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"guet" poems
Chaque poème que je sculpte dans le bois pour ma muse égarée Est un bout de sentier lumineux que je façonne Dans la glaise de la route de mon pèlerinage infatigable A la recherche des volcans éteints de ma muse. C'est un chemin de Compostelle Que j 'ai semé de ma trace d'olisbos de bois noir tendus vers le cosmos avec son image gravée Qui stridulent de plaisir à l 'approche de la lune descendante. C'est seulement hors sève que mes mots acceptent En holocauste que ce bel ébène de bonne grâce Soit coupé scié laminé en bonne lune Pour servir de festin lubrique à ma muse. Oh my God, dit ma muse Qui pourtant ne parle pas la langue de Shakespeare, Eblouie par la majestueuse forêt de godemichés De belle patine couleur miel En repos végétal. In God we trust, lui répond en stridulant toute l 'animalité volatile perchée au sommet de Priape Entre roses et croix : Ultreïa ! Ultreïa ! Et Suseïa ! Musa adjuva nos ! Ma muse devant un tel charivari frissonne Prend ses jambes à mon cou et dégouline du diable vauvert Sans demander son reste de canon à cent voix Maudissant les molles bandaisons du poète infidèle et vouant aux gémonies la lune, cette dévergondée, L 'accusant de guet-apens et autres sornettes Artificielles et sordides. Ultreïa ! Ultreïa ! Et Suseïa ! Musa adjuva nos !
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Aug 21, 2019
Aug 21, 2019 at 2:25 AM UTC
Olisbos
Dans Venise la rouge, Pas un bateau qui bouge ; Pas un pêcheur dans l'eau, Pas un falot. Seul, assis à la grève, Le grand lion soulève, Sur l'horizon serein, Son pied d'airain. Autour de lui, par groupes, Navires et chaloupes, Pareils à des hérons Couchés en ronds, Dorment sur l'eau qui fume, Et croisent dans la brume, En légers tourbillons, Leurs pavillons. La lune qui s'efface Couvre son front qui passe D'un nuage étoilé Demi-voilé. Ainsi, la dame abbesse De Sainte-Croix rabaisse Sa cape aux larges plis Sur son surplis. Et les palais antiques, Et les graves portiques, Et les blancs escaliers. Des chevaliers, Et les ponts, et les rues, Et les mornes statues, Et le golfe mouvant Qui tremble au vent, Tout se tait, fors les gardes Aux longues hallebardes, Qui veillent aux créneaux Des arsenaux. - Ah ! maintenant plus d'une Attend, au clair de lune, Quelque jeune muguet, L'oreille au guet. Pour le bal qu'on prépare, Plus d'une qui se pare, Met devant son miroir Le masque noir. Sur sa couche embaumée, La Vanina pâmée Presse encor son amant, En s'endormant ; Et Narcisa, la folle, Au fond de sa gondole, S'oublie en un festin Jusqu'au matin. Et qui, dans l'Italie, N'a son grain de folie ? Qui ne garde aux amours Ses plus beaux jours ? Laissons la vieille horloge, Au palais du vieux doge, Lui compter de ses nuits Les longs ennuis. Comptons plutôt, ma belle, Sur ta bouche rebelle Tant de baisers donnés... Ou pardonnés. Comptons plutôt tes charmes, Comptons les douces larmes, Qu'à nos yeux a coûté La volupté !
