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"avaient" poems
Il la traîna de force jusqu’à sa chambre Lui tira les cheveux et lui fracassa la cervelle plusieurs fois contre le carrelage froid du couloir - Carrelage de couleur marron jaune - Au passage une de ses dents du haut s’est cassée, pas grave, on dira lundi à l’école qu’elle a mangé des cailloux tout le week-end avec ses cousines Ses cousines qui par ailleurs l’ont laissée toute l’après-midi sur le toit de la voiture familiale Juste pour une histoire de garçon Et puis après tout, tu as assez bien finie, tu aurais pu atterrir dans la porcherie Pour une simple histoire de choux de Bruxelles Juste pour une histoire de choux de Bruxelles. Maman ne m’a jamais dit comment on faisait l’amour Mais maman tous les soirs me faisait l’amour (Un cri) Pour une simple histoire de choux de Bruxelles Chaque jour de la semaine maintenant je suis défoncée TOTALEMENT DEFONCEE. Mais ne t’inquiète pas, lui dit-il en la serrant encore plus fort, maman rentrera bientôt Et la petite fille qui pleurait et pleurait Sentant cette chose immonde venir s’écraser contre sa poitrine Ne t’inquiète donc pas, maman rentera bientôt Et la petite fille qui pleurait chaque minute encore plus Sentant cette chose immonde se balader contre son tout petit corps Maman rentrera bientôt ? JE N’AVAIS QUE CINQ ANS. Maman ne m’a jamais dit comment on faisait l’amour Mais maman tous les soirs me faisait l’amour (Un cri) Pour une simple histoire de choux de Bruxelles Chaque jour de la semaine maintenant je suis défoncée TOTALEMENT DEFONCEE. Elle entra à l’hôpital une nuit d’hiver Dans la voiture toute blanche il y avait de jolies lumières au-dessus de sa tête et puis aussi une jolie musique Tout allait un peu vite mais les messieurs étaient si gentils Et puis elle avait encore vomi un peu partout mais les infirmières étaient si belles et avaient les dents si blanches Elle resta une dizaine de jours dans cette chambre rose bonbon, le bras accroché à un drôle de pied en acier caillé, sa gentille maman qui continuait chaque nuit à lui faire l’amour en cachette Elle se souvient avoir failli mourir Mais après tout, tu as assez bien fini, tu aurais pu atterrir dans la porcherie Pour une simple histoire de choux de Bruxelles Juste pour une histoire de choux de Bruxelles. Maman ne m’a jamais dit comment on faisait l’amour Mais maman tous les soirs me faisait l’amour (Un cri) Pour une simple histoire de choux de Bruxelles Chaque jour de la semaine maintenant je suis défoncée TOTALEMENT DEFONCEE. A l’école elle faisait tout le temps pipi sur elle Puis elle s’est mise à se raconter des histoires, juste pour atteindre plus facilement le paradis artificiel C’était toujours mieux quand c’était maman Enfin elle ne se rappelle plus très bien Elle a tout mélangé Dans sa tête tout s’est mélangé Elle est très malheureuse encore aujourd’hui Mais après tout, elle a assez bien fini, elle aurait pu atterrir dans la porcherie Pour une simple histoire de choux de Bruxelles Juste pour une histoire de choux de Bruxelles.
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Sep 24, 2012
Sep 24, 2012 at 2:34 PM UTC
"Des choux de Bruxelles"- 180109- Journal
Il la traîna de force jusqu’à sa chambre Lui tira les cheveux et lui fracassa la cervelle plusieurs fois contre le carrelage froid du couloir - Carrelage de couleur marron jaune - Au passage une de ses dents du haut s’est cassée, pas grave, on dira lundi à l’école qu’elle a mangé des cailloux tout le week-end avec ses cousines Ses cousines qui par ailleurs l’ont laissée toute l’après-midi sur le toit de la voiture familiale Juste pour une histoire de garçon Et puis après tout, tu as assez bien finie, tu aurais pu atterrir dans la porcherie Pour une simple histoire de choux de Bruxelles Juste pour une histoire de choux de Bruxelles. Maman ne m’a jamais dit comment on faisait l’amour Mais maman tous les soirs me faisait l’amour (Un cri) Pour une simple histoire de choux de Bruxelles Chaque jour de la semaine maintenant je suis défoncée TOTALEMENT DEFONCEE. Mais ne t’inquiète pas, lui dit-il en la serrant encore plus fort, maman rentrera bientôt Et la petite fille qui pleurait et pleurait Sentant cette chose immonde venir s’écraser contre sa poitrine Ne t’inquiète donc pas, maman rentera bientôt Et la petite fille qui pleurait chaque minute encore plus Sentant cette chose immonde se balader contre son tout petit corps Maman rentrera bientôt ? JE N’AVAIS QUE CINQ ANS. Maman ne m’a jamais dit comment on faisait l’amour Mais maman tous les soirs me faisait l’amour (Un cri) Pour une simple histoire de choux de Bruxelles Chaque jour de la semaine maintenant je suis défoncée TOTALEMENT DEFONCEE. Elle entra à l’hôpital une nuit d’hiver Dans la voiture toute blanche il y avait de jolies lumières au-dessus de sa tête et puis aussi une jolie musique Tout allait un peu vite mais les messieurs étaient si gentils Et puis elle avait encore vomi un peu partout mais les infirmières étaient si belles et avaient les dents si blanches Elle resta une dizaine de jours dans cette chambre rose bonbon, le bras accroché à un drôle de pied en acier caillé, sa gentille maman qui continuait chaque nuit à lui faire l’amour en cachette Elle se souvient avoir failli mourir Mais après tout, tu as assez bien fini, tu aurais pu atterrir dans la porcherie Pour une simple histoire de choux de Bruxelles Juste pour une histoire de choux de Bruxelles. Maman ne m’a jamais dit comment on faisait l’amour Mais maman tous les soirs me faisait l’amour (Un cri) Pour une simple histoire de choux de Bruxelles Chaque jour de la semaine maintenant je suis défoncée TOTALEMENT DEFONCEE. A l’école elle faisait tout le temps pipi sur elle Puis elle s’est mise à se raconter des histoires, juste pour atteindre plus facilement le paradis artificiel C’était toujours mieux quand c’était maman Enfin elle ne se rappelle plus très bien Elle a tout mélangé Dans sa tête tout s’est mélangé Elle est très malheureuse encore aujourd’hui Mais après tout, elle a assez bien fini, elle aurait pu atterrir dans la porcherie Pour une simple histoire de choux de Bruxelles Juste pour une histoire de choux de Bruxelles.
