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"paresse" poems
J'ai bien assez vécu, puisque dans mes douleurs Je marche, sans trouver de bras qui me secourent, Puisque je ris à peine aux enfants qui m'entourent, Puisque je ne suis plus réjoui par les fleurs ; Puisqu'au printemps, quand Dieu met la nature en fête, J'assiste, esprit sans joie, à ce splendide amour ; Puisque je suis à l'heure où l'homme fuit le jour, Hélas ! et sent de tout la tristesse secrète ; Puisque l'espoir serein dans mon âme est vaincu ; Puisqu'en cette saison des parfums et des roses, Ô ma fille ! j'aspire à l'ombre où tu reposes, Puisque mon coeur est mort, j'ai bien assez vécu. Je n'ai pas refusé ma tâche sur la terre. Mon sillon ? Le voilà. Ma gerbe ? La voici. J'ai vécu souriant, toujours plus adouci, Debout, mais incliné du côté du mystère. J'ai fait ce que j'ai pu ; j'ai servi, j'ai veillé, Et j'ai vu bien souvent qu'on riait de ma peine. Je me suis étonné d'être un objet de haine, Ayant beaucoup souffert et beaucoup travaillé. Dans ce bagne terrestre où ne s'ouvre aucune aile, Sans me plaindre, saignant, et tombant sur les mains, Morne, épuisé, raillé par les forçats humains, J'ai porté mon chaînon de la chaîne éternelle. Maintenant, mon regard ne s'ouvre qu'à demi ; Je ne me tourne plus même quand on me nomme ; Je suis plein de stupeur et d'ennui, comme un homme Qui se lève avant l'aube et qui n'a pas dormi. Je ne daigne plus même, en ma sombre paresse, Répondre à l'envieux dont la bouche me nuit. Ô Seigneur ! ouvrez-moi les portes de la nuit, Afin que je m'en aille et que je disparaisse !
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Veni, vidi, vixi
J'ai bien assez vécu, puisque dans mes douleurs Je marche, sans trouver de bras qui me secourent, Puisque je ris à peine aux enfants qui m'entourent, Puisque je ne suis plus réjoui par les fleurs ; Puisqu'au printemps, quand Dieu met la nature en fête, J'assiste, esprit sans joie, à ce splendide amour ; Puisque je suis à l'heure où l'homme fuit le jour, Hélas ! et sent de tout la tristesse secrète ; Puisque l'espoir serein dans mon âme est vaincu ; Puisqu'en cette saison des parfums et des roses, Ô ma fille ! j'aspire à l'ombre où tu reposes, Puisque mon coeur est mort, j'ai bien assez vécu. Je n'ai pas refusé ma tâche sur la terre. Mon sillon ? Le voilà. Ma gerbe ? La voici. J'ai vécu souriant, toujours plus adouci, Debout, mais incliné du côté du mystère. J'ai fait ce que j'ai pu ; j'ai servi, j'ai veillé, Et j'ai vu bien souvent qu'on riait de ma peine. Je me suis étonné d'être un objet de haine, Ayant beaucoup souffert et beaucoup travaillé. Dans ce bagne terrestre où ne s'ouvre aucune aile, Sans me plaindre, saignant, et tombant sur les mains, Morne, épuisé, raillé par les forçats humains, J'ai porté mon chaînon de la chaîne éternelle. Maintenant, mon regard ne s'ouvre qu'à demi ; Je ne me tourne plus même quand on me nomme ; Je suis plein de stupeur et d'ennui, comme un homme Qui se lève avant l'aube et qui n'a pas dormi. Je ne daigne plus même, en ma sombre paresse, Répondre à l'envieux dont la bouche me nuit. Ô Seigneur ! ouvrez-moi les portes de la nuit, Afin que je m'en aille et que je disparaisse !
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Quand le front de l'enfant, plein de rouges tourmentes, Implore l'essaim blanc des rêves indistincts, Il vient près de son lit deux grandes soeurs charmantes Avec de frêles doigts aux ongles argentins. Elles assoient l'enfant auprès d'une croisée Grande ouverte où l'air bleu baigne un fouillis de fleurs, Et dans ses lourds cheveux où tombe la rosée Promènent leurs doigts fins, terribles et charmeurs. Il écoute chanter leurs haleines craintives Qui fleurent de longs miels végétaux et rosés Et qu'interrompt parfois un sifflement, salives Reprises sur la lèvre ou désirs de baisers. Il entend leurs cils noirs battant sous les silences Parfumés ; et leurs doigts électriques et doux Font crépiter parmi ses grises indolences Sous leurs ongles royaux la mort des petits poux. Voilà que monte en lui le vin de la Paresse, Soupirs d'harmonica qui pourrait délirer ; L'enfant se sent, selon la lenteur des caresses, Sourdre et mourir sans cesse un désir de pleurer.
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Les chercheuses de poux
Au pays parfumé que le soleil caresse, J'ai connu, sous un dais d'arbres tout empourprés Et de palmiers d'où pleut sur les yeux la paresse, Une dame créole aux charmes ignorés. Son teint est pâle et chaud ; la brune enchanteresse A dans le cou des airs noblement maniérés ; Grande et svelte en marchant comme une chasseresse, Son sourire est tranquille et ses yeux assurés. Si vous alliez, Madame, au vrai pays de gloire, Sur les bords de la Seine ou de la verte Loire, Belle digne d'orner les antiques manoirs, Vous feriez, à l'abri des ombreuses retraites, Germer mille sonnets dans le coeur des poètes, Que vos grands yeux rendraient plus soumis que vos noirs.
