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"maint" poems
Fable V, Livre II. Plus galant que sensé, Colin voulut jadis Réunir dans son champ l'agréable à l'utile, Et cultiver les fleurs au milieu des épis, Rien n'était, à son gré, plus sage et plus facile. Parmi les blés, dans la saison, Il va donc semant à foison Bluets, coquelicots, et mainte fleur pareille Qu'on voit égayer nos guérets, Quand Flore, en passant chez Cérès, A laissé pencher sa corbeille. Dans peu, se disait-il, que mon champ sera beau ! Avant l'ample récolte au moissonneur promise, Que de bouquets pour Suzette, pour Lise, Pour les fillettes du hameau ! Partant que de baisers ! oui, cadeau pour cadeau ; Ou rien pour rien, c'est ma devise. Le doux printemps paraît enfin : Le bluet naît avec la rose. En mai, le bonheur de Colin Faisait envie à maint voisin ; En août ce fut tout autre chose. Tandis qu'il n'était pas d'endroits Où la moisson ne fût certaine ; Que les trésors de Beauce au **** doraient la plaine, Et que le laboureur n'avait plus d'autre peine Que celle de trouver ses greniers trop étroits ; Trop **** désabusé de ses projets futiles, D'un œil obscurci par les pleurs, Colin, dans ses sillons stérilement fertiles, Cherche en vain les épis étouffés sous les fleurs. Vous qui dans ses travaux guidez la faible enfance, Ceci vous regarde, je crois ; Chez vous, on apprend à la fois Le latin, la musique, et l'algèbre, et la danse. C'est trop. Heureusement savons-nous, mes amis, Que le Rollin du jour n'est pas de cet avis. Enseigner moins, mais mieux, oui, tel est son système Colin, vous dit-il sagement, Ne cultivons que le froment, Le bluet viendra de lui-même.
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Les blés et les fleurs
Fable V, Livre II. Plus galant que sensé, Colin voulut jadis Réunir dans son champ l'agréable à l'utile, Et cultiver les fleurs au milieu des épis, Rien n'était, à son gré, plus sage et plus facile. Parmi les blés, dans la saison, Il va donc semant à foison Bluets, coquelicots, et mainte fleur pareille Qu'on voit égayer nos guérets, Quand Flore, en passant chez Cérès, A laissé pencher sa corbeille. Dans peu, se disait-il, que mon champ sera beau ! Avant l'ample récolte au moissonneur promise, Que de bouquets pour Suzette, pour Lise, Pour les fillettes du hameau ! Partant que de baisers ! oui, cadeau pour cadeau ; Ou rien pour rien, c'est ma devise. Le doux printemps paraît enfin : Le bluet naît avec la rose. En mai, le bonheur de Colin Faisait envie à maint voisin ; En août ce fut tout autre chose. Tandis qu'il n'était pas d'endroits Où la moisson ne fût certaine ; Que les trésors de Beauce au **** doraient la plaine, Et que le laboureur n'avait plus d'autre peine Que celle de trouver ses greniers trop étroits ; Trop **** désabusé de ses projets futiles, D'un œil obscurci par les pleurs, Colin, dans ses sillons stérilement fertiles, Cherche en vain les épis étouffés sous les fleurs. Vous qui dans ses travaux guidez la faible enfance, Ceci vous regarde, je crois ; Chez vous, on apprend à la fois Le latin, la musique, et l'algèbre, et la danse. C'est trop. Heureusement savons-nous, mes amis, Que le Rollin du jour n'est pas de cet avis. Enseigner moins, mais mieux, oui, tel est son système Colin, vous dit-il sagement, Ne cultivons que le froment, Le bluet viendra de lui-même.
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Fable XV, Livre I. Pauvre Turc ! qu'il est bon ! le charmant caractère ! S'écriait un enfant en promenant sa main Sur un dogue enchaîné qui, dit-on, par dédain, Impunément le laissait faire. Vilain Fox ! comme il est méchant ! Dit un moment après le même personnage, Agaçant un barbet qui, malgré maint outrage, Mordait à peine en se fâchant. Papa, c'est celui-ci qu'il faut mettre à la chaîne ; L'autre, dans la maison, doit errer librement. Le père avait la tête saine, Et pensa tout différemment. - Mon enfant, moins de promptitude, À porter condamnation ! Tu juges sur une action ; Il faut juger sur l'habitude. Différons donc, si tu m'en crois, De rien changer à l'ancien ordre ; Car si Fox a mordu, c'est la première fois ; C'est la première aussi que Turc cesse de mordre.