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II. Oh ! vers ces vétérans quand notre esprit s'élève, Nous voyons leur front luire et resplendir leur glaive, Fertile en grands travaux. C'étaient là les anciens. Mais ce temps les efface ! France, dans ton histoire ils tiennent trop de place. France, gloire aux nouveaux ! Oui, gloire à ceux d'hier ! ils se mettent cent mille, Sabres nus, vingt contre un, sans crainte, et par la ville S'en vont, tambours battants. À mitraille ! leur feu brille, l'obusier tonne, Victoire ! ils ont tué, carrefour Tiquetonne, Un enfant de sept ans ! Ceux-ci sont des héros qui n'ont pas peur des femmes Ils tirent sans pâlir, gloire à ces grandes âmes ! Sur les passants tremblants. On voit, quand dans Paris leur troupe se promène, Aux fers de leurs chevaux de la cervelle humaine Avec des cheveux blancs ! Ils montent à l'assaut des lois ; sur la patrie Ils s'élancent ; chevaux, fantassins, batterie, Bataillon, escadron, Gorgés, payés, repus, joyeux, fous de colère, Sonnant la charge, avec Maupas pour vexillaire Et Veuillot pour clairon. Tout, le fer et le plomb, manque à nos bras farouches, Le peuple est sans fusils, le peuple est sans cartouches, Braves ! c'est le moment ! Avec quelques tribuns la loi demeure seule. Derrière vos canons chargés jusqu'à la gueule Risquez-vous hardiment ! Ô soldats de décembre ! ô soldats d'embuscades Contre votre pays ! honte à vos cavalcades Dans Paris consterné ! Vos pères, je l'ai dit, brillaient comme le phare ; Ils bravaient, en chantant une haute fanfare, La mort, spectre étonné ; Vos pères combattaient les plus fières armées, Le prussien blond, le russe aux foudres enflammées, Le catalan bruni, Vous, vous tuez des gens de bourse et de négoce. Vos pères, ces géants, avaient pris Saragosse, Vous prenez Tortoni ! Histoire, qu'en dis-tu ? les vieux dans les batailles Couraient sur les canons vomissant les mitrailles ; Ceux-ci vont, sans trembler, Foulant aux pieds vieillards sanglants, femmes mourantes Droit au crime. Ce sont deux façons différentes De ne pas reculer. Jersey, du 7 au 13 janvier 1853.
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À l'obéissance passive (II)
II. Oh ! vers ces vétérans quand notre esprit s'élève, Nous voyons leur front luire et resplendir leur glaive, Fertile en grands travaux. C'étaient là les anciens. Mais ce temps les efface ! France, dans ton histoire ils tiennent trop de place. France, gloire aux nouveaux ! Oui, gloire à ceux d'hier ! ils se mettent cent mille, Sabres nus, vingt contre un, sans crainte, et par la ville S'en vont, tambours battants. À mitraille ! leur feu brille, l'obusier tonne, Victoire ! ils ont tué, carrefour Tiquetonne, Un enfant de sept ans ! Ceux-ci sont des héros qui n'ont pas peur des femmes Ils tirent sans pâlir, gloire à ces grandes âmes ! Sur les passants tremblants. On voit, quand dans Paris leur troupe se promène, Aux fers de leurs chevaux de la cervelle humaine Avec des cheveux blancs ! Ils montent à l'assaut des lois ; sur la patrie Ils s'élancent ; chevaux, fantassins, batterie, Bataillon, escadron, Gorgés, payés, repus, joyeux, fous de colère, Sonnant la charge, avec Maupas pour vexillaire Et Veuillot pour clairon. Tout, le fer et le plomb, manque à nos bras farouches, Le peuple est sans fusils, le peuple est sans cartouches, Braves ! c'est le moment ! Avec quelques tribuns la loi demeure seule. Derrière vos canons chargés jusqu'à la gueule Risquez-vous hardiment ! Ô soldats de décembre ! ô soldats d'embuscades Contre votre pays ! honte à vos cavalcades Dans Paris consterné ! Vos pères, je l'ai dit, brillaient comme le phare ; Ils bravaient, en chantant une haute fanfare, La mort, spectre étonné ; Vos pères combattaient les plus fières armées, Le prussien blond, le russe aux foudres enflammées, Le catalan bruni, Vous, vous tuez des gens de bourse et de négoce. Vos pères, ces géants, avaient pris Saragosse, Vous prenez Tortoni ! Histoire, qu'en dis-tu ? les vieux dans les batailles Couraient sur les canons vomissant les mitrailles ; Ceux-ci vont, sans trembler, Foulant aux pieds vieillards sanglants, femmes mourantes Droit au crime. Ce sont deux façons différentes De ne pas reculer. Jersey, du 7 au 13 janvier 1853.
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Sonnet. Je m'en allais, les poings dans mes poches crevées ; Mon paletot aussi devenait idéal ; J'allais sous le ciel, Muse ! et j'étais ton féal ; Oh ! là ! là ! que d'amours splendides j'ai rêvées ! Mon unique culotte avait un large trou. - Petit-Poucet rêveur, j'égrenais dans ma course Des rimes. Mon auberge était à la Grande-Ourse. - Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou Et je les écoutais, assis au bord des routes, Ces bons soirs de septembre où je sentais des gouttes De rosée à mon front, comme un vin de vigueur ; Où, rimant au milieu des ombres fantastiques, Comme des lyres, je tirais les élastiques De mes souliers blessés, un pied près de mon coeur !
