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"nef" poems
Couchers de Soleil sur la Comtale ou un vaisseau sur la ville Il est en Toulouse, le soir comme un vaste vaisseau fantôme Jetant sa proue sur le canal et filant droit sur le cap Saint-Sernin, c'est la Comtale en son écrin. Comme une enchanteresse de couleurs, mêlée d'ocre du soir et d'orange soleil peignant les voiles de ce vaisseau. La luminosité en terrasse en fait un bel observatoire de la palette des nuages, des jeux infinis du soleil et des sourires de la lune qui scintillent sur Saint Sernin, font resplendir les grands grues de l'ancienne Toulouse, réveillée de son sommeil. Quand le vent d'autan souffle fort, comme un orchestre laissé seul sans partition et sans baguette, «La Comtale» frémit sous le choc et ce noble vaisseau de pierres voit ses terrasses dévastées, par les outils de jardinage et les plantes taillées menues. Mais chère et haute nef, «La Comtale», tu n’es jamais toi-même que lorsque le soleil luit et fait rougeoyer les briques ocres, transforme tes terrasses en jardins étagées à l’ombre des stores tirés des plantes aromatiques et des cactées qui parfument de menthe, de poivre et de miel nos thés glacés et limonades sirotées avec joie. Paul d’Aubin (Paul Arrighi), Toulouse (02 avril 2014)
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Apr 2, 2014
Apr 2, 2014 at 3:08 PM UTC
Couchers de Soleil sur la Comtale ou un vaisseau sur la ville
Rhian took her best milk cow two sheep skins and her healthy sow to Olwen in the woods of green to plead for her to intercede.. "Olwen help me if you can i've just a wee daughter and a fading man the sun makes him crawl when he tries to plough he never does fall I don't know how My daughter is pretty and her hands are soft she dreams of spirits and gazes aloft her eyes are far sighted gentle and grey she is my sweet and I'll keep her that way Please send me a boy to work the land so my girl can keep that soft wee hand before my good man leaves us all I need a child please hear our call" "Listen Rhian of Pont Erwyd nothing from me ever is hid you sit and keep your gifts so kind sit and listen as I speak my mind Put your girl into the field, teach her to farm and tools to wield she will come to love the work of her hands as much as any worthy man Your husband may be hurt inside I healed his wound when he nearly died don't worry Rhian oh my dear He won't leave you for many a year Send the girl to the Leri for my special grey clay she must bring it back by the next day I will throw a *** of ancient form then work it till the clay is warm next bring your barley your seeds and leaves into the *** then these we will weave I'll fire it and as they burn off in smoke my timeless words will be soft spoke they will carry the spell into the air far out to the goddess strong and fair a bargain she will make for you think on this her word is true Rhian tell your Daughter Nef to think and hold a moments breath what she can have for her long life does she want to be a wife Rhian a boy will come to you soon lie with your man on the next full moon and if your Nef then makes a choice she will speak with the Goddess' voice No girl of quiet soft and neat Woman of spirit rough hands and feet striding over the hills and vales One more Great Woman for the Gaels" " Olwen you are so right to see the truth and what will come to be but keep you my gifts I'll gladly part for the words you give and your warm heart"
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Mar 4, 2011
Mar 4, 2011 at 2:00 AM UTC
How Nef Came to the Goddess