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Venise
Dans Venise la rouge, Pas un bateau qui bouge ; Pas un pêcheur dans l'eau, Pas un falot. Seul, assis à la grève, Le grand lion soulève, Sur l'horizon serein, Son pied d'airain. Autour de lui, par groupes, Navires et chaloupes, Pareils à des hérons Couchés en ronds, Dorment sur l'eau qui fume, Et croisent dans la brume, En légers tourbillons, Leurs pavillons. La lune qui s'efface Couvre son front qui passe D'un nuage étoilé Demi-voilé. Ainsi, la dame abbesse De Sainte-Croix rabaisse Sa cape aux larges plis Sur son surplis. Et les palais antiques, Et les graves portiques, Et les blancs escaliers. Des chevaliers, Et les ponts, et les rues, Et les mornes statues, Et le golfe mouvant Qui tremble au vent, Tout se tait, fors les gardes Aux longues hallebardes, Qui veillent aux créneaux Des arsenaux. - Ah ! maintenant plus d'une Attend, au clair de lune, Quelque jeune muguet, L'oreille au guet. Pour le bal qu'on prépare, Plus d'une qui se pare, Met devant son miroir Le masque noir. Sur sa couche embaumée, La Vanina pâmée Presse encor son amant, En s'endormant ; Et Narcisa, la folle, Au fond de sa gondole, S'oublie en un festin Jusqu'au matin. Et qui, dans l'Italie, N'a son grain de folie ? Qui ne garde aux amours Ses plus beaux jours ? Laissons la vieille horloge, Au palais du vieux doge, Lui compter de ses nuits Les longs ennuis. Comptons plutôt, ma belle, Sur ta bouche rebelle Tant de baisers donnés... Ou pardonnés. Comptons plutôt tes charmes, Comptons les douces larmes, Qu'à nos yeux a coûté La volupté !
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C'était en octobre, un dimanche, Je revenais de déjeuner ; Vous jouiez au lit, toute blanche, Vos cartes dans votre main... franche, Qui commence à les retourner. Vous faisiez une réussite ; Est-ce pour voir si je t'aimais ? Est-ce la grande, ou la petite ?... Vous avez dit haut, pas très vite : « Les cartes ne mentent jamais ». Au fait, pourquoi mentiraient-elles ? Elles n'ont aucune raison, Vous me faisiez des peurs mortelles, Et... fixant sur moi vos prunelles : « Une femme dans la maison. » C'était vrai de vrai, tout de même ! Je ne dis rien et me tins coi. Mais je dus paraître... un peu blême. C'était une femme que j'aime, Je ne veux pas dire pourquoi. Puis vous parlâtes de concierge, Car vous voyiez mon embarras. Ah ! je vous dois un fameux cierge ! Bien que l'autre soit encor vierge De l'enlacement de mes bras. J'aime tout autant vous le dire Et jeter ma faute au panier, Belle sorcière... de Shakespeare : La vérité, c'est ton empire, Je n'essayerai pas de nier. Il me faudrait faire un mensonge, Ce qui te déplaît tellement Que j'en frémis lorsque j'y songe... Le temps a passé son éponge Délicate sur ce moment. Ah ! si ce n'était qu'une femme ! Si ce n'était qu'une maison ! Mais j'aime avec la même flamme Et la demoiselle et la dame Sur tous les points de l'horizon. Toujours à la piste, aux écoutes, Au guet, partout, sans respirer, Je les suis, sur toutes les routes. Si je ne les désirais toutes, Je ne saurais vous adorer ! Oui, quand ainsi j'ai vu la femme Pour toutes sortes de raisons... Et je ris bien au fond de l'âme, Nous avons à Paris, Madame, Tant de femmes dans les maisons !
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Les cartes
C'était en octobre, un dimanche, Je revenais de déjeuner ; Vous jouiez au lit, toute blanche, Vos cartes dans votre main... franche, Qui commence à les retourner. Vous faisiez une réussite ; Est-ce pour voir si je t'aimais ? Est-ce la grande, ou la petite ?... Vous avez dit haut, pas très vite : « Les cartes ne mentent jamais ». Au fait, pourquoi mentiraient-elles ? Elles n'ont aucune raison, Vous me faisiez des peurs mortelles, Et... fixant sur moi vos prunelles : « Une femme dans la maison. » C'était vrai de vrai, tout de même ! Je ne dis rien et me tins coi. Mais je dus paraître... un peu blême. C'était une femme que j'aime, Je ne veux pas dire pourquoi. Puis vous parlâtes de concierge, Car vous voyiez mon embarras. Ah ! je vous dois un fameux cierge ! Bien que l'autre soit encor vierge De l'enlacement de mes bras. J'aime tout autant vous le dire Et jeter ma faute au panier, Belle sorcière... de Shakespeare : La vérité, c'est ton empire, Je n'essayerai pas de nier. Il me faudrait faire un mensonge, Ce qui te déplaît tellement Que j'en frémis lorsque j'y songe... Le temps a passé son éponge Délicate sur ce moment. Ah ! si ce n'était qu'une femme ! Si ce n'était qu'une maison ! Mais j'aime avec la même flamme Et la demoiselle et la dame Sur tous les points de l'horizon. Toujours à la piste, aux écoutes, Au guet, partout, sans respirer, Je les suis, sur toutes les routes. Si je ne les désirais toutes, Je ne saurais vous adorer ! Oui, quand ainsi j'ai vu la femme Pour toutes sortes de raisons... Et je ris bien au fond de l'âme, Nous avons à Paris, Madame, Tant de femmes dans les maisons !