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À une dame créole
Un angora que sa maîtresse Nourrissait de mets délicats Ne faisait plus la guerre aux rats ; Et les rats, connaissant sa bonté, sa paresse, Allaient, trottaient partout, et ne se gênaient pas. Un jour, dans un grenier retiré, solitaire, Où notre chat dormait après un bon festin, Plusieurs rats viennent dans le grain Prendre leur repas ordinaire. L'angora ne bougeait. Alors mes étourdis Pensent qu'ils lui font peur ; l'orateur de la troupe Parle des chats avec mépris. On applaudit fort, on s'attroupe, On le proclame général. Grimpé sur un boisseau qui sert de tribunal : Braves amis, dit-il, courons à la vengeance. De ce grain désormais nous devons être las, Jurons de ne manger désormais que des chats : On les dit excellents, nous en ferons bombance. À ces mots, partageant son belliqueux transport, Chaque nouveau guerrier sur l'angora s'élance, Et réveille le chat qui dort. Celui-ci, comme on croit, dans sa juste colère, Couche bientôt sur la poussière Général, tribuns et soldats. Il ne s'échappa que deux rats Qui disaient, en fuyant bien vite à leur tanière : Il ne faut point pousser à bout L'ennemi le plus débonnaire ; On perd ce que l'on tient quand on veut gagner tout.
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Le chat et les rats
Vous m'avez demandé quelques vers sur « Amour ». Ce mien livre, d'émoi cruel et de détresse, Déjà **** dans mon Œuvre étrange qui se presse Et dévale, flot plus amer de jour en jour. Qu'en dire, sinon : « Poor Yorick ! » ou mieux « poor Lelian ! » et pauvre âme à tout faire, faiblesse, Mollesse par des fois et caresse et paresse, Ou tout à coup partie en guerre comme pour Tout casser d'un passé si pur, si chastement Ordonné par la beauté des calmes pensées. Et pour damner tant d'heures en Dieu dépensées. Puis il revient, mon Œuvre, las d'un tel ahan, Pénitent, et tombant à genoux mains dressées... Priez avec et pour le pauvre Lelian !
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Vous m'avez demandé quelques vers sur Amour
Tu te frappais le front en lisant Lamartine, Edouard, tu pâlissais comme un joueur maudit ; Le frisson te prenait, et la foudre divine, Tombant dans ta poitrine, T'épouvantait toi-même en traversant ta nuit. Ah ! frappe-toi le coeur, c'est là qu'est le génie. C'est là qu'est la pitié, la souffrance et l'amour ; C'est là qu'est le rocher du désert de la vie, D'où les flots d'harmonie, Quand Moïse viendra, jailliront quelque jour. Peut-être à ton insu déjà bouillonnent-elles, Ces laves du volcan, dans les pleurs de tes yeux. Tu partiras bientôt avec les hirondelles, Toi qui te sens des ailes Lorsque tu vois passer un oiseau dans les cieux. Ah ! tu sauras alors ce que vaut la paresse ; Sur les rameaux voisins tu voudras revenir. Edouard, Edouard, ton front est encor sans tristesse, Ton coeur plein de jeunesse... Ah ! ne les frappe pas, ils n'auraient qu'à s'ouvrir !
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À mon ami Edouard B
Il ne faudrait pourtant, me disais-je à moi-même, Qu'une permission de notre seigneur Dieu, Pour qu'il vînt à passer quelque femme en ce lieu. Les bosquets sont déserts ; la chaleur est extrême ; Les vents sont à l'amour l'horizon est en feu ; Toute femme, ce soir, doit désirer qu'on l'aime. S'il venait à passer, sous ces grands marronniers, Quelque alerte beauté de l'école flamande, Une ronde fillette, échappée à Téniers, Ou quelque ange pensif de candeur allemande : Une vierge en or fin d'un livre de légende, Dans un flot de velours traînant ses petits pieds ; Elle viendrait par là, de cette sombre allée, Marchant à pas de biche avec un air boudeur, Ecoutant murmurer le vent dans la feuillée, De paresse amoureuse et de langueur voilée, Dans ses doigts inquiets tourmentant une fleur, Le printemps sur la joue, et le ciel dans le coeur. Elle s'arrêterait là-bas, sous la tonnelle. Je ne lui dirais rien, j'irais tout simplement Me mettre à deux genoux par terre devant elle, Regarder dans ses yeux l'azur du firmament, Et pour toute faveur la prier seulement De se laisser aimer d'une amour immortelle.
