, il me facilita
L’achat d'un jeune chien, je l'ai encore au cœur,
ce cadeau si exquis, qui fut baume sur plaie
Merci de m'avoir fait, ce présent plein d'amour.
La tendresse d'un père.
Il vécut si longtemps, que je ne prêtais guère,
attention au torrent qui se faisait ruisseau,
aux blancs cheveux venus, au dos un peu voûté,
tant les fils ont besoin de croire invincible
Le père qui fut grand à l’aube de leurs vies.
Besoin de protection.
Un père est une force qui paraît infinie
pour le jeune enfant qui en a tant besoin
peut être imaginaire, qui soutient et le guide.
Alors devenu homme, il découvre un soir
que le chêne vacille, s'appuie sur une canne.
Il est désormais seul.
Paul d'Aubin – Toulouse,
«Poésie élégiaque»,
En l'honneur de son père André Dominique,
dit, Candria », décédé le 29 novembre 2010.»
Oct 31, 2013
Oct 31, 2013 at 2:41 PM UTC
Au temps
Au temps où l'on va toujours plus vite, pour en gagner
Autant de temps à perdre devant la télé
Quand les pieds d'argile ont des chaussures en croco
Au temps de la guerre des égos
À celui passé à l'usine, qui roule sa bosse
Quand c'est tout ce qu'on apprends à nos gosses
Fais de l'argent, entres dans le moule
À l'heure où notre joli navire coule
Quand les recherches les plus subventionnées sont militaires
Quand l'homme avance un pas en avant, deux pas en arrière
Quand on a plus que jamais tous du sang sur nos doigts
Là où on trouve moins d'eau que de soda
À l'heure des strings et des braguettes
Quand la pucelle à honte de l'être
Quand on fait l'amour à des images, à du kevlar
À l'heure où l'art fait sa pute, et au street art
Aux endettés que le temps presse
Aux laodicéens qui pensent boire de l'eau fraiche
Au temps passé en emmenant nos valeurs
Au temps modernes, au temps perdu, au temps qui fait peur
Au temps qui veut m'arracher ce que j'ai de plus précieux
Ma sauvagerie, ma liberté, comme la prunelle de mes yeux
Au temps, à ses aiguilles qu'on ne peut casser,
Qui passent sur nous comme on laboure un champ
Plient et tâchent une peau tant de fois griffée,
Puis laissent à nos yeux que le blanc
Au temps qui nous abimes, qui passe et nous emporte l'un après l'autre
Au temps des idoles et des rois, au temps des apôtres
Au temps qui passe et estompe nos mirages
Qui file tout le temps, qui jauni nos images
Qui nous vieilli, nous flétris, nous habitue
Qui nous ternis, nous aigris, puis qui nous tue.
Au temps qui ne s'est pas passé comme prévu
Aux tremblotants, au temps qui nous fait perdre la vue
Aux palpitants qui s'arrêtent
Aux pétillants qui naissent
À ceux qui ont tant passé à contre courant, au monuments
Qui résistent contre le vent, qui malgré tout et pour autant
Au temps.
Jul 6, 2014
Jul 6, 2014 at 2:13 PM UTC
Ma douce main de maîtresse et d'amant
Passe et rit sur ta chère chair en fête,
Rit et jouit de ton jouissement.
Pour la servir tu sais bien qu'elle est faite,
Et ton beau corps faut que je le dévête
Pour l'enivrer sans fin d'un art nouveau
Toujours dans la caresse toujours prête.
Je suis pareil à la grande Sappho.
Laisse ma tête errant et s'abîmant
À l'aventure, un peu farouche, en quête
D'ombre et d'odeur et d'un travail charmant
Vers les saveurs de ta gloire secrète.
Laisse rôder l'âme de ton poète
Partout par là, champ ou bois, mont ou vau,
Comme tu veux et si je le souhaite.
Je suis pareil à la grande Sappho.
