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"patrie" poems
man who wears a hat sits still near the back unmoved by the world or the exposed breast of a statue (brain waves do not discharge through a fedora) tag attached: bald is sanitary oranges have more delicacy raw smelly and afterward singing allons enfants de patrie ding dang **** like that, all frog-ese so we don’t understand chanteused stiff basso profundo to excite to let us see with the clarity of a dream curled with hate set firm, firmer in the arms of a sleeveless girl then slung to sea level white as a leopard’s eye remember its peroxide bathed, bleached inclined on the pillow just at the angle of expectancy without a hat sideward glance and the crippled heels of angels sparking down the hall bulletin: young man willing to wear false beard to ease the pain for all or trumpet blues broken played horizontal touched by seaweed hands in the light of boats (unfurled) slowly and the memory dies slowly half-forgotten, half-remembered halved again slowly only to begin again grim molecules of love
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man in the hat
II. Oh ! vers ces vétérans quand notre esprit s'élève, Nous voyons leur front luire et resplendir leur glaive, Fertile en grands travaux. C'étaient là les anciens. Mais ce temps les efface ! France, dans ton histoire ils tiennent trop de place. France, gloire aux nouveaux ! Oui, gloire à ceux d'hier ! ils se mettent cent mille, Sabres nus, vingt contre un, sans crainte, et par la ville S'en vont, tambours battants. À mitraille ! leur feu brille, l'obusier tonne, Victoire ! ils ont tué, carrefour Tiquetonne, Un enfant de sept ans ! Ceux-ci sont des héros qui n'ont pas peur des femmes Ils tirent sans pâlir, gloire à ces grandes âmes ! Sur les passants tremblants. On voit, quand dans Paris leur troupe se promène, Aux fers de leurs chevaux de la cervelle humaine Avec des cheveux blancs ! Ils montent à l'assaut des lois ; sur la patrie Ils s'élancent ; chevaux, fantassins, batterie, Bataillon, escadron, Gorgés, payés, repus, joyeux, fous de colère, Sonnant la charge, avec Maupas pour vexillaire Et Veuillot pour clairon. Tout, le fer et le plomb, manque à nos bras farouches, Le peuple est sans fusils, le peuple est sans cartouches, Braves ! c'est le moment ! Avec quelques tribuns la loi demeure seule. Derrière vos canons chargés jusqu'à la gueule Risquez-vous hardiment ! Ô soldats de décembre ! ô soldats d'embuscades Contre votre pays ! honte à vos cavalcades Dans Paris consterné ! Vos pères, je l'ai dit, brillaient comme le phare ; Ils bravaient, en chantant une haute fanfare, La mort, spectre étonné ; Vos pères combattaient les plus fières armées, Le prussien blond, le russe aux foudres enflammées, Le catalan bruni, Vous, vous tuez des gens de bourse et de négoce. Vos pères, ces géants, avaient pris Saragosse, Vous prenez Tortoni ! Histoire, qu'en dis-tu ? les vieux dans les batailles Couraient sur les canons vomissant les mitrailles ; Ceux-ci vont, sans trembler, Foulant aux pieds vieillards sanglants, femmes mourantes Droit au crime. Ce sont deux façons différentes De ne pas reculer. Jersey, du 7 au 13 janvier 1853.
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À l'obéissance passive (II)
II. Oh ! vers ces vétérans quand notre esprit s'élève, Nous voyons leur front luire et resplendir leur glaive, Fertile en grands travaux. C'étaient là les anciens. Mais ce temps les efface ! France, dans ton histoire ils tiennent trop de place. France, gloire aux nouveaux ! Oui, gloire à ceux d'hier ! ils se mettent cent mille, Sabres nus, vingt contre un, sans crainte, et par la ville S'en vont, tambours battants. À mitraille ! leur feu brille, l'obusier tonne, Victoire ! ils ont tué, carrefour Tiquetonne, Un enfant de sept ans ! Ceux-ci sont des héros qui n'ont pas peur des femmes Ils tirent sans pâlir, gloire à ces grandes âmes ! Sur les passants tremblants. On voit, quand dans Paris leur troupe se promène, Aux fers de leurs chevaux de la cervelle humaine Avec des cheveux blancs ! Ils montent à l'assaut des lois ; sur la patrie Ils s'élancent ; chevaux, fantassins, batterie, Bataillon, escadron, Gorgés, payés, repus, joyeux, fous de colère, Sonnant la charge, avec Maupas pour vexillaire Et Veuillot pour clairon. Tout, le fer et le plomb, manque à nos bras farouches, Le peuple est sans fusils, le peuple est sans cartouches, Braves ! c'est le moment ! Avec quelques tribuns la loi demeure seule. Derrière vos canons chargés jusqu'à la gueule Risquez-vous hardiment ! Ô soldats de décembre ! ô soldats d'embuscades Contre votre pays ! honte à vos cavalcades Dans Paris consterné ! Vos pères, je l'ai dit, brillaient comme le phare ; Ils bravaient, en chantant une haute fanfare, La mort, spectre étonné ; Vos pères combattaient les plus fières armées, Le prussien blond, le russe aux foudres enflammées, Le catalan bruni, Vous, vous tuez des gens de bourse et de négoce. Vos pères, ces géants, avaient pris Saragosse, Vous prenez Tortoni ! Histoire, qu'en dis-tu ? les vieux dans les batailles Couraient sur les canons vomissant les mitrailles ; Ceux-ci vont, sans trembler, Foulant aux pieds vieillards sanglants, femmes mourantes Droit au crime. Ce sont deux façons différentes De ne pas reculer. Jersey, du 7 au 13 janvier 1853.
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- Qui aimes-tu le mieux, homme énigmatique, dis ? Ton père, ta mère, ta soeur ou ton frère ? - Je n'ai ni père, ni mère, ni soeur, ni frère. - Tes amis ? - Vous vous servez là d'une parole dont le sens m'est resté jusqu'à ce jour inconnu. - Ta patrie ? - J'ignore sous quelle latitude elle est située. - La beauté ? - Je l'aimerais volontiers, déesse et immortelle. - L'or ? - Je le hais comme vous haïssez Dieu. - Eh ! qu'aimes-tu donc, extraordinaire étranger ? - J'aime les nuages... les nuages qui passent... là-bas... là-bas... les merveilleux nuages !
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L'étranger
- Air breton. - Adieu, patrie ! L'onde est en furie. Adieu, patrie ! Azur ! Adieu, maison, treille au fruit mûr, Adieu, les fleurs d'or du vieux mur ! Adieu, patrie ! Ciel, forêt, prairie ! Adieu, patrie, Azur ! Adieu, patrie ! L'onde est en furie. Adieu, patrie, Azur ! Adieu, fiancée au front pur, Le ciel est noir, le vent est dur. Adieu, patrie ! Lise, Anna, Marie ! Adieu, patrie, Azur ! Adieu, patrie ! L'onde est cri furie. Adieu, patrie, Azur ! Notre œil, que voile un deuil futur, Va du flot sombre au sort obscur ! Adieu, patrie ! Pour toi mon cœur prie. Adieu, patrie, Azur ! Jersey, le 31 juillet 1853.
