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"faisait" poems
Je m'étais endormi la nuit près de la grève. Un vent frais m'éveilla, je sortis de mon rêve, J'ouvris les yeux, je vis l'étoile du matin. Elle resplendissait au fond du ciel lointain Dans sa blancheur molle, infinie et charmante. Aquilon s'enfuyait emportant la tourmente. L'astre éclatant changeait la nuée en duvet. C'était une clarté qui pensait, qui vivait Elle apaisait l'écueil où la vague déferle On croyait voir une âme à travers une perle. Il faisait nuit encor, l'ombre régnait en vain, Le ciel s'illuminait d'un sourire divin. La lueur argentait le haut du mât qui penche ; Le navire était noir, mais la voile était blanche Des goélands debout sur un escarpement, Attentifs, contemplaient l'étoile gravement Comme un oiseau céleste et fait d'une étincelle L'océan, qui ressemble au peuple, allait vers elle, Et rugissant tout bas, la regardait briller, Et semblait avoir peur de la faire envoler. Un ineffable amour emplissait l'étendue. L'herbe verte à mes pieds frissonnait éperdue, Les oiseaux se parlaient dans les nids ; une fleur Qui s'éveillait me dit -. c'est l'étoile ma soeur. Et pendant qu'à longs plis l'ombre levait son voile, J'entendis une voix qui venait de l'étoile Et qui disait : - Je suis l'astre qui vient d'abord. Je suis celle qu'on croit dans la tombe et qui sort. J'ai lui sur le Sina, j'ai lui sur le Taygète ; Je suis le caillou d'or et de feu que Dieu jette, Comme avec une fronde, au front noir de la nuit. Je suis ce qui renaît quand un monde est détruit. Ô nations ! je suis la poésie ardente. J'ai brillé sur Moïse et j'ai brillé sur Dante. Le lion océan est amoureux de moi. J'arrive. Levez-vous, vertu, courage, foi ! Penseurs, esprits, montez sur la tour, sentinelles ! Paupières, ouvrez-vous, allumez-vous, prunelles, Terre, émeus le sillon, vie, éveille le bruit, Debout, vous qui dormez ! - car celui qui me suit, Car celui qui m'envoie en avant la première, C'est l'ange Liberté, c'est le géant Lumière ! Jersey, le 31 août. 1853.
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Stella
Je m'étais endormi la nuit près de la grève. Un vent frais m'éveilla, je sortis de mon rêve, J'ouvris les yeux, je vis l'étoile du matin. Elle resplendissait au fond du ciel lointain Dans sa blancheur molle, infinie et charmante. Aquilon s'enfuyait emportant la tourmente. L'astre éclatant changeait la nuée en duvet. C'était une clarté qui pensait, qui vivait Elle apaisait l'écueil où la vague déferle On croyait voir une âme à travers une perle. Il faisait nuit encor, l'ombre régnait en vain, Le ciel s'illuminait d'un sourire divin. La lueur argentait le haut du mât qui penche ; Le navire était noir, mais la voile était blanche Des goélands debout sur un escarpement, Attentifs, contemplaient l'étoile gravement Comme un oiseau céleste et fait d'une étincelle L'océan, qui ressemble au peuple, allait vers elle, Et rugissant tout bas, la regardait briller, Et semblait avoir peur de la faire envoler. Un ineffable amour emplissait l'étendue. L'herbe verte à mes pieds frissonnait éperdue, Les oiseaux se parlaient dans les nids ; une fleur Qui s'éveillait me dit -. c'est l'étoile ma soeur. Et pendant qu'à longs plis l'ombre levait son voile, J'entendis une voix qui venait de l'étoile Et qui disait : - Je suis l'astre qui vient d'abord. Je suis celle qu'on croit dans la tombe et qui sort. J'ai lui sur le Sina, j'ai lui sur le Taygète ; Je suis le caillou d'or et de feu que Dieu jette, Comme avec une fronde, au front noir de la nuit. Je suis ce qui renaît quand un monde est détruit. Ô nations ! je suis la poésie ardente. J'ai brillé sur Moïse et j'ai brillé sur Dante. Le lion océan est amoureux de moi. J'arrive. Levez-vous, vertu, courage, foi ! Penseurs, esprits, montez sur la tour, sentinelles ! Paupières, ouvrez-vous, allumez-vous, prunelles, Terre, émeus le sillon, vie, éveille le bruit, Debout, vous qui dormez ! - car celui qui me suit, Car celui qui m'envoie en avant la première, C'est l'ange Liberté, c'est le géant Lumière ! Jersey, le 31 août. 1853.
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Il la traîna de force jusqu’à sa chambre Lui tira les cheveux et lui fracassa la cervelle plusieurs fois contre le carrelage froid du couloir - Carrelage de couleur marron jaune - Au passage une de ses dents du haut s’est cassée, pas grave, on dira lundi à l’école qu’elle a mangé des cailloux tout le week-end avec ses cousines Ses cousines qui par ailleurs l’ont laissée toute l’après-midi sur le toit de la voiture familiale Juste pour une histoire de garçon Et puis après tout, tu as assez bien finie, tu aurais pu atterrir dans la porcherie Pour une simple histoire de choux de Bruxelles Juste pour une histoire de choux de Bruxelles. Maman ne m’a jamais dit comment on faisait l’amour Mais maman tous les soirs me faisait l’amour (Un cri) Pour une simple histoire de choux de Bruxelles Chaque jour de la semaine maintenant je suis défoncée TOTALEMENT DEFONCEE. Mais ne t’inquiète pas, lui dit-il en la serrant encore plus fort, maman rentrera bientôt Et la petite fille qui pleurait et pleurait Sentant cette chose immonde venir s’écraser contre sa poitrine Ne t’inquiète donc pas, maman rentera bientôt Et la petite fille qui pleurait chaque minute encore plus Sentant cette chose immonde se balader contre son tout petit corps Maman rentrera bientôt ? JE N’AVAIS QUE CINQ ANS. Maman ne m’a jamais dit comment on faisait l’amour Mais maman tous les soirs me faisait l’amour (Un cri) Pour une simple histoire de choux de Bruxelles Chaque jour de la semaine maintenant je suis défoncée TOTALEMENT DEFONCEE. Elle entra à l’hôpital une nuit d’hiver Dans la voiture toute blanche il y avait de jolies lumières au-dessus de sa tête et puis aussi une jolie musique Tout allait un peu vite mais les messieurs étaient si gentils Et puis elle avait encore vomi un peu partout mais les infirmières étaient si belles et avaient les dents si blanches Elle resta une dizaine de jours dans cette chambre rose bonbon, le bras accroché à un drôle de pied en acier caillé, sa gentille maman qui continuait chaque nuit à lui faire l’amour en cachette Elle se souvient avoir failli mourir Mais après tout, tu as assez bien fini, tu aurais pu atterrir dans la porcherie Pour une simple histoire de choux de Bruxelles Juste pour une histoire de choux de Bruxelles. Maman ne m’a jamais dit comment on faisait l’amour Mais maman tous les soirs me faisait l’amour (Un cri) Pour une simple histoire de choux de Bruxelles Chaque jour de la semaine maintenant je suis défoncée TOTALEMENT DEFONCEE. A l’école elle faisait tout le temps pipi sur elle Puis elle s’est mise à se raconter des histoires, juste pour atteindre plus facilement le paradis artificiel C’était toujours mieux quand c’était maman Enfin elle ne se rappelle plus très bien Elle a tout mélangé Dans sa tête tout s’est mélangé Elle est très malheureuse encore aujourd’hui Mais après tout, elle a assez bien fini, elle aurait pu atterrir dans la porcherie Pour une simple histoire de choux de Bruxelles Juste pour une histoire de choux de Bruxelles.