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Une bonne fortune
De vous le dire je m'empresse... Oh ! la fâcheuse inversion ! D'ailleurs la seule qui paraisse Être échappée à ma paresse, Au cours de cette édition. Je m'empresse de vous le dire, Allons ! voilà qui va bien mieux ! Je ne suis pas (faut-il l'écrire ?) Un poète, je suis sans lyre. Je crois que cela saute aux yeux. Mais, vous m'avez dit, d'aventure, Un soir : « Je n'aime pas les vers. » Or, nous revenions en voiture ; « Quoi ? pas même ceux de Voiture ? » Je vous regardai de travers. Je trouvai la chose hardie. Nous traversions le carrefour, De l'Ancienne Comédie, « Moi, je les aime, quoiqu'on dise Presqu'autant que faire l'amour. » La rue était silencieuse, Pas un soupir d'accordéon, Et sous vos yeux de scabieuse Là-bas se dressait, soucieuse, La façade de l'Odéon. Vous voyez, j'ai bonne mémoire. Eh ! bien ! ce mot d'après dîner, Si j'ai composé mon grimoire, C'est de sa faute, et c'est histoire,Madame, de vous taquiner. Et je vous le jette... à la tête ? Ah ! fi ! Sur les bras ?... oh ! que non ? Dans les jambes ?... Ce serait bête. Ou tu le verrais à la fête, C'est entre ton fauteuil et ton... Qu'on se le dise au Montparnasse, Pays des vers estropiés, Et des madrigaux à la glace : Si je veux qu'il soit à sa place Je le glisserais sous vos pieds. Toutefois, du fond de ton siège Reçois-le comme un compliment « À la française »... qu'on abrège Si l'on entend : « Est-ce qu'il neige ? » Ou si l'on vous dit : « C'est charmant. »
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Le Livre
De vous le dire je m'empresse... Oh ! la fâcheuse inversion ! D'ailleurs la seule qui paraisse Être échappée à ma paresse, Au cours de cette édition. Je m'empresse de vous le dire, Allons ! voilà qui va bien mieux ! Je ne suis pas (faut-il l'écrire ?) Un poète, je suis sans lyre. Je crois que cela saute aux yeux. Mais, vous m'avez dit, d'aventure, Un soir : « Je n'aime pas les vers. » Or, nous revenions en voiture ; « Quoi ? pas même ceux de Voiture ? » Je vous regardai de travers. Je trouvai la chose hardie. Nous traversions le carrefour, De l'Ancienne Comédie, « Moi, je les aime, quoiqu'on dise Presqu'autant que faire l'amour. » La rue était silencieuse, Pas un soupir d'accordéon, Et sous vos yeux de scabieuse Là-bas se dressait, soucieuse, La façade de l'Odéon. Vous voyez, j'ai bonne mémoire. Eh ! bien ! ce mot d'après dîner, Si j'ai composé mon grimoire, C'est de sa faute, et c'est histoire,Madame, de vous taquiner. Et je vous le jette... à la tête ? Ah ! fi ! Sur les bras ?... oh ! que non ? Dans les jambes ?... Ce serait bête. Ou tu le verrais à la fête, C'est entre ton fauteuil et ton... Qu'on se le dise au Montparnasse, Pays des vers estropiés, Et des madrigaux à la glace : Si je veux qu'il soit à sa place Je le glisserais sous vos pieds. Toutefois, du fond de ton siège Reçois-le comme un compliment « À la française »... qu'on abrège Si l'on entend : « Est-ce qu'il neige ? » Ou si l'on vous dit : « C'est charmant. »
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Quoique tes sourcils méchants Te donnent un air étrange Qui n'est pas celui d'un ange, Sorcière aux yeux alléchants, Je t'adore, ô ma frivole, Ma terrible passion ! Avec la dévotion Du prêtre pour son idole. Le désert et la forêt Embaument tes tresses rudes, Ta tête a les attitudes De l'énigme et du secret. Sur ta chair le parfum rôde Comme autour d'un encensoir ; Tu charmes comme le soir, Nymphe ténébreuse et chaude. Ah ! les philtres les plus forts Ne valent pas ta paresse, Et tu connais la caresse Qui fait revivre les morts ! Tes hanches sont amoureuses De ton dos et de tes seins, Et tu ravis les coussins Par tes poses langoureuses. Quelquefois, pour apaiser Ta rage mystérieuse, Tu prodigues, sérieuse, La morsure et le baiser ; Tu me déchires, ma brune, Avec un rire moqueur, Et puis tu mets sur mon coeur Ton oeil doux comme la lune. Sous tes souliers de satin, Sous tes charmants pieds de soie, Moi, je mets ma grande joie, Mon génie et mon destin, Mon âme par toi guérie, Par toi, lumière et couleur ! Explosion de chaleur Dans ma noire Sibérie !