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C'était la plus belle soirée de ma vie J'aimerais m'en rappeler comme si c'était hier C'était la plus horrible journée de ma vie J'aimerais oublier comme si ce n'était hier: Je suis dans une gare, le train n'arrive pas Je me soumet la question, ce que j'aimerais m’éviter J'attend ma belle et elle n'arrive pas Je perds le temps que j’essaie de gagner Je parle aux voyageurs antipathiques Pour tuer le temps perdu Coincé dans ce gâchis esthétique. Avant que le temps ne me tue Je quitte ce café pathétique, Purgatoire pour excommuniés Avant, je commande un autre verre, foutu tic, Foutue expatriation, je veux t'oublier Je me retrouve donc dans un carrefour sombre Où se rencontrent les civilisations Pas un arbre pour profiter de l’ombre Il n’y a plus de lumière ni plus de son On me noie Au milieu d’une mer de gens qui n’ont pas vécus Je suis assoiffé d’un ami Au milieu du désert avec personne en vue Dans ma propre ville je suis intru. L’anonymat de l’exil, On me connait bien à l’institut, Je m’y reconnais dans chaque tuile, Dans ses murs peints à l’huile Je suis ici, et je suis là Je m’imagine ailleurs mais c’est futile Détachez-moi, je ne fuirais pas ! Je suis rescapé, Je suis perdu ! Les heures m’ont échappées, Le temps m’est perdu Comment s’en sortir quand on est un débauché ? Je suis mort, je suis pendu ! Comment repartir quand le train a déraillé ? Quel guet-apen l’on m’a tendu ! On me somme de rentrer chez moi, Le dernier train est passé, et je ne l’ai pas pris Mes oeufs dans le même panier, et j’ai fais le mauvais choix Je ne me reconnais plus, qu’est-ce qui m’as pris ? J’essaie de me souvenir Ce n’est certes pas la dernière fois On m’a pris mes souvenirs Comment me suis-je retrouvé là ? Au retour d'une aventure (rêverie) que je regrette Mes amis me dévisagent en traître Je me défend en phrases toutes faites Ah, si j’avais appris de mes ancêtres... J’y retourne chaque matin, Dans l’espoir de retrouver celui-ci (l’espoir) Pas de libre arbitre pour un pantin Chaque fois on m’affirme que je ne viens pas d’ici (chaque soir). L’élégance d’une mort heureuse Je ne pense plus au car de la malheureuse, J’attend celui qui me portera **** de ces malheurs; Jamais n'est-il à l’heure.