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Sep 24, 2012
Sep 24, 2012 at 2:34 PM UTC
"Des choux de Bruxelles"- 180109- Journal
Il la traîna de force jusqu’à sa chambre Lui tira les cheveux et lui fracassa la cervelle plusieurs fois contre le carrelage froid du couloir - Carrelage de couleur marron jaune - Au passage une de ses dents du haut s’est cassée, pas grave, on dira lundi à l’école qu’elle a mangé des cailloux tout le week-end avec ses cousines Ses cousines qui par ailleurs l’ont laissée toute l’après-midi sur le toit de la voiture familiale Juste pour une histoire de garçon Et puis après tout, tu as assez bien finie, tu aurais pu atterrir dans la porcherie Pour une simple histoire de choux de Bruxelles Juste pour une histoire de choux de Bruxelles. Maman ne m’a jamais dit comment on faisait l’amour Mais maman tous les soirs me faisait l’amour (Un cri) Pour une simple histoire de choux de Bruxelles Chaque jour de la semaine maintenant je suis défoncée TOTALEMENT DEFONCEE. Mais ne t’inquiète pas, lui dit-il en la serrant encore plus fort, maman rentrera bientôt Et la petite fille qui pleurait et pleurait Sentant cette chose immonde venir s’écraser contre sa poitrine Ne t’inquiète donc pas, maman rentera bientôt Et la petite fille qui pleurait chaque minute encore plus Sentant cette chose immonde se balader contre son tout petit corps Maman rentrera bientôt ? JE N’AVAIS QUE CINQ ANS. Maman ne m’a jamais dit comment on faisait l’amour Mais maman tous les soirs me faisait l’amour (Un cri) Pour une simple histoire de choux de Bruxelles Chaque jour de la semaine maintenant je suis défoncée TOTALEMENT DEFONCEE. Elle entra à l’hôpital une nuit d’hiver Dans la voiture toute blanche il y avait de jolies lumières au-dessus de sa tête et puis aussi une jolie musique Tout allait un peu vite mais les messieurs étaient si gentils Et puis elle avait encore vomi un peu partout mais les infirmières étaient si belles et avaient les dents si blanches Elle resta une dizaine de jours dans cette chambre rose bonbon, le bras accroché à un drôle de pied en acier caillé, sa gentille maman qui continuait chaque nuit à lui faire l’amour en cachette Elle se souvient avoir failli mourir Mais après tout, tu as assez bien fini, tu aurais pu atterrir dans la porcherie Pour une simple histoire de choux de Bruxelles Juste pour une histoire de choux de Bruxelles. Maman ne m’a jamais dit comment on faisait l’amour Mais maman tous les soirs me faisait l’amour (Un cri) Pour une simple histoire de choux de Bruxelles Chaque jour de la semaine maintenant je suis défoncée TOTALEMENT DEFONCEE. A l’école elle faisait tout le temps pipi sur elle Puis elle s’est mise à se raconter des histoires, juste pour atteindre plus facilement le paradis artificiel C’était toujours mieux quand c’était maman Enfin elle ne se rappelle plus très bien Elle a tout mélangé Dans sa tête tout s’est mélangé Elle est très malheureuse encore aujourd’hui Mais après tout, elle a assez bien fini, elle aurait pu atterrir dans la porcherie Pour une simple histoire de choux de Bruxelles Juste pour une histoire de choux de Bruxelles.
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Alors pourquoi juste maintenant? C’était une nuit sur Bagneux Nous étions mercredi soir à la station Montparnasse-Bienvenüe Je portais ces mêmes vêtements noirs et ma veste grise achetée en Italie Il ne faisait pas trop froid Je rentrais chez moi, vingt heures Mon regard croisa celui d'une jeune femme d'à peu près mon âge Jolie, mince et calme, le visage d'opale et les deux pieds bien posés au sol Avec insistance je la regardais Elle me faisait tellement penser à celle que je n’arrive pas à être Fixant le quai d'en face Le métro était censé arriver dans une minute Quand soudain La tête me tourna Je ne contrôlais plus aucun de mes mouvements Je me suis approchée du mur, m’y suis appuyée tant bien que mal juste pour ne pas tomber Et là, je ne sais pas très bien pourquoi Mais la jeune femme que je ne cessais de regarder sauta sous la rame. L’insupportable bruit L’électricité Le corps en mille morceaux Les gens qui hurlent Le métro qui s'arrête juste devant cet embrasement Pourtant moi Moi Je ne disais rien Je m'accrochais tant que je pouvais au mur J'avais si peur de glisser à mon tour Pourquoi elle Elle était si jolie, si fine et si calme Aucune rature sur son visage d'opale Rien Tandis que moi... Ce n’était qu’une autre nuit sur Bagneux.
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May 17, 2012
May 17, 2012 at 5:43 AM UTC
Die gosse- "LAISSE LA PORTE FERMEE EN ENTRANT", extrait.
L’épicerie «Mozabite» d’Akbou S’il y a un lieu dont je me souviens, C’est de l’épicerie d’Akbou, située dans la rue centrale. J’y accompagnais mes parents, et pénétrais dans cette échoppe avec tous mes sens en éveil, surtout pour humer les senteurs mêlées des jarres d’olive et de piments rouges. L’épicier était Mozabite, avec des pantalons bouffants. Le roi des commerçants du lieu, car dans l’espace resserré jamais rien ne vous y manquait dans cet incroyable fatras où le «Mozabite» faisait ses choix. vous tirant toujours d’embarras. Il y avait des tonneaux d’olives vertes ou noires dans leur saumure avec ce goût qu’elles ont : «là-bas.» et puis ces senteurs mélangées de menthe, paprika, cumin des parfums de fleur d’oranger. et à la belle saison des dattes pendaient les «reines» : «Deglet Nour» Parmi toutes ces friandises Il en est deux qui pincent mon coeur Cette galette ronde et si tendre la «Kesra» plus tendre que le pain. et les sacs remplis de semoules qui sont la base du «Couscous» Kabyle Alors que l’agneau est son prince Merci à l’épicier d’Akbou qui sut si bien aiguiser nos sens. Paul d’Aubin (Paul Arrighi) Toulouse - février 2014.