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Le chant de ceux qui s'en vont sur mer
I want to build a country, not just some dirt, not just a land a nation so great, a fatherland. Tú estarás ahí, mi amigo, sonriendo, mirando al frente, haciendo camino conmigo. Nous ferons un pays sans frontières, sans limites, avec des montagnes faites de sable, prêtes à être soufflées. Elle sera une patrie où les mers seront des étangs et nos ciels ne seront qu'à un saut de distance. We'll have families and friends, todos los paisajes que el mundo nos ha de ofrecer sans préjugés ni douleur qui puissent nous confiner. We'll build a land where friendship will prosper and traveling will be the fuel of our hearths Construiremos un hogar que sea propio sin esas reglas que nos separan Nous ferons un refuge des distances où on habitera sans peur aux menaces.
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Mar 1, 2015
Mar 1, 2015 at 8:02 AM UTC
My Country
Je ne veux plus aimer que ma mère Marie. Tous les autres amours sont de commandement. Nécessaires qu'ils sont, ma mère seulement Pourra les allumer aux coeurs qui l'ont chérie. C'est pour Elle qu'il faut chérir mes ennemis, C'est par Elle que j'ai voué ce sacrifice, Et la douceur de coeur et le zèle au service, Comme je la priais, Elle les a permis ... C'est par Elle que j'ai voulu de ces chagrins, C'est pour Elle que j'ai mon coeur dans les Cinq Plaies, Et tous ces bons efforts vers les croix et les claies, Comme je l'invoquais, Elle en ceignit mes reins. Je ne veux plus penser qu'à ma mère Marie, Siège, de la Sagesse et source des pardons, Mère de France aussi, de qui nous attendons Inébranlablement l'honneur de la patrie. Marie Immaculée, amour essentiel, Logique de la foi cordiale et vivace, En vous aimant qu'est-il de bon que je ne fasse, En vous aimant du seul amour, Porte du ciel ?
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Je ne veux plus aimer que ma mère Marie
Petite étoile, au sein des vastes cieux, Toi que suivaient et mon cœur et mes yeux, Toi dont j'aimais la lumière timide, Où t'en vas-tu dans ta course rapide ? Ah ! j'espérais que, dans ce ciel d'azur, Du moins pour toi le repos était sûr. Pourquoi t'enfuir, mon étoile chérie ? Pourquoi quitter le ciel de ma patrie ? Mon cœur connut le bonheur et l'amour : Amour, bonheur, tout n'a duré qu'un jour. Près d'un ami, je cherchai l'espérance... Et mon ami m'oublia dans l'absence ! Le cœur brisé, j'aimais encor les fleurs, Quand je les vis se faner sous mes pleurs ; Au ciel alors, pour n'être plus trahie, J'avais aimé.... l'étoile qui m'oublie ! Adieux à toi, belle étoile du soir ! Adieux à toi, toi, mon dernier espoir !... Errante au ciel comme moi sur la terre, En d'autres lieux va briller ta lumière. Rien n'est constant pour moi que la douleur, Rien ici-bas n'a voulu de mon cœur ; Autour de moi, tout est sombre et se voile, Et tout me fuit... même au ciel, une étoile !
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L'étoile qui file
Aux étoiles j'ai dit un soir : « Vous ne paraissez pas heureuses ; Vos lueurs, dans l'infini noir, Ont des tendresses douloureuses ; « Et je crois voir au firmament Un deuil blanc mené par des vierges Qui portent d'innombrables cierges Et se suivent languissamment. « Êtes-vous toujours en prière ? Êtes-vous des astres blessés ? Car ce sont des pleurs de lumière, Non des rayons, que vous versez. « Vous, les étoiles, les aïeules Des créatures et des dieux, Vous avez des pleurs dans les yeux... » Elles m'ont dit : « Nous sommes seules... « Chacune de nous est très **** Des sœurs dont tu la crois voisine ; Sa clarté caressante et fine Dans sa patrie est sans témoin ; « Et l'intime ardeur de ses flammes Expire aux cieux indifférents. » Je leur ai dit : « Je vous comprends ! Car vous ressemblez à des âmes : « Ainsi que vous, chacune luit **** des sœurs qui semblent près d'elle, Et la solitaire immortelle Brûle en silence dans la nuit. »
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La voie lactée
O toi qui m'apparus dans ce désert du monde, Habitante du ciel, passagère en ces lieux ! O toi qui fis briller dans cette nuit profonde Un rayon d'amour à mes yeux ; A mes yeux étonnés montre-toi tout entière, Dis-moi quel est ton nom, ton pays, ton destin. Ton berceau fut-il sur la terre ? Ou n'es-tu qu'un souffle divin ? Vas-tu revoir demain l'éternelle lumière ? Ou dans ce lieu d'exil, de deuil, et de misère, Dois-tu poursuivre encor ton pénible chemin ? Ah ! quel que soit ton nom, ton destin, ta patrie, Ou fille de la terre, ou du divin séjour, Ah ! laisse-moi, toute ma vie, T'offrir mon culte ou mon amour. Si tu dois, comme nous, achever ta carrière, Sois mon appui, mon guide, et souffre qu'en tous lieux, De tes pas adorés je baise la poussière. Mais si tu prends ton vol, et si, **** de nos yeux, Soeur des anges, bientôt tu remontes près d'eux, Après m'avoir aimé quelques jours sur la terre, Souviens-toi de moi dans les cieux.
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Invocation
Un arabe à Marseille autrefois m'a conté Qu'un pacha turc dans sa patrie Vint porter certain jour un coffret cacheté Au plus sage dervis qui fût en Arabie. Ce coffret, lui dit-il, renferme des rubis, Des diamants d'un très grand prix : C'est un présent que je veux faire À l'homme que tu jugeras Être le plus fou de la terre. Cherche bien, tu le trouveras. Muni de son coffret, notre bon solitaire S'en va courir le monde. Avait-il donc besoin D'aller **** ? L'embarras de choisir était sa grande affaire : Des fous toujours plus fous venaient de toutes parts Se présenter à ses regards. Notre pauvre dépositaire Pour l'offrir à chacun saisissait le coffret : Mais un pressentiment secret Lui conseillait de n'en rien faire, L'assurait qu'il trouverait mieux. Errant ainsi de lieux en lieux, Embarrassé de son message, Enfin, après un long voyage, Notre homme et le coffret arrivent un matin Dans la ville de Constantin. Il trouve tout le peuple en joie : Que s'est-il donc passé ? Rien, lui dit un iman ; C'est notre grand vizir que le sultan envoie, Au moyen d'un lacet de soie, Porter au prophète un firman. Le peuple rit toujours de ces sortes d'affaires ; Et, comme ce sont des misères, Notre empereur souvent lui donne ce plaisir. - Souvent ? - Oui. - C'est fort bien ; votre nouveau vizir Est-il nommé ? - Sans doute : et le voilà qui passe. Le dervis, à ces mots, court, traverse la place, Arrive, et reconnaît le pacha son ami. Bon ! Te voilà ! Dit celui-ci : Et le coffret ? - Seigneur, j'ai parcouru l'Asie ; J'ai vu des fous parfaits, mais sans oser choisir : Aujourd'hui ma course est finie ; Daignez l'accepter, grand vizir.