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Apr 21, 2020
Apr 21, 2020 at 5:20 PM UTC
Le Mal du transport
C'était la plus belle soirée de ma vie J'aimerais m'en rappeler comme si c'était hier C'était la plus horrible journée de ma vie J'aimerais oublier comme si ce n'était hier: Je suis dans une gare, le train n'arrive pas Je me soumet la question, ce que j'aimerais m’éviter J'attend ma belle et elle n'arrive pas Je perds le temps que j’essaie de gagner Je parle aux voyageurs antipathiques Pour tuer le temps perdu Coincé dans ce gâchis esthétique. Avant que le temps ne me tue Je quitte ce café pathétique, Purgatoire pour excommuniés Avant, je commande un autre verre, foutu tic, Foutue expatriation, je veux t'oublier Je me retrouve donc dans un carrefour sombre Où se rencontrent les civilisations Pas un arbre pour profiter de l’ombre Il n’y a plus de lumière ni plus de son On me noie Au milieu d’une mer de gens qui n’ont pas vécus Je suis assoiffé d’un ami Au milieu du désert avec personne en vue Dans ma propre ville je suis intru. L’anonymat de l’exil, On me connait bien à l’institut, Je m’y reconnais dans chaque tuile, Dans ses murs peints à l’huile Je suis ici, et je suis là Je m’imagine ailleurs mais c’est futile Détachez-moi, je ne fuirais pas ! Je suis rescapé, Je suis perdu ! Les heures m’ont échappées, Le temps m’est perdu Comment s’en sortir quand on est un débauché ? Je suis mort, je suis pendu ! Comment repartir quand le train a déraillé ? Quel guet-apen l’on m’a tendu ! On me somme de rentrer chez moi, Le dernier train est passé, et je ne l’ai pas pris Mes oeufs dans le même panier, et j’ai fais le mauvais choix Je ne me reconnais plus, qu’est-ce qui m’as pris ? J’essaie de me souvenir Ce n’est certes pas la dernière fois On m’a pris mes souvenirs Comment me suis-je retrouvé là ? Au retour d'une aventure (rêverie) que je regrette Mes amis me dévisagent en traître Je me défend en phrases toutes faites Ah, si j’avais appris de mes ancêtres... J’y retourne chaque matin, Dans l’espoir de retrouver celui-ci (l’espoir) Pas de libre arbitre pour un pantin Chaque fois on m’affirme que je ne viens pas d’ici (chaque soir). L’élégance d’une mort heureuse Je ne pense plus au car de la malheureuse, J’attend celui qui me portera **** de ces malheurs; Jamais n'est-il à l’heure.
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Une fois, une seule, aimable et douce femme, A mon bras votre bras poli S'appuya (sur le fond ténébreux de mon âme Ce souvenir n'est point pâli) ; Il était **** ; ainsi qu'une médaille neuve La pleine lune s'étalait, Et la solennité de la nuit, comme un fleuve, Sur Paris dormant ruisselait. Et le long des maisons, sous les portes cochères, Des chats passaient furtivement, L'oreille au guet, ou bien, comme des ombres chères, Nous accompagnaient lentement. Tout à coup, au milieu de l'intimité libre Éclose à la pâle clarté, De vous, riche et sonore instrument où ne vibre Que la radieuse gaieté, De vous, claire et joyeuse ainsi qu'une fanfare Dans le matin étincelant, Une note plaintive, une note bizarre S'échappa, tout en chancelant Comme une enfant chétive, horrible, sombre, immonde, Dont sa famille rougirait, Et qu'elle aurait longtemps, pour la cacher au monde, Dans un caveau mise au secret. Pauvre ange, elle chantait, votre note criarde : " Que rien ici-bas n'est certain, Et que toujours, avec quelque soin qu'il se farde, Se trahit l'égoïsme humain ; Que c'est un dur métier que d'être belle femme, Et que c'est le travail banal De la danseuse folle et froide qui se pâme Dans un sourire machinal ; Que bâtir sur les coeurs est une chose sotte ; Que tout craque, amour et beauté, Jusqu'à ce que l'Oubli les jette dans sa hotte Pour les rendre à l'Éternité ! " J'ai souvent évoqué cette lune enchantée, Ce silence et cette langueur, Et cette confidence horrible chuchotée Au confessionnal du coeur.
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Confession
Une fois, une seule, aimable et douce femme, A mon bras votre bras poli S'appuya (sur le fond ténébreux de mon âme Ce souvenir n'est point pâli) ; Il était **** ; ainsi qu'une médaille neuve La pleine lune s'étalait, Et la solennité de la nuit, comme un fleuve, Sur Paris dormant ruisselait. Et le long des maisons, sous les portes cochères, Des chats passaient furtivement, L'oreille au guet, ou bien, comme des ombres chères, Nous accompagnaient lentement. Tout à coup, au milieu de l'intimité libre Éclose à la pâle clarté, De vous, riche et sonore instrument où ne vibre Que la radieuse gaieté, De vous, claire et joyeuse ainsi qu'une fanfare Dans le matin étincelant, Une note plaintive, une note bizarre S'échappa, tout en chancelant Comme une enfant chétive, horrible, sombre, immonde, Dont sa famille rougirait, Et qu'elle aurait longtemps, pour la cacher au monde, Dans un caveau mise au secret. Pauvre ange, elle chantait, votre note criarde : " Que rien ici-bas n'est certain, Et que toujours, avec quelque soin qu'il se farde, Se trahit l'égoïsme humain ; Que c'est un dur métier que d'être belle femme, Et que c'est le travail banal De la danseuse folle et froide qui se pâme Dans un sourire machinal ; Que bâtir sur les coeurs est une chose sotte ; Que tout craque, amour et beauté, Jusqu'à ce que l'Oubli les jette dans sa hotte Pour les rendre à l'Éternité ! " J'ai souvent évoqué cette lune enchantée, Ce silence et cette langueur, Et cette confidence horrible chuchotée Au confessionnal du coeur.