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Ma bohème
Je veux donner l'idée d'un divertissement innocent. Il y a si peu d'amusements qui ne soient pas coupables ! Quand vous sortirez le matin avec l'intention décidée de flâner sur les grandes routes, remplissez vos poches de petites inventions à un sol, - telles que le polichinelle plat mû par un seul fil, les forgerons qui battent l'enclume, le cavalier et son cheval dont la queue est un sifflet, - et le long des cabarets, au pied des arbres, faites-en hommage aux enfants inconnus et pauvres que vous rencontrerez. Vous verrez leurs yeux s'agrandir démesurément. D'abord ils n'oseront pas prendre ; ils douteront de leur bonheur. Puis leurs mains agripperont vivement le cadeau, et ils s'enfuiront comme font les chats qui vont manger **** de vous le morceau que vous leur avez donné, ayant appris à se défier de l'homme. Sur une route, derrière la grille d'un vaste jardin, au bout duquel apparaissait la blancheur d'un joli château frappé par le soleil, se tenait un enfant beau et frais, habillé de ces vêtements de campagne si pleins de coquetterie. Le luxe, l'insouciance et le spectacle habituel de la richesse, rendent ces enfants-là si jolis, qu'on les croirait faits d'une autre pâte que les enfants de la médiocrité ou de la pauvreté. À côté de lui, gisait sur l'herbe un joujou splendide, aussi frais que son maître, verni, doré, vêtu d'une robe pourpre, et couvert de plumets et de verroteries. Mais l'enfant ne s'occupait pas de son joujou préféré, et voici ce qu'il regardait : De l'autre côté de la grille, sur la route, entre les chardons et les orties, il y avait un autre enfant, sale, chétif, fuligineux, un de ces marmots-parias dont un œil impartial découvrirait la beauté, si, comme l'œil du connaisseur devine une peinture idéale sous un vernis de carrossier, il le nettoyait de la répugnante patine de la misère. À travers ces barreaux symboliques séparant deux mondes, la grande route et le château, l'enfant pauvre montrait à l'enfant riche son propre joujou, que celui-ci examinait avidement comme un objet rare et inconnu. Or, ce joujou, que le petit souillon agaçait, agitait et secouait dans une boîte grillée, c'était un rat vivant ! Les parents, par économie sans doute, avaient tiré le joujou de la vie elle-même. Et les deux enfants se riaient l'un à l'autre fraternellement, avec des dents d'une égale blancheur.
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Le joujou du pauvre
Je veux donner l'idée d'un divertissement innocent. Il y a si peu d'amusements qui ne soient pas coupables ! Quand vous sortirez le matin avec l'intention décidée de flâner sur les grandes routes, remplissez vos poches de petites inventions à un sol, - telles que le polichinelle plat mû par un seul fil, les forgerons qui battent l'enclume, le cavalier et son cheval dont la queue est un sifflet, - et le long des cabarets, au pied des arbres, faites-en hommage aux enfants inconnus et pauvres que vous rencontrerez. Vous verrez leurs yeux s'agrandir démesurément. D'abord ils n'oseront pas prendre ; ils douteront de leur bonheur. Puis leurs mains agripperont vivement le cadeau, et ils s'enfuiront comme font les chats qui vont manger **** de vous le morceau que vous leur avez donné, ayant appris à se défier de l'homme. Sur une route, derrière la grille d'un vaste jardin, au bout duquel apparaissait la blancheur d'un joli château frappé par le soleil, se tenait un enfant beau et frais, habillé de ces vêtements de campagne si pleins de coquetterie. Le luxe, l'insouciance et le spectacle habituel de la richesse, rendent ces enfants-là si jolis, qu'on les croirait faits d'une autre pâte que les enfants de la médiocrité ou de la pauvreté. À côté de lui, gisait sur l'herbe un joujou splendide, aussi frais que son maître, verni, doré, vêtu d'une robe pourpre, et couvert de plumets et de verroteries. Mais l'enfant ne s'occupait pas de son joujou préféré, et voici ce qu'il regardait : De l'autre côté de la grille, sur la route, entre les chardons et les orties, il y avait un autre enfant, sale, chétif, fuligineux, un de ces marmots-parias dont un œil impartial découvrirait la beauté, si, comme l'œil du connaisseur devine une peinture idéale sous un vernis de carrossier, il le nettoyait de la répugnante patine de la misère. À travers ces barreaux symboliques séparant deux mondes, la grande route et le château, l'enfant pauvre montrait à l'enfant riche son propre joujou, que celui-ci examinait avidement comme un objet rare et inconnu. Or, ce joujou, que le petit souillon agaçait, agitait et secouait dans une boîte grillée, c'était un rat vivant ! Les parents, par économie sans doute, avaient tiré le joujou de la vie elle-même. Et les deux enfants se riaient l'un à l'autre fraternellement, avec des dents d'une égale blancheur.
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À Max Jacob. Vers le palais de Rosemonde au fond du Rêve Mes rêveuses pensées pieds nus vont en soirée Le palais don du roi comme un roi nu s'élève Des chairs fouettées des roses de la roseraie On voit venir au fond du jardin mes pensées Qui sourient du concert joué par les grenouilles Elles ont envie des cyprès grandes quenouilles Et le soleil miroir des roses s'est brisé Le stigmate sanglant des mains contre les vitres Quel archer mal blessé du couchant le troua La résine qui rend amer le vin de Chypre Ma bouche aux agapes d'agneau blanc l'éprouva Sur les genoux pointus du monarque adultère Sur le mai de son âge et sur son trente et un Madame Rosemonde roule avec mystère Ses petits yeux tout ronds pareils aux yeux des Huns Dame de mes pensées au cul de perle fine Dont ni perle ni cul n'égale l'orient Qui donc attendez-vous De rêveuses pensées en marche à l'Orient Mes plus belles voisines Toc toc Entrez dans l'antichambre le jour baisse La veilleuse dans l'ombre est un bijou d'or cuit Pendez vos têtes aux patères par les tresses Le ciel presque nocturne a des lueurs d'aiguilles On entra dans la salle à manger les narines Reniflaient une odeur de graisse et de graillon On eut vingt potages dont trois couleurs d'urine Et le roi prit deux œufs pochés dans du bouillon Puis les marmitons apportèrent les viandes Des rôtis de pensées mortes dans mon cerveau Mes beaux rêves mort-nés en tranches bien saignantes Et mes souvenirs faisandés en godiveaux Or ces pensées mortes depuis des millénaires Avaient le fade goût des grands mammouths gelés Les os ou songe-creux venaient des ossuaires En danse macabre aux plis de mon cervelet Et tous ces mets criaient des choses nonpareilles Mais nom de Dieu ! Ventre affamé n'a pas d'oreilles Et les convives mastiquaient à qui mieux mieux Ah ! nom de Dieu ! qu'ont donc crié ces entrecôtes Ces grands pâtés ces os à moelle et mirotons Langues de feu où sont-elles mes pentecôtes Pour mes pensées de tous pays de tous les temps.