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Le pacha et le dervis
Un arabe à Marseille autrefois m'a conté Qu'un pacha turc dans sa patrie Vint porter certain jour un coffret cacheté Au plus sage dervis qui fût en Arabie. Ce coffret, lui dit-il, renferme des rubis, Des diamants d'un très grand prix : C'est un présent que je veux faire À l'homme que tu jugeras Être le plus fou de la terre. Cherche bien, tu le trouveras. Muni de son coffret, notre bon solitaire S'en va courir le monde. Avait-il donc besoin D'aller **** ? L'embarras de choisir était sa grande affaire : Des fous toujours plus fous venaient de toutes parts Se présenter à ses regards. Notre pauvre dépositaire Pour l'offrir à chacun saisissait le coffret : Mais un pressentiment secret Lui conseillait de n'en rien faire, L'assurait qu'il trouverait mieux. Errant ainsi de lieux en lieux, Embarrassé de son message, Enfin, après un long voyage, Notre homme et le coffret arrivent un matin Dans la ville de Constantin. Il trouve tout le peuple en joie : Que s'est-il donc passé ? Rien, lui dit un iman ; C'est notre grand vizir que le sultan envoie, Au moyen d'un lacet de soie, Porter au prophète un firman. Le peuple rit toujours de ces sortes d'affaires ; Et, comme ce sont des misères, Notre empereur souvent lui donne ce plaisir. - Souvent ? - Oui. - C'est fort bien ; votre nouveau vizir Est-il nommé ? - Sans doute : et le voilà qui passe. Le dervis, à ces mots, court, traverse la place, Arrive, et reconnaît le pacha son ami. Bon ! Te voilà ! Dit celui-ci : Et le coffret ? - Seigneur, j'ai parcouru l'Asie ; J'ai vu des fous parfaits, mais sans oser choisir : Aujourd'hui ma course est finie ; Daignez l'accepter, grand vizir.
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(À un poète exilé) Généreux favoris des filles de mémoire, Deux sentiers différents devant vous vont s'ouvrir : L'un conduit au bonheur, l'autre mène à la gloire ; Mortels, il faut choisir. Ton sort, ô Manoel, suivit la loi commune ; La muse t'enivra de précoces faveurs ; Tes jours furent tissus de gloire et d'infortune, Et tu verses des pleurs ! Rougis plutôt, rougis d'envier au vulgaire Le stérile repos dont son coeur est jaloux Les dieux ont fait pour lui tous les biens de la terre, Mais la lyre est à nous. Les siècles sont à toi, le monde est ta patrie. Quand nous ne sommes plus, notre ombre a des autels Où le juste avenir prépare à ton génie Des honneurs immortels. Ainsi l'aigle superbe au séjour du tonnerre S'élance ; et, soutenant son vol audacieux, Semble dire aux mortels : je suis né sur la terre, Mais je vis dans les cieux. Oui, la gloire t'attend ; mais arrête, et contemple A quel prix on pénètre en ses parvis sacrés ; Vois : l'infortune, assise à la porte du temple, En garde les degrés. Ici, c'est ce vieillard que l'ingrate Ionie A vu de mers en mers promener ses malheurs : Aveugle, il mendiait au prix de son génie Un pain mouillé de pleurs. Là, le Tasse, brûlé d'une flamme fatale, Expiant dans les fers sa gloire et son amour, Quand il va recueillir la palme triomphale, Descend au noir séjour. Partout des malheureux, des proscrits, des victimes, Luttant contre le sort ou contre les bourreaux ; On dirait que le ciel aux coeurs plus magnanimes Mesure plus de maux. Impose donc silence aux plaintes de ta lyre, Des coeurs nés sans vertu l'infortune est l'écueil ; Mais toi, roi détrôné, que ton malheur t'inspire Un généreux orgueil ! Que t'importe après tout que cet ordre barbare T'enchaîne **** des bords qui furent ton berceau ? Que t'importe en quels lieux le destin te prépare Un glorieux tombeau ? Ni l'exil, ni les fers de ces tyrans du Tage N'enchaîneront ta gloire aux bords où tu mourras : Lisbonne la réclame, et voilà l'héritage Que tu lui laisseras ! Ceux qui l'ont méconnu pleureront le grand homme ; Athène à des proscrits ouvre son Panthéon ; Coriolan expire, et les enfants de Rome Revendiquent son nom. Aux rivages des morts avant que de descendre, Ovide lève au ciel ses suppliantes mains : Aux Sarmates grossiers il a légué sa cendre, Et sa gloire aux Romains.
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La gloire
(À un poète exilé) Généreux favoris des filles de mémoire, Deux sentiers différents devant vous vont s'ouvrir : L'un conduit au bonheur, l'autre mène à la gloire ; Mortels, il faut choisir. Ton sort, ô Manoel, suivit la loi commune ; La muse t'enivra de précoces faveurs ; Tes jours furent tissus de gloire et d'infortune, Et tu verses des pleurs ! Rougis plutôt, rougis d'envier au vulgaire Le stérile repos dont son coeur est jaloux Les dieux ont fait pour lui tous les biens de la terre, Mais la lyre est à nous. Les siècles sont à toi, le monde est ta patrie. Quand nous ne sommes plus, notre ombre a des autels Où le juste avenir prépare à ton génie Des honneurs immortels. Ainsi l'aigle superbe au séjour du tonnerre S'élance ; et, soutenant son vol audacieux, Semble dire aux mortels : je suis né sur la terre, Mais je vis dans les cieux. Oui, la gloire t'attend ; mais arrête, et contemple A quel prix on pénètre en ses parvis sacrés ; Vois : l'infortune, assise à la porte du temple, En garde les degrés. Ici, c'est ce vieillard que l'ingrate Ionie A vu de mers en mers promener ses malheurs : Aveugle, il mendiait au prix de son génie Un pain mouillé de pleurs. Là, le Tasse, brûlé d'une flamme fatale, Expiant dans les fers sa gloire et son amour, Quand il va recueillir la palme triomphale, Descend au noir séjour. Partout des malheureux, des proscrits, des victimes, Luttant contre le sort ou contre les bourreaux ; On dirait que le ciel aux coeurs plus magnanimes Mesure plus de maux. Impose donc silence aux plaintes de ta lyre, Des coeurs nés sans vertu l'infortune est l'écueil ; Mais toi, roi détrôné, que ton malheur t'inspire Un généreux orgueil ! Que t'importe après tout que cet ordre barbare T'enchaîne **** des bords qui furent ton berceau ? Que t'importe en quels lieux le destin te prépare Un glorieux tombeau ? Ni l'exil, ni les fers de ces tyrans du Tage N'enchaîneront ta gloire aux bords où tu mourras : Lisbonne la réclame, et voilà l'héritage Que tu lui laisseras ! Ceux qui l'ont méconnu pleureront le grand homme ; Athène à des proscrits ouvre son Panthéon ; Coriolan expire, et les enfants de Rome Revendiquent son nom. Aux rivages des morts avant que de descendre, Ovide lève au ciel ses suppliantes mains : Aux Sarmates grossiers il a légué sa cendre, Et sa gloire aux Romains.