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Chanson d'après-midi
Rubens, fleuve d'oubli, jardin de la paresse, Oreiller de chair fraîche où l'on ne peut aimer, Mais où la vie afflue et s'agite sans cesse, Comme l'air dans le ciel et la mer dans la mer ; Léonard de Vinci, miroir profond et sombre, Où des anges charmants, avec un doux souris Tout chargé de mystère, apparaissent à l'ombre Des glaciers et des pins qui ferment leur pays, Rembrandt, triste hôpital tout rempli de murmures, Et d'un grand crucifix décoré seulement, Où la prière en pleurs s'exhale des ordures, Et d'un rayon d'hiver traversé brusquement ; Michel-Ange, lieu vague où l'on voit des Hercules Se mêler à des Christs, et se lever tout droits Des fantômes puissants qui dans les crépuscules Déchirent leur suaire en étirant leurs doigts ; Colères de boxeur, impudences de faune, Toi qui sus ramasser la beauté des goujats, Grand coeur gonflé d'orgueil, homme débile et jaune, Puget, mélancolique empereur des forçats, Watteau, ce carnaval où bien des coeurs illustres, Comme des papillons, errent en flamboyant, Décors frais et légers éclairés par des lustres Qui versent la folie à ce bal tournoyant ; Goya, cauchemar plein de choses inconnues, De foetus qu'on fait cuire au milieu des sabbats, De vieilles au miroir et d'enfants toutes nues, Pour tenter les démons ajustant bien leurs bas ; Delacroix, lac de sang hanté des mauvais anges, Ombragé par un bois de sapins toujours vert, Où, sous un ciel chagrin, des fanfares étranges Passent, comme un soupir étouffé de Weber ; Ces malédictions, ces blasphèmes, ces plaintes, Ces extases, ces cris, ces pleurs, ces Te Deum, Sont un écho redit par mille labyrinthes ; C'est pour les coeurs mortels un divin ***** ! C'est un cri répété par mille sentinelles, Un ordre renvoyé par mille porte-voix ; C'est un phare allumé sur mille citadelles, Un appel de chasseurs perdus dans les grands bois ! Car c'est vraiment, Seigneur, le meilleur témoignage Que nous puissions donner de notre dignité Que cet ardent sanglot qui roule d'âge en âge Et vient mourir au bord de votre éternité !
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Les phares
Rubens, fleuve d'oubli, jardin de la paresse, Oreiller de chair fraîche où l'on ne peut aimer, Mais où la vie afflue et s'agite sans cesse, Comme l'air dans le ciel et la mer dans la mer ; Léonard de Vinci, miroir profond et sombre, Où des anges charmants, avec un doux souris Tout chargé de mystère, apparaissent à l'ombre Des glaciers et des pins qui ferment leur pays, Rembrandt, triste hôpital tout rempli de murmures, Et d'un grand crucifix décoré seulement, Où la prière en pleurs s'exhale des ordures, Et d'un rayon d'hiver traversé brusquement ; Michel-Ange, lieu vague où l'on voit des Hercules Se mêler à des Christs, et se lever tout droits Des fantômes puissants qui dans les crépuscules Déchirent leur suaire en étirant leurs doigts ; Colères de boxeur, impudences de faune, Toi qui sus ramasser la beauté des goujats, Grand coeur gonflé d'orgueil, homme débile et jaune, Puget, mélancolique empereur des forçats, Watteau, ce carnaval où bien des coeurs illustres, Comme des papillons, errent en flamboyant, Décors frais et légers éclairés par des lustres Qui versent la folie à ce bal tournoyant ; Goya, cauchemar plein de choses inconnues, De foetus qu'on fait cuire au milieu des sabbats, De vieilles au miroir et d'enfants toutes nues, Pour tenter les démons ajustant bien leurs bas ; Delacroix, lac de sang hanté des mauvais anges, Ombragé par un bois de sapins toujours vert, Où, sous un ciel chagrin, des fanfares étranges Passent, comme un soupir étouffé de Weber ; Ces malédictions, ces blasphèmes, ces plaintes, Ces extases, ces cris, ces pleurs, ces Te Deum, Sont un écho redit par mille labyrinthes ; C'est pour les coeurs mortels un divin ***** ! C'est un cri répété par mille sentinelles, Un ordre renvoyé par mille porte-voix ; C'est un phare allumé sur mille citadelles, Un appel de chasseurs perdus dans les grands bois ! Car c'est vraiment, Seigneur, le meilleur témoignage Que nous puissions donner de notre dignité Que cet ardent sanglot qui roule d'âge en âge Et vient mourir au bord de votre éternité !
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Que j'aime voir, chère indolente, De ton corps si beau, Comme une étoffe vacillante, Miroiter la peau ! Sur ta chevelure profonde Aux âcres parfums, Mer odorante et vagabonde Aux flots bleus et bruns, Comme un navire qui s'éveille Au vent du matin, Mon âme rêveuse appareille Pour un ciel lointain. Tes yeux, où rien ne se révèle De doux ni d'amer, Sont deux bijoux froids où se mêle L'or avec le fer. A te voir marcher en cadence, Belle d'abandon, On dirait un serpent qui danse Au bout d'un bâton. Sous le fardeau de ta paresse Ta tête d'enfant Se balance avec la mollesse D'un jeune éléphant, Et ton corps se penche et s'allonge Comme un fin vaisseau Qui roule bord sur bord et plonge Ses vergues dans l'eau. Comme un flot grossi par la fonte Des glaciers grondants, Quand l'eau de ta bouche remonte Au bord de tes dents, Je crois boire un vin de Bohême, Amer et vainqueur, Un ciel liquide qui parsème D'étoiles mon coeur !