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L'enfant et les deux chiens
Fable V, Livre I. Pataud jouait avec Raton, Mais sans gronder, sans mordre ; en camarade, en frère. Les chiens sont bonnes gens ; mais les chats, nous dit-on ? Sont justement tout le contraire. Aussi, bien qu'il jurât toujours Avoir fait pate de velours, Raton, et ce n'est pas une histoire apocryphe, Dans la peau d'un ami, comme fait maint plaisant, Enfonçait, tout en s'amusant, Tantôt la dent, tantôt la griffe. Pareil jeu dut cesser bientôt. - Eh quoi, Pataud, tu fais la mine ! Ne sais-tu pas qu'il est d'un sot De se fâcher quand on badine ? Ne suis-je pas ton bon ami ? - Prends un nom qui convienne à ton humeur maligne ; Raton, ne sois rien à demi : J'aime mieux un franc ennemi, Qu'un bon ami qui m'égratigne.
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Le chien et le chat
Sur la corde tendue un jeune voltigeur Apprenait à danser ; et déjà son adresse, Ses tours de force, de souplesse, Faisaient venir maint spectateur. Sur son étroit chemin on le voit qui s'avance, Le balancier en main, l'air libre, le corps droit, Hardi, léger autant qu'adroit ; Il s'élève, descend, va, vient, plus haut s'élance, Retombe, remonte en cadence, Et, semblable à certains oiseaux Qui rasent en volant la surface des eaux, Son pied touche, sans qu'on le voie, À la corde qui plie et dans l'air le renvoie. Notre jeune danseur, tout fier de son talent, Dit un jour : à quoi bon ce balancier pesant Qui me fatigue et m'embarrasse ? Si je dansais sans lui, j'aurais bien plus de grâce, De force et de légèreté. Aussitôt fait que dit. Le balancier jeté, Notre étourdi chancelle, étend les bras, et tombe. Il se cassa le nez, et tout le monde en rit. Jeunes gens, jeunes gens, ne vous a-t-on pas dit Que sans règle et sans frein tôt ou **** on succombe ? La vertu, la raison, les lois, l'autorité, Dans vos désirs fougueux vous causent quelque peine ; C'est le balancier qui vous gêne, Mais qui fait votre sûreté.
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Le danseur de corde et le balancier
Blanche fille aux cheveux roux, Dont la robe par ses trous Laisse voir la pauvreté Et la beauté, Pour moi, poète chétif, Ton jeune corps maladif, Plein de taches de rousseur, A sa douceur. Tu portes plus galamment Qu'une reine de roman Ses cothurnes de velours Tes sabots lourds. Au lieu d'un haillon trop court, Qu'un superbe habit de cour Traîne à plis bruyants et longs Sur tes talons ; En place de bas troués, Que pour les yeux des roués Sur ta jambe un poignard d'or Reluise encor ; Que des noeuds mal attachés Dévoilent pour nos péchés Tes deux beaux seins, radieux Comme des yeux ; Que pour te déshabiller Tes bras se fassent prier Et chassent à coups mutins Les doigts lutins, Perles de la plus belle eau, Sonnets de maître Belleau Par tes galants mis aux fers Sans cesse offerts, Valetaille de rimeurs Te dédiant leurs primeurs Et contemplant ton soulier Sous l'escalier, Maint page épris du hasard, Maint seigneur et maint Ronsard Épieraient pour le déduit Ton frais réduit ! Tu compterais dans tes lits Plus de baisers que de lis Et rangerais sous tes lois Plus d'un Valois ! - Cependant tu vas gueusant Quelque vieux débris gisant Au seuil de quelque Véfour De carrefour ; Tu vas lorgnant en dessous Des bijoux de vingt-neuf sous Dont je ne puis, oh ! pardon ! Te faire don. Va donc ! sans autre ornement, Parfum, perles, diamant, Que ta maigre nudité, Ô ma beauté !