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Je respire où tu palpites, Tu sais ; à quoi bon, hélas ! Rester là si tu me quittes, Et vivre si tu t'en vas ? A quoi bon vivre, étant l'ombre De cet ange qui s'enfuit ? A quoi bon, sous le ciel sombre, N'être plus que de la nuit ? Je suis la fleur des murailles Dont avril est le seul bien. Il suffit que tu t'en ailles Pour qu'il ne reste plus rien. Tu m'entoures d'Auréoles ; Te voir est mon seul souci. Il suffit que tu t'envoles Pour que je m'envole aussi. Si tu pars, mon front se penche ; Mon âme au ciel, son berceau, Fuira, dans ta main blanche Tu tiens ce sauvage oiseau. Que veux-tu que je devienne Si je n'entends plus ton pas ? Est-ce ta vie ou la mienne Qui s'en va ? Je ne sais pas. Quand mon orage succombe, J'en reprends dans ton coeur pur ; Je suis comme la colombe Qui vient boire au lac d'azur. L'amour fait comprendre à l'âme L'univers, salubre et béni ; Et cette petite flamme Seule éclaire l'infini Sans toi, toute la nature N'est plus qu'un cachot fermé, Où je vais à l'aventure, Pâle et n'étant plus aimé. Sans toi, tout s'effeuille et tombe ; L'ombre emplit mon noir sourcil ; Une fête est une tombe, La patrie est un exil. Je t'implore et réclame ; Ne fuis pas **** de mes maux, Ô fauvette de mon âme Qui chantes dans mes rameaux ! De quoi puis-je avoir envie, De quoi puis-je avoir effroi, Que ferai-je de la vie Si tu n'es plus près de moi ? Tu portes dans la lumière, Tu portes dans les buissons, Sur une aile ma prière, Et sur l'autre mes chansons. Que dirai-je aux champs que voile L'inconsolable douleur ? Que ferai-je de l'étoile ? Que ferai-je de la fleur ? Que dirai-je au bois morose Qu'illuminait ta douceur ? Que répondrai-je à la rose Disant : « Où donc est ma soeur ? » J'en mourrai ; fuis, si tu l'oses. A quoi bon, jours révolus ! Regarder toutes ces choses Qu'elle ne regarde plus ? Que ferai-je de la lyre, De la vertu, du destin ? Hélas ! et, sans ton sourire, Que ferai-je du matin ? Que ferai-je, seul, farouche, Sans toi, du jour et des cieux, De mes baisers sans ta bouche, Et de mes pleurs sans tes yeux ! Août 18...
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Je respire où tu palpites
Je respire où tu palpites, Tu sais ; à quoi bon, hélas ! Rester là si tu me quittes, Et vivre si tu t'en vas ? A quoi bon vivre, étant l'ombre De cet ange qui s'enfuit ? A quoi bon, sous le ciel sombre, N'être plus que de la nuit ? Je suis la fleur des murailles Dont avril est le seul bien. Il suffit que tu t'en ailles Pour qu'il ne reste plus rien. Tu m'entoures d'Auréoles ; Te voir est mon seul souci. Il suffit que tu t'envoles Pour que je m'envole aussi. Si tu pars, mon front se penche ; Mon âme au ciel, son berceau, Fuira, dans ta main blanche Tu tiens ce sauvage oiseau. Que veux-tu que je devienne Si je n'entends plus ton pas ? Est-ce ta vie ou la mienne Qui s'en va ? Je ne sais pas. Quand mon orage succombe, J'en reprends dans ton coeur pur ; Je suis comme la colombe Qui vient boire au lac d'azur. L'amour fait comprendre à l'âme L'univers, salubre et béni ; Et cette petite flamme Seule éclaire l'infini Sans toi, toute la nature N'est plus qu'un cachot fermé, Où je vais à l'aventure, Pâle et n'étant plus aimé. Sans toi, tout s'effeuille et tombe ; L'ombre emplit mon noir sourcil ; Une fête est une tombe, La patrie est un exil. Je t'implore et réclame ; Ne fuis pas **** de mes maux, Ô fauvette de mon âme Qui chantes dans mes rameaux ! De quoi puis-je avoir envie, De quoi puis-je avoir effroi, Que ferai-je de la vie Si tu n'es plus près de moi ? Tu portes dans la lumière, Tu portes dans les buissons, Sur une aile ma prière, Et sur l'autre mes chansons. Que dirai-je aux champs que voile L'inconsolable douleur ? Que ferai-je de l'étoile ? Que ferai-je de la fleur ? Que dirai-je au bois morose Qu'illuminait ta douceur ? Que répondrai-je à la rose Disant : « Où donc est ma soeur ? » J'en mourrai ; fuis, si tu l'oses. A quoi bon, jours révolus ! Regarder toutes ces choses Qu'elle ne regarde plus ? Que ferai-je de la lyre, De la vertu, du destin ? Hélas ! et, sans ton sourire, Que ferai-je du matin ? Que ferai-je, seul, farouche, Sans toi, du jour et des cieux, De mes baisers sans ta bouche, Et de mes pleurs sans tes yeux ! Août 18...
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Le toit s'égaie et rit. ANDRÉ CHÉNIER. Lorsque l'enfant paraît, le cercle de famille Applaudit à grands cris. Son doux regard qui brille Fait briller tous les yeux, Et les plus tristes fronts, les plus souillés peut-être, Se dérident soudain à voir l'enfant paraître, Innocent et joyeux. Soit que juin ait verdi mon seuil, ou que novembre Fasse autour d'un grand feu vacillant dans la chambre Les chaises se toucher, Quand l'enfant vient, la joie arrive et nous éclaire. On rit, on se récrie, on l'appelle, et sa mère Tremble à le voir marcher. Quelquefois nous parlons, en remuant la flamme, De patrie et de Dieu, des poètes, de l'âme Qui s'élève en priant ; L'enfant paraît, adieu le ciel et la patrie Et les poètes saints ! la grave causerie S'arrête en souriant. La nuit, quand l'homme dort, quand l'esprit rêve, à l'heure Où l'on entend gémir, comme une voix qui pleure, L'onde entre les roseaux, Si l'aube tout à coup là-bas luit comme un phare, Sa clarté dans les champs éveille une fanfare De cloches et d'oiseaux. Enfant, vous êtes l'aube et mon âme est la plaine Qui des plus douces fleurs embaume son haleine Quand vous la respirez ; Mon âme est la forêt dont les sombres ramures S'emplissent pour vous seul de suaves murmures Et de rayons dorés ! Car vos beaux yeux sont pleins de douceurs infinies, Car vos petites mains, joyeuses et bénies, N'ont point mal fait encor ; Jamais vos jeunes pas n'ont touché notre fange, Tête sacrée ! enfant aux cheveux blonds ! bel ange À l'auréole d'or ! Vous êtes parmi nous la colombe de l'arche. Vos pieds tendres et purs n'ont point l'âge où l'on marche. Vos ailes sont d'azur. Sans le comprendre encor vous regardez le monde. Double virginité ! corps où rien n'est immonde, Âme où rien n'est impur ! Il est si beau, l'enfant, avec son doux sourire, Sa douce bonne foi, sa voix qui veut tout dire, Ses pleurs vite apaisés, Laissant errer sa vue étonnée et ravie, Offrant de toutes parts sa jeune âme à la vie Et sa bouche aux baisers ! Seigneur ! préservez-moi, préservez ceux que j'aime, Frères, parents, amis, et mes ennemis même Dans le mal triomphants, De jamais voir, Seigneur ! l'été sans fleurs vermeilles, La cage sans oiseaux, la ruche sans abeilles, La maison sans enfants ! Mai 1830.