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Feb 22, 2014
Feb 22, 2014 at 5:03 PM UTC
L’épicerie «Mozabite» d’Akbou ( Kabylie in Algeria)
Éloge de Monsieur de Montaigne (Dédié à Jean-Pierre) Toi seigneur de Montaigne, au si beau nom d'Eyquem que nul amateur de Bordeaux ne saurait négliger. Tu fus l'ami de La Boétie et un sage joyeux, Tu vécus en ton château, dont l'une des tours rondes, contenait une bibliothèque fournie. Toi, qui faisait cultiver ce vin de Bordeaux, qui sied au palais et plait tant aux anglais. Cher Montaigne ayant étudié à Bordeaux, au collège de Guyenne, Tu vécus en un temps empoisonné par les guerres de religion et ses sombres fureurs. Temps affreux ou l'homme égorgeait l'homme, qui ne partageait pas sa même lecture de la  Bible. Et dire que nous avions cru, ces temps-là, révolus ! C'est peut-être ce qui te poussa à choisir l'école stoïcienne, Bien que par ton tempérament et ta vie. Tu fus beaucoup plus proche des bonheurs de Lucrèce. Tu fus, un long temps, magistrat au Parlement de Bordeaux, bien que les chicaneries du Droit t'eussent vite lassées, et plus encore, la cruauté de ses modes de preuve. et cet acharnement infini des plaideurs, à n'en jamais finir, à faire rebondir les procès que tant d’énergie vaine te semblait pure perte. Mais tu voulais être utile et l'égoïsme étroit de l' «otium», choquait ta conscience. Tu eus un ami cher, Prince de Liberté et de distinction, Etienne de la Boétie, qui réfléchit avec profondeur, sur les racines de la tyrannie en nos propres faiblesses. Et de cette amitié, en recherchant les causes, Tu conclus et répondit ainsi : «Parce que c’était lui, parce que c’était moi» Révélant ainsi que la quintessence du bonheur de  vivre luit au cœur  de cette amitié dont nous sommes, à la fois, le réceptacle et l’offrande. Cher Michel de Montaigne, je voulais, te saluer ici et te faire savoir en quelle estime Je te tiens avec  tes «Essais» d’une bienveillante sagesse Qui font songer aux meilleurs vins mûris en barriques de chêne Et à ces cognacs qui éveillent l’Esprit et les sens, Même lorsque l’hiver nous pèse et nous engourdit Je voulais aussi te dire que de ton surnom J’ai nommé Jean-Pierre qui te ressemble si fort Et apporte une douce ironie à mes passions tumultueuses. Paul Arrighi
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Apr 21, 2016
Apr 21, 2016 at 6:16 AM UTC
Éloge de Monsieur de Montaigne
Éloge de Monsieur de Montaigne (Dédié à Jean-Pierre) Toi seigneur de Montaigne, au si beau nom d'Eyquem que nul amateur de Bordeaux ne saurait négliger. Tu fus l'ami de La Boétie et un sage joyeux, Tu vécus en ton château, dont l'une des tours rondes, contenait une bibliothèque fournie. Toi, qui faisait cultiver ce vin de Bordeaux, qui sied au palais et plait tant aux anglais. Cher Montaigne ayant étudié à Bordeaux, au collège de Guyenne, Tu vécus en un temps empoisonné par les guerres de religion et ses sombres fureurs. Temps affreux ou l'homme égorgeait l'homme, qui ne partageait pas sa même lecture de la  Bible. Et dire que nous avions cru, ces temps-là, révolus ! C'est peut-être ce qui te poussa à choisir l'école stoïcienne, Bien que par ton tempérament et ta vie. Tu fus beaucoup plus proche des bonheurs de Lucrèce. Tu fus, un long temps, magistrat au Parlement de Bordeaux, bien que les chicaneries du Droit t'eussent vite lassées, et plus encore, la cruauté de ses modes de preuve. et cet acharnement infini des plaideurs, à n'en jamais finir, à faire rebondir les procès que tant d’énergie vaine te semblait pure perte. Mais tu voulais être utile et l'égoïsme étroit de l' «otium», choquait ta conscience. Tu eus un ami cher, Prince de Liberté et de distinction, Etienne de la Boétie, qui réfléchit avec profondeur, sur les racines de la tyrannie en nos propres faiblesses. Et de cette amitié, en recherchant les causes, Tu conclus et répondit ainsi : «Parce que c’était lui, parce que c’était moi» Révélant ainsi que la quintessence du bonheur de  vivre luit au cœur  de cette amitié dont nous sommes, à la fois, le réceptacle et l’offrande. Cher Michel de Montaigne, je voulais, te saluer ici et te faire savoir en quelle estime Je te tiens avec  tes «Essais» d’une bienveillante sagesse Qui font songer aux meilleurs vins mûris en barriques de chêne Et à ces cognacs qui éveillent l’Esprit et les sens, Même lorsque l’hiver nous pèse et nous engourdit Je voulais aussi te dire que de ton surnom J’ai nommé Jean-Pierre qui te ressemble si fort Et apporte une douce ironie à mes passions tumultueuses. Paul Arrighi
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Mon Père, ce grand Chêne, Je le croyais indéracinable, en ses terres, Comme ce chêne Corse, sur la roche, poussé. Il nous semblait si grand, il paraissait si fort, Si longtemps résistant aux grands vents de la vie, Sous les châtaigneraies et parmi les bruyères, Il marchait, puis rêvait. Parfois, il m'amenait, dans son refuge, y faisait provision de «corned-beef» et de lait en boite "gloria", et aussi de «bastelles», et ces repas hâtifs me semblaient un festin. Mais plus que tout, je goûtais si belle liberté. Disparues les contraintes. D'un pas de montagnard, il nous menait, souvent, En ces lieux de granit, qui semblaient son domaine. Il me mit dans les mains, sa fine carabine, dont j'aimais le canon à l’acier effilé ; mais avant que je presse, le geai était parti. Il ne me gronda pas. Le soir, si peu dormeurs, avec Régis, mon frère, dans la chambre aux obus, des tués de quatorze, dont un panier d'osier exhalait tant les truites, Nous le savions dormir dans la chambre à côté, nous ne cherchions pas trop, sommeil prompt à venir. Je lisais de vieux livre. Et puis nous descendions, furtifs vers la rivière, encaissé dans les roches le «Fiume grosso» grondait. Mon père nous racontait qu'il y avait dormi avec quelques amis, à la flambée des feux. Et le bruit lancinant était une musique qui malgré le soleil nous tenait éveillé. Magie des eaux profondes. Quand un jour de détresse, je perdis «Nils le prince» ressentant mon chagrin, il me facilita L’achat d'un jeune chien, je l'ai encore au cœur, ce cadeau si exquis, qui fut baume sur plaie Merci de m'avoir fait, ce présent plein d'amour. La tendresse d'un père. Il vécut si longtemps, que je ne prêtais guère, attention au torrent qui se faisait ruisseau, aux blancs cheveux venus, au dos un peu voûté, tant les fils ont besoin de croire invincible Le père qui fut grand à l’aube de leurs vies. Besoin de protection. Un père est une force qui paraît infinie pour le jeune enfant qui en a tant besoin peut être imaginaire, qui soutient et le guide. Alors devenu homme, il découvre un soir que le chêne vacille, s'appuie sur une canne. Il est désormais seul. Paul d'Aubin – Toulouse, «Poésie élégiaque», En l'honneur de son père André Dominique, dit, Candria », décédé le 29 novembre 2010.»