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À une mendiante rousse
Ô pucelle plus tendre Qu'un beau bouton vermeil Que le rosier engendre Au lever du soleil, D'une part verdissant De l'autre rougissant ! Plus fort que le lierre Qui se gripe à l'entour Du chesne aimé, qu'il serre Enlassé de maint tour, Courbant ses bras épars Sus luy de toutes parts, Serrez mon col, maistresse, De vos deux bras pliez ; D'un neud qui tienne et presse Doucement me liez ; Un baiser mutuel Nous soit perpetuel. Ny le temps, ny l'envie D'autre amour desirer, Ne pourra point ma vie De vos lévres tirer ; Ainsi serrez demourrons, Et baisant nous mourrons. En mesme an et mesne heure, Et en même saison, Irons voir la demeure De la palle maison, Et les champs ordonnez Aux amants fortunez. Amour par les fleurettes Du printemps éternel Voirra nos amourettes Sous le bois maternel ; Là nous sçaurons combien Les amants ont de bien. Le long des belles plaines Et parmy les prez vers Les rives sonnent pleines De maints accords divers ; L'un joue, et l'autre au son Danse d'une chanson. Là le beau ciel décueuvre Tousjours un front benin, Sur les fleurs la couleuvre Ne ***** son venin, Et tousjours les oyseaux Chantent sur les rameaux ; Tousjours les vens y sonnent Je ne sçay quoy de doux, Et les lauriers y donnent Tousjours ombrages moux ; Tousjours les belles fleurs Y gardent leurs couleurs. Parmy le grand espace De ce verger heureux, Nous aurons tous deux place Entre les amoureux, Et comme eux sans soucy Nous aimerons aussi. Nulle amie ancienne Ne se dépitera, Quand de la place sienne Pour nous deux s'ostera, Non celles dont les yeux Prirent le cœur des dieux.
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À Cassandre
Ô pucelle plus tendre Qu'un beau bouton vermeil Que le rosier engendre Au lever du soleil, D'une part verdissant De l'autre rougissant ! Plus fort que le lierre Qui se gripe à l'entour Du chesne aimé, qu'il serre Enlassé de maint tour, Courbant ses bras épars Sus luy de toutes parts, Serrez mon col, maistresse, De vos deux bras pliez ; D'un neud qui tienne et presse Doucement me liez ; Un baiser mutuel Nous soit perpetuel. Ny le temps, ny l'envie D'autre amour desirer, Ne pourra point ma vie De vos lévres tirer ; Ainsi serrez demourrons, Et baisant nous mourrons. En mesme an et mesne heure, Et en même saison, Irons voir la demeure De la palle maison, Et les champs ordonnez Aux amants fortunez. Amour par les fleurettes Du printemps éternel Voirra nos amourettes Sous le bois maternel ; Là nous sçaurons combien Les amants ont de bien. Le long des belles plaines Et parmy les prez vers Les rives sonnent pleines De maints accords divers ; L'un joue, et l'autre au son Danse d'une chanson. Là le beau ciel décueuvre Tousjours un front benin, Sur les fleurs la couleuvre Ne ***** son venin, Et tousjours les oyseaux Chantent sur les rameaux ; Tousjours les vens y sonnent Je ne sçay quoy de doux, Et les lauriers y donnent Tousjours ombrages moux ; Tousjours les belles fleurs Y gardent leurs couleurs. Parmy le grand espace De ce verger heureux, Nous aurons tous deux place Entre les amoureux, Et comme eux sans soucy Nous aimerons aussi. Nulle amie ancienne Ne se dépitera, Quand de la place sienne Pour nous deux s'ostera, Non celles dont les yeux Prirent le cœur des dieux.
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I Dans les planches d'anatomie Qui traînent sur ces quais poudreux Où maint livre cadavéreux Dort comme une antique momie, Dessins auxquels la gravité Et le savoir d'un vieil artiste, Bien que le sujet en soit triste, Ont communiqué la Beauté, On voit, ce qui rend plus complètes Ces mystérieuses horreurs, Bêchant comme des laboureurs, Des Écorchés et des Squelettes. II De ce terrain que vous fouillez, Manants résignés et funèbres, De tout l'effort de vos vertèbres, Ou de vos muscles dépouillés, Dites, quelle moisson étrange, Forçats arrachés au charnier, Tirez-vous, et de quel fermier Avez-vous à remplir la grange ? Voulez-vous (d'un destin trop dur Épouvantable et clair emblème !) Montrer que dans la fosse même Le sommeil promis n'est pas sûr ; Qu'envers nous le Néant est traître ; Que tout, même la Mort, nous ment, Et que sempiternellement, Hélas ! il nous faudra peut-être Dans quelque pays inconnu Écorcher la terre revêche Et pousser une lourde bêche Sous notre pied sanglant et nu ?