Je presse alors tout ton corps goulûment,
Toute ta chair contre mon corps d'athlète
Qui se bande et s'amollit par moment,
Heureux du triomphe et de la défaite
En ce conflit du cœur et de la tête.
Pour la stérile étreinte où le cerveau
Vient faire enfin la nature complète
Je suis pareil à la grande Sappho.
Envoi
Prince ou princesse, honnête ou malhonnête,
Qui qu'en grogne et quel que soit son niveau,
Trop su poète ou divin proxénète,
Je suis pareil à la grande Sappho.
1k
Ce doit être bon de mourir,
D'expirer, oui, de rendre l'âme,
De voir enfin les cieux s'ouvrir ;
Oui, bon de rejeter sa flamme
Hors d'un corps las qui va pourrir ;
Oui, ce doit être bon, Madame,
Ce doit être bon de mourir !
Bon, comme de faire l'amour,
L'amour avec vous, ma Mignonne,
Oui, la nuit, au lever du jour,
Avec ton âme qui rayonne,
Ton corps royal comme une cour ;
Ce doit être bon, ma Mignonne,
Oui, comme de faire l'amour ;
Bon, comme alors que bat mon cœur,
Pareil au tambour qui défile,
Un tambour qui revient vainqueur,
D'arracher le voile inutile
Que retenait ton doigt moqueur,
De t'emporter comme une ville
Sous le feu roulant de mon cœur ;
De faire s'étendre ton corps,
Dont le soupirail s'entrebâille.
Dans de délicieux efforts,
Ainsi qu'une rose défaille
Et va se fondre en parfums forts,
Et doux, comme un beau feu de paille ;
De faire s'étendre ton corps ;
De faire ton âme jouir,
Ton âme aussi belle à connaître,
Que tout ton corps à découvrir ;
De regarder par la fenêtre
De tes yeux ton amour fleurir,
Fleurir dans le fond de ton être
De faire ton âme jouir ;
D'être à deux une seule fleur,
Fleur hermaphrodite, homme et femme,
De sentir le pistil en pleur,
Sous l'étamine toute en flamme,
Oui d'être à deux comme une fleur,
Une grande fleur qui se pâme,
Qui se pâme dans la chaleur.
Oui, bon, comme de voir tes yeux
Humides des pleurs de l'ivresse,
Quand le double jeu sérieux
Des langues que la bouche presse,
Fait se révulser jusqu'aux cieux,
Dans l'appétit de la caresse,
Les deux prunelles de tes yeux ;
De jouir des mots que ta voix
Me lance, comme des flammèches,
Qui, me brûlant comme tes doigts,
M'entrent au cœur comme des flèches,
Tandis que tu mêles ta voix
Dans mon oreille que tu lèches,
À ton souffle chaud que je bois ;
Comme de mordre tes cheveux,
Ta toison brune qui ruisselle,
Où s'étalent tes flancs nerveux,
Et d'empoigner les poils de celle
La plus secrète que je veux,
Avec les poils de ton aisselle,
Mordiller comme tes cheveux ;
D'étreindre délicatement
Tes flancs nus comme pour des luttes,
D'entendre ton gémissement
Rieur comme ce chant des flûtes,
Auquel un léger grincement
Des dents se mêle par minutes,
D'étreindre délicatement,
De presser ta croupe en fureur
Sous le désir qui la cravache
Comme une jument d'empereur,
Tes seins où ma tête se cache
Dans la délicieuse horreur
Des cris que je... que je t'arrache
Du fond de ta gorge en fureur ;
Ce doit être bon de mourir,
Puisque faire ce que l'on nomme
L'amour, impérieux plaisir
De la femme mêlée à l'homme,
C'est doux à l'instant de jouir,
C'est bon, dis-tu, c'est bon... oui... comme,
Comme si l'on allait mourir ?
1.1k
Dans Venise la rouge,
Pas un bateau qui bouge ;
Pas un pêcheur dans l'eau,
Pas un falot.