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Oct 31, 2013
Oct 31, 2013 at 2:41 PM UTC
Mon Père, ce grand Chêne,
Mon Père, ce grand Chêne, Je le croyais indéracinable, en ses terres, Comme ce chêne Corse, sur la roche, poussé. Il nous semblait si grand, il paraissait si fort, Si longtemps résistant aux grands vents de la vie, Sous les châtaigneraies et parmi les bruyères, Il marchait, puis rêvait. Parfois, il m'amenait, dans son refuge, y faisait provision de «corned-beef» et de lait en boite "gloria", et aussi de «bastelles», et ces repas hâtifs me semblaient un festin. Mais plus que tout, je goûtais si belle liberté. Disparues les contraintes. D'un pas de montagnard, il nous menait, souvent, En ces lieux de granit, qui semblaient son domaine. Il me mit dans les mains, sa fine carabine, dont j'aimais le canon à l’acier effilé ; mais avant que je presse, le geai était parti. Il ne me gronda pas. Le soir, si peu dormeurs, avec Régis, mon frère, dans la chambre aux obus, des tués de quatorze, dont un panier d'osier exhalait tant les truites, Nous le savions dormir dans la chambre à côté, nous ne cherchions pas trop, sommeil prompt à venir. Je lisais de vieux livre. Et puis nous descendions, furtifs vers la rivière, encaissé dans les roches le «Fiume grosso» grondait. Mon père nous racontait qu'il y avait dormi avec quelques amis, à la flambée des feux. Et le bruit lancinant était une musique qui malgré le soleil nous tenait éveillé. Magie des eaux profondes. Quand un jour de détresse, je perdis «Nils le prince» ressentant mon chagrin, il me facilita L’achat d'un jeune chien, je l'ai encore au cœur, ce cadeau si exquis, qui fut baume sur plaie Merci de m'avoir fait, ce présent plein d'amour. La tendresse d'un père. Il vécut si longtemps, que je ne prêtais guère, attention au torrent qui se faisait ruisseau, aux blancs cheveux venus, au dos un peu voûté, tant les fils ont besoin de croire invincible Le père qui fut grand à l’aube de leurs vies. Besoin de protection. Un père est une force qui paraît infinie pour le jeune enfant qui en a tant besoin peut être imaginaire, qui soutient et le guide. Alors devenu homme, il découvre un soir que le chêne vacille, s'appuie sur une canne. Il est désormais seul. Paul d'Aubin – Toulouse, «Poésie élégiaque», En l'honneur de son père André Dominique, dit, Candria », décédé le 29 novembre 2010.»
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Quand nous habitions tous ensemble Sur nos collines d'autrefois, Où l'eau court, où le buisson tremble, Dans la maison qui touche aux bois, Elle avait dix ans, et moi trente ; J'étais pour elle l'univers. Oh ! comme l'herbe est odorante Sous les arbres profonds et verts ! Elle faisait mon sort prospère, Mon travail léger, mon ciel bleu. Lorsqu'elle me disait : Mon père, Tout mon coeur s'écriait : Mon Dieu ! À travers mes songes sans nombre, J'écoutais son parler joyeux, Et mon front s'éclairait dans l'ombre À la lumière de ses yeux. Elle avait l'air d'une princesse Quand je la tenais par la main. Elle cherchait des fleurs sans cesse Et des pauvres dans le chemin. Elle donnait comme on dérobe, En se cachant aux yeux de tous. Oh ! la belle petite robe Qu'elle avait, vous rappelez-vous ? Le soir, auprès de ma bougie, Elle jasait à petit bruit, Tandis qu'à la vitre rougie Heurtaient les papillons de nuit. Les anges se miraient en elle. Que son bonjour était charmant ! Le ciel mettait dans sa prunelle Ce regard qui jamais ne ment. Oh ! je l'avais, si jeune encore, Vue apparaître en mon destin ! C'était l'enfant de mon aurore, Et mon étoile du matin ! Quand la lune claire et sereine Brillait aux cieux, dans ces beaux mois, Comme nous allions dans la plaine ! Comme nous courions dans les bois ! Puis, vers la lumière isolée Étoilant le logis obscur, Nous revenions par la vallée En tournant le coin du vieux mur ; Nous revenions, coeurs pleins de flamme, En parlant des splendeurs du ciel. Je composais cette jeune âme Comme l'abeille fait son miel. Doux ange aux candides pensées, Elle était gaie en arrivant... - Toutes ces choses sont passées Comme l'ombre et comme le vent ! À Villequier, le 4 septembre 1844.
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Quand nous habitions tous ensemble
Quand nous habitions tous ensemble Sur nos collines d'autrefois, Où l'eau court, où le buisson tremble, Dans la maison qui touche aux bois, Elle avait dix ans, et moi trente ; J'étais pour elle l'univers. Oh ! comme l'herbe est odorante Sous les arbres profonds et verts ! Elle faisait mon sort prospère, Mon travail léger, mon ciel bleu. Lorsqu'elle me disait : Mon père, Tout mon coeur s'écriait : Mon Dieu ! À travers mes songes sans nombre, J'écoutais son parler joyeux, Et mon front s'éclairait dans l'ombre À la lumière de ses yeux. Elle avait l'air d'une princesse Quand je la tenais par la main. Elle cherchait des fleurs sans cesse Et des pauvres dans le chemin. Elle donnait comme on dérobe, En se cachant aux yeux de tous. Oh ! la belle petite robe Qu'elle avait, vous rappelez-vous ? Le soir, auprès de ma bougie, Elle jasait à petit bruit, Tandis qu'à la vitre rougie Heurtaient les papillons de nuit. Les anges se miraient en elle. Que son bonjour était charmant ! Le ciel mettait dans sa prunelle Ce regard qui jamais ne ment. Oh ! je l'avais, si jeune encore, Vue apparaître en mon destin ! C'était l'enfant de mon aurore, Et mon étoile du matin ! Quand la lune claire et sereine Brillait aux cieux, dans ces beaux mois, Comme nous allions dans la plaine ! Comme nous courions dans les bois ! Puis, vers la lumière isolée Étoilant le logis obscur, Nous revenions par la vallée En tournant le coin du vieux mur ; Nous revenions, coeurs pleins de flamme, En parlant des splendeurs du ciel. Je composais cette jeune âme Comme l'abeille fait son miel. Doux ange aux candides pensées, Elle était gaie en arrivant... - Toutes ces choses sont passées Comme l'ombre et comme le vent ! À Villequier, le 4 septembre 1844.
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Le Joaillier des Mots Il était joaillier des mots, sans que l’on ne sût pourquoi peut être cherchait il le soleil qui trop souvent nous est masqué, et nous cache le sens profond de la beauté de notre vie. Il était homme du commun, pas très brillant dans les affaires, car souvent son Esprit volait, **** des chiffres et de l’âpre lutte que l’Homme se mène à lui-même. C’était un luthier sans harpe. Il voyait du rêve partout, et voulait les fermer dans les mots. qui, s’égrenaient comme des perles et s’écoulaient comme des notes, la musique était Poésie la poésie se faisait musique. Il était joaillier des mots, à l’heure ou tous sont morts de peur et courent comme gibier traqué plutôt que de goûter la vie. Il n’avait pas peur de manquer, moins encore de posséder, son seul souci était de vivre. Il n’aimait guère la violence, qui endeuille la vie des êtres n’avait aucun impératif qui rend esclave des idées, mais son sourire était de miel, et son rire était cristallin. L’amitié était sa boussole, et l’humain son diamant secret. Jamais il n’injuriait la vie et il jouait avec les mots comme un peintre avec son pinceau s’efforce d’embellir la vie. Paul d’Aubin (Paul Arrighi) à Toulouse en France.