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Le serpent qui danse
Nos parents nous ont laissé un monde serein, en bon état, en paix et plein de valeurs. Mais quel héritage allons-nous laisser à nos enfants ? Ne vous inquiétez pas, je vais répondre à mes questions : On laissera un monde en ruine dépourvu de bon sens, un monde de sang et en guerre. On a hérité d'une biodiversité diversifiée. On laisserait à nos enfants ce qu'on n'a pas pu détruire et anéantir parce que Dieu a été bon pour nous prendre avant qu'on ne laisse un désert là où on a trouvé un jardin. Les ressources de la terre sont un cadeau que nos parents ont préservé pour nous. Au nom du développement, on épuise ces ressources comme si nos parents étaient malheureux en les utilisant avec parcimonie. On imprime des billets pour nous servir de monnaie et être prospère, comme s'il n'y avait pas de prospérité au temps de nos parents qui pourtant n'avaient pas besoin d'abattre des forêts entières à ces fins. Ce qui détruit notre terre ce n'est pas le développement (si ont défini le développement autrement que la paresse où il y avait jadis le dur labeur et le mécontentement où il y avait le contentement et les repas en famille).  C'est la bêtise d'avoir plus que ce qu'on a besoin. Alors mettons un frein à notre folie ou ce monde nous enterra sous les débris qu'on a faits de lui.
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May 26, 2022
May 26, 2022 at 1:28 PM UTC
Quelle Monde Laisserons-nous en Héritage
Ô toison, moutonnant jusque sur l'encolure ! Ô boucles ! Ô parfum chargé de nonchaloir ! Extase ! Pour peupler ce soir l'alcôve obscure Des souvenirs dormant dans cette chevelure, Je la veux agiter dans l'air comme un mouchoir ! La langoureuse Asie et la brûlante Afrique, Tout un monde lointain, absent, presque défunt, Vit dans tes profondeurs, forêt aromatique ! Comme d'autres esprits voguent sur la musique, Le mien, ô mon amour ! nage sur ton parfum. J'irai là-bas où l'arbre et l'homme, pleins de sève, Se pâment longuement sous l'ardeur des climats ; Fortes tresses, soyez la houle qui m'enlève ! Tu contiens, mer d'ébène, un éblouissant rêve De voiles, de rameurs, de flammes et de mâts : Un port retentissant où mon âme peut boire A grands flots le parfum, le son et la couleur ; Où les vaisseaux, glissant dans l'or et dans la moire, Ouvrent leurs vastes bras pour embrasser la gloire D'un ciel pur où frémit l'éternelle chaleur. Je plongerai ma tête amoureuse d'ivresse Dans ce noir océan où l'autre est enfermé ; Et mon esprit subtil que le roulis caresse Saura vous retrouver, ô féconde paresse, Infinis bercements du loisir embaumé ! Cheveux bleus, pavillon de ténèbres tendues, Vous me rendez l'azur du ciel immense et rond ; Sur les bords duvetés de vos mèches tordues Je m'enivre ardemment des senteurs confondues De l'huile de coco, du musc et du goudron. Longtemps ! toujours ! ma main dans ta crinière lourde Sèmera le rubis, la perle et le saphir, Afin qu'à mon désir tu ne sois jamais sourde ! N'es-tu pas l'oasis où je rêve, et la gourde Où je hume à longs traits le vin du souvenir ?
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La chevelure
Ô toison, moutonnant jusque sur l'encolure ! Ô boucles ! Ô parfum chargé de nonchaloir ! Extase ! Pour peupler ce soir l'alcôve obscure Des souvenirs dormant dans cette chevelure, Je la veux agiter dans l'air comme un mouchoir ! La langoureuse Asie et la brûlante Afrique, Tout un monde lointain, absent, presque défunt, Vit dans tes profondeurs, forêt aromatique ! Comme d'autres esprits voguent sur la musique, Le mien, ô mon amour ! nage sur ton parfum. J'irai là-bas où l'arbre et l'homme, pleins de sève, Se pâment longuement sous l'ardeur des climats ; Fortes tresses, soyez la houle qui m'enlève ! Tu contiens, mer d'ébène, un éblouissant rêve De voiles, de rameurs, de flammes et de mâts : Un port retentissant où mon âme peut boire A grands flots le parfum, le son et la couleur ; Où les vaisseaux, glissant dans l'or et dans la moire, Ouvrent leurs vastes bras pour embrasser la gloire D'un ciel pur où frémit l'éternelle chaleur. Je plongerai ma tête amoureuse d'ivresse Dans ce noir océan où l'autre est enfermé ; Et mon esprit subtil que le roulis caresse Saura vous retrouver, ô féconde paresse, Infinis bercements du loisir embaumé ! Cheveux bleus, pavillon de ténèbres tendues, Vous me rendez l'azur du ciel immense et rond ; Sur les bords duvetés de vos mèches tordues Je m'enivre ardemment des senteurs confondues De l'huile de coco, du musc et du goudron. Longtemps ! toujours ! ma main dans ta crinière lourde Sèmera le rubis, la perle et le saphir, Afin qu'à mon désir tu ne sois jamais sourde ! N'es-tu pas l'oasis où je rêve, et la gourde Où je hume à longs traits le vin du souvenir ?