Seul, assis à la grève,
Le grand lion soulève,
Sur l'horizon serein,
Son pied d'airain.
Autour de lui, par groupes,
Navires et chaloupes,
Pareils à des hérons
Couchés en ronds,
Dorment sur l'eau qui fume,
Et croisent dans la brume,
En légers tourbillons,
Leurs pavillons.
La lune qui s'efface
Couvre son front qui passe
D'un nuage étoilé
Demi-voilé.
Ainsi, la dame abbesse
De Sainte-Croix rabaisse
Sa cape aux larges plis
Sur son surplis.
Et les palais antiques,
Et les graves portiques,
Et les blancs escaliers.
Des chevaliers,
Et les ponts, et les rues,
Et les mornes statues,
Et le golfe mouvant
Qui tremble au vent,
Tout se tait, fors les gardes
Aux longues hallebardes,
Qui veillent aux créneaux
Des arsenaux.
- Ah ! maintenant plus d'une
Attend, au clair de lune,
Quelque jeune muguet,
L'oreille au guet.
Pour le bal qu'on prépare,
Plus d'une qui se pare,
Met devant son miroir
Le masque noir.
Sur sa couche embaumée,
La Vanina pâmée
Presse encor son amant,
En s'endormant ;
Et Narcisa, la folle,
Au fond de sa gondole,
S'oublie en un festin
Jusqu'au matin.
Et qui, dans l'Italie,
N'a son grain de folie ?
Qui ne garde aux amours
Ses plus beaux jours ?
Laissons la vieille horloge,
Au palais du vieux doge,
Lui compter de ses nuits
Les longs ennuis.
Comptons plutôt, ma belle,
Sur ta bouche rebelle
Tant de baisers donnés...
Ou pardonnés.
Comptons plutôt tes charmes,
Comptons les douces larmes,
Qu'à nos yeux a coûté
La volupté !
1k
Duften af kaffe forandre sig når vandet rammer de knuste bønner
Kan spejle mig i regnbueboblerne på skummet
Tilføjer vand mer og mer i en tynd stråle
De siger det sådan den bedste smag trænger igennem
vent 5 minutter og så pres
Jeg ved ikke om jeg tror på dem
Men jeg gør det for hvis nu det er sådan
Vil jeg ikke gå glip af den særlige smag
jeg vil ikke vente 5 minutter har trang til at presse nu
Det er spild ikke at få det bedste ud af det
Den gode duft forsvandt jo allerede da vandet ramte de knuste bønner.
Det sidste må ej forsvinde for så er det hele meningsløst
Jun 13, 2015
Jun 13, 2015 at 12:21 PM UTC
Ô pucelle plus tendre
Qu'un beau bouton vermeil
Que le rosier engendre
Au lever du soleil,
D'une part verdissant
De l'autre rougissant !
Plus fort que le lierre
Qui se gripe à l'entour
Du chesne aimé, qu'il serre
Enlassé de maint tour,
Courbant ses bras épars
Sus luy de toutes parts,
Serrez mon col, maistresse,
De vos deux bras pliez ;
D'un neud qui tienne et presse
Doucement me liez ;
Un baiser mutuel
Nous soit perpetuel.
Ny le temps, ny l'envie
D'autre amour desirer,
Ne pourra point ma vie
De vos lévres tirer ;
Ainsi serrez demourrons,
Et baisant nous mourrons.
En mesme an et mesne heure,
Et en même saison,
Irons voir la demeure
De la palle maison,
Et les champs ordonnez
Aux amants fortunez.
Amour par les fleurettes
Du printemps éternel
Voirra nos amourettes
Sous le bois maternel ;
Là nous sçaurons combien
Les amants ont de bien.
Le long des belles plaines
Et parmy les prez vers
Les rives sonnent pleines
De maints accords divers ;
L'un joue, et l'autre au son
Danse d'une chanson.