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Palais
À Max Jacob. Vers le palais de Rosemonde au fond du Rêve Mes rêveuses pensées pieds nus vont en soirée Le palais don du roi comme un roi nu s'élève Des chairs fouettées des roses de la roseraie On voit venir au fond du jardin mes pensées Qui sourient du concert joué par les grenouilles Elles ont envie des cyprès grandes quenouilles Et le soleil miroir des roses s'est brisé Le stigmate sanglant des mains contre les vitres Quel archer mal blessé du couchant le troua La résine qui rend amer le vin de Chypre Ma bouche aux agapes d'agneau blanc l'éprouva Sur les genoux pointus du monarque adultère Sur le mai de son âge et sur son trente et un Madame Rosemonde roule avec mystère Ses petits yeux tout ronds pareils aux yeux des Huns Dame de mes pensées au cul de perle fine Dont ni perle ni cul n'égale l'orient Qui donc attendez-vous De rêveuses pensées en marche à l'Orient Mes plus belles voisines Toc toc Entrez dans l'antichambre le jour baisse La veilleuse dans l'ombre est un bijou d'or cuit Pendez vos têtes aux patères par les tresses Le ciel presque nocturne a des lueurs d'aiguilles On entra dans la salle à manger les narines Reniflaient une odeur de graisse et de graillon On eut vingt potages dont trois couleurs d'urine Et le roi prit deux œufs pochés dans du bouillon Puis les marmitons apportèrent les viandes Des rôtis de pensées mortes dans mon cerveau Mes beaux rêves mort-nés en tranches bien saignantes Et mes souvenirs faisandés en godiveaux Or ces pensées mortes depuis des millénaires Avaient le fade goût des grands mammouths gelés Les os ou songe-creux venaient des ossuaires En danse macabre aux plis de mon cervelet Et tous ces mets criaient des choses nonpareilles Mais nom de Dieu ! Ventre affamé n'a pas d'oreilles Et les convives mastiquaient à qui mieux mieux Ah ! nom de Dieu ! qu'ont donc crié ces entrecôtes Ces grands pâtés ces os à moelle et mirotons Langues de feu où sont-elles mes pentecôtes Pour mes pensées de tous pays de tous les temps.
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Adieu ! mot qu'une larme humecte sur la lèvre ; Mot qui finit la joie et qui tranche l'amour ; Mot par qui le départ de délices nous sèvre ; Mot que l'éternité doit effacer un jour ! Adieu !.... Je t'ai souvent prononcé dans ma vie, Sans comprendre, en quittant les êtres que j'aimais, Ce que tu contenais de tristesse et de lie, Quand l'homme dit : "Retour !" et que Dieu dit : "Jamais !" Mais aujourd'hui je sens que ma bouche prononce Le mot qui contient tout, puisqu'il est plein de toi, Qui tombe dans l'abîme, et qui n'a pour réponse Que l'éternel silence entre une image et moi ! Et cependant mon coeur redit à chaque haleine Ce mot qu'un sourd sanglot entrecoupe au milieu, Comme si tous les sons dont la nature est pleine N'avaient pour sens unique, hélas ! qu'un grand adieu !
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Adieu à Graziella
Le Troquet le Méribel à Croix-Daurade (Chronique des années de Blues et de fièvres) C'était un bar de Croix-Daurade, Dans les années soixante-dix, Placé sur la route d'Albi, Près du Lycée Raymond-Naves Qui lui donnait sa clientèle De jeunes gens émerveillés De découvrir leur liberté **** des regards de leurs parents Ce bar était dans l’air du temps, Des banquettes de moleskine Un jukebox passant les tubes De ces «golden seventies» dont les jeunesses s’étaient saisies Pour jeter les bases d’un Monde Qui puisse leur ressembler un peu Les chansons étaient leurs bannières : Parfois «Let It Be» des Beatles, parfois «My Sweet Lord» de Georges Harrison Quelque fois, l'harmonica de Dylan Évoquant Monsieur «Tambourine Man», Et bien d'autres que j’ai oubliées. Nous buvions le plus souvent Des petits noirs sans soif ni fin, Parfois quelques bières pour les garçons Des diabolos menthe pour les filles. Nos conversations infinies, S'enflammaient d'esquisses de flirt, Et nous étions tous fascinés, par leurs regards pareil à des aimants, Leurs les longs cheveux dénoués, et leurs yeux emplis de lumière. Les filles nous semblaient belles et douces Et nous n'osions pas assez le leur dire. Mais leur présence charmante Piquaient notre fièvre de «Tchatcher» Lorsqu'il y eu la grève au lycée, Suite aux blessures infligées au normalien, Richard Deshayes Le café devint un vrai QG, Où nous préparions nos expéditions, Des militants vinrent recruter, Et nous initièrent aux querelles Qui n'avaient rien à envier A celles des Byzantins assiégés. Il y avait le bel Alfredo, Et des étudiants qui faisaient Tourner la tête aux Lycéennes . C’étaient comme l’écrivit Louis Aragon : «Des temps déraisonnables» Mais c’était une époque de fantaisie Ou le demain se conjuguait Au rythme de notre insolence Et d’une soif de vivre sans pareil. Paul Arrighi
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Dec 10, 2016
Dec 10, 2016 at 7:09 AM UTC
Le Troquet le Méribel à Croix-Daurade