Rhian took her best milk cow two sheep skins and her healthy sow to Olwen in the woods of green to plead for her to intercede.. "Olwen help me if you can i've just a wee daughter and a fading man the sun makes him crawl when he tries to plough he never does fall I don't know how My daughter is pretty and her hands are soft she dreams of spirits and gazes aloft her eyes are far sighted gentle and grey she is my sweet and I'll keep her that way Please send me a boy to work the land so my girl can keep that soft wee hand before my good man leaves us all I need a child please hear our call" "Listen Rhian of Pont Erwyd nothing from me ever is hid you sit and keep your gifts so kind sit and listen as I speak my mind Put your girl into the field, teach her to farm and tools to wield she will come to love the work of her hands as much as any worthy man Your husband may be hurt inside I healed his wound when he nearly died don't worry Rhian oh my dear He won't leave you for many a year Send the girl to the Leri for my special grey clay she must bring it back by the next day I will throw a *** of ancient form then work it till the clay is warm next bring your barley your seeds and leaves into the *** then these we will weave I'll fire it and as they burn off in smoke my timeless words will be soft spoke they will carry the spell into the air far out to the goddess strong and fair a bargain she will make for you think on this her word is true Rhian tell your Daughter Nef to think and hold a moments breath what she can have for her long life does she want to be a wife Rhian a boy will come to you soon lie with your man on the next full moon and if your Nef then makes a choice she will speak with the Goddess' voice No girl of quiet soft and neat Woman of spirit rough hands and feet striding over the hills and vales One more Great Woman for the Gaels" " Olwen you are so right to see the truth and what will come to be but keep you my gifts I'll gladly part for the words you give and your warm heart"
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Quand j'étais jeune et fier et que j'ouvrais mes ailes, Les ailes de mon âme à tous les vents des mers, Les voiles emportaient ma pensée avec elles, Et mes rêves flottaient sur tous les flots amers. Je voyais dans ce vague où l'horizon se noie Surgir tout verdoyants de pampre et de jasmin Des continents de vie et des îles de joie Où la gloire et l'amour m'appelaient de la main. J'enviais chaque nef qui blanchissait l'écume, Heureuse d'aspirer au rivage inconnu, Et maintenant, assis au bord du cap qui fume, J'ai traversé ces flots et j'en suis revenu. Et j'aime encor ces mers autrefois tant aimées, Non plus comme le champ de mes rêves chéris, Mais comme un champ de mort où mes ailes semées De moi-même partout me montrent les débris. Cet écueil me brisa, ce bord surgit funeste, Ma fortune sombra dans ce calme trompeur ; La foudre ici sur moi tomba de l'arc céleste Et chacun de ces flots roule un peu de mon coeur.
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Les voiles
Le jour pousse la nuit, Et la nuit sombre Pousse le jour qui luit D'une obscure ombre. L'Autonne suit l'Esté, Et l'aspre rage Des vents n'a point esté Apres l'orage. Mais la fièvre d'amours Qui me tourmente, Demeure en moy tousjours, Et ne s'alente. Ce n'estoit pas moy, Dieu, Qu'il falloit poindre, Ta fleche en autre lieu Se devoit joindre. Poursuy les paresseux Et les amuse, Mais non pas moy, ne ceux Qu'aime la Muse. Helas, delivre moy De ceste dure, Qui plus rit, quand d'esmoy Voit que j'endure. Redonne la clarté A mes tenebres, Remets en liberté Mes jours funebres. Amour sois le support De ma pensée, Et guide à meilleur port Ma nef cassée. Tant plus je suis criant Plus me reboute, Plus je la suis priant Et moins m'escoute. Ne ma palle couleur D'amour blesmie N'a esmeu à douleur Mon ennemie. Ne sonner à son huis De ma guiterre, Ny pour elle les nuis Dormir à terre. Plus cruel n'est l'effort De l'eau mutine Qu'elle, lors que plus fort Le vent s'obstine. Ell' s'arme en sa beauté, Et si ne pense Voir de sa cruauté La récompense. Monstre toy le veinqueur, Et d'elle enflame Pour exemple le coeur De telle flame, Qui la soeur alluma Trop indiscrete, Et d'ardeur consuma La Royne en Crete.