Là le beau ciel décueuvre
Tousjours un front benin,
Sur les fleurs la couleuvre
Ne ***** son venin,
Et tousjours les oyseaux
Chantent sur les rameaux ;
Tousjours les vens y sonnent
Je ne sçay quoy de doux,
Et les lauriers y donnent
Tousjours ombrages moux ;
Tousjours les belles fleurs
Y gardent leurs couleurs.
Parmy le grand espace
De ce verger heureux,
Nous aurons tous deux place
Entre les amoureux,
Et comme eux sans soucy
Nous aimerons aussi.
Nulle amie ancienne
Ne se dépitera,
Quand de la place sienne
Pour nous deux s'ostera,
Non celles dont les yeux
Prirent le cœur des dieux.
849
Fable XVII, Livre II.
À qui diable en veut cet Anglais ?
Il sort du lit avant l'aurore,
Laisse dormir sa femme, éveille ses valets,
Et court déjà les champs qu'il n'est pas jour encore.
Le silence a fui **** des bois ;
Comme ceux des murs où nous sommes,
Leur écho redit à la fois
Les jurements, les cris, les voix
Des chiens, des chevaux et des hommes.
Mais quoi ! le limier est lâché ;
Sur ses pas, en hurlant, le chien courant détale :
La queue en l'air, le nez à la terre attaché,
Des bassets suit la meute intrépide et bancale.
Un commun espoir les soutient.
On trotte, on court, on va, l'on vient ;
On se rejoint, on se sépare ;
On presse, on retient son essor,
Au gré des sons bruyants du cor,
Au caprice de la fanfare.
Point de repos : bêtes et gens,
À qui mieux mieux chacun s'excite.
Mais tombe enfin qui va si vite ;
Tout l'équipage est sur les dents.
Couvert d'écume et de fumée,
Le coursier du maître est rendu ;
Plus d'un chien haletant sur l'herbe est étendu,
Et de sa gueule en feu pend sa langue enflammée.
Milord, qui de chemise a besoin de changer,
Et lentement chez soi retourne à la nuit noire,
À passé le jour sans manger,
Et, qui pis est pour lui, sans boire !
Et pourquoi tant de bruit, tant de soins, tant de mal ?
Pour forcer un triste animal
Qui perd, aussitôt qu'on l'attrape,
Le prix qu'il semble avoir alors qu'il nous échappe ;
Et, **** de nous valoir ce qu'il nous a coûté,
N'offre à l'heureux vainqueur de tous ses stratagèmes,
Qu'un mets auquel deux fois on n'a jamais goûté,
Et dont les chiens à jeun ne veulent pas eux-mêmes !
Toi qui possèdes la grandeur,
Et t'es éreinté sur sa trace,
S'il se peut, parle avec candeur ;
As-tu fait plus heureuse chasse ?
840
Ma fine Muse
Je te jure passion indéfectible et courtoise
Vénération et totale soumission
Je suis vassal et dévôt chevalier
Prêt à guerroyer de tournois en tournois
Pour mon inaccessible dame suzeraine.
Tu m'as octroyé pour encourager ma flamme
Un mouchoir brodé de tes initiales
Comme gage de ton amour adultère
Et quand le désir de toi me ronge, me consomme
Et me brûle de jalousie
C'est avec extase que je presse
Contre mon front tes douces initiales.
Fais de ton fine et fol amant
Ce que tu voudras
Je suis ton esclave
Assermenté
Je ne cherche ni liberté
Ni affranchissement
Et s'il te plaît que je meure
Je mourrai de fine amour
En chantant la joie de ta beauté précieuse
Comme un troubadour et sa viole pieuse.
Aug 21, 2019
Aug 21, 2019 at 2:50 AM UTC
Inexplicable cœur, énigme de toi-même,
Tyran de ma raison, de la vertu que j'aime,
Ennemi du repos, amant de la douleur,
Que tu me fais de mal, inexplicable cœur !
