"oublis" poems
C'est la nuit ; la nuit noire, assoupie et profonde.
L'ombre immense élargit ses ailes sur le monde.
Dans vos joyeux palais gardés par le canon,
Dans vos lits de velours, de damas, de linon,
Sous vos chauds couvre-pieds de martres zibelines
Sous le nuage blanc des molles mousselines,
- Derrière vos rideaux qui cachent sous leurs plis
Toutes les voluptés avec tous les oublis,
Aux sons d'une fanfare amoureuse et lointaine,
Tandis qu'une veilleuse, en tremblant, ose à peine
Eclairer le plafond de pourpre et de lampas,
Vous, duc de Saint-Arnaud, vous, comte de Maupas,
Vous, sénateurs, préfets, généraux, juges, princes,
Toi, César, qu'à genoux adorent tes provinces,
Toi qui rêvas l'empire et le réalisas,
Dormez, maîtres... - Voici le jour. Debout, forçats !
Jersey, le 28 octobre 1852.
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Ô Don Quichotte, vieux paladin, grand Bohème,
En vain la foule absurde et vile rit de toi :
Ta mort fut un martyre et ta vie un poème,
Et les moulins à vent avaient tort, ô mon roi !
Va toujours, va toujours, protégé par ta foi,
Monté sur ton coursier fantastique que j'aime.
Glaneur sublime, va ! - les oublis de la loi
Sont plus nombreux, plus grands qu'au temps jadis lui-même.
Hurrah ! nous te suivons, nous, les poètes saints
Aux cheveux de folie et de verveine ceints.
Conduis-nous à l'assaut des hautes fantaisies,
Et bientôt, en dépit de toute trahison,
Flottera l'étendard ailé des Poésies
Sur le crâne chenu de l'inepte raison !
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Je me surprenais à songer aux saveurs de l'âme
Chaque moment où j'avais le corps endolori
Je me soumettais aux tentations les plus profondes, ces flammes
C'est dans la combustion que j'ai pu savourer la vie
Je me souvenais des oublis volontaires de mes récits
Chaque peine est l'origine d'une poésie
J'évite la littérature de mes inquiétudes
C'est dans l'oubli que j'ai conforté ma solitude
Jun 14, 2020
Jun 14, 2020 at 5:29 PM UTC
Stances irrégulières.
À Madame la princesse D'Hatzfeld.
Le bonheur ici-bas tient à bien peu de chose.
Vous ne l'ignorez pas ; vous savez, d'après vous,
Que le sort au hasard porte souvent ses coups,
Et que l'aquilon en courroux
N'épargne pas même la rose.
Aussi n'êtes-vous pas de ces cœurs rigoureux
Qui, prompts à condamner ceux que le sort opprime,
Dans un revers n'ont jamais vu qu'un crime ;
Compatissante aux malheureux,
Étrangère aux calculs d'une froide prudence,
Aussi vous voyons-nous réparer envers eux
Les oublis de la Providence.
Bien qu'à l'agneau tondu Dieu mesure le vent,
J'aime qu'une bergère ait un cœur secourable.
Dieu ne souffle pas seul, hélas ! et plus souvent
Aux tondeurs qu'aux tondus le vent est favorable.
Au vent qui m'a fané reverdit Richelieu.
Pauvres humains ! point de milieu :
Oui, dans ce siècle impitoyable,
Dès qu'on vous recommande à Dieu,
C'est qu'on vous abandonne au diable.
Le doigt divin pourtant se révèle à moitié
Dans les maux dont il frappe une âme peu commune.
Didon devint meilleure au sein de l'infortune ;
En éprouvant la peine elle apprit la pitié.
L'or s'épure ainsi dans la flamme.
Comme elle, belle et bonne, ah ! qu'il vous sied, madame,
D'apprendre à cette école autant qu'elle en apprit.
C'est le propre d'un bon esprit,
Tout autant que d'une belle âme.
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