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Le squelette laboureur
Fable XIII, Livre III. L'autre hiver, des badauds attroupés dans ma rue S'extasiaient devant une statue : C'était la reine de Paphos, Chef-d'œuvre qu'un artiste échappé du collège Avait tiré... - D'un marbre de Paros ? Non, lecteur ; mais d'un tas de neige. Le ciseau de Chaudet n'aurait pas excité Plus d'admiration dans la foule ébahie. « - Voilà ce qui s'appelle une œuvre de génie, « Un morceau vraiment fait pour la postérité ! « Que cette tête est noble et belle ! « Disaient, en soufflant dans leurs doigts, « Trois amateurs transis ; l'antiquité, je crois, « N'a rien à mettre en parallèle. « - Rien ! dit un antiquaire indigné du propos ; « Rien ! puis-je entendre un tel blasphème ? « Rien ! ne craignez-vous point de passer pour des sots ? « - Des sots ! nous, monsieur ? Sot vous-même, Si vous n'admirez pas ces formes, ces contours, « Cette pose à la fois sublime et naturelle, « Ce sourire où l'on voit se jouer les Amours : « Non, la Vénus de Praxitèle « N'est qu'un bloc en comparaison. « - Qu'un bloc ! » dit l'érudit étouffant de colère, Comme s'il n'avait pas raison, « J'espère aux ignorants démontrer le contraire ; « Je ne veux rien qu'un mois. » Et s'échappant soudain, Il grimpe à son taudis, s'enferme, prend la plume, Compulse maint et maint volume, Cite maint Grec et maint Romain ; Se fatigue la tête, et plus encor la main. Que d'encre prodiguée, et que d'encre perdue ! Non qu'au jour dit l'erreur n'eût été confondue, Et le goût rétabli dans son honneur vengé ; Mais, tandis qu'il grimpait, le temps avait changé, Et la Vénus était fondue.
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La statue de neige
Fable XIII, Livre III. L'autre hiver, des badauds attroupés dans ma rue S'extasiaient devant une statue : C'était la reine de Paphos, Chef-d'œuvre qu'un artiste échappé du collège Avait tiré... - D'un marbre de Paros ? Non, lecteur ; mais d'un tas de neige. Le ciseau de Chaudet n'aurait pas excité Plus d'admiration dans la foule ébahie. « - Voilà ce qui s'appelle une œuvre de génie, « Un morceau vraiment fait pour la postérité ! « Que cette tête est noble et belle ! « Disaient, en soufflant dans leurs doigts, « Trois amateurs transis ; l'antiquité, je crois, « N'a rien à mettre en parallèle. « - Rien ! dit un antiquaire indigné du propos ; « Rien ! puis-je entendre un tel blasphème ? « Rien ! ne craignez-vous point de passer pour des sots ? « - Des sots ! nous, monsieur ? Sot vous-même, Si vous n'admirez pas ces formes, ces contours, « Cette pose à la fois sublime et naturelle, « Ce sourire où l'on voit se jouer les Amours : « Non, la Vénus de Praxitèle « N'est qu'un bloc en comparaison. « - Qu'un bloc ! » dit l'érudit étouffant de colère, Comme s'il n'avait pas raison, « J'espère aux ignorants démontrer le contraire ; « Je ne veux rien qu'un mois. » Et s'échappant soudain, Il grimpe à son taudis, s'enferme, prend la plume, Compulse maint et maint volume, Cite maint Grec et maint Romain ; Se fatigue la tête, et plus encor la main. Que d'encre prodiguée, et que d'encre perdue ! Non qu'au jour dit l'erreur n'eût été confondue, Et le goût rétabli dans son honneur vengé ; Mais, tandis qu'il grimpait, le temps avait changé, Et la Vénus était fondue.
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Fable V, Livre IV. Don pourceau, lâché dans la plaine, S'émancipait à travers choux, Flairant, fouillant dans tous les trous, Et, dans l'espoir de quelque aubaine, Mettant tout sens dessus dessous. Du fait sa noble espèce est assez coutumière. Or donc, après avoir ravagé maint terrier, Saccagé mainte fourmilière, Ecrasé mainte taupinière, Mon galant va dans un guêpier Donner la tête la première. Vous devinez comment il y fut accueilli. En un clin d'œil son nez immonde, Par la peuplade furibonde, De toutes parts est assailli. Malgré l'épais abri du lard qui l'environne, Ce pauvre nez paya pour toute la personne, Et fut par l'aiguillon chatouillé jusqu'au bout. Étourdis, prenez-y donc garde ! Vous voyez que l'on se hasarde À mettre ainsi le nez partout.
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Le cochon et le guêpier
Petit, j’ai bien oublié de prendre mon temps, J’ai oublié de penser et de réfléchir. Oublié de m'arrêter, voulant réussir, Courant tête baissée, vivant l’insant présent. L’instant d’après j’avais muri, je n’vivais plus, C’était bien mieux que ça car je me transcendais, Et même tout ce que je voulais me souriait, C’était bien, j’étais content, mais si j’avais su... Si j'avais su que ma vie n’était pas tout’tracée, J’aurais pris le temps de venir vous enlacer. Mais j’ai oublié de grandir, c’est pas pratique. J’aurais voulu vous le dire, j’crois pas aux malheurs, J’crois pas aux miracles, ni à la pleine lueur. Je suis maître de ma vie, ce jusqu’au portique. J’en ai marre ce ces faux discours patriotiques, J’ai oublié qu’il n’y’a pas que les filles qui pleurent. J’ai oublié aussi de faire preuve de douceur Dans notre monde fait de catastrophes climatiques. Étant enfant j'étais carrément perturbé, Rempli de questions que je n’osais pas poser. Maint’nant, j’sais qu’pour réussir faut être couillu, J’ai trop pensé au plan que j’utiliserais, Comme si grâce à ça, toute ma vie changeait. Je voulais écrire de beaux textes, rien n’est perdu. Avoir un avenir, des projets, c’est séduisant, J’ai aussi oublié ce que c’est de souffrir, Pourtant j’ai décidé que j’allais m’en sortir, Et j’vais oublier d’oublier, dès maintenant.