Si l'horizon plus clair me permet de sourire,
De mon sort désarmé tu trompes le dessein ;
Dans ma sécurité tu ne vois qu'un délire ;
D'une vague frayeur tu soulèves mon sein.
Si de tes noirs soupçons l'amertume m'oppresse,
Si je veux par la fuite apaiser ton effroi,
Tu demandes du temps, quelques jours, rien ne presse ;
J'hésite, tu gémis, je cède malgré moi.
Que je crains, ô mon cœur, ce tyrannique empire !
Que d'ennuis, que de pleurs il m'a déjà coûté !
Rappelle-toi ce temps de liberté,
Ce bien perdu dont ma fierté soupire.
Tu me trahis toujours, et tu me fais pitié.
Crois-moi, rends à l'amour un sentiment trop tendre ;
Pour ton repos, si tu voulais m'entendre,
Tu n'en aurais encor que trop de la moitié !
Non, dis-tu, non, jamais ! trop faible esclave, écoute,
Écoute ! Et ma raison te pardonne et t'absout :
Rends-lui du moins les pleurs ! Tu vas céder sans doute ?
Hélas ! non ! toujours non ! Ô mon cœur ! prends donc tout.
745
Quand le souffle divin qui flotte sur le monde
S'arrête sur mon âme ouverte au moindre vent,
Et la fait tout à coup frissonner comme une onde
Où le cygne s'abat dans un cercle mouvant !
Quand mon regard se plonge au rayonnant abîme,
Où luisent ces trésors du riche firmament,
Ces perles de la nuit que son souffle ranime,
Des sentiers du Seigneur innombrable ornement !
Quand d'un ciel de printemps l'aurore qui ruisselle
Se brise et rejaillit en gerbes de chaleur,
Que chaque atome d'air roule son étincelle,
Et que tout sous mes pas devient lumière ou fleur !
Quand tout chante ou gazouille, ou roucoule ou bourdonne,
Que d'immortalité tout semble se nourrir,
Et que l'homme, ébloui de cet air qui rayonne,
Croit qu'un jour si vivant ne pourra plus mourir !
Quand je roule en mon sein mille pensers sublimes,
Et que mon faible esprit, ne pouvant les porter,
S'arrête en frissonnant sur les derniers abîmes,
Et, faute d'un appui, va s'y précipiter !
Quand, dans le ciel d'amour où mon âme est ravie,
Je presse sur mon coeur un fantôme adoré,
Et que je cherche en vain des paroles de vie
Pour l'embraser du feu dont je suis dévoré !
Quand je sens qu'un soupir de mon âme oppressée
Pourrait créer un monde en son brûlant essor,
Que ma vie userait le temps, que ma pensée
En remplissant le ciel déborderait encor !
Jéhova ! Jéhova ! ton nom seul me soulage !
Il est le seul écho qui réponde à mon coeur !
Ou plutôt ces élans, ces transports, sans langage,
Sont eux-mêmes un écho de ta propre grandeur !
Tu ne dors pas souvent dans mon sein, nom sublime !
Tu ne dors pas souvent sur mes lèvres de feu :
Mais chaque impression t'y trouve et t'y ranime,
Et le cri de mon âme est toujours toi, mon Dieu !
741
Vous m'avez demandé quelques vers sur « Amour ».
Ce mien livre, d'émoi cruel et de détresse,
Déjà **** dans mon Œuvre étrange qui se presse
Et dévale, flot plus amer de jour en jour.
Qu'en dire, sinon : « Poor Yorick ! » ou mieux « poor
Lelian ! » et pauvre âme à tout faire, faiblesse,
Mollesse par des fois et caresse et paresse,
Ou tout à coup partie en guerre comme pour
Tout casser d'un passé si pur, si chastement
Ordonné par la beauté des calmes pensées.
Et pour damner tant d'heures en Dieu dépensées.
Puis il revient, mon Œuvre, las d'un tel ahan,
Pénitent, et tombant à genoux mains dressées...
Priez avec et pour le pauvre Lelian !