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Lorsque l'enfant paraît
Le toit s'égaie et rit. ANDRÉ CHÉNIER. Lorsque l'enfant paraît, le cercle de famille Applaudit à grands cris. Son doux regard qui brille Fait briller tous les yeux, Et les plus tristes fronts, les plus souillés peut-être, Se dérident soudain à voir l'enfant paraître, Innocent et joyeux. Soit que juin ait verdi mon seuil, ou que novembre Fasse autour d'un grand feu vacillant dans la chambre Les chaises se toucher, Quand l'enfant vient, la joie arrive et nous éclaire. On rit, on se récrie, on l'appelle, et sa mère Tremble à le voir marcher. Quelquefois nous parlons, en remuant la flamme, De patrie et de Dieu, des poètes, de l'âme Qui s'élève en priant ; L'enfant paraît, adieu le ciel et la patrie Et les poètes saints ! la grave causerie S'arrête en souriant. La nuit, quand l'homme dort, quand l'esprit rêve, à l'heure Où l'on entend gémir, comme une voix qui pleure, L'onde entre les roseaux, Si l'aube tout à coup là-bas luit comme un phare, Sa clarté dans les champs éveille une fanfare De cloches et d'oiseaux. Enfant, vous êtes l'aube et mon âme est la plaine Qui des plus douces fleurs embaume son haleine Quand vous la respirez ; Mon âme est la forêt dont les sombres ramures S'emplissent pour vous seul de suaves murmures Et de rayons dorés ! Car vos beaux yeux sont pleins de douceurs infinies, Car vos petites mains, joyeuses et bénies, N'ont point mal fait encor ; Jamais vos jeunes pas n'ont touché notre fange, Tête sacrée ! enfant aux cheveux blonds ! bel ange À l'auréole d'or ! Vous êtes parmi nous la colombe de l'arche. Vos pieds tendres et purs n'ont point l'âge où l'on marche. Vos ailes sont d'azur. Sans le comprendre encor vous regardez le monde. Double virginité ! corps où rien n'est immonde, Âme où rien n'est impur ! Il est si beau, l'enfant, avec son doux sourire, Sa douce bonne foi, sa voix qui veut tout dire, Ses pleurs vite apaisés, Laissant errer sa vue étonnée et ravie, Offrant de toutes parts sa jeune âme à la vie Et sa bouche aux baisers ! Seigneur ! préservez-moi, préservez ceux que j'aime, Frères, parents, amis, et mes ennemis même Dans le mal triomphants, De jamais voir, Seigneur ! l'été sans fleurs vermeilles, La cage sans oiseaux, la ruche sans abeilles, La maison sans enfants ! Mai 1830.
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Mi domando che madri avete avuto. Se ora vi vedessero al lavoro in un mondo a loro sconosciuto, presi in un giro mai compiuto d'esperienze così diverse dalle loro, che sguardo avrebbero negli occhi? Se fossero lì, mentre voi scrivete il vostro pezzo, conformisti e barocchi, o lo passate a redattori rotti a ogni compromesso, capirebbero chi siete? Madri vili, con nel viso il timore antico, quello che come un male deforma i lineamenti in un biancore che li annebbia, li allontana dal cuore, li chiude nel vecchio rifiuto morale. Madri vili, poverine, preoccupate che i figli conoscano la viltà per chiedere un posto, per essere pratici, per non offendere anime privilegiate, per difendersi da ogni pietà. Madri mediocri, che hanno imparato con umiltà di bambine, di noi, un unico, nudo significato, con anime in cui il mondo è dannato a non dare né dolore né gioia. Madri mediocri, che non hanno avuto per voi mai una parola d'amore, se non d'un amore sordidamente muto di bestia, e in esso v'hanno cresciuto, impotenti ai reali richiami del cuore. Madri servili, abituate da secoli a chinare senza amore la testa, a trasmettere al loro feto l'antico, vergognoso segreto d'accontentarsi dei resti della festa. Madri servili, che vi hanno insegnato come il servo può essere felice odiando chi è, come lui, legato, come può essere, tradendo, beato, e sicuro, facendo ciò che non dice. Madri feroci, intente a difendere quel poco che, borghesi, possiedono, la normalità e lo stipendio, quasi con rabbia di chi si vendichi o sia stretto da un assurdo assedio. Madri feroci, che vi hanno detto: Sopravvivete! Pensate a voi! Non provate mai pietà o rispetto per nessuno, covate nel petto la vostra integrità di avvoltoi! Ecco, vili, mediocri, servi, feroci, le vostre povere madri! Che non hanno vergogna a sapervi - nel vostro odio - addirittura superbi, se non è questa che una valle di lacrime. È così che vi appartiene questo mondo: fatti fratelli nelle opposte passioni, o le patrie nemiche, dal rifiuto profondo a essere diversi: a rispondere del selvaggio dolore di esser uomini.
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Ballata delle madri
Mi domando che madri avete avuto. Se ora vi vedessero al lavoro in un mondo a loro sconosciuto, presi in un giro mai compiuto d'esperienze così diverse dalle loro, che sguardo avrebbero negli occhi? Se fossero lì, mentre voi scrivete il vostro pezzo, conformisti e barocchi, o lo passate a redattori rotti a ogni compromesso, capirebbero chi siete? Madri vili, con nel viso il timore antico, quello che come un male deforma i lineamenti in un biancore che li annebbia, li allontana dal cuore, li chiude nel vecchio rifiuto morale. Madri vili, poverine, preoccupate che i figli conoscano la viltà per chiedere un posto, per essere pratici, per non offendere anime privilegiate, per difendersi da ogni pietà. Madri mediocri, che hanno imparato con umiltà di bambine, di noi, un unico, nudo significato, con anime in cui il mondo è dannato a non dare né dolore né gioia. Madri mediocri, che non hanno avuto per voi mai una parola d'amore, se non d'un amore sordidamente muto di bestia, e in esso v'hanno cresciuto, impotenti ai reali richiami del cuore. Madri servili, abituate da secoli a chinare senza amore la testa, a trasmettere al loro feto l'antico, vergognoso segreto d'accontentarsi dei resti della festa. Madri servili, che vi hanno insegnato come il servo può essere felice odiando chi è, come lui, legato, come può essere, tradendo, beato, e sicuro, facendo ciò che non dice. Madri feroci, intente a difendere quel poco che, borghesi, possiedono, la normalità e lo stipendio, quasi con rabbia di chi si vendichi o sia stretto da un assurdo assedio. Madri feroci, che vi hanno detto: Sopravvivete! Pensate a voi! Non provate mai pietà o rispetto per nessuno, covate nel petto la vostra integrità di avvoltoi! Ecco, vili, mediocri, servi, feroci, le vostre povere madri! Che non hanno vergogna a sapervi - nel vostro odio - addirittura superbi, se non è questa che una valle di lacrime. È così che vi appartiene questo mondo: fatti fratelli nelle opposte passioni, o le patrie nemiche, dal rifiuto profondo a essere diversi: a rispondere del selvaggio dolore di esser uomini.