Le Troquet le Méribel à Croix-Daurade (Chronique des années de Blues et de fièvres) C'était un bar de Croix-Daurade, Dans les années soixante-dix, Placé sur la route d'Albi, Près du Lycée Raymond-Naves Qui lui donnait sa clientèle De jeunes gens émerveillés De découvrir leur liberté **** des regards de leurs parents Ce bar était dans l’air du temps, Des banquettes de moleskine Un jukebox passant les tubes De ces «golden seventies» dont les jeunesses s’étaient saisies Pour jeter les bases d’un Monde Qui puisse leur ressembler un peu Les chansons étaient leurs bannières : Parfois «Let It Be» des Beatles, parfois «My Sweet Lord» de Georges Harrison Quelque fois, l'harmonica de Dylan Évoquant Monsieur «Tambourine Man», Et bien d'autres que j’ai oubliées. Nous buvions le plus souvent Des petits noirs sans soif ni fin, Parfois quelques bières pour les garçons Des diabolos menthe pour les filles. Nos conversations infinies, S'enflammaient d'esquisses de flirt, Et nous étions tous fascinés, par leurs regards pareil à des aimants, Leurs les longs cheveux dénoués, et leurs yeux emplis de lumière. Les filles nous semblaient belles et douces Et nous n'osions pas assez le leur dire. Mais leur présence charmante Piquaient notre fièvre de «Tchatcher» Lorsqu'il y eu la grève au lycée, Suite aux blessures infligées au normalien, Richard Deshayes Le café devint un vrai QG, Où nous préparions nos expéditions, Des militants vinrent recruter, Et nous initièrent aux querelles Qui n'avaient rien à envier A celles des Byzantins assiégés. Il y avait le bel Alfredo, Et des étudiants qui faisaient Tourner la tête aux Lycéennes . C’étaient comme l’écrivit Louis Aragon : «Des temps déraisonnables» Mais c’était une époque de fantaisie Ou le demain se conjuguait Au rythme de notre insolence Et d’une soif de vivre sans pareil. Paul Arrighi
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Les deux Oliviers de Paomia, (Un épisode de l'exode de «Mainotes en Corse») Ridés, bossus, ces deux oliviers ressemblaient au passeur de l'Achéron, veillant aux portes du fleuve de l'enfer. Ce n’étaient pourtant que des pousses venues de Sparte, Replantées sur la terre Corse, pour nourrir une colonie d'émigrés. Ces oliviers furent même bénis par des popes, Puis soumis aux êtes brûlants, au sirocco dévastateurs, Mais ils avaient tenus debouts avec leurs nervures noueuses, et ni les entailles des hommes, ni le feu du ciel, ni les orages dévastateurs ne leur avait fait baisser rameux, Grecs et Corses s'étaient affrontés pour cette terre si bien plantée et cultivée, Mais ce n'était pas simple jalousies, ni rivalités de cultivateurs et de bergers, Il s'agissait d’affaire d'honneur et de désaccords avec Gènes qui avait donné ce qui ne lui appartenait point. Ils en virent; ces oliviers noueux, des saisons de félicité, de récoltes riantes d'olives et de figues, Ils entendirent aussi les conques de guerre et les cris effroyables lors des sièges de Paomia. Et puis un jour, les «mainotes» subjugués sous le nombre durent quitter la terre qu’ils avaient éveillée de leur sueur. Ils s'en vinrent résider à Ajacciu, y exercèrent d'autres métiers en attendant des temps meilleurs. Puis Marbeuf leur construisit Cargèse, plus près de la mer et les anciennes terres de Paomia furent désormais délaissées pour le pacage et les transhumances. L'Eglise elle-même et les pierres les maisons s'écroulèrent; Mais jamais ne disparurent ces deux oliviers gardiens des lieux, véritables cerbères des temps antiques. Ils veillaient désormais sur la quiétude des geais, des renards et des bandits. C'était un peu comme si l'esprit et les vertus de l'ancienne Sparte et de Paomia la neuve s'étaient fécondés et avaient donné enfantement à ces deux Oliviers. Paul Arrighi
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Feb 5, 2016
Feb 5, 2016 at 3:50 PM UTC
Les deux Oliviers de Paomia ( the two olive trees of Paomia)
Les deux Oliviers de Paomia, (Un épisode de l'exode de «Mainotes en Corse») Ridés, bossus, ces deux oliviers ressemblaient au passeur de l'Achéron, veillant aux portes du fleuve de l'enfer. Ce n’étaient pourtant que des pousses venues de Sparte, Replantées sur la terre Corse, pour nourrir une colonie d'émigrés. Ces oliviers furent même bénis par des popes, Puis soumis aux êtes brûlants, au sirocco dévastateurs, Mais ils avaient tenus debouts avec leurs nervures noueuses, et ni les entailles des hommes, ni le feu du ciel, ni les orages dévastateurs ne leur avait fait baisser rameux, Grecs et Corses s'étaient affrontés pour cette terre si bien plantée et cultivée, Mais ce n'était pas simple jalousies, ni rivalités de cultivateurs et de bergers, Il s'agissait d’affaire d'honneur et de désaccords avec Gènes qui avait donné ce qui ne lui appartenait point. Ils en virent; ces oliviers noueux, des saisons de félicité, de récoltes riantes d'olives et de figues, Ils entendirent aussi les conques de guerre et les cris effroyables lors des sièges de Paomia. Et puis un jour, les «mainotes» subjugués sous le nombre durent quitter la terre qu’ils avaient éveillée de leur sueur. Ils s'en vinrent résider à Ajacciu, y exercèrent d'autres métiers en attendant des temps meilleurs. Puis Marbeuf leur construisit Cargèse, plus près de la mer et les anciennes terres de Paomia furent désormais délaissées pour le pacage et les transhumances. L'Eglise elle-même et les pierres les maisons s'écroulèrent; Mais jamais ne disparurent ces deux oliviers gardiens des lieux, véritables cerbères des temps antiques. Ils veillaient désormais sur la quiétude des geais, des renards et des bandits. C'était un peu comme si l'esprit et les vertus de l'ancienne Sparte et de Paomia la neuve s'étaient fécondés et avaient donné enfantement à ces deux Oliviers. Paul Arrighi
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Hey, bab', what's up today? I don't know, let us play! Connais-tu l'histoire des enfants qui jouaient à l'humain ? Leurs parents les avaient abandonnés Ils ne savaient pas comment s'occuper. C'est alors que l'un dit : "Allumons la télé !" Et tous crièrent : "Oh oui, Allons nous amuser !" Au bout d'un temps certains pleurèrent Les autres ne comprenèrent Alors ils firent comme à la télé. Au bout d'un temps certains rièrent Les autres ne comprenèrent Alors ils firent comme à la télé. Au bout d'un temps certains se chamaillèrent Les autres ne comprenèrent Alors ils firent comme à la télé. Au bout d'un temps, tous devenus grands Personne ne se comprenait Alors ils furent comme à la télé !