693
Il y a plus de faiblesse que de raison
À être humiliés de ce qui nous manque.
Vauvenargues.
Or, je suppose que nous sommes,
Madame, dans votre salon :
On parle chiffres, rentes, sommes :
« Je suis le plus pauvre des hommes,
J'ai dans ma bourse un seul doublon »,
Vous dis-je, tout-à-coup, sans cause.
Cela vous fait ouvrir les yeux,
Et vous me dites, un peu... rose ;
« Que c'est bête, un homme qui pose
Pour être pauvre et que c'est vieux !
Posez plutôt pour être riche,
Ce sera tout aussi hideux ;
Mais dès l'instant que l'on s'affiche,
Il vaut encor mieux, ... » Je m'en fiche !
Je veux, moi, poser pour les deux,
« Comment, pour les deux ? » Mais, sans doute ;
Supposons qu'à travers les bois
Nous ayons l'une et l'autre route.
Ou bien... deux cloches... qu'on écoute...
Pour toutes les deux à la fois.
Oui, pour deux qui seraient comme une
Au bourg de Fouilly-les-merdeux,
Dans le clocher de la Commune ;
Laquelle, n'étant pas commune,
Serait, je dis bien, comme deux.
Ou comme cent, ou comme mille...
Ça dépend de la qualité.
Mon doublon, lui, n'est point débile,
Et les marchandes de la ville
L'ont trouvé bon, en vérité.
« Mais, si vous aviez la paire, est-ce
Que cela... ne vous dirait rien ? »
Si !... j'en ferais part... à la Presse ;
À la condition expresse
Que je conserverais le mien.
Car, une quelconque, de paire,
Serait-elle trois avec six
Zéros, alignés par Ampère,
Je m'en fous comme de mon père,
S'il s'en fout comme de son fils.
« Vous allez trop **** prenez garde !
On pourrait se moquer de vous.
Vous criez plus fort que la garde.
Voyez, je crois qu'on nous regarde.
- Puisque je vous dis : je m'en fou ! »
Et tenez ! sortons... dans la rue,
Ou mieux... dans votre appartement,
Vous pourriez faire, toute nue,
Si vous le passiez en *****
Baisser les yeux au régiment !
Eh bien ! pour vous donner la preuve,
Que je ne suis rien qu'un... doublon,
Quand vous seriez pucelle ou veuve,
Nous allons le f... à l'épreuve.
. . . . . . . . . . . . . . . .
Quand je vous dis, il est très bon.
612
Cusin, monstre à double aile, au mufle Elephantin,
Canal à tirer sang, qui voletant en presse
Sifles d'un son aigu, ne picque ma Maistresse,
Et la laisse dormir du soir jusqu'au matin.
Si ton corps d'un atome, et ton nez de mastin
Cherche tant à picquer la peau d'une Deesse,
En lieu d'elle, Cusin, la mienne je te laisse :
Succe la, que mon sang te soit comme un butin.
Cusin, je m'en desdy : hume moy de la belle
Le sang, et m'en apporte une goutte nouvelle
Pour gouster quel il est. Ha, que le sort fatal
Ne permet à mon corps de prendre ton essence !
Repicquant ses beaux yeux, elle auroit cognoissance
Qu'un rien qu'on ne voit pas, fait souvent un grand mal.
468
Parmi les marbres qu'on renomme
Sous le ciel d'Athène ou de Rome,
Je prends le plus pur, le plus blanc,
Je le taille et puis je l'étale
Dans ta pose d'Horizontale
Soulevée... un peu... sur le flanc...
Voici la tête qui se dresse,
Qu'une ample chevelure presse,
Le cou blanc, dont le pur contour
Rappelle à l'œil qui le contemple
Une colonne, au front d'un temple,
Le plus beau temple de l'Amour !
Voici la gorge féminine,
Le bout des seins sur la poitrine
Délicatement accusé,
Les épaules, le dos, le ventre
Où le nombril se renfle et rentre
Comme un tourbillon apaisé.