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Alfred, j'ai vu des jours où nous vivions en frères, Servant les mêmes dieux aux autels littéraires : Le ciel n'avait formé qu'une âme pour deux corps ; Beaux jours d'épanchement, d'amour et d'harmonie, Où ma voix à la tienne incessamment unie Allait se perdre au ciel en de divins accords. Qui de nous a changé ? Pourquoi dans la carrière L'un court-il en avant, laissant l'autre en arrière ? Lequel des deux soldats a déserté les rangs ? Pourquoi ces deux vaisseaux qui naviguaient ensemble, Désespérant déjà d'un port qui les rassemble, Vont-ils chercher si **** des bords si différents ? Je n'ai pas dévoué mon maître aux gémonies, Je n'ai pas abreuvé de fiel et d'avanies L'idole où mes genoux s'usaient à se plier : Je n'ai point du passé répudié la trace, J'y suis resté fidèle, et n'ai point, comme Horace, Au milieu du combat jeté mon bouclier. Non, c'est toi qui changeas. Un nom qui se révèle T'éblouit des rayons de sa gloire nouvelle. Tu vois dans le bourgeon le fruit qui doit mûrir : Mécène du Virgile et saint Jean du Messie, Tu répands en tous lieux la saint Prophétie, Tu sèmes la parole et tu la fais fleurir. Je ne suis pas de ceux qui vont dans les ****** S'inspirer aux lueurs blafardes des bougies, Qui dans l'air obscurci par les vapeurs du vin, Tentent de ranimer leur muse exténuée, Comme un vieillard flétri qu'une prostituée Sous ses baisers impurs veut réchauffer en vain. C'est ainsi que j'entends l'œuvre de poésie : Chacun de nous s'est fait l'art à sa fantaisie, Chacun de nous l'a vu d'un différent côté. Prisme aux mille couleurs, chaque œil en saisit une Suivant le point divers où l'a mis la fortune : Dieu lui seul peut tout voir dans son immensité. Conserve la croyance et respecte la nôtre, Apôtre dévoué de la gloire d'un autre ; Fais-toi du nouveau Dieu confesseur et martyr, Ne crois pas que mon cœur cède comme une argile Ni que ta voix, prêchant le nouvel Évangile, Si chaude qu'elle soit, puisse me convertir. Adieu. Garde ta foi, garde ton opulence. Laisse-moi recueillir mon cœur dans le silence, Laisse-moi consumer mes jours comme un reclus ; Pardonne cependant à cette rêverie, C'est le chant d'un proscrit en quittant la patrie, C'est la voix d'un ami que tu n'entendras plus.
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À Alfred Tattet
Alfred, j'ai vu des jours où nous vivions en frères, Servant les mêmes dieux aux autels littéraires : Le ciel n'avait formé qu'une âme pour deux corps ; Beaux jours d'épanchement, d'amour et d'harmonie, Où ma voix à la tienne incessamment unie Allait se perdre au ciel en de divins accords. Qui de nous a changé ? Pourquoi dans la carrière L'un court-il en avant, laissant l'autre en arrière ? Lequel des deux soldats a déserté les rangs ? Pourquoi ces deux vaisseaux qui naviguaient ensemble, Désespérant déjà d'un port qui les rassemble, Vont-ils chercher si **** des bords si différents ? Je n'ai pas dévoué mon maître aux gémonies, Je n'ai pas abreuvé de fiel et d'avanies L'idole où mes genoux s'usaient à se plier : Je n'ai point du passé répudié la trace, J'y suis resté fidèle, et n'ai point, comme Horace, Au milieu du combat jeté mon bouclier. Non, c'est toi qui changeas. Un nom qui se révèle T'éblouit des rayons de sa gloire nouvelle. Tu vois dans le bourgeon le fruit qui doit mûrir : Mécène du Virgile et saint Jean du Messie, Tu répands en tous lieux la saint Prophétie, Tu sèmes la parole et tu la fais fleurir. Je ne suis pas de ceux qui vont dans les ****** S'inspirer aux lueurs blafardes des bougies, Qui dans l'air obscurci par les vapeurs du vin, Tentent de ranimer leur muse exténuée, Comme un vieillard flétri qu'une prostituée Sous ses baisers impurs veut réchauffer en vain. C'est ainsi que j'entends l'œuvre de poésie : Chacun de nous s'est fait l'art à sa fantaisie, Chacun de nous l'a vu d'un différent côté. Prisme aux mille couleurs, chaque œil en saisit une Suivant le point divers où l'a mis la fortune : Dieu lui seul peut tout voir dans son immensité. Conserve la croyance et respecte la nôtre, Apôtre dévoué de la gloire d'un autre ; Fais-toi du nouveau Dieu confesseur et martyr, Ne crois pas que mon cœur cède comme une argile Ni que ta voix, prêchant le nouvel Évangile, Si chaude qu'elle soit, puisse me convertir. Adieu. Garde ta foi, garde ton opulence. Laisse-moi recueillir mon cœur dans le silence, Laisse-moi consumer mes jours comme un reclus ; Pardonne cependant à cette rêverie, C'est le chant d'un proscrit en quittant la patrie, C'est la voix d'un ami que tu n'entendras plus.
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On en veut trop aux courtisans ; On va criant partout qu'à l'état inutiles Pour leur seul intérêt ils se montrent habiles : Ce sont discours de médisants. J'ai lu, je ne sais où, qu'autrefois en Syrie Ce fut un courtisan qui sauva sa patrie. Voici comment : dans le pays La peste avait été portée, Et ne devait cesser que quand le dieu Protée Dirait là-dessus son avis. Ce dieu, comme l'on sait, n'est pas facile à vivre : Pour le faire parler il faut longtemps le suivre, Près de son antre l'épier, Le surprendre, et puis le lier, Malgré la figure effrayante Qu'il prend et quitte à volonté. Certain vieux courtisan, par le roi député, Devant le dieu marin tout-à-coup se présente. Celui-ci, surpris, irrité, Se change en noir serpent ; sa gueule empoisonnée Lance et retire un dard messager du trépas, Tandis que, dans sa marche oblique et détournée, Il glisse sur lui-même et d'un pli fait un pas. Le courtisan sourit : je connais cette allure, Dit-il, et mieux que toi je sais mordre et ramper. Il court alors pour l'attraper : Mais le dieu change de figure ; Il devient tour-à-tour loup, singe, lynx, renard. Tu veux me vaincre dans mon art, Disait le courtisan : mais, depuis mon enfance, Plus que ces animaux avide, adroit, rusé, Chacun de ces tours-là pour moi se trouve usé. Changer d'habit, de mœurs, même de conscience ; Je ne vois rien là que d'aisé. Lors il saisit le dieu, le lie, Arrache son oracle, et retourne vainqueur. Ce trait nous prouve, ami lecteur, Combien un courtisan peut servir la patrie.
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Le courtisan et le dieu Protée
On en veut trop aux courtisans ; On va criant partout qu'à l'état inutiles Pour leur seul intérêt ils se montrent habiles : Ce sont discours de médisants. J'ai lu, je ne sais où, qu'autrefois en Syrie Ce fut un courtisan qui sauva sa patrie. Voici comment : dans le pays La peste avait été portée, Et ne devait cesser que quand le dieu Protée Dirait là-dessus son avis. Ce dieu, comme l'on sait, n'est pas facile à vivre : Pour le faire parler il faut longtemps le suivre, Près de son antre l'épier, Le surprendre, et puis le lier, Malgré la figure effrayante Qu'il prend et quitte à volonté. Certain vieux courtisan, par le roi député, Devant le dieu marin tout-à-coup se présente. Celui-ci, surpris, irrité, Se change en noir serpent ; sa gueule empoisonnée Lance et retire un dard messager du trépas, Tandis que, dans sa marche oblique et détournée, Il glisse sur lui-même et d'un pli fait un pas. Le courtisan sourit : je connais cette allure, Dit-il, et mieux que toi je sais mordre et ramper. Il court alors pour l'attraper : Mais le dieu change de figure ; Il devient tour-à-tour loup, singe, lynx, renard. Tu veux me vaincre dans mon art, Disait le courtisan : mais, depuis mon enfance, Plus que ces animaux avide, adroit, rusé, Chacun de ces tours-là pour moi se trouve usé. Changer d'habit, de mœurs, même de conscience ; Je ne vois rien là que d'aisé. Lors il saisit le dieu, le lie, Arrache son oracle, et retourne vainqueur. Ce trait nous prouve, ami lecteur, Combien un courtisan peut servir la patrie.