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Mar 31, 2015
Mar 31, 2015 at 3:50 PM UTC
Et si on jouait à l'humain ?
Jeune femme aux yeux noirs, étourdie, inconstante, Entre mille pensers indécise et flottante, Qui veut et ne veut pas, et bientôt ne sait plus Où prendre ni fixer, tes voeux irrésolus, Qui n'aime point le mal et pourtant ne peut faire Un seul pas vers le bien que ton âme préfère, Insouciante, et va livrant chaque matin, Tes projets au hasard et ta vie au destin, Sais-tu pourquoi je t'aime, et quelle main cachée Retiens mon âme au char où tu l'as attachée, Pourquoi je me plains tant dans tes bras, et ressens Quelque chose de plus que l'ivresse des sens ? C'est qu'il est, vois-tu bien, certaines destinées Par des liens secrets l'une à l'autre enchaînées : C'est qu'il peut arriver, parfois, que deux esprits Se soient du premier coup reconnus et compris ; Une triste clarté, de long regrets suivie, De ses illusions a dépouillé ma vie ; Elle a flétri ma joie, et n'a plus rien laissé Dans le fond de mon coeur profondément blessé ; Et toi, ton âme aussi, triste et désenchantée De ces vestiges vains qui l'avaient trop flattée, A reconnu leur vide et va bientôt finir Ces rêves dissipés pour ne plus revenir. C'est ce que j'aime en toi, c'est cette connaissance Des misères de l'homme et de son impuissance ; C'est ce bizarre aspect d'une femme à vingt ans Dont la raison précoce a devancé le temps, Que rien ne touche plus, et qui, jeune et jolie, Ne croit pas à l'amour et sait comme on oublie, C'est ce qui me ravit, m'enchante, et sur tes pas Me retient malgré moi, car enfin n'est-ce pas Quelque chose de neuf que de nous voir ensemble Vieillards prématurés qu'un même esprit rassemble, Avec ces cheveux noirs, avec ce jeune front Qui des ans destructeurs n'a pas subi l'affront, Discourir gravement des choses de la vie, Railler, d'un rire amer, ces plaisirs qu'on envie, Oublier le présent, ne pas nous souvenir Que nous sommes tout seuls et parler d'avenir ? C'est ce qui m'a frappé, moi, c'est ce caractère Sérieux à la fois et léger, ce mystère D'une humeur si mobile et d'un coeur si changeant, De désirs en désirs sans cesse voltigeant. Je t'aime, si fantasque et si capricieuse ; Bonne femme d'ailleurs, point avaricieuse, Au contraire prodigue, et jetant sans regrets Son or, quand elle en a, sauf à compter après.
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Déclaration
Jeune femme aux yeux noirs, étourdie, inconstante, Entre mille pensers indécise et flottante, Qui veut et ne veut pas, et bientôt ne sait plus Où prendre ni fixer, tes voeux irrésolus, Qui n'aime point le mal et pourtant ne peut faire Un seul pas vers le bien que ton âme préfère, Insouciante, et va livrant chaque matin, Tes projets au hasard et ta vie au destin, Sais-tu pourquoi je t'aime, et quelle main cachée Retiens mon âme au char où tu l'as attachée, Pourquoi je me plains tant dans tes bras, et ressens Quelque chose de plus que l'ivresse des sens ? C'est qu'il est, vois-tu bien, certaines destinées Par des liens secrets l'une à l'autre enchaînées : C'est qu'il peut arriver, parfois, que deux esprits Se soient du premier coup reconnus et compris ; Une triste clarté, de long regrets suivie, De ses illusions a dépouillé ma vie ; Elle a flétri ma joie, et n'a plus rien laissé Dans le fond de mon coeur profondément blessé ; Et toi, ton âme aussi, triste et désenchantée De ces vestiges vains qui l'avaient trop flattée, A reconnu leur vide et va bientôt finir Ces rêves dissipés pour ne plus revenir. C'est ce que j'aime en toi, c'est cette connaissance Des misères de l'homme et de son impuissance ; C'est ce bizarre aspect d'une femme à vingt ans Dont la raison précoce a devancé le temps, Que rien ne touche plus, et qui, jeune et jolie, Ne croit pas à l'amour et sait comme on oublie, C'est ce qui me ravit, m'enchante, et sur tes pas Me retient malgré moi, car enfin n'est-ce pas Quelque chose de neuf que de nous voir ensemble Vieillards prématurés qu'un même esprit rassemble, Avec ces cheveux noirs, avec ce jeune front Qui des ans destructeurs n'a pas subi l'affront, Discourir gravement des choses de la vie, Railler, d'un rire amer, ces plaisirs qu'on envie, Oublier le présent, ne pas nous souvenir Que nous sommes tout seuls et parler d'avenir ? C'est ce qui m'a frappé, moi, c'est ce caractère Sérieux à la fois et léger, ce mystère D'une humeur si mobile et d'un coeur si changeant, De désirs en désirs sans cesse voltigeant. Je t'aime, si fantasque et si capricieuse ; Bonne femme d'ailleurs, point avaricieuse, Au contraire prodigue, et jetant sans regrets Son or, quand elle en a, sauf à compter après.