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À Cupidon
Un oiseau siffle dans les branches Et sautille *** plein d'espoir, Sur les herbes, de givre blanches, En bottes jaunes, en frac noir. C'est un merle, chanteur crédule, Ignorant du calendrier, Qui rêve soleil, et module L'hymne d'avril en février. Pourtant il vente, il pleut à verse ; L'Arve jaunit le Rhône bleu, Et le salon, tendu de perse, Tient tous ses hôtes près du feu. Les monts sur l'épaule ont l'hermine, Comme des magistrats siégeant. Leur blanc tribunal examine Un cas d'hiver se prolongeant. Lustrant son aile qu'il essuie, L'oiseau persiste en sa chanson, Malgré neige, brouillard et pluie, Il croit à la jeune saison. Il gronde l'aube paresseuse De rester au lit si longtemps Et, gourmandant la fleur frileuse, Met en demeure le printemps. Il voit le jour derrière l'ombre, Tel un croyant, dans le saint lieu, L'autel désert, sous la nef sombre, Avec sa foi voit toujours Dieu. A la nature il se confie, Car son instinct pressent la loi. Qui rit de ta philosophie, Beau merle, est moins sage que toi !
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Le merle
Lors que ta mere estoit preste à gesir de toi, Si Jupiter, des Dieus et des hommes le roi, Lui eust juré ces mots : l'enfant dont tu es pleine, Sera tant qu'il vivra sans douleur et sans peine, Et tousjours lui viendront les biens sans y songer, Tu dirois à bon droit Jupiter mensonger. Mais puis que tu es né, ainsi que tous nous sommes, A la condition des miserables hommes, Pour avoir en partage ennuis, soucis, travaus, Douleurs, tristesses, soins, tormans, peines et maus, Il faut baisser le dôs, et porter la fortune Qui vient sans nul égard à tous hommes commune : Ce que facilement patient tu feras, Quand quelque fois le jour, en ton coeur penseras Que tu n'es que pur homme, et qu'on ne voit au monde Chose qui plus que l'homme en miseres abonde, Qui plus soudain s'éleve, et qui plus soudain soit Tombé quand il est haut : et certes à bon droit, Car il n'a point de force, et si tousjours demande D'atenter, plus que lui, quelque entreprise grande. Ce que tu quiers du Roi, Maigni, n'est pas grand cas, Et de l'avoir bien tost encores tu n'as pas Du tout perdu l'espoir, pource pren bon courage, Tu n'as garde de fondre au meillieu de l'orage, Puis que tu as, en lieu du bel astre besson Des Spartains, la faveur de ton grand d'Avanson, Qui ja pousse ta nef sur la rive deserte, Pour y payer tes veus à Glauque et Melicerte.
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À lui mesme
I. J'errais. Que de charmantes choses ! Il avait plu ; j'étais crotté ; Mais puisque j'ai vu tant de roses, Je dois dire la vérité. J'arrivai tout près d'une église, De la verte église au bon Dieu, Où qui voyage sans valise Écoute chanter l'oiseau bleu. C'était l'église en fleurs, bâtie Sans pierre, au fond du bois mouvant, Par l'aubépine et par l'ortie Avec des feuilles et du vent. Le porche était fait de deux branches, D'une broussaille et d'un buisson ; La voussure, toute en pervenches, Était signée : Avril, maçon. Dans cette vive architecture, Ravissante aux yeux attendris, On sentait l'art de la nature ; On comprenait que la perdrix, Que l'alouette et que la grive Avaient donné de bons avis Sur la courbure de l'ogive, Et que Dieu les avait suivis. Une haute rose trémière Dressait sur le toit de chardons Ses cloches pleines de lumière Où carillonnaient les bourdons. Cette flèche gardait l'entrée ; Derrière on voyait s'ébaucher Une digitale pourprée, Le clocheton près du clocher. Seul sous une pierre, un cloporte Songeait, comme Jean à Pathmos ; Un lys s'ouvrait près de la porte Et tenait les fonts baptismaux. Au centre où la mousse s'amasse, L'autel, un caillou, rayonnait, Lamé d'argent par la limace Et brodé d'or par le genêt. Un escalier de fleurs ouvertes, Tordu dans le style saxon, Copiait ses spirales vertes Sur le dos d'un colimaçon. Un cytise en pleine révolte, Troublant l'ordre, étouffant l'écho, Encombrait toute l'archivolte D'un grand falbala rococo. En regardant par la croisée, Ô joie ! on sentait là quelqu'un. L'eau bénite était en rosée, Et l'encens était en parfum. Les rayons à leur arrivée, Et les gais zéphirs querelleurs, Allaient de travée en travée Baiser le front penché des fleurs. Toute la nef, d'aube baignée, Palpitait d'extase et d'émoi. - Ami, me dit une araignée, La grande rosace est de moi.