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On me demande, par les rues, Pourquoi je vais bayant aux grues, Fumant mon cigare au soleil, À quoi se passe ma jeunesse, Et depuis trois ans de paresse Ce qu'ont fait mes nuits sans sommeil. Donne-moi tes lèvres, Julie ; Les folles nuits qui t'ont pâlie Ont séché leur corail luisant. Parfume-les de ton haleine ; Donne-les-moi, mon Africaine, Tes belles lèvres de pur sang. Mon imprimeur crie à tue-tête Que sa machine est toujours prête, Et que la mienne n'en peut mais. D'honnêtes gens, qu'un club admire, N'ont pas dédaigné de prédire Que je n'en reviendrai jamais. Julie, as-tu du vin d'Espagne ? Hier, nous battions la campagne ; Va donc voir s'il en reste encor. Ta bouche est brûlante, Julie ; Inventons donc quelque folie Qui nous perde l'âme et le corps. On dit que ma gourme me rentre, Que je n'ai plus rien dans le ventre, Que je suis vide à faire peur ; Je crois, si j'en valais la peine, Qu'on m'enverrait à Sainte-Hélène, Avec un cancer dans le cœur. Allons, Julie, il faut t'attendre À me voir quelque jour en cendre, Comme Hercule sur son rocher. Puisque c'est par toi que j'expire, Ouvre ta robe, Déjanire, Que je monte sur mon bûcher.
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À Julie
La serviette est une servante, Le savon est un serviteur, Et l'éponge est une savante ; Mais le peigne est un grand seigneur. Oui, c'est un grand seigneur, Madame, Des plus nobles par la hauteur Et par la propreté de l'âme. Oui, le peigne est un grand seigneur ! Quoi ? l'on ose dire à voix haute Sale comme un... Du fond du cœur Que l'on réponde ! À qui la faute ? Mais le peigne est un grand seigneur ! Oui, s'il n'est pas propre, le peigne, À qui la faute ? À son auteur ? N'est-ce pas plutôt à la teigne ! Car... le peigne est un grand seigneur. La faute, elle est à qui le laisse S'épanouir dans sa hideur. C'est la faute... à notre paresse. Lui, le peigne est un grand seigneur. Oui, notre main est sa vassale, Et s'il est sale, par malheur, Il se f...iche un peu d'être sale, Car le peigne est un grand seigneur. Il ne veut nettoyer la tête, Que si la main de son brosseur Lui fait les dents ; je le répète, Oui, le peigne est un grand seigneur. Oui, c'est un grand seigneur, le peigne ; Sans être rogue ou persifleur, Sa devise serait : « Ne daigne. » Car le peigne est un grand seigneur. Grand seigneur, son dédain nous cingle, Porteur d'épée, il est railleur, Or, cette épée est une épingle, Si le peigne est un grand seigneur. Cette épingle, adroite et gentille, Le rend propre comme une fleur, Aux doigts de la petite fille Dont le peigne est un grand seigneur. Donc que je dise ou que tu dises Qu'il est sale, mon beau parleur, Il laisse tomber les bêtises, Car le peigne est un grand seigneur. Pour moi, je ne veux pas le dire : Cela manquerait... de saveur, Et puis cela ferait sourire ; Non..., le peigne est un grand seigneur. Sur vos dents fines et sans crasse, Chaque matin j'ai cet honneur, Mon beau peigne, je vous embrasse, Et je suis votre serviteur.
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Le peigne
La serviette est une servante, Le savon est un serviteur, Et l'éponge est une savante ; Mais le peigne est un grand seigneur. Oui, c'est un grand seigneur, Madame, Des plus nobles par la hauteur Et par la propreté de l'âme. Oui, le peigne est un grand seigneur ! Quoi ? l'on ose dire à voix haute Sale comme un... Du fond du cœur Que l'on réponde ! À qui la faute ? Mais le peigne est un grand seigneur ! Oui, s'il n'est pas propre, le peigne, À qui la faute ? À son auteur ? N'est-ce pas plutôt à la teigne ! Car... le peigne est un grand seigneur. La faute, elle est à qui le laisse S'épanouir dans sa hideur. C'est la faute... à notre paresse. Lui, le peigne est un grand seigneur. Oui, notre main est sa vassale, Et s'il est sale, par malheur, Il se f...iche un peu d'être sale, Car le peigne est un grand seigneur. Il ne veut nettoyer la tête, Que si la main de son brosseur Lui fait les dents ; je le répète, Oui, le peigne est un grand seigneur. Oui, c'est un grand seigneur, le peigne ; Sans être rogue ou persifleur, Sa devise serait : « Ne daigne. » Car le peigne est un grand seigneur. Grand seigneur, son dédain nous cingle, Porteur d'épée, il est railleur, Or, cette épée est une épingle, Si le peigne est un grand seigneur. Cette épingle, adroite et gentille, Le rend propre comme une fleur, Aux doigts de la petite fille Dont le peigne est un grand seigneur. Donc que je dise ou que tu dises Qu'il est sale, mon beau parleur, Il laisse tomber les bêtises, Car le peigne est un grand seigneur. Pour moi, je ne veux pas le dire : Cela manquerait... de saveur, Et puis cela ferait sourire ; Non..., le peigne est un grand seigneur. Sur vos dents fines et sans crasse, Chaque matin j'ai cet honneur, Mon beau peigne, je vous embrasse, Et je suis votre serviteur.