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« De grâce, apprenez-moi comment l'on fait fortune, Demandait à son père un jeune ambitieux. - Il est, dit le vieillard, un chemin glorieux : C'est de se rendre utile à la cause commune, De prodiguer ses jours, ses veilles, ses talents, Au service de la patrie. - Oh ! trop pénible est cette vie ; Je veux des moyens moins brillants. - Il en est de plus sûrs, l'intrigue... - Elle est trop vile ; Sans vice et sans travail je voudrais m'enrichir. - Eh bien ! sois un simple imbécile, J'en ai vu beaucoup réussir. »
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Le jeune homme et le vieillard
Hymne aux morts de juillet. Ceux qui pieusement sont morts pour la patrie Ont droit qu'à leur cercueil la foule vienne et prie. Entre les plus beaux noms leur nom est le plus beau. Toute gloire près d'eux passe et tombe éphémère ; Et, comme ferait une mère, La voix d'un peuple entier les berce en leur tombeau. Gloire à notre France éternelle ! Gloire à ceux qui sont morts pour elle ! Aux martyrs ! aux vaillants ! aux forts ! A ceux qu'enflamme leur exemple, Qui veulent place dans le temple, Et qui mourrons comme ils sont morts ! C'est pour ces morts, dont l'ombre est ici bienvenue, Que le haut Panthéon élève dans la nue, Au-dessus de Paris, la ville aux mille tours, La reine de nos Tirs et de nos Babylone, Cette couronne de colonnes Que le soleil levant redore tous les jours ! Gloire à notre France éternelle ! Gloire à ceux qui sont morts pour elle ! Aux martyrs ! aux vaillants ! aux forts ! A ceux qu'enflamme leur exemple, Qui veulent place dans le temple, Et qui mourrons comme ils sont morts ! Ainsi, quand de tels morts sont couchés dans la tombe, En vain l'oubli, nuit sombre où va tout ce qui tombe, Passe sur leur sépulcre où nous inclinons ; Chaque jour, pour eux seuls se levant plus fidèle, La gloire, aube toujours nouvelle, Fait luire leur mémoire et redore leurs noms ! Gloire à notre France éternelle ! Gloire à ceux qui sont morts pour elle ! Aux martyrs ! aux vaillants ! aux forts ! A ceux qu'enflamme leur exemple, Qui veulent place dans le temple, Et qui mourrons comme ils sont morts ! Juillet 1831.
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Hymne
Hymne aux morts de juillet. Ceux qui pieusement sont morts pour la patrie Ont droit qu'à leur cercueil la foule vienne et prie. Entre les plus beaux noms leur nom est le plus beau. Toute gloire près d'eux passe et tombe éphémère ; Et, comme ferait une mère, La voix d'un peuple entier les berce en leur tombeau. Gloire à notre France éternelle ! Gloire à ceux qui sont morts pour elle ! Aux martyrs ! aux vaillants ! aux forts ! A ceux qu'enflamme leur exemple, Qui veulent place dans le temple, Et qui mourrons comme ils sont morts ! C'est pour ces morts, dont l'ombre est ici bienvenue, Que le haut Panthéon élève dans la nue, Au-dessus de Paris, la ville aux mille tours, La reine de nos Tirs et de nos Babylone, Cette couronne de colonnes Que le soleil levant redore tous les jours ! Gloire à notre France éternelle ! Gloire à ceux qui sont morts pour elle ! Aux martyrs ! aux vaillants ! aux forts ! A ceux qu'enflamme leur exemple, Qui veulent place dans le temple, Et qui mourrons comme ils sont morts ! Ainsi, quand de tels morts sont couchés dans la tombe, En vain l'oubli, nuit sombre où va tout ce qui tombe, Passe sur leur sépulcre où nous inclinons ; Chaque jour, pour eux seuls se levant plus fidèle, La gloire, aube toujours nouvelle, Fait luire leur mémoire et redore leurs noms ! Gloire à notre France éternelle ! Gloire à ceux qui sont morts pour elle ! Aux martyrs ! aux vaillants ! aux forts ! A ceux qu'enflamme leur exemple, Qui veulent place dans le temple, Et qui mourrons comme ils sont morts ! Juillet 1831.
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Sonnet. Viens, ne marche pas seul dans un jaloux sentier, Mais suis les grands chemins que l'humanité foule ; Les hommes ne sont forts, bons et justes, qu'en foule Ils s'achèvent ensemble, aucun d'eux n'est entier. Malgré toi tous les morts t'ont fait leur héritier ; La patrie a jeté le plus fier dans son moule, Et son nom fait toujours monter comme une houle De la poitrine aux yeux l'enthousiasme altier ! Viens, il passe au'forum'un immense zéphyre ; Viens, l'héroïsme épars dans l'air qu'on y respire Secoue utilement les moroses langueurs. Laisse à travers ton luth souffler le vent des âmes, Et tes vers flotteront comme des oriflammes Et comme des tambours sonneront dans les cœurs.
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La patrie
Un bon père cheval, veuf, et n'ayant qu'un fils, L'élevait dans un pâturage Où les eaux, les fleurs et l'ombrage Présentaient à la fois tous les biens réunis. Abusant pour jouir, comme on fait à cet âge, Le poulain tous les jours se gorgeait de sainfoin, Se vautrait dans l'herbe fleurie, Galopait sans objet, se baignait sans envie, Ou se reposait sans besoin. Oisif et gras à lard, le jeune solitaire S'ennuya, se lassa de ne manquer de rien ; Le dégoût vint bientôt ; il va trouver son père : Depuis longtemps, dit-il, je ne me sens pas bien ; Cette herbe est malsaine et me tue, Ce trèfle est sans saveur, cette onde est corrompue, L'air qu'on respire ici m'attaque les poumons ; Bref, je meurs si nous ne partons. Mon fils, répond le père, il s'agit de ta vie, À l'instant même il faut partir. Sitôt dit, sitôt fait, ils quittent leur patrie. Le jeune voyageur bondissait de plaisir : Le vieillard, moins joyeux, allait un train plus sage ; Mais il guidait l'enfant, et le faisait gravir Sur des monts escarpés, arides, sans herbage, Où rien ne pouvait le nourrir. Le soir vint, point de pâturage ; On s'en passa. Le lendemain, Comme l'on commençait à souffrir de la faim, On prit du bout des dents une ronce sauvage. On ne galopa plus le reste du voyage ; À peine, après deux jours, allait-on même au pas. Jugeant alors la leçon faite, Le père va reprendre une route secrète Que son fils ne connaissait pas, Et le ramène à sa prairie Au milieu de la nuit. Dès que notre poulain Retrouve un peu d'herbe fleurie, Il se jette dessus : ah ! L'excellent festin ! La bonne herbe ! Dit-il : comme elle est douce et tendre ! Mon père, il ne faut pas s'attendre Que nous puissions rencontrer mieux ; Fixons-nous pour jamais dans ces aimables lieux : Quel pays peut valoir cet asile champêtre ? Comme il parlait ainsi, le jour vint à paraître : Le poulain reconnaît le pré qu'il a quitté ; Il demeure confus. Le père, avec bonté, Lui dit : mon cher enfant, retiens cette maxime : Quiconque jouit trop est bientôt dégoûté, Il faut au bonheur du régime.