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L'église (I)
I. J'errais. Que de charmantes choses ! Il avait plu ; j'étais crotté ; Mais puisque j'ai vu tant de roses, Je dois dire la vérité. J'arrivai tout près d'une église, De la verte église au bon Dieu, Où qui voyage sans valise Écoute chanter l'oiseau bleu. C'était l'église en fleurs, bâtie Sans pierre, au fond du bois mouvant, Par l'aubépine et par l'ortie Avec des feuilles et du vent. Le porche était fait de deux branches, D'une broussaille et d'un buisson ; La voussure, toute en pervenches, Était signée : Avril, maçon. Dans cette vive architecture, Ravissante aux yeux attendris, On sentait l'art de la nature ; On comprenait que la perdrix, Que l'alouette et que la grive Avaient donné de bons avis Sur la courbure de l'ogive, Et que Dieu les avait suivis. Une haute rose trémière Dressait sur le toit de chardons Ses cloches pleines de lumière Où carillonnaient les bourdons. Cette flèche gardait l'entrée ; Derrière on voyait s'ébaucher Une digitale pourprée, Le clocheton près du clocher. Seul sous une pierre, un cloporte Songeait, comme Jean à Pathmos ; Un lys s'ouvrait près de la porte Et tenait les fonts baptismaux. Au centre où la mousse s'amasse, L'autel, un caillou, rayonnait, Lamé d'argent par la limace Et brodé d'or par le genêt. Un escalier de fleurs ouvertes, Tordu dans le style saxon, Copiait ses spirales vertes Sur le dos d'un colimaçon. Un cytise en pleine révolte, Troublant l'ordre, étouffant l'écho, Encombrait toute l'archivolte D'un grand falbala rococo. En regardant par la croisée, Ô joie ! on sentait là quelqu'un. L'eau bénite était en rosée, Et l'encens était en parfum. Les rayons à leur arrivée, Et les gais zéphirs querelleurs, Allaient de travée en travée Baiser le front penché des fleurs. Toute la nef, d'aube baignée, Palpitait d'extase et d'émoi. - Ami, me dit une araignée, La grande rosace est de moi.
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VII. Toi qui bats de ton flux fidèle La roche où j'ai ployé mon aile, Vaincu, mais non pas abattu, Gouffre où l'air joue, où l'esquif sombre Pourquoi me parles-tu dans l'ombre ? Ô sombre mer, que me veux-tu ? Tu n'y peux rien ! Ronge tes digues, Epands l'onde que tu prodigues, Laisse-moi souffrir et rêver ; Toutes les eaux de ton abîme, Hélas ! passeraient sur ce crime, Ô vaste mer, sans le laver ! Je comprends, tu veux m'en distraire Tu me dis : Calme-toi, mon frère, Calme-toi, penseur orageux ! Mais toi-même alors, mer profonde, Calme ton flot puissant qui gronde, Toujours amer, jamais fangeux ! Tu crois en ton pouvoir suprême, Toi qu'on admire, toi qu'on aime, Toi qui ressembles au destin, Toi que les cieux ont azurée, Toi qui dans ton onde sacrée Laves l'étoile du matin ! Tu me dis : Viens, contemple, oublie ! Tu me montres le mât qui plie, Les blocs verdis, les caps croulants, L'écume au **** dans les décombres, S'abattant sur les rochers sombres Comme une troupe d'oiseaux blancs, La pêcheuse aux pieds nus qui chante, L'eau bleue où fuit la nef penchants, Le marin, rude laboureur, Les hautes vagues en démence Tu me montres ta grâce immense Mêlée à ton immense horreur ; Tu me dis : Donne-moi ton âme Proscrit, éteins en moi ta flamme Marcheur, jette aux flots ton bâton Tourne vers moi ta vue