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Oct 20, 2017
Oct 20, 2017 at 8:03 AM UTC
Oublier
Fable X, Livre IV. « Ma sœur, vois-tu là-bas, là-bas, Vois-tu ce tourbillon s'élever sur la route ! Comme il grossit ! vers nous comme il vient à grands pas ! Que nous annonce-t-il ? un carrosse sans doute. » « - Oui, mon frère, et celui d'un prince assurément. » « - Ah ! dis plutôt du roi ; car très distinctement Je vois d'ici ses équipages, Ses gardes-du-corps, ses courriers, Ses postillons, ses écuyers, Ses chiens, et même aussi ses pages. » Pendant que le frère et la sœur, Enfants plus hommes qu'on ne pense, Jugeaient ainsi sur l'apparence, Le poudreux tourbillon de plus en plus s'avance, Et permet à leurs yeux d'en percer l'épaisseur. Produit par un cortège en sa course rapide, Que cachait-il ? C'étaient, je ne puis le nier, C'étaient les ânes d'un meunier, Qui galopaient autour de sa charrette vide. Je vous laisse à penser quel fut l'étonnement, J'allais presque dire la honte, De nos pauvres petits en voyant leur mécompte. Le père en rit d'abord ; et puis, très sensément : « Votre erreur, leur dit-il, n'était pas si grossière. Les grands et les petits ne diffèrent pas tant Que vous pensez ; maint fait le prouve à chaque instant. Rien surtout, mes amis, ne se ressemble autant Que les hommes dans la poussière. »
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Le carrosse et la charrette
Fable I, Livre III. Toi qui, peintre et rival de Flore, Comme elle à la nature empruntes les couleurs Dont se parent toutes les fleurs Que sous tes doigts on voit éclore, Que je porte envie à ton art ! Tout est rose pour toi. Plus tes tableaux fidèles Se rapprochent de tes modèles, Et plus on t'applaudit ; et moi, si par hasard J'ose crayonner quelque page, D'un tout contraire accueil je suis souvent payé. Et je plais d'autant moins au modèle effrayé Que j'ai mieux tracé son image. À ses yeux qu'ai-je offert en effet ? maint défaut, Maint travers. Cher ami, dans le siècle où nous sommes Tout est vice ou sottise ; et, pour charmer, il faut Peindre les fleurs et non les hommes. La fleur du chardon se carrait Au milieu des piquants dont sa tige est armée ; Et sans plus de façons, d'elle-même charmée, À la rose se préférait. « Je suis plus qu'elle encore et sévère et pudique, Car on la vit parfois s'humaniser un peu. Quant à moi, qu'on approche, et l'on verra beau jeu ! Ma devise est, enfin : Qui s'y frotte s'y pique. « - Et pourquoi s'y frotterait-on ? » Dit un jeune berger qui cherchait aventure : « Pour jouir d'une rose on brave une blessure ; Mais se fait-on piquer pour cueillir un chardon ? »
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Le chardon et la rose
Fable VII, Livre V. Hercule avait chassé sur le mont Pélion. Percés de traits inévitables, Frappés de coups épouvantables, Que de monstres défaits ! Un énorme lion À l'œil étincelant, à la voix menaçante, À la faim toujours renaissante, Depuis dix ans la crainte et l'horreur de ces lieux, Ou le roi, si vous l'aimez mieux, Malgré sa griffe aiguë et sa dent meurtrière, Vaincu lui-même enfin gisait sur la poussière. Du lion Néméen c'était l'affreux pendant. Expirant comme lui sur une roche aride, Il menaçait encor son vainqueur intrépide, Dont la suite de **** tremble en le regardant. Quelques vermisseaux cependant, Qui, vils rebuts de la nature, Sur quiconque a vécu s'arrogeant certains droits, Des ânes, des lions, des goujats et des rois Et des dieux mêmes, que je crois, Font également leur pâture, Quelques vermisseaux prétendaient Qu'à tort on avait fait le défunt si terrible ; À leur gré, rien de plus risible Que les bruits qui s'en répandaient. « Trois coups ont suffi pour l'abattre. « Il serait dès longtemps ce qu'il est aujourd'hui « Si, **** de trembler devant lui, « Tel qu'il a digéré l'avait osé combattre. « S'il a vaincu, s'il a régné, « Sa force était dans leur faiblesse. « - Cessez, dit Hercule indigné, « Cessez un discours qui me blesse : « Pareils à maint historien « Qui dans sa nullité dissèque aussi la gloire, « Vous réduisez l'obstacle à rien « Pour réduire à rien la victoire. « Quoi que vous en disiez, le roi de ces forêts « N'était ni faible, ni timide. « Songez que pour le vaincre il a fallu les traits, « La massue et le bras d'Alcide. »