Voici le bras plein qui s'allonge ;
Voici, comme on les voit en songe,
Les deux petites mains d'Éros,
Le bassin immense, les hanches,
Et les adorablement blanches
Et fermes fesses de Paros.
Voici le mont au fond des cuisses
Les plus fortes pour que tu puisses
Porter les neuf mois de l'enfant ;
Et voici tes jambes parfaites...
Et, pour les sonnets des poètes,
Voici votre pied triomphant.
Pas plus grande que Cléopâtre
Pour qui deux peuples vont se battre,
Voici la Femme dont le corps
Fait sur les gestes et les signes
Courir la musique des lignes
En de magnifiques accords.
Je m'élance comme un barbare,
J'abats la tête, le pied rare,
Les mains... et puis... au bout d'un an...
Lorsque sa gloire est colossale,
Je la dispose en une salle,
La plus riche du Vatican.
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Ôtez votre beauté, ôtez votre jeunesse,
Ôtez ces rares dons que vous tenez des cieux,
Ôtez ce bel esprit, ôtez-moi ces beaux yeux,
Cet aller, ce parler digne d'une Déesse :
Je ne vous serai plus d'une importune presse
Fâcheux comme je suis : vos dons si précieux
Me font, en les voyant, devenir furieux,
Et par le désespoir l'âme prend hardiesse.
Pour ce, si quelquefois je vous touche la main,
Par courroux votre teint n'en doit devenir blême :
Je suis fol, ma raison n'obéit plus au frein,
Tant je suis agité d'une fureur extrême.
Ne prenez, s'il vous plaît, mon offense à dédain,
Mais, douce, pardonnez mes fautes à vous-même.
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Rummeligheden oser mellem væggene i dit hjem
Imens familiære søvnige melodier undslipper munde
Toner indpakket i bobler baner sig vej gennem brystets dyb, runger og spadserer ud gennem tungens fastlagte rute
I takt til morgenfriske Beethovenlyttende mænd kravler søvnrester på skift ud af vanddrænede kroge
Baner sig vej mod møre fingre
Og havner dernæst på foranliggende aviser
Endnu engang omhandlende jorden og dens utallige affærer med fjenden
Måske det havner på gulvet så det kan trædes på
Måske det havner på stolen så det kan siddes på
Uanede mængder søvnrester knuses under ballernes velvære og tyngde, som var det ulovligt at savne bløde sengelinneder
Kroppe kæmper sig standhaftigt op på ømme fødder
Størkner i lodret position
Vipper hovedets ydmyge vinkel ud af takt
Pudens smertetærskel har vokset sig større end nakkens
Mærker blæren presse på som var det en fødsel
Som ville kroppen tvinge al udmattelse ud af ren desperation om
At få tømt urinsække
Nyder undslippelsen kan nu
Sidde på stolen, knuse søvn, begynde opstandelsen på ny som en marionetdukke
Husker på ikke at være en glemsom sjæl
Glemmer trods alt ikke at hive i egne snore
Jan 11, 2019
Jan 11, 2019 at 3:37 PM UTC
Un de ses bras fléchit sous son cou qui le presse,
L'autre sur son beau front retombe avec mollesse,
Et le couvre à demi :
Telle, pour sommeiller, la blanche tourterelle
Courbe son cou d'albâtre et ramène son aile
Sur son oeil endormi !
Le doux gémissement de son sein qui respire
Se mêle au bruit plaintif de l'onde qui soupire
À flots harmonieux ;
Et l'ombre de ses cils, que le zéphyr soulève,
Flotte légèrement comme l'ombre d'un rêve
Qui passe sur ses yeux !
.................................................
Que ton sommeil est doux, ô vierge ! ô ma colombe !
Comme d'un cours égal ton sein monte et retombe
Avec un long soupir !
Deux vagues que blanchit le rayon de la lune,
D'un mouvement moins doux viennent l'une après l'une
Murmurer et mourir !