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Riche ventre qui n'a jamais porté, Seins opulents qui n'ont pas allaité, Bras frais et gras, purs de tout soin servile, Beau cou qui n'a plié que sous le poids De lents baisers à tous les chers endroits, Menton où la paresse se profile, Bouche éclatante et rouge d'où jamais Rien n'est sorti que propos que j'aimais, Oiseux et gais - et quel nid de délices ! Nez retroussé quêtant les seuls parfums De la santé robuste, yeux plus que bruns Et moins que noirs, indulgemment complices, Front peu penseur mais pour cela bien mieux, Longs cheveux noirs dont le grand flot soyeux, Jusques aux reins lourdement se hasarde, Croupe superbe éprise de loisir Sauf aux travaux du suprême plaisir, Aux gais combats dont c'est l'arrière-garde, Jambes enfin, vaillantes seulement Dans le plaisant déduit au bon moment Serrant mon buste et ballant vers la nue, Puis, au repos, - cuisses, genoux, mollet, - Fleurant comme ambre et blanches comme lait - Tel le pastel d'après ma femme nue.
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Riche ventre
Tandis que sur l'herbe étendu, Au bord d'une onde enchanteresse, Fuyant et la molle paresse Et le travail trop assidu, Je ris de l'humaine faiblesse, Et j'use mes moments perdus À médire de notre espèce, Mais non pas des individus ; Qui peut troubler la paix du monde ? Contemplant les plaines de l'onde, L'Europe a réclamé ses droits. Napoléon s'arme, il se lève, Et dans sa main brille le glaive Qui fait et qui défait les rois. Dans les secrets de sa colère, Imprudent qui veut pénétrer ! J'ignore en quels lieux de la terre Albion va le rencontrer ; Mais quels honneurs, mais quelle gloire ; Seraient promis à ma mémoire, Si je pouvais croire aujourd'hui, Que mes rivaux dans l'art des fables Ne me sont pas plus redoutables Que l'univers entier pour lui ! Mai 1812.
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Épilogue
Quand l'empire romain tomba désespéré, - Car, ô Rome, l'abîme où Carthage a sombré Attendait que tu la suivisses ! - Quand, n'ayant rien en lui de grand qu'il n'eût brisé, Ce monde agonisa, triste, ayant épuisé Tous les Césars et tous les vices ; Quand il expira, vide et riche comme Tyr ; Tas d'esclaves ayant pour gloire de sentir Le pied du maître sur leurs nuques ; Ivre de vin, de sang et d'or ; continuant Caton par Tigellin, l'astre par le néant, Et les géants par les eunuques ; Ce fut un noir spectacle et dont on s'enfuyait. Le pâle cénobite y songeait, inquiet, Dans les antres visionnaires ; Et, pendant trois cents ans, dans l'ombre on entendit Sur ce monde **** sur ce festin maudit, Un écroulement de tonnerres. Et Luxure, Paresse, Envie, Orgie, Orgueil, Avarice et Colère, au-dessus de ce deuil, Planèrent avec des huées ; Et, comme des éclairs sous le plafond des soirs, Les glaives monstrueux des sept archanges noirs Flamboyèrent dans les nuées. Juvénal, qui peignit ce gouffre universel, Est statue aujourd'hui ; la statue est de sel, Seule sous le nocturne dôme ; Pas un arbre à ses pieds ; pas d'herbe et de rameaux ; Et dans son oeil sinistre on lit ces sombres mots : « Pour avoir regardé Sodôme. » Février 1843.
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La statue
Il songe. Il s'est assis rêveur sous un érable. Entend-il murmurer la forêt vénérable ? Regarde-t-il les fleurs ? regarde-t-il les cieux ? Il songe. La nature au front mystérieux Fait tout ce qu'elle peut pour apaiser les hommes ; Du coteau plein de vigne au verger plein de pommes Les mouches viennent, vont, reviennent ; les oiseaux Jettent leur petite ombre errante sur les eaux ; Le moulin prend la source et l'arrête au passage ; L'étang est un miroir où le frais paysage Se renverse et se change en vague vision ; Tout dans la profondeur fait une fonction ; Pas d'atome qui n'ait sa tâche ; tout s'agite ; Le grain dans le sillon, la bête dans son gîte, Ont un but ; la matière obéit à l'aimant ; L'immense herbe infinie est un fourmillement ; Partout le mouvement sans relâche et sans trêve, Dans ce qui pousse, croît, monte, descend, se lève, Dans le nid, dans le chien harcelant les troupeaux, Dans l'astre ; et la surface est le vaste repos ; En dessous tout s'efforce, en dessus tout sommeille ; On dirait que l'obscure immensité vermeille Qui balance la mer pour bercer l'alcyon, Et que nous appelons Vie et Création, Charmante, fait semblant de dormir, et caresse L'universel travail avec de la paresse. Quel éblouissement pour l'oeil contemplateur ! De partout, du vallon, du pré, de la hauteur, Du bois qui s'épaissit et du ciel qui rougeoie, Sort cette ombre, la paix, et ce rayon, la joie. Et maintenant, tandis qu'à travers les ravins, Une petite fille avec des yeux divins Et de lestes pieds nus dignes de Praxitèle, Chasse à coups de sarment sa chèvre devant elle, Voici ce qui remue en l'âme du banni : - Hélas ! tout n'est pas dit et tout n'est pas fini Parce qu'on a creusé dans la rue une fosse, Parce qu'un chef désigne un mur où l'on adosse De pauvres gens devant les feux de pelotons, Parce qu'on exécute au hasard, à tâtons, Sans choix, sous la mitraille et sous la fusillade, Pères, mères, le fou, le brigand, le malade, Et qu'on fait consumer en hâte par la chaux Des corps d'hommes sanglants et d'enfants encor chauds !