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Vous n'avez réclamé ni gloire ni les larmes Ni l'orgue ni la prière aux agonisants Onze ans déjà que cela passe vite onze ans Vous vous étiez servis simplement de vos armes La mort n'éblouit pas les yeux des Partisans Vous aviez vos portraits sur les murs de nos villes Noirs de barbe et de nuit hirsutes menaçants L'affiche qui semblait une tache de sang Parce qu'à prononcer vos noms sont difficiles Y cherchait un effet de peur sur les passants Nul ne semblait vous voir Français de préférence Les gens allaient sans yeux pour vous le jour durant Mais à l'heure du couvre-feu des doigts errants Avaient écrit sous vos photos MORTS POUR LA FRANCE Et les mornes matins en étaient différents Tout avait la couleur uniforme du givre À la fin février pour vos derniers moments Et c'est alors que l'un de vous dit calmement Bonheur à tous Bonheur à ceux qui vont survivre Je meurs sans haine en moi pour le peuple allemand Adieu la peine et le plaisir Adieu les roses Adieu la vie adieu la lumière et le vent Marie-toi sois heureuse et pense à moi souvent Toi qui vas demeurer dans la beauté des choses Quand tout sera fini plus **** en Erivan Un grand soleil d'hiver éclaire la colline Que la nature est belle et que le coeur me fend La justice viendra sur nos pas triomphants Ma Mélinée ô mon amour mon orpheline Et je te dis de vivre et d'avoir un enfant Ils étaient vingt et trois quand les fusils fleurirent Vingt et trois qui donnaient le coeur avant le temps Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant Vingt et trois amoureux de vivre à en mourir Vingt et trois qui criaient la France en s'abattant.
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L'affiche rouge
Vous n'avez réclamé ni gloire ni les larmes Ni l'orgue ni la prière aux agonisants Onze ans déjà que cela passe vite onze ans Vous vous étiez servis simplement de vos armes La mort n'éblouit pas les yeux des Partisans Vous aviez vos portraits sur les murs de nos villes Noirs de barbe et de nuit hirsutes menaçants L'affiche qui semblait une tache de sang Parce qu'à prononcer vos noms sont difficiles Y cherchait un effet de peur sur les passants Nul ne semblait vous voir Français de préférence Les gens allaient sans yeux pour vous le jour durant Mais à l'heure du couvre-feu des doigts errants Avaient écrit sous vos photos MORTS POUR LA FRANCE Et les mornes matins en étaient différents Tout avait la couleur uniforme du givre À la fin février pour vos derniers moments Et c'est alors que l'un de vous dit calmement Bonheur à tous Bonheur à ceux qui vont survivre Je meurs sans haine en moi pour le peuple allemand Adieu la peine et le plaisir Adieu les roses Adieu la vie adieu la lumière et le vent Marie-toi sois heureuse et pense à moi souvent Toi qui vas demeurer dans la beauté des choses Quand tout sera fini plus **** en Erivan Un grand soleil d'hiver éclaire la colline Que la nature est belle et que le coeur me fend La justice viendra sur nos pas triomphants Ma Mélinée ô mon amour mon orpheline Et je te dis de vivre et d'avoir un enfant Ils étaient vingt et trois quand les fusils fleurirent Vingt et trois qui donnaient le coeur avant le temps Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant Vingt et trois amoureux de vivre à en mourir Vingt et trois qui criaient la France en s'abattant.
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Un prêtre de Jupiter, Père de deux grandes filles, Toutes deux assez gentilles, De bien les marier fit son soin le plus cher. Les prêtres de ce temps vivaient de sacrifices, Et n'avaient point de bénéfices. La dot était fort mince. Un jeune jardinier Se présenta pour gendre ; on lui donna l'aînée. Bientôt après cet hyménée La cadette devint la femme d'un potier. À quelques jours de là, chaque épouse établie Chez son époux, le père va les voir. Bon jour, dit-il, je viens savoir Si le choix que j'ai fait rend heureuse ta vie, S'il ne te manque rien, si je peux y pourvoir. Jamais, répond la jardinière, Vous ne fîtes meilleure affaire : La paix et le bonheur habitent ma maison ; Je tâche d'être bonne, et mon époux est bon : Il sait m'aimer sans jalousie, Je l'aime sans coquetterie ; Aussi tout est plaisir, tout jusqu'à nos travaux ; Nous ne désirons rien, sinon qu'un peu de pluie Fasse pousser nos artichauts. - C'est là tout ? - Oui vraiment. -tu seras satisfaite, Dit le vieillard : demain je célèbre la fête De Jupiter ; je lui dirai deux mots. Adieu, ma fille. - Adieu, mon père. Le prêtre de ce pas s'en va chez la potière L'interroger, comme sa sœur, Sur son mari, sur son bonheur. Oh ! Répond celle-ci, dans mon petit ménage, Le travail, l'amour, la santé, Tout va fort bien en vérité ; Nous ne pouvons suffire à la vente, à l'ouvrage : Notre unique désir serait que le soleil Nous montrât plus souvent son visage vermeil Pour sécher notre poterie. Vous, pontife du dieu de l'air, Obtenez-nous cela, mon père, je vous prie ; Parlez pour nous à Jupiter. - Très volontiers, ma chère amie : Mais je ne sais comment accorder mes enfants ; Tu me demandes du beau temps, Et ta sœur a besoin de pluie. Ma foi, je me tairai, de peur d'être en défaut. Jupiter mieux que nous sait bien ce qu'il nous faut ; Prétendre le guider serait folie extrême. Sachons prendre le temps comme il veut l'envoyer : L'homme est plus cher aux dieux qu'il ne l'est à lui-même ; Se soumettre, c'est les prier.
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Le prêtre de Jupiter
Un prêtre de Jupiter, Père de deux grandes filles, Toutes deux assez gentilles, De bien les marier fit son soin le plus cher. Les prêtres de ce temps vivaient de sacrifices, Et n'avaient point de bénéfices. La dot était fort mince. Un jeune jardinier Se présenta pour gendre ; on lui donna l'aînée. Bientôt après cet hyménée La cadette devint la femme d'un potier. À quelques jours de là, chaque épouse établie Chez son époux, le père va les voir. Bon jour, dit-il, je viens savoir Si le choix que j'ai fait rend heureuse ta vie, S'il ne te manque rien, si je peux y pourvoir. Jamais, répond la jardinière, Vous ne fîtes meilleure affaire : La paix et le bonheur habitent ma maison ; Je tâche d'être bonne, et mon époux est bon : Il sait m'aimer sans jalousie, Je l'aime sans coquetterie ; Aussi tout est plaisir, tout jusqu'à nos travaux ; Nous ne désirons rien, sinon qu'un peu de pluie Fasse pousser nos artichauts. - C'est là tout ? - Oui vraiment. -tu seras satisfaite, Dit le vieillard : demain je célèbre la fête De Jupiter ; je lui dirai deux mots. Adieu, ma fille. - Adieu, mon père. Le prêtre de ce pas s'en va chez la potière L'interroger, comme sa sœur, Sur son mari, sur son bonheur. Oh ! Répond celle-ci, dans mon petit ménage, Le travail, l'amour, la santé, Tout va fort bien en vérité ; Nous ne pouvons suffire à la vente, à l'ouvrage : Notre unique désir serait que le soleil Nous montrât plus souvent son visage vermeil Pour sécher notre poterie. Vous, pontife du dieu de l'air, Obtenez-nous cela, mon père, je vous prie ; Parlez pour nous à Jupiter. - Très volontiers, ma chère amie : Mais je ne sais comment accorder mes enfants ; Tu me demandes du beau temps, Et ta sœur a besoin de pluie. Ma foi, je me tairai, de peur d'être en défaut. Jupiter mieux que nous sait bien ce qu'il nous faut ; Prétendre le guider serait folie extrême. Sachons prendre le temps comme il veut l'envoyer : L'homme est plus cher aux dieux qu'il ne l'est à lui-même ; Se soumettre, c'est les prier.