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May 16, 2014
May 16, 2014 at 9:32 AM UTC
Le Joaillier des Mots ( The Jeweller of words)
Le Pont sur le Liamone entre Arbori et Vico Nous venions du «clos d'Alzetto», Domaine réputé en Corse, Passant par Arbori et Ampigna Sur une route plus noueuse, Qu'une couleuvre se tortillant. Le couvert boisé tempérait Le soleil qui dardait la lunette Et la nature semblait impénétrable, Comme dans les maquis De Prosper Mérimée. Il ne manquait, dans nombre d'endroits Faits pour l'embuscade, Que la lueur d'acier Du canon d'un fusil, Lorsqu'apparut un pont génois Haut dresse sur le Liamone. La route, pour franchir la rivière Faisait un coude Et nous sortirent de l'auto Saisis par le charme du lieu, pour jeter des regards, Portant au **** du cours du torrent, sur les à pics de la rivière, A la fois tumultueuse et grondante Avec ses bassins de granit Sculptés dans le cours du fleuve, Et baignés d'eaux vertes sur fonds mauves, Qui semblaient réclame leur trophée De nageurs et nageuses Pour tenir compagnie A ses truites fario Si bien cachées, Dans les cavités de granit. Et au génie tutélaire De ce haut Liamone, Qui règne sur ces torrents de Montagne en donnant, Depuis des temps immémoriaux. Un spectacle si rare et saisissant, Qu'il emplit les esprits D'une sensation de contempler, L'un de ces objet d'art, Façonné par notre mère la Nature. Et levant les yeux nous vîmes, Planer l'aigle royal, Paraissant ainsi saluer, L’altière grandeur de ces lieux. Paul Arrighi
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Aug 19, 2016
Aug 19, 2016 at 5:28 AM UTC
Le Pont sur le Liamone entre Arbori et Vico
Je sais que tu ne peux toujours pas m'oublier, comme ta belle histoire. Tu ne peux pas oublier mon nom non plus, c'est comme chuchoter "bonsoir". Je veux oublier comment tu prononces mon nom, mais je n'arrive pas à me souvenir d'admettre que tu l'as dit le mieux. Peut-être que je le ferais enfin si seulement tu me disais aussi s'il y a quelqu'un qui pourrait t'embrasser mieux que moi. Même si mes amis me coupaient la tête parce que je pense encore à toi dix mois plus **** même si le monde entier me faisait un procès parce que je continue à essayer d'écrire sur toi après un an, je me brosserais les cheveux, remonte mes seins, je mettrais mon trousseau, réparer ma jupe je me tiendrais devant une vitre et je dirais: "Qu'ils mangent du brioche!" mais pas après que tu aies encore goûté à mon gâteau. Mais pas après que tu aies encore goûté à mon gâteau, encore et encore...
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Sep 13, 2024
Sep 13, 2024 at 12:53 AM UTC
Gâteau Gâgeaux
Je croyais que c’était marrant de voir brûler tes cendres Je croyais que ça faisait du bien Tu m’as dis en une étincelle que brûler valait la peine Mais tu te moquais de moi Ça ne me faisait pas de peine de te regarder t’éteindre J’ai su que te sentir en moi me faisait rire J’ai su que ça me faisait du bien Tu n’as rien dis, tu t’es laissée brûler Tu t’en moquais de moi De ma peine de me sentir m’éteindre
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Oct 3, 2015
Oct 3, 2015 at 12:06 PM UTC
La cigarette
Il était trois fois, Deux petites araignées, Qui faisaient la course À qui tire le plus court fil. C’était toujours la rouge qui gagnait, Car son sang coagulé, Sur le bout de ses pates, Rendait ses mouvement plus lents. Elle faisait de toute sa faiblesse, Couler son âme noire, Emprisonnée dans son troisième œil, Afin de rendre son fil plus visqueux. Son amie, aveugle de ses sept yeux, Ne voyait que son propre parcours, Elle n’avait jamais à refaire son tour, Son chemin étant déjà tracé. Elle n’avait ni crainte ni peur, De son adversaire satanée, Cachée du côté, Où elle ne pouvait regarder. Bercée par sa nonchalance, Elle ne se doutait point, Qu’elle était le fruit, Du dessin de son amie. Il était trois fois, Une petite araignée Futur d’un passé oublié Sur un papier accroché A la toile de cet instant.
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Oct 9, 2015
Oct 9, 2015 at 9:30 AM UTC
Il était trois fois
Il se dressait dans la verdure, Telle une hampe pour les cieux. C'était un séquoia géant Venu des prairies d’Amérique Et des forêts Algonquines. Il avait voyagé en cale, Soigné comme un voyageur, Argenté, durant toute la traversée. Il fut planté mais aussi fêté En l’an mille huit cent quatre-vingt Dans le parc du futur Casino, Puis soigné par des jardiniers Amoureux de leur métier. En ces années s’affermissait enfin La République, certes bien trop conservatrice, Elle l’est d’ailleurs bien restée. C’était quand même la République Même à Luchon qui étincelait encore Des feux et des ors de la fête impériale Qui lui avait amenés Tant de touristes au gousset rembourré Et quand s’affermissait cette République En cette «belle époque» des fortunés Et d'exploitation éhontée De tant d’autres laissés bien seuls Par la naissance et sans instruction. Mes aïeux Pyrénéens Le virent planter et même pousser Car en ces temps, encore, Les sages et les doux prenaient plaisir À observer et contempler Les belles Dames en leur vêture Et les arbres pousser peu à peu, Jusqu’un jour à feindre de dépasser La cime des ardoises Pyrénéennes. Ce fut un Séquoia somptueux Dès qu’il atteint ses vingt ans En cette année dix-neuf cent Alors que la compagnie du Midi Faisait construire, non **** de lui Le bel hôtel palace qui fut fini En 1916, j’en ais la gorge serrée Car la bas, tant de maçons Ne le virent jamais construit Et n’eurent pas le bonheur D’admirer le grand Séquoia pousser Car leur jeunesse fut  ravie Là-bas en Argonne ou à Verdun Où tant de jeunes hommes mourraient Dans les tranchées de leur  dernier souffle. Paul Arrighi
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Jun 2, 2016
Jun 2, 2016 at 1:16 PM UTC
Le Séquoia du parc du casino de Luchon
Il se dressait dans la verdure, Telle une hampe pour les cieux. C'était un séquoia géant Venu des prairies d’Amérique Et des forêts Algonquines. Il avait voyagé en cale, Soigné comme un voyageur, Argenté, durant toute la traversée. Il fut planté mais aussi fêté En l’an mille huit cent quatre-vingt Dans le parc du futur Casino, Puis soigné par des jardiniers Amoureux de leur métier. En ces années s’affermissait enfin La République, certes bien trop conservatrice, Elle l’est d’ailleurs bien restée. C’était quand même la République Même à Luchon qui étincelait encore Des feux et des ors de la fête impériale Qui lui avait amenés Tant de touristes au gousset rembourré Et quand s’affermissait cette République En cette «belle époque» des fortunés Et d'exploitation éhontée De tant d’autres laissés bien seuls Par la naissance et sans instruction. Mes aïeux Pyrénéens Le virent planter et même pousser Car en ces temps, encore, Les sages et les doux prenaient plaisir À observer et contempler Les belles Dames en leur vêture Et les arbres pousser peu à peu, Jusqu’un jour à feindre de dépasser La cime des ardoises Pyrénéennes. Ce fut un Séquoia somptueux Dès qu’il atteint ses vingt ans En cette année dix-neuf cent Alors que la compagnie du Midi Faisait construire, non **** de lui Le bel hôtel palace qui fut fini En 1916, j’en ais la gorge serrée Car la bas, tant de maçons Ne le virent jamais construit Et n’eurent pas le bonheur D’admirer le grand Séquoia pousser Car leur jeunesse fut  ravie Là-bas en Argonne ou à Verdun Où tant de jeunes hommes mourraient Dans les tranchées de leur  dernier souffle. Paul Arrighi
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Fable V, Livre II. Plus galant que sensé, Colin voulut jadis Réunir dans son champ l'agréable à l'utile, Et cultiver les fleurs au milieu des épis, Rien n'était, à son gré, plus sage et plus facile. Parmi les blés, dans la saison, Il va donc semant à foison Bluets, coquelicots, et mainte fleur pareille Qu'on voit égayer nos guérets, Quand Flore, en passant chez Cérès, A laissé pencher sa corbeille. Dans peu, se disait-il, que mon champ sera beau ! Avant l'ample récolte au moissonneur promise, Que de bouquets pour Suzette, pour Lise, Pour les fillettes du hameau ! Partant que de baisers ! oui, cadeau pour cadeau ; Ou rien pour rien, c'est ma devise. Le doux printemps paraît enfin : Le bluet naît avec la rose. En mai, le bonheur de Colin Faisait envie à maint voisin ; En août ce fut tout autre chose. Tandis qu'il n'était pas d'endroits Où la moisson ne fût certaine ; Que les trésors de Beauce au **** doraient la plaine, Et que le laboureur n'avait plus d'autre peine Que celle de trouver ses greniers trop étroits ; Trop **** désabusé de ses projets futiles, D'un œil obscurci par les pleurs, Colin, dans ses sillons stérilement fertiles, Cherche en vain les épis étouffés sous les fleurs. Vous qui dans ses travaux guidez la faible enfance, Ceci vous regarde, je crois ; Chez vous, on apprend à la fois Le latin, la musique, et l'algèbre, et la danse. C'est trop. Heureusement savons-nous, mes amis, Que le Rollin du jour n'est pas de cet avis. Enseigner moins, mais mieux, oui, tel est son système Colin, vous dit-il sagement, Ne cultivons que le froment, Le bluet viendra de lui-même.