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Hercule, le lion et les vermisseaux
Fable VII, Livre V. Hercule avait chassé sur le mont Pélion. Percés de traits inévitables, Frappés de coups épouvantables, Que de monstres défaits ! Un énorme lion À l'œil étincelant, à la voix menaçante, À la faim toujours renaissante, Depuis dix ans la crainte et l'horreur de ces lieux, Ou le roi, si vous l'aimez mieux, Malgré sa griffe aiguë et sa dent meurtrière, Vaincu lui-même enfin gisait sur la poussière. Du lion Néméen c'était l'affreux pendant. Expirant comme lui sur une roche aride, Il menaçait encor son vainqueur intrépide, Dont la suite de **** tremble en le regardant. Quelques vermisseaux cependant, Qui, vils rebuts de la nature, Sur quiconque a vécu s'arrogeant certains droits, Des ânes, des lions, des goujats et des rois Et des dieux mêmes, que je crois, Font également leur pâture, Quelques vermisseaux prétendaient Qu'à tort on avait fait le défunt si terrible ; À leur gré, rien de plus risible Que les bruits qui s'en répandaient. « Trois coups ont suffi pour l'abattre. « Il serait dès longtemps ce qu'il est aujourd'hui « Si, **** de trembler devant lui, « Tel qu'il a digéré l'avait osé combattre. « S'il a vaincu, s'il a régné, « Sa force était dans leur faiblesse. « - Cessez, dit Hercule indigné, « Cessez un discours qui me blesse : « Pareils à maint historien « Qui dans sa nullité dissèque aussi la gloire, « Vous réduisez l'obstacle à rien « Pour réduire à rien la victoire. « Quoi que vous en disiez, le roi de ces forêts « N'était ni faible, ni timide. « Songez que pour le vaincre il a fallu les traits, « La massue et le bras d'Alcide. »
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Sonnet. Pour soulever un poids si lourd, Sisyphe, il faudrait ton courage ! Bien qu'on ait du coeur à l'ouvrage, L'Art est long et le Temps est court. **** des sépultures célèbres, Vers un cimetière isolé, Mon coeur, comme un tambour voilé, Va battant des marches funèbres. - Maint joyau dort enseveli Dans les ténèbres et l'oubli, Bien **** des pioches et des sondes ; Mainte fleur épanche à regret Son parfum doux comme un secret Dans les solitudes profondes.
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Le guignon
La vanité nous rend aussi dupes que sots. Je me souviens, à ce propos, Qu'au temps jadis, après une sanglante guerre Où, malgré les plus beaux exploits, Maint lion fut couché par terre, L'éléphant régna dans les bois. Le vainqueur, politique habile, Voulant prévenir désormais Jusqu'au moindre sujet de discorde civile, De ses vastes états exila pour jamais La race des lions, son ancienne ennemie. L'édit fut proclamé. Les lions affaiblis, Se soumettant au sort qui les avait trahis, Abandonnent tous leur patrie. Ils ne se plaignent pas, ils gardent dans leur cœur Et leur courage et leur douleur. Un bon vieux petit chien, de la charmante espèce De ceux qui vont portant jusqu'au milieu du dos Une toison tombant à flots, Exhalait ainsi sa tristesse : Il faut donc vous quitter, ô pénates chéris ! Un barbare, à l'âge où je suis, M'oblige à renoncer aux lieux qui m'ont vu naître. Sans appui, sans secours, dans un pays nouveau Je vais, les yeux en pleurs, demander un tombeau, Qu'on me refusera peut-être. Ô tyran, tu le veux ! Allons ! Il faut partir. Un barbet l'entendit : touché de sa misère, Quel motif, lui dit-il, peut t'obliger à fuir ? - Ce qui m'y force, ô ciel ! Et cet édit sévère Qui nous chasse à jamais de cet heureux canton... ? - Nous ? - Non pas vous, mais moi. - Comment ! Toi, Mon cher frère ? Qu'as-tu donc de commun... ? - Plaisante question ! Eh ! Ne suis-je pas un lion ?