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À Vianden
Il songe. Il s'est assis rêveur sous un érable. Entend-il murmurer la forêt vénérable ? Regarde-t-il les fleurs ? regarde-t-il les cieux ? Il songe. La nature au front mystérieux Fait tout ce qu'elle peut pour apaiser les hommes ; Du coteau plein de vigne au verger plein de pommes Les mouches viennent, vont, reviennent ; les oiseaux Jettent leur petite ombre errante sur les eaux ; Le moulin prend la source et l'arrête au passage ; L'étang est un miroir où le frais paysage Se renverse et se change en vague vision ; Tout dans la profondeur fait une fonction ; Pas d'atome qui n'ait sa tâche ; tout s'agite ; Le grain dans le sillon, la bête dans son gîte, Ont un but ; la matière obéit à l'aimant ; L'immense herbe infinie est un fourmillement ; Partout le mouvement sans relâche et sans trêve, Dans ce qui pousse, croît, monte, descend, se lève, Dans le nid, dans le chien harcelant les troupeaux, Dans l'astre ; et la surface est le vaste repos ; En dessous tout s'efforce, en dessus tout sommeille ; On dirait que l'obscure immensité vermeille Qui balance la mer pour bercer l'alcyon, Et que nous appelons Vie et Création, Charmante, fait semblant de dormir, et caresse L'universel travail avec de la paresse. Quel éblouissement pour l'oeil contemplateur ! De partout, du vallon, du pré, de la hauteur, Du bois qui s'épaissit et du ciel qui rougeoie, Sort cette ombre, la paix, et ce rayon, la joie. Et maintenant, tandis qu'à travers les ravins, Une petite fille avec des yeux divins Et de lestes pieds nus dignes de Praxitèle, Chasse à coups de sarment sa chèvre devant elle, Voici ce qui remue en l'âme du banni : - Hélas ! tout n'est pas dit et tout n'est pas fini Parce qu'on a creusé dans la rue une fosse, Parce qu'un chef désigne un mur où l'on adosse De pauvres gens devant les feux de pelotons, Parce qu'on exécute au hasard, à tâtons, Sans choix, sous la mitraille et sous la fusillade, Pères, mères, le fou, le brigand, le malade, Et qu'on fait consumer en hâte par la chaux Des corps d'hommes sanglants et d'enfants encor chauds !
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"Ô Dieu, ai-je pris ta grâce pour acquise ? Ai-je oublié la voie étroite que je dois traverser ? Ai-je oublié que tu es saint et que tu ne vis que dans la sainteté ? Il est vrai que tu aimes le pécheur, mais j'ai déjà été rachetée. Tu m'as conduite à la vérité. Et maintenant, qu'est-ce que je fais ? Deviens-je pire que les Galates ? Suis-je en train d'oublier le sacrifice de la croix et la persévérance que tu nous exhorte à pratiquer ? Deviens-je une paresseuse éternelle, qui ne pense qu'au plaisir, somnolente dans ma chair ? Père, pardonne-moi, pardonne-moi, car j'ai laissé tomber toutes les voies que tu m'as apprises, en laissant le laxisme et la paresse m'envahir. Je ne comprends pas que je ne suis pas indispensable. Je ne voudrais pas être mise de côté. J'aimerais vraiment que tu m'utilises, que je revienne à ma consécration, à mon alliance et à mon amour premier. Je te prie de ne point détourner ta face de moi. Aide moi père
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Sep 24, 2024
Sep 24, 2024 at 2:45 AM UTC
Ô Dieu
(Après la mort de sa fille.) Quel est donc ce chagrin auquel je m'intéresse ? Nous nous étions connus par l'esprit seulement ; Nous n'avions fait que rire, et causé qu'un moment, Quand sa vivacité coudoya ma paresse. Puis j'allais par hasard au théâtre, en fumant, Lorsque du maître à tous la vieille hardiesse, De sa verve caustique aiguisant la finesse, En Pancrace ou Scapin le transformait gaiement. Pourquoi donc, de quel droit, le connaissant à peine, Est-ce que je m'arrête et ne puis faire un pas, Apprenant que sa fille est morte dans ses bras ? Je ne sais. - Dieu le sait ! Dans la pauvre âme humaine La meilleure pensée est toujours incertaine, Mais une larme coule et ne se trompe pas.
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À M. de Régnier
Je vous fus présenté Madame, dans la salle De marbre frais et sombre où vous passiez les jours Au bruit de ces jets d'eau monotones des cours Damasquinés ; l'or blanc cerclait votre bras pâle. Assise à terre, à la manière orientale, Vous écoutiez ceux qui distillent les discours Des les narghilés d'argent aux tons d'opale Que la Paresse fume à coups distraits et courts. Des fleurs couraient parmi vos étoffes de soie ; Vos yeux éclairaient l'ombre où votre front se noie ; Votre pied nu brillait ; votre accent étranger Eclatait dans ma tête en notes délicates ; Je vois toujours vos dents blanches, fines et plates Quand votre lèvre, mouche en rumeur, fit : « Franger ? »
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Sonnet - Set Ohaëdat