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Le cheval et le poulain
Un bon père cheval, veuf, et n'ayant qu'un fils, L'élevait dans un pâturage Où les eaux, les fleurs et l'ombrage Présentaient à la fois tous les biens réunis. Abusant pour jouir, comme on fait à cet âge, Le poulain tous les jours se gorgeait de sainfoin, Se vautrait dans l'herbe fleurie, Galopait sans objet, se baignait sans envie, Ou se reposait sans besoin. Oisif et gras à lard, le jeune solitaire S'ennuya, se lassa de ne manquer de rien ; Le dégoût vint bientôt ; il va trouver son père : Depuis longtemps, dit-il, je ne me sens pas bien ; Cette herbe est malsaine et me tue, Ce trèfle est sans saveur, cette onde est corrompue, L'air qu'on respire ici m'attaque les poumons ; Bref, je meurs si nous ne partons. Mon fils, répond le père, il s'agit de ta vie, À l'instant même il faut partir. Sitôt dit, sitôt fait, ils quittent leur patrie. Le jeune voyageur bondissait de plaisir : Le vieillard, moins joyeux, allait un train plus sage ; Mais il guidait l'enfant, et le faisait gravir Sur des monts escarpés, arides, sans herbage, Où rien ne pouvait le nourrir. Le soir vint, point de pâturage ; On s'en passa. Le lendemain, Comme l'on commençait à souffrir de la faim, On prit du bout des dents une ronce sauvage. On ne galopa plus le reste du voyage ; À peine, après deux jours, allait-on même au pas. Jugeant alors la leçon faite, Le père va reprendre une route secrète Que son fils ne connaissait pas, Et le ramène à sa prairie Au milieu de la nuit. Dès que notre poulain Retrouve un peu d'herbe fleurie, Il se jette dessus : ah ! L'excellent festin ! La bonne herbe ! Dit-il : comme elle est douce et tendre ! Mon père, il ne faut pas s'attendre Que nous puissions rencontrer mieux ; Fixons-nous pour jamais dans ces aimables lieux : Quel pays peut valoir cet asile champêtre ? Comme il parlait ainsi, le jour vint à paraître : Le poulain reconnaît le pré qu'il a quitté ; Il demeure confus. Le père, avec bonté, Lui dit : mon cher enfant, retiens cette maxime : Quiconque jouit trop est bientôt dégoûté, Il faut au bonheur du régime.
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Pourquoi le prononcer ce nom de la patrie ? Dans son brillant exil mon coeur en a frémi ; Il résonne de **** dans mon âme attendrie, Comme les pas connus ou la voix d'un ami. Montagnes que voilait le brouillard de l'automne, Vallons que tapissait le givre du matin, Saules dont l'émondeur effeuillait la couronne, Vieilles tours que le soir dorait dans le lointain, Murs noircis par les ans, coteaux, sentier rapide, Fontaine où les pasteurs accroupis tour à tour Attendaient goutte à goutte une eau rare et limpide, Et, leur urne à la main, s'entretenaient du jour, Chaumière où du foyer étincelait la flamme, Toit que le pèlerin aimait à voir fumer, Objets inanimés, avez-vous donc une âme Qui s'attache à notre âme et la force d'aimer ?
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Milly ou la terre natale (I)
Je suis venu, calme orphelin, Riche de mes seuls yeux tranquilles, Vers les hommes des grandes villes : Ils ne m'ont pas trouvé malin. À vingt ans un trouble nouveau Sous le nom d'amoureuses flammes M'a fait trouver belles les femmes : Elles ne m'ont pas trouvé beau. Bien que sans patrie et sans roi Et très brave ne l'étant guère, J'ai voulu mourir à la guerre : La mort n'a pas voulu de moi. Suis-je né trop tôt ou trop **** ? Qu'est-ce que je fais en ce monde ? Ô vous tous, ma peine est profonde ; Priez pour le pauvre Gaspard !
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Je suis venu calme orphelin
Persécuté, proscrit, chassé de son asile, Pour avoir appelé les choses par leur nom, Un pauvre philosophe errait de ville en ville, Emportant avec lui tous ses biens, sa raison. Un jour qu'il méditait sur le fruit de ses veilles, C'était dans un grand bois, il voit un chat-huant Entouré de geais, de corneilles, Qui le harcelaient en criant : C'est un coquin, c'est un impie, Un ennemi de la patrie ; Il faut le plumer vif : oui, oui, plumons, plumons, Ensuite nous le jugerons. Et tous fondaient sur lui ; la malheureuse bête, Tournant et retournant sa bonne et grosse tête, Leur disait, mais en vain, d'excellentes raisons. Touché de son malheur, car la philosophie Nous rend plus doux et plus humains, Notre sage fait fuir la cohorte ennemie, Puis dit au chat-huant : pourquoi ces assassins En voulaient-ils à votre vie ? Que leur avez-vous fait ? L'oiseau lui répondit : Rien du tout ; mon seul crime est d'y voir clair la nuit.
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Le philosophe et le chat-huant
De ta source pure et limpide Réveille-toi, fleuve argenté ; Porte trois mots, coursier rapide : Amour, patrie et liberté ! Quelle voile, au vent déployée, Trace dans l'onde un vert sillon ? Qui t'a jusqu'à nous envoyée ? Quel est ton nom, ton pavillon ? - J'ai porté la céleste flamme En tous lieux où Dieu l'a permis. Mon pavillon, c'est l'oriflamme ; Mon nom, c'est celui des amis. Fils des Saxons, fils de la France, Vous souvient-il du sang versé ? Près du soleil de l'Espérance Voyez-vous l'ombre du passé ? - Le Rhin n'est plus une frontière ; Amis, c'est notre grand chemin, Et, maintenant, l'Europe entière Sur les deux bords se tend la main. De ta source pure et limpide Retrempe-toi, fleuve argenté ; Redis toujours, coursier rapide ! Amour, patrie et liberté.
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Le chant des amis
Sonnet. C'est la Mort qui console, hélas ! et qui fait vivre ; C'est le but de la vie, et c'est le seul espoir Qui, comme un élixir, nous monte et nous enivre, Et nous donne le coeur de marcher jusqu'au soir ; A travers la tempête, et la neige, et le givre, C'est la clarté vibrante à notre horizon noir ; C'est l'auberge fameuse inscrite sur le livre, Où l'on pourra manger, et dormir, et s'asseoir ; C'est un Ange qui tient dans ses doigts magnétiques Le sommeil et le don des rêves extatiques, Et qui refait le lit des gens pauvres et nus ; C'est la gloire des Dieux, c'est le grenier mystique, C'est la bourse du pauvre et sa patrie antique, C'est le portique ouvert sur les Cieux inconnus !
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La mort des pauvres