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Le petit chien
Fable XIII, Livre I. Un lièvre avait son gîte auprès de la tanière D'un maussade et vieux hérisson. Chacun, de son côté, vivait à sa manière, À l'abri du même buisson, Quand une taupe y vint creuser sa taupinière. Entre les gens de certaine façon, Nous savons tous qu'il est d'usage Que le dernier venu dans tout le voisinage Promène sa personne, ou tout au moins son nom. En habit de velours, notre taupe au plus vite, Fait donc au lièvre sa visite. Après la révérence, après maint compliment, (Ceux des bêtes, dit-on, ressemblent fort aux nôtres) Après avoir parlé de soi fort longuement, On parla tant soit peu des autres, Et du voisin conséquemment. Quel esprit ! dit la taupe ; y peut-on rien comprendre ? Est-il rien de moins amusant ? Est-il rien de moins complaisant ? Savez-vous par quel bout le prendre ? Il vit toujours triste et caché ; Une sombre humeur le dévore ; Il blesse quand il est fâché, Et quand il joue il blesse encore ; Et c'est pourtant chez lui que je cours de ce pas ! Madame, dit le lièvre, assurément badine. - Et le bon ton, voisin ! - Et le bon sens, voisine, M'assure que vous n'irez pas. Plains et fuis, nous dit-il, ces personnes chagrines Qu'on ne peut aborder avec sécurité, Et qui, même dans la gaîté, Ne quittent jamais leurs épines.
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Le lièvre, la taupe et le hérisson
Dans des fauteuils fanés des courtisanes vieilles, Pâles, le sourcil peint, l'oeil câlin et fatal, Minaudant, et faisant de leurs maigres oreilles Tomber un cliquetis de pierre et de métal ; Autour des verts tapis des visages sans lèvre, Des lèvres sans couleur, des mâchoires sans dent, Et des doigts convulsés d'une infernale fièvre, Fouillant la poche vide ou le sein palpitant ; Sous de sales plafonds un rang de pâles lustres Et d'énormes quinquets projetant leurs lueurs Sur des fronts ténébreux de poètes illustres Qui viennent gaspiller leurs sanglantes sueurs ; Voilà le noir tableau qu'en un rêve nocturne Je vis se dérouler sous mon oeil clairvoyant. Moi-même, dans un coin de l'antre taciturne, Je me vis accoudé, froid, muet, enviant, Enviant de ces gens la passion tenace, De ces vieilles putains la funèbre gaieté, Et tous gaillardement trafiquant à ma face, L'un de son vieil honneur, l'autre de sa beauté ! Et mon coeur s'effraya d'envier maint pauvre homme Courant avec ferveur à l'abîme béant, Et qui, soûl de son sang, préférerait en somme La douleur à la mort et l'enfer au néant !
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Le jeu
Saint-Valery-Sur-Somme. Oh ! combien de marins, combien de capitaines Qui sont partis joyeux pour des courses lointaines, Dans ce morne horizon se sont évanouis ! Combien ont disparu, dure et triste fortune ! Dans une mer sans fond, par une nuit sans lune, Sous l'aveugle océan à jamais enfouis ! Combien de patrons morts avec leurs équipages ! L'ouragan de leur vie a pris toutes les pages Et d'un souffle il a tout dispersé sur les flots ! Nul ne saura leur fin dans l'abîme plongée. Chaque vague en passant d'un butin s'est chargée ; L'une a saisi l'esquif, l'autre les matelots ! Nul ne sait votre sort, pauvres têtes perdues ! Vous roulez à travers les sombres étendues, Heurtant de vos fronts morts des écueils inconnus. Oh ! que de vieux parents, qui n'avaient plus qu'un rêve, Sont morts en attendant tous les jours sur la grève Ceux qui ne sont pas revenus ! On s'entretient de vous parfois dans les veillées. Maint joyeux cercle, assis sur des ancres rouillées, Mêle encor quelque temps vos noms d'ombre couverts Aux rires, aux refrains, aux récits d'aventures, Aux baisers qu'on dérobe à vos belles futures, Tandis que vous dormez dans les goémons verts ! On demande : - Où sont-ils ? sont-ils rois dans quelque île ? Nous ont-ils délaissés pour un bord plus fertile ? - Puis votre souvenir même est enseveli. Le corps se perd dans l'eau, le nom dans la mémoire. Le temps, qui sur toute ombre en verse une plus noire, Sur le sombre océan jette le sombre oubli. Bientôt des yeux de tous votre ombre est disparue. L'un n'a-t-il pas sa barque et l'autre sa charrue ? Seules, durant ces nuits où l'orage est vainqueur, Vos veuves aux fronts blancs, lasses de vous attendre, Parlent encor de vous en remuant la cendre De leur foyer et de leur coeur ! Et quand la tombe enfin a fermé leur paupière, Rien ne sait plus vos noms, pas même une humble pierre Dans l'étroit cimetière où l'écho nous répond, Pas même un saule vert qui s'effeuille à l'automne, Pas même la chanson naïve et monotone Que chante un mendiant à l'angle d'un vieux pont ! Où sont-ils, les marins sombrés dans les nuits noires ? Ô flots, que vous savez de lugubres histoires ! Flots profonds redoutés des mères à genoux ! Vous vous les racontez en montant les marées, Et c'est ce qui vous fait ces voix désespérées Que vous avez le soir quand vous venez vers nous !