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Les blés et les fleurs
Fable V, Livre II. Plus galant que sensé, Colin voulut jadis Réunir dans son champ l'agréable à l'utile, Et cultiver les fleurs au milieu des épis, Rien n'était, à son gré, plus sage et plus facile. Parmi les blés, dans la saison, Il va donc semant à foison Bluets, coquelicots, et mainte fleur pareille Qu'on voit égayer nos guérets, Quand Flore, en passant chez Cérès, A laissé pencher sa corbeille. Dans peu, se disait-il, que mon champ sera beau ! Avant l'ample récolte au moissonneur promise, Que de bouquets pour Suzette, pour Lise, Pour les fillettes du hameau ! Partant que de baisers ! oui, cadeau pour cadeau ; Ou rien pour rien, c'est ma devise. Le doux printemps paraît enfin : Le bluet naît avec la rose. En mai, le bonheur de Colin Faisait envie à maint voisin ; En août ce fut tout autre chose. Tandis qu'il n'était pas d'endroits Où la moisson ne fût certaine ; Que les trésors de Beauce au **** doraient la plaine, Et que le laboureur n'avait plus d'autre peine Que celle de trouver ses greniers trop étroits ; Trop **** désabusé de ses projets futiles, D'un œil obscurci par les pleurs, Colin, dans ses sillons stérilement fertiles, Cherche en vain les épis étouffés sous les fleurs. Vous qui dans ses travaux guidez la faible enfance, Ceci vous regarde, je crois ; Chez vous, on apprend à la fois Le latin, la musique, et l'algèbre, et la danse. C'est trop. Heureusement savons-nous, mes amis, Que le Rollin du jour n'est pas de cet avis. Enseigner moins, mais mieux, oui, tel est son système Colin, vous dit-il sagement, Ne cultivons que le froment, Le bluet viendra de lui-même.
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Il avait l'âme aride et vaine de sa mère, L'œil froid du dieu voleur qui marche à reculons ; Il promenait sa grâce, insouciante, altière, Et les nymphes disaient : « Quel marbre nous aimons ! » Un jour que cet enfant d'Hermès et d'Aphrodite Méprisait Salmacis, nymphe du mont Ida, La vierge, l'embrassant d'une étreinte subite, Pénétra son beau corps si bien qu'elle y resta ! De surprise et d'horreur ses divines compagnes, Qui dans cet être unique en reconnaissaient deux, Comme un sphinx égaré dans leurs chastes montagnes, Fuyaient ce double faune au visage douteux. La volupté souffrait dans sa prunelle étrange, Il faisait des serments d'une hésitante voix ; L'amour et le dédain par un hideux mélange Dans son vague sourire étaient peints à la fois. Son inutile sein n'offrait ni lait ni flamme ; En s'y posant, l'oreille, hélas ! eût découvert Un cœur d'homme où chantait un pauvre cœur de femme, Comme un oiseau perdu dans un temple désert. Ô symbole effrayant de ces unions louches Où l'un des deux amants, sans joie et sans désir, Fuit le regard de l'autre ; où l'une des deux bouches En goûtant les baisers sent l'autre les subir !
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Hermaphrodite
Tout près du lac filtre une source, Entre deux pierres, dans un coin ; Allègrement l'eau prend sa course Comme pour s'en aller bien **** Elle murmure : Oh ! quelle joie ! Sous la terre il faisait si noir ! Maintenant ma rive verdoie, Le ciel se mire à mon miroir. Les myosotis aux fleurs bleues Me disent : Ne m'oubliez pas ! Les libellules de leurs queues M'égratignent dans leurs ébats ; A ma coupe l'oiseau s'abreuve ; Qui sait ? - Après quelques détours Peut-être deviendrai-je un fleuve Baignant vallons, rochers et tours. Je broderai de mon écume Ponts de pierre, quais de granit, Emportant le steamer qui fume A l'Océan où tout finit. Ainsi la jeune source jase, Formant cent projets d'avenir ; Comme l'eau qui bout dans un vase, Son flot ne peut se contenir ; Mais le berceau touche à la tombe ; Le géant futur meurt petit ; Née à peine, la source tombe Dans le grand lac qui l'engloutit !
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La source
Le jour n'est pas levé, mais je regarde le ciel comme s'il était ensoleillé. J'ai pleins d'espoirs et de rêves. Pas seulement pour aujourd'hui, mais aussi pour demain. J'ai les yeux mouillés d'une rude nuit pleine d'étoiles filantes. Je ne veux rien, je ne veux que moi. Je veux tout. Je ne veux rien. Le jour est levé, mais je regarde le ciel comme s'il faisait nuit. J'avais pleins d'espoirs et de rêves. Pas seulement pour ce matin, mais aussi pour demain. The sun is not up, but I'm watching the sky like it was sunrise. I'm full of hopes and dreams. Not only for today but also for tomorrow. My eyes are wet of a rude night full of shooting stars. I don't want anything, I just want myself. I want everything. I want nothing. The sun is up, but I'm watching the sky like it was night. I was full of hopes and dreams. Not only for today but also for tomorrow.
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Jan 12, 2014
Jan 12, 2014 at 5:28 PM UTC
Prose
J'ai perdu ma force et ma vie, Et mes amis et ma gaieté ; J'ai perdu jusqu'à la fierté Qui faisait croire à mon génie. Quand j'ai connu la Vérité, J'ai cru que c'était une amie ; Quand je l'ai comprise et sentie, J'en étais déjà dégoûté. Et pourtant elle est éternelle, Et ceux qui se sont passés d'elle Ici-bas ont tout ignoré. Dieu parle, il faut qu'on lui réponde. Le seul bien qui me reste au monde Est d'avoir quelquefois pleuré.