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Vicomte de Foucault, lorsque vous empoignâtes L'éloquent Manuel de vos mains auvergnates, Comme l'océan bout quand tressaille l'Etna, Le peuple tout entier s'émut et frissonna ; On vit, sombre lueur, poindre mil huit cent trente L'antique royauté, fière et récalcitrante, Chancela sur son trône, et dans ce noir moment On sentit commencer ce vaste écroulement ; Et ces rois, qu'on punit d'oser toucher un homme, Etaient grands, et mêlés à notre histoire en somme, Ils avaient derrière eux des siècles éblouis, Henri quatre et Coutras, Damiette et saint-Louis. Aujourd'hui, dans Paris, un prince de la pègre, Un pied plat, copiant Faustin, singe d'un nègre, Plus faux qu'Ali pacha, plus cruel que Rosas, Fourre en prison la loi, met la gloire à Mazas, Chasse l'honneur, le droit, les probités punies, Orateurs, généraux, représentants, génies, Les meilleurs serviteurs du siècle et de l'état, Et c'est tout ! et le peuple, après cet attentat, Souffleté mille fois sur ces faces illustres, Va voir de l'Elysée étinceler les lustres, Ne sent rien sur sa joue, et contemple César ! Lui, souverain, il suit en esclave le char ! Il regarde danser dans le Louvre les maîtres, Ces immondes faisant vis-à-vis à ces traîtres, La fraude en grand habit, le meurtre en apparat, Et le ventre Berger près du ventre Murat ! On dit : - vivons ! adieu grandeur, gloire, espérance ! - Comme si, dans ce monde, un peuple appelé France, Alors qu'il n'est plus libre, était encor vivant ! On boit, on mange, on dort, on achète et l'on vend, Et l'on vote, en riant des doubles fonds de l'urne Et pendant ce temps-là, ce gredin taciturne, Ce chacal à sang froid, ce corse hollandais, Etale, front d'airain, son crime sous le dais, Gorge d'or et de vin sa bande scélérate, S'accoude sur la nappe, et cuvant, noir pirate, Son guet-apens français, son guet-apens romain, Mâche son cure-dents taché de sang humain ! Jersey, le 20 mai 1853.
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Vicomte de Foucault
Vicomte de Foucault, lorsque vous empoignâtes L'éloquent Manuel de vos mains auvergnates, Comme l'océan bout quand tressaille l'Etna, Le peuple tout entier s'émut et frissonna ; On vit, sombre lueur, poindre mil huit cent trente L'antique royauté, fière et récalcitrante, Chancela sur son trône, et dans ce noir moment On sentit commencer ce vaste écroulement ; Et ces rois, qu'on punit d'oser toucher un homme, Etaient grands, et mêlés à notre histoire en somme, Ils avaient derrière eux des siècles éblouis, Henri quatre et Coutras, Damiette et saint-Louis. Aujourd'hui, dans Paris, un prince de la pègre, Un pied plat, copiant Faustin, singe d'un nègre, Plus faux qu'Ali pacha, plus cruel que Rosas, Fourre en prison la loi, met la gloire à Mazas, Chasse l'honneur, le droit, les probités punies, Orateurs, généraux, représentants, génies, Les meilleurs serviteurs du siècle et de l'état, Et c'est tout ! et le peuple, après cet attentat, Souffleté mille fois sur ces faces illustres, Va voir de l'Elysée étinceler les lustres, Ne sent rien sur sa joue, et contemple César ! Lui, souverain, il suit en esclave le char ! Il regarde danser dans le Louvre les maîtres, Ces immondes faisant vis-à-vis à ces traîtres, La fraude en grand habit, le meurtre en apparat, Et le ventre Berger près du ventre Murat ! On dit : - vivons ! adieu grandeur, gloire, espérance ! - Comme si, dans ce monde, un peuple appelé France, Alors qu'il n'est plus libre, était encor vivant ! On boit, on mange, on dort, on achète et l'on vend, Et l'on vote, en riant des doubles fonds de l'urne Et pendant ce temps-là, ce gredin taciturne, Ce chacal à sang froid, ce corse hollandais, Etale, front d'airain, son crime sous le dais, Gorge d'or et de vin sa bande scélérate, S'accoude sur la nappe, et cuvant, noir pirate, Son guet-apens français, son guet-apens romain, Mâche son cure-dents taché de sang humain ! Jersey, le 20 mai 1853.