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Oceano nox
Saint-Valery-Sur-Somme. Oh ! combien de marins, combien de capitaines Qui sont partis joyeux pour des courses lointaines, Dans ce morne horizon se sont évanouis ! Combien ont disparu, dure et triste fortune ! Dans une mer sans fond, par une nuit sans lune, Sous l'aveugle océan à jamais enfouis ! Combien de patrons morts avec leurs équipages ! L'ouragan de leur vie a pris toutes les pages Et d'un souffle il a tout dispersé sur les flots ! Nul ne saura leur fin dans l'abîme plongée. Chaque vague en passant d'un butin s'est chargée ; L'une a saisi l'esquif, l'autre les matelots ! Nul ne sait votre sort, pauvres têtes perdues ! Vous roulez à travers les sombres étendues, Heurtant de vos fronts morts des écueils inconnus. Oh ! que de vieux parents, qui n'avaient plus qu'un rêve, Sont morts en attendant tous les jours sur la grève Ceux qui ne sont pas revenus ! On s'entretient de vous parfois dans les veillées. Maint joyeux cercle, assis sur des ancres rouillées, Mêle encor quelque temps vos noms d'ombre couverts Aux rires, aux refrains, aux récits d'aventures, Aux baisers qu'on dérobe à vos belles futures, Tandis que vous dormez dans les goémons verts ! On demande : - Où sont-ils ? sont-ils rois dans quelque île ? Nous ont-ils délaissés pour un bord plus fertile ? - Puis votre souvenir même est enseveli. Le corps se perd dans l'eau, le nom dans la mémoire. Le temps, qui sur toute ombre en verse une plus noire, Sur le sombre océan jette le sombre oubli. Bientôt des yeux de tous votre ombre est disparue. L'un n'a-t-il pas sa barque et l'autre sa charrue ? Seules, durant ces nuits où l'orage est vainqueur, Vos veuves aux fronts blancs, lasses de vous attendre, Parlent encor de vous en remuant la cendre De leur foyer et de leur coeur ! Et quand la tombe enfin a fermé leur paupière, Rien ne sait plus vos noms, pas même une humble pierre Dans l'étroit cimetière où l'écho nous répond, Pas même un saule vert qui s'effeuille à l'automne, Pas même la chanson naïve et monotone Que chante un mendiant à l'angle d'un vieux pont ! Où sont-ils, les marins sombrés dans les nuits noires ? Ô flots, que vous savez de lugubres histoires ! Flots profonds redoutés des mères à genoux ! Vous vous les racontez en montant les marées, Et c'est ce qui vous fait ces voix désespérées Que vous avez le soir quand vous venez vers nous !
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Fable V, Livre III. Tous les jours on voit des marmots, Avec un peu de vent gonfler un peu d'écume ; Tous les jours, avec de grands mots, Pour l'heureux du moment maint sot fait maint volume. Mes amis, retenez-le bien, Le pouvoir de l'homme est immense : Tirer quelque chose de rien, Est plus aisé qu'on ne le pense.
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Les bulles de savon
Fable X, Livre III. « Enfin j'ai trouvé le repos ! » Disait une huître de Marène. « Fidèle au nœud qui nous enchaîne, Ce roc me défendra des flots : Nous ne faisons qu'un ; je défie Au trident de nous séparer ; Je défie au temps d'altérer La tendre amitié qui nous lie. » « - L'amitié, repart un marsouin, De sa nature est peu constante, Quand le besoin qui la cimente N'est pas un mutuel besoin. À maint courtisan qui s'accroche Après maint puissant, c'est pourquoi Je dis : - Crains le flot qui s'approche ; Bien que tu tiennes à la roche, La roche ne tient pas à toi. »
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L'huître et le marsouin