Laisse-moi respirer sur ces lèvres vermeilles
Ce souffle parfumé !...Qu'ai-je fait ? Tu t'éveilles :
L'azur voilé des cieux
Vient chercher doucement ta timide paupière ;
Mais toi, ton doux regard, en voyant la lumière,
N'a cherché que mes yeux !
Ah ! que nos longs regards se suivent, se prolongent,
Comme deux purs rayons l'un dans l'autre se plongent,
Et portent tour à tour
Dans le coeur l'un de l'autre une tremblante flamme,
Ce jour intérieur que donne seul à l'âme
Le regard de l'amour !
Jusqu'à ce qu'une larme aux bords de ta paupière,
De son nuage errant te cachant la lumière,
Vienne baigner tes yeux,
Comme on voit, au réveil d'une charmante aurore,
Les larmes du matin, qu'elle attire et colore,
L'ombrager dans les cieux.
.................................................
Parle-moi ! Que ta voix me touche !
Chaque parole sur ta bouche
Est un écho mélodieux !
Quand ta voix meurt dans mon oreille,
Mon âme résonne et s'éveille,
Comme un temple à la voix des dieux !
Un souffle, un mot, puis un silence,
C'est assez : mon âme devance
Le sens interrompu des mots,
Et comprend ta voix fugitive,
Comme le gazon de la rive
Comprend le murmure des flots.
Un son qui sur ta bouche expire,
Une plainte, un demi-sourire,
Mon coeur entend tout sans effort :
Tel, en passant par une lyre,
Le souffle même du zéphyre
Devient un ravissant accord !
427
Un jeune grand seigneur à des jeux de hasard
Avait perdu sa dernière pistole,
Et puis joué sur sa parole :
Il fallait payer sans ****** ;
Les dettes du jeu sont sacrées.
On peut faire attendre un marchand,
Un ouvrier, un indigent,
Qui nous a fourni ses denrées ;
Mais un escroc ? L'honneur veut qu'au même moment
On le paye, et très poliment.
La loi par eux fut ainsi faite.
Notre jeune seigneur, pour acquitter sa dette,
Ordonne une coupe de bois.
Aussitôt les ormes, les frênes,
Et les hêtres touffus, et les antiques chênes,
Tombent l'un sur l'autre à la fois.
Les faunes, les sylvains, désertent les bocages ;
Les dryades en pleurs regrettent leurs ombrages ;
Et le dieu Pan, dans sa fureur,
Instruit que le jeu seul a causé ces ravages,
S'en prend à la Fortune : ô mère du malheur,
Dit-il, infernale furie,
Tu troubles à la fois les mortels et les dieux,
Tu te plais dans le mal, et ta rage ennemie...
Il parlait, lorsque dans ces lieux
Tout-à-coup paraît la déesse.
Calme, dit-elle à Pan, le chagrin qui te presse ;
Je n'ai point causé tes malheurs :
Même aux jeux de hasard, avec certains joueurs,
Je ne fais rien. - Qui donc fait tout ? - L'adresse.
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Maîtresse, embrasse-moi, baise-moi, serre-moi,
Haleine contre haleine, échauffe-moi la vie,
Mille et mille baisers donne-moi je te prie,
Amour veut tout sans nombre, amour n'a point de loi.
Baise et rebaise-moi ; belle bouche pourquoi
Te gardes-tu là-bas, quand tu seras blêmie,
A baiser (de Pluton ou la femme ou l'amie),
N'ayant plus ni couleur, ni rien semblable à toi ?
En vivant presse-moi de tes lèvres de roses,
Bégaie, en me baisant, à lèvres demi-closes
Mille mots tronçonnés, mourant entre mes bras.
Je mourrai dans les tiens, puis, toi ressuscitée,
Je ressusciterai ; allons ainsi là-bas,
Le jour, tant soit-il court, vaut mieux que la nuitée.
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