ingrate. Tu me dis : J'endormais Socrate ! Tu me dis : J'ai calmé Caton ! Non ! respecte l'âpre pensée, L'âme du juste courroucée, L'esprit qui songe aux noirs forfaits ! Parle aux vieux rochers, tes conquêtes, Et laisse en repos mes tempêtes ! D'ailleurs, mer sombre, je te hais ! Ô mer ! n'est-ce pas toi, servante, Qui traînes sur ton eau mouvante, Parmi les vents et les écueils, Vers Cayenne aux fosses profondes Ces noirs pontons qui sur tes ondes Passent comme de grands cercueils ! N'est-ce pas toi qui les emportes Vers le sépulcre ouvrant ses portes, Tous nos martyrs au front serein, Dans la cale où manque la paille, Où les canons pleins de mitraille, Béants, passent leur cou d'airain ! Et s'ils pleurent, si les tortures Font fléchir ces hautes natures, N'est-ce pas toi, gouffre exécré, Qui te mêles à leur supplice, Et qui de ta rumeur complice Couvres leur cri désespéré ! Du 16 au 22 novembre 1852, à Jersey
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Nox (VII)
VII. Toi qui bats de ton flux fidèle La roche où j'ai ployé mon aile, Vaincu, mais non pas abattu, Gouffre où l'air joue, où l'esquif sombre Pourquoi me parles-tu dans l'ombre ? Ô sombre mer, que me veux-tu ? Tu n'y peux rien ! Ronge tes digues, Epands l'onde que tu prodigues, Laisse-moi souffrir et rêver ; Toutes les eaux de ton abîme, Hélas ! passeraient sur ce crime, Ô vaste mer, sans le laver ! Je comprends, tu veux m'en distraire Tu me dis : Calme-toi, mon frère, Calme-toi, penseur orageux ! Mais toi-même alors, mer profonde, Calme ton flot puissant qui gronde, Toujours amer, jamais fangeux ! Tu crois en ton pouvoir suprême, Toi qu'on admire, toi qu'on aime, Toi qui ressembles au destin, Toi que les cieux ont azurée, Toi qui dans ton onde sacrée Laves l'étoile du matin ! Tu me dis : Viens, contemple, oublie ! Tu me montres le mât qui plie, Les blocs verdis, les caps croulants, L'écume au **** dans les décombres, S'abattant sur les rochers sombres Comme une troupe d'oiseaux blancs, La pêcheuse aux pieds nus qui chante, L'eau bleue où fuit la nef penchants, Le marin, rude laboureur, Les hautes vagues en démence Tu me montres ta grâce immense Mêlée à ton immense horreur ; Tu me dis : Donne-moi ton âme Proscrit, éteins en moi ta flamme Marcheur, jette aux flots ton bâton Tourne vers moi ta vue ingrate. Tu me dis : J'endormais Socrate ! Tu me dis : J'ai calmé Caton ! Non ! respecte l'âpre pensée, L'âme du juste courroucée, L'esprit qui songe aux noirs forfaits ! Parle aux vieux rochers, tes conquêtes, Et laisse en repos mes tempêtes ! D'ailleurs, mer sombre, je te hais ! Ô mer ! n'est-ce pas toi, servante, Qui traînes sur ton eau mouvante, Parmi les vents et les écueils, Vers Cayenne aux fosses profondes Ces noirs pontons qui sur tes ondes Passent comme de grands cercueils ! N'est-ce pas toi qui les emportes Vers le sépulcre ouvrant ses portes, Tous nos martyrs au front serein, Dans la cale où manque la paille, Où les canons pleins de mitraille, Béants, passent leur cou d'airain ! Et s'ils pleurent, si les tortures Font fléchir ces hautes natures, N'est-ce pas toi, gouffre exécré, Qui te mêles à leur supplice, Et qui de ta rumeur complice Couvres leur cri désespéré ! Du 16 au 22 novembre 1852, à Jersey
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