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Tristesse
Automnes de Luchon Phébus s'était lové sur le val de Luchon, Les arbres rougeoyaient comme sous le pinceau, D'un Van Gogh qui aurait amené la Provence, Dans les vertes Montagnes des Pyrénées centrales Non **** de l'Aneto et très près du Vénasque. Mais tout ce verdoiement laissait place à l'automne. Avec ses rougeoiements, ses mauves et ses dorés. Et les fins cheveux roux donnés par des buissons. La nature semblait avoir changé d'atours. Pour nous faire oublier l'été et ses douces torpeurs. Les Erables, les Tulipiers et les Cerisier sauvages se parent, D'atours d'or ou de rouge sang, Comme pour les noces des feuilles et de la lune. Oui, les derniers rayons sont toujours les plus beaux ! Dans les futaies et les clairières pourpres. Et l’automne tendre a  ce goût de châtaignes, Grillées dans les jardins ou embaumaient  les roses. Et de flambées heureuses et de baisers brûlants. La montagne est si belle que l'on voudrait figer. Ces splendeurs éphémères et suspendre le temps. Afin de contempler toujours ces beautés vives De la ville Coquette et du val arboré. Les jardins de «la Pique» faisaient belle figure, Si près de la rivière aux eaux vivifiantes. Et l'ancien Casino nous donnait à songer, Aux beautés d'autrefois alanguies, sous la soie, Dans les bals bien réglés parés d'un luxe doux Ou il faisait parfois bon savoir jeter bas, Les fausses les convenances pour le beau Cupidon. Aujourd'hui; riantes et bronzées, les belles Sont sportives, parcourent la Montagne. Et viennent au «vapo» pour bien se délasser. Oh; Reine d'autrefois, toujours ville de charmes. Tes automnes suggèrent des rêves de bonheur, De vies épanouies et de soins pour les êtres. Ou il est reposant de venir t'admirer. Parmi tes fleurs, les arbres et ton air vivifiant. Paul Arrighi
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Nov 1, 2016
Nov 1, 2016 at 5:25 PM UTC
Automnes de Luchon (Automns in the Luchon Valley in Pyreneas)
Automnes de Luchon Phébus s'était lové sur le val de Luchon, Les arbres rougeoyaient comme sous le pinceau, D'un Van Gogh qui aurait amené la Provence, Dans les vertes Montagnes des Pyrénées centrales Non **** de l'Aneto et très près du Vénasque. Mais tout ce verdoiement laissait place à l'automne. Avec ses rougeoiements, ses mauves et ses dorés. Et les fins cheveux roux donnés par des buissons. La nature semblait avoir changé d'atours. Pour nous faire oublier l'été et ses douces torpeurs. Les Erables, les Tulipiers et les Cerisier sauvages se parent, D'atours d'or ou de rouge sang, Comme pour les noces des feuilles et de la lune. Oui, les derniers rayons sont toujours les plus beaux ! Dans les futaies et les clairières pourpres. Et l’automne tendre a  ce goût de châtaignes, Grillées dans les jardins ou embaumaient  les roses. Et de flambées heureuses et de baisers brûlants. La montagne est si belle que l'on voudrait figer. Ces splendeurs éphémères et suspendre le temps. Afin de contempler toujours ces beautés vives De la ville Coquette et du val arboré. Les jardins de «la Pique» faisaient belle figure, Si près de la rivière aux eaux vivifiantes. Et l'ancien Casino nous donnait à songer, Aux beautés d'autrefois alanguies, sous la soie, Dans les bals bien réglés parés d'un luxe doux Ou il faisait parfois bon savoir jeter bas, Les fausses les convenances pour le beau Cupidon. Aujourd'hui; riantes et bronzées, les belles Sont sportives, parcourent la Montagne. Et viennent au «vapo» pour bien se délasser. Oh; Reine d'autrefois, toujours ville de charmes. Tes automnes suggèrent des rêves de bonheur, De vies épanouies et de soins pour les êtres. Ou il est reposant de venir t'admirer. Parmi tes fleurs, les arbres et ton air vivifiant. Paul Arrighi
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Quelle soirée ! ô dieu ! que j'ai souffert ! Dans un trouble charmant je suivais l'Espérance ; Elle enchantait pour moi les apprêts du concert, Et je devais y pleurer ton absence. Dans la foule cent fois j'ai cru t'apercevoir ; Mes vœux toujours trahis n'embrassaient que ton ombre ; L'amour me la laissait tout à coup entrevoir, Pour l'entraîner bientôt vers le coin le plus sombre. Séduite par mon cœur toujours plus agité, Je voyais dans le vague errer ta douce image, Comme un astre chéri, qu'enveloppe un nuage, Par des rayons douteux perce l'obscurité. Pour la première fois insensible à les charmes, Art d'Orphée, art du cœur, j'ai méconnu ta loi : J'étais toute à l'Amour, lui seul régnait sur moi, Et le cruel faisait couler mes larmes ! D'un chant divin goûte-t-on la douceur Lorsqu'on attend la voix de celui que l'on aime ? Je craignais ton charme suprême, II nourrissait trop ma langueur. Les sons d'une harpe plaintive En frappant sur mon sein le faisaient tressaillir ; Ils fatiguaient mon oreille attentive, Et je me sentais défaillir. Et toi ! que faisais-tu, mon idole chérie, Quand ton absence éternisait le jour ? Quand je donnais tout mon être à l'amour, M'as-tu donné ta rêverie ? As-tu gémi de la longueur du temps ? D'un soir... d'un siècle écoulé pour attendre ? Non ! son poids douloureux accable le plus tendre ; Seule, j'en ai compté les heures, les instants : J'ai langui sans bonheur, de moi-même arrachée ; Et toi, tu ne m'as point cherchée ! Mais quoi ! L'impatience a soulevé mon sein, Et, lasse de rougir de ma tendre infortune, Je me dérobe à ce bruyant essaim Des papillons du soir, dont l'hommage importune. L'heure, aujourd'hui si lente à s'écouler pour moi, Ne marche pas encore avec plus de vitesse ; Mais je suis seule au moins, seule avec ma tristesse, Et je trace, en rêvant, cette lettre pour toi, Pour toi, que j'espérais, que j'accuse, que j'aime ! Pour toi, mon seul désir, mon tourment, mon bonheur ! Mais je ne veux la livrer qu'à toi-même, Et tu la liras sur mon cœur.
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Le concert
Quelle soirée ! ô dieu ! que j'ai souffert ! Dans un trouble charmant je suivais l'Espérance ; Elle enchantait pour moi les apprêts du concert, Et je devais y pleurer ton absence. Dans la foule cent fois j'ai cru t'apercevoir ; Mes vœux toujours trahis n'embrassaient que ton ombre ; L'amour me la laissait tout à coup entrevoir, Pour l'entraîner bientôt vers le coin le plus sombre. Séduite par mon cœur toujours plus agité, Je voyais dans le vague errer ta douce image, Comme un astre chéri, qu'enveloppe un nuage, Par des rayons douteux perce l'obscurité. Pour la première fois insensible à les charmes, Art d'Orphée, art du cœur, j'ai méconnu ta loi : J'étais toute à l'Amour, lui seul régnait sur moi, Et le cruel faisait couler mes larmes ! D'un chant divin goûte-t-on la douceur Lorsqu'on attend la voix de celui que l'on aime ? Je craignais ton charme suprême, II nourrissait trop ma langueur. Les sons d'une harpe plaintive En frappant sur mon sein le faisaient tressaillir ; Ils fatiguaient mon oreille attentive, Et je me sentais défaillir. Et toi ! que faisais-tu, mon idole chérie, Quand ton absence éternisait le jour ? Quand je donnais tout mon être à l'amour, M'as-tu donné ta rêverie ? As-tu gémi de la longueur du temps ? D'un soir... d'un siècle écoulé pour attendre ? Non ! son poids douloureux accable le plus tendre ; Seule, j'en ai compté les heures, les instants : J'ai langui sans bonheur, de moi-même arrachée ; Et toi, tu ne m'as point cherchée ! Mais quoi ! L'impatience a soulevé mon sein, Et, lasse de rougir de ma tendre infortune, Je me dérobe à ce bruyant essaim Des papillons du soir, dont l'hommage importune. L'heure, aujourd'hui si lente à s'écouler pour moi, Ne marche pas encore avec plus de vitesse ; Mais je suis seule au moins, seule avec ma tristesse, Et je trace, en rêvant, cette lettre pour toi, Pour toi, que j'espérais, que j'accuse, que j'aime ! Pour toi, mon seul désir, mon tourment, mon bonheur ! Mais je ne veux la livrer qu'à toi-même, Et tu la liras sur mon cœur.