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C'est le chien de Jean de Nivelle Qui mord sous l'œil même du guet Le chat de la mère Michel ; François-les-bas-bleus s'en égaie. La Lune à l'écrivain public Dispense sa lumière obscure Où Médor avec Angélique Verdissent sur le pauvre mur. Et voici venir La Ramée Sacrant en bon soldat du Roy. Sous son habit blanc mal famé, Son cœur ne se tient pas de joie, Car la boulangère... - Elle ? - Oui dam ! Bernant Lustucru, son vieil homme, A tantôt couronné sa flamme... Enfants, Dominus vobiscum ! Place ! en sa longue robe bleue Toute en satin qui fait frou-frou, C'est une impure, palsembleu ! Dans sa chaise qu'il faut qu'on loue Fût-on philosophe ou grigou, Car tant d'or s'y relève en bosse Que ce luxe insolent bafoue Tout le papier de monsieur Loss ! Arrière ! robin crotté ! place, Petit courtaud, petit abbé, Petit poète jamais las De la rime non attrapée ! Voici que la nuit vraie arrive... Cependant jamais fatigué D'être inattentif et naïf François-les-bas-bleus s'en égaie.
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Le chien de Jean de Nivelle
III. Cet homme fait venir, à l'heure où la nuit voile Paris dormant encor. Des généraux français portant la triple étoile Sur l'épaulette d'or ; Il leur dit : « Ecoutez, pour vos yeux seuls j'écarte L'ombre que je répands ; Vous crûtes jusqu'ici que j'étais Bonaparte, Mon nom est Guet-apens. « C'est demain le grand jour, le jour des funérailles Et le jour des douleurs. Vous allez vous glisser sans bruit sous les murailles Comme font les voleurs ; « Vous prendrez cette pince, à mon service usée, Que je cache sur moi, Et vous soulèverez avec une pesée La porte de la loi ; « Puis, hourrah ! sabre au vent, et la police en tête ! Et main basse sur tout, Sur vos chefs africains, sur quiconque est honnête, Sur quiconque est debout, « Sur les représentants, et ceux qu'ils représentent, Sur Paris terrassé ! Et je vous paîrai bien ! » les généraux consentent Vidocq eût refusé. Jersey, du 7 au 13 janvier 1853.
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À l'obéissance passive (III)
Tandis qu'à leurs oeuvres perverses Les hommes courent haletants, Mars qui rit, malgré les averses, Prépare en secret le printemps. Pour les petites pâquerettes, Sournoisement lorsque tout dort, Il repasse des collerettes Et cisèle des boutons d'or. Dans le verger et dans la vigne, Il s'en va, furtif perruquier, Avec une houppe de cygne, Poudrer à frimas l'amandier. La nature au lit se repose ; Lui descend au jardin désert, Et lace les boutons de rose Dans leur corset de velours vert. Tout en composant des solfèges, Qu'aux merles il siffle à mi-voix, Il sème aux prés les perce-neiges Et les violettes aux bois. Sur le cresson de la fontaine Où le cerf boit, l'oreille au guet, De sa main cachée il égrène Les grelots d'argent du muguet. Sous l'herbe, pour que tu la cueilles, Il met la fraise au teint vermeil, Et te tresse un chapeau de feuilles Pour te garantir du soleil. Puis, lorsque sa besogne est faite, Et que son règne va finir, Au seuil d'avril tournant la tête, Il dit : " Printemps, tu peux venir ! "
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Premier sourire du printemps