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I only had one window in the world. This window, like a scrawny kid, had been recently clobbered by the rain. Just looking at the trickling rain made me all cold. That was when I pondered all the things we could have done yesterday, eyes closed, lying above the sheets. I thought about your breath close to my ear, staccato, powerful, like wind during a storm. And I thought about our bodies: mine, cold; yours, burning - entwined, our bodies make a Hurricane. Then again, it is what it is. Your heart is cold to me; you think my heart is too feverish: you think it needs to be exiled, quarantined, outside underneath the rain. ORIGINAL POEM (OR CHANCE TO ROCK OUT YOUR BEAUTEOUS FRENCH ACCENTS) *Je n’avais qu’une fenêtre sur le monde. Comme un gosse maigre, elle se faisait tabasser par la pluie. J’avais froid rien qu’en contemplant le ruissellement. C’est alors que je pensé à toutes les choses qu’on aurait pu faire hier au-dessus des draps les yeux fermés. J’ai pensé à ton souffle près de mon oreille, puissant et saccadé comme un vent de tempête. Et j’ai pensé à nos corps: le mien froid, le tien brûlant - entrelacés, nos corps font un Ouragan. Mais enfin, tant pis. Ton coeur m’est froid; mon coeur t’est trop fiévreux: il le faut exiler, il le faut mettre en quarantaine, dehors, au-dessous de la pluie.*
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May 31, 2015
May 31, 2015 at 10:36 PM UTC
Ensembles, nous étions un Ouragan
Mélancolie est au fond de mon cœur ; De chants joyeux n'ai pas la fantaisie ; Plaintes, soupirs, accents de la douleur, Voilà les chants de la mélancolie. Cesse, ô ma voix ! cesse de soupirer Chanson d'amour où peignais mon martyre : À d'autres vers j'ai vu Daphné sourire. Tais-toi, ma lyre ! Ah ! laisse-moi pleurer ! Plus ne prétends en langage des dieux Chanter Daphné, chanter ma vive flamme : Chanson d'amour irait jusqu'à ses yeux ; Chanson d'amour n'irait plus à son âme. Hier encor l'entendais assurer Qu'un seul berger faisait chanson jolie : C'est mon rival. Toi, que l'ingrate oublie, Tais-toi, ma lyre ! Ah ! laisse-moi pleurer ! Si bien sentir vaut mieux que bien chanter, Si bien aimer vaut mieux que bien le dire, Las ! mieux que moi pouvait-on mériter Le seul suffrage auquel ma muse aspire ? Mais nouveauté, je le veux déclarer, Séduit souvent la plus sage bergère. Puisque Daphné comme une autre est légère, Tais-toi, ma lyre ! Ah ! laisse-moi pleurer ! Quoi, vous allez la chercher malgré moi, Vers indiscrets, enfants de jalousie ! Daphné vous lit : dieux ! quel est mon effroi ! Daphné sourit : dieux ! ma peine est finie ! Plus la douleur ne me doit tourmenter ; À mon rival retournez, ma tristesse. Mes vers encor plairaient à ma maîtresse ? Tais-toi, chagrin ! Ah ! laisse-moi chanter ! Écrit en 1789.
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La jalousie
Un paon faisait la roue, et les autres oiseaux Admiraient son brillant plumage. Deux oisons nasillards du fond d'un marécage Ne remarquaient que ses défauts. Regarde, disait l'un, comme sa jambe est faite, Comme ses pieds sont plats, hideux. Et son cri, disait l'autre, est si mélodieux, Qu'il fait fuir jusqu'à la chouette. Chacun riait alors du mot qu'il avait dit. Tout-à-coup un plongeon sortit : Messieurs, leur cria-t-il, vous voyez d'une lieue Ce qui manque à ce paon : c'est bien voir, j'en conviens ; Mais votre chant, vos pieds, sont plus laids que les siens, Et vous n'aurez jamais sa queue.
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Le paon, les deux oisons et le plongeon
Dans le ciel gris des anges de faïence Dans le ciel gris des sanglots étouffés Il me souvient de ces jours de Mayence Dans le Rhin noir pleuraient des filles-fées On trouvait parfois au fond des ruelles Un soldat tué d'un coup de couteau On trouvait parfois cette paix cruelle Malgré le jeune vin blanc des coteaux J'ai bu l'alcool transparent des cerises J'ai bu les serments échangés tout bas Qu'ils étaient beaux les palais les églises J'avais vingt ans Je ne comprenais pas Qu'est-ce que je savais de la défaite Quand ton pays est amour défendu Quand il te faut la voix des faux-prophètes Pour redonner vie à l'espoir perdu Il me souvient de chansons qui m'émurent Il me souvient des signes à la craie Qu'on découvrait au matin sur les murs Sans en pouvoir déchiffrer les secrets Qui peut dire où la mémoire commence Qui peut dire où le temps présent finit Où le passé rejoindra la romance Où le malheur n'est qu'un papier jauni Comme l'enfant surprit parmi ses rêves Les regards bleus des vaincus sont gênants Le pas des pelotons à la relève Faisait frémir le silence rhénan.
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Les larmes se ressemblent
Un angora que sa maîtresse Nourrissait de mets délicats Ne faisait plus la guerre aux rats ; Et les rats, connaissant sa bonté, sa paresse, Allaient, trottaient partout, et ne se gênaient pas. Un jour, dans un grenier retiré, solitaire, Où notre chat dormait après un bon festin, Plusieurs rats viennent dans le grain Prendre leur repas ordinaire. L'angora ne bougeait. Alors mes étourdis Pensent qu'ils lui font peur ; l'orateur de la troupe Parle des chats avec mépris. On applaudit fort, on s'attroupe, On le proclame général. Grimpé sur un boisseau qui sert de tribunal : Braves amis, dit-il, courons à la vengeance. De ce grain désormais nous devons être las, Jurons de ne manger désormais que des chats : On les dit excellents, nous en ferons bombance. À ces mots, partageant son belliqueux transport, Chaque nouveau guerrier sur l'angora s'élance, Et réveille le chat qui dort. Celui-ci, comme on croit, dans sa juste colère, Couche bientôt sur la poussière Général, tribuns et soldats. Il ne s'échappa que deux rats Qui disaient, en fuyant bien vite à leur tanière : Il ne faut point pousser à bout L'ennemi le plus débonnaire ; On perd ce que l'on tient quand on veut gagner tout.
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Le chat et les rats