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À Mademoiselle Contat. Vos doigts de rose ont déchiré Le crêpe étendu sur ma vie ; Par vous, belle et sensible amie, De mes fers je suis délivré. Je ne suis plus seul sur la terre ; Je redeviens, par vos bienfaits, Fils, époux, citoyen et père, Ami, frère, et surtout Français. Me savaient-ils cette existence, Ceux qui m'avaient calomnié ? Riche et fier de votre amitié, Pouvais-je abandonner la France ? Ami de la tranquillité, Je ne suis ni guerrier ni prêtre. J'ai fait quelques héros peut-être ; Mais je ne l'ai jamais été. C'est depuis qu'elle m'est ravie Que j'estime la liberté : Elle ressemble à la santé, Que le seul malade apprécie. Mille fois heureux qui par vous Recouvre ce bien que j'adore ; Mille fois plus heureux encore Qui peut le perdre à vos genoux ! À Dunkerque, le 9 décembre 1792
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Ami de la tranquillité
Mère, quel doux chant me réveille ? Minuit ! c'est l'heure où l'on sommeille. Qui peut, pour moi, venir si **** Veiller et chanter à l'écart ? Dors, mon enfant, dors ! c'est un rêve. En silence la nuit s'achève, Mon front repose auprès du tien, Je l'embrasse et je n'entends rien. Nul ne donne de sérénade À toi, ma pauvre enfant malade ! Ô mère ! ils descendent des cieux, Ces sons, ces chants harmonieux ; Nulle voix d'homme n'est si belle, Et c'est un ange qui m'appelle ! Le soleil brille, il m'éblouit... Adieu, ma mère, bonne nuit ! Le lendemain, quand vint l'aurore, La blanche enfant dormait encore ; Sa mère l'appelle en pleurant, Nul baiser n'éveille l'enfant... Son âme s'était envolée Quand les chants l'avaient appelée.
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La Sérénade
De jeunes écoliers avaient pris dans un trou Un hibou, Et l'avaient élevé dans la cour du collège. Un vieux chat, un jeune oison, Nourris par le portier, étaient en liaison Avec l'oiseau ; tous trois avaient le privilège D'aller et de venir par toute la maison. À force d'être dans la classe, Ils avaient orné leur esprit, Savaient par cœur Denys d'Halicarnasse Et tout ce qu'Hérodote et Tite-Live ont dit. Un soir, en disputant (des docteurs c'est l'usage), Ils comparaient entre eux les peuples anciens. Ma foi, disait le chat, c'est aux égyptiens Que je donne le prix : c'était un peuple sage, Un peuple ami des lois, instruit, discret, pieux, Rempli de respect pour ses dieux ; Cela seul, à mon gré, lui donne l'avantage. J'aime mieux les athéniens, Répondait le hibou : que d'esprit ! Que de grâce ! Et dans les combats quelle audace ! Que d'aimables héros parmi leurs citoyens ! A-t-on jamais plus fait avec moins de moyens ? Des nations c'est la première. Parbleu ! Dit l'oison en colère, Messieurs, je vous trouve plaisants : Et les romains, que vous en semble ? Est-il un peuple qui rassemble Plus de grandeur, de gloire, et de faits éclatants ? Dans les arts, comme dans la guerre, Ils ont surpassé vos amis. Pour moi, ce sont mes favoris ; Tout doit céder le pas aux vainqueurs de la terre. Chacun des trois pédants s'obstine en son avis, Quand un rat, qui de **** entendait la dispute, Rat savant, qui mangeait des thèmes dans sa hutte, Leur cria : je vois bien d'où viennent vos débats : L'Égypte vénérait les chats, Athènes les hiboux, et Rome, au capitole, Aux dépens de l'état nourrissait des oisons : Ainsi notre intérêt est toujours la boussole Que suivent nos opinions.
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Le hibou, le chat, l'oison et le rat
De jeunes écoliers avaient pris dans un trou Un hibou, Et l'avaient élevé dans la cour du collège. Un vieux chat, un jeune oison, Nourris par le portier, étaient en liaison Avec l'oiseau ; tous trois avaient le privilège D'aller et de venir par toute la maison. À force d'être dans la classe, Ils avaient orné leur esprit, Savaient par cœur Denys d'Halicarnasse Et tout ce qu'Hérodote et Tite-Live ont dit. Un soir, en disputant (des docteurs c'est l'usage), Ils comparaient entre eux les peuples anciens. Ma foi, disait le chat, c'est aux égyptiens Que je donne le prix : c'était un peuple sage, Un peuple ami des lois, instruit, discret, pieux, Rempli de respect pour ses dieux ; Cela seul, à mon gré, lui donne l'avantage. J'aime mieux les athéniens, Répondait le hibou : que d'esprit ! Que de grâce ! Et dans les combats quelle audace ! Que d'aimables héros parmi leurs citoyens ! A-t-on jamais plus fait avec moins de moyens ? Des nations c'est la première. Parbleu ! Dit l'oison en colère, Messieurs, je vous trouve plaisants : Et les romains, que vous en semble ? Est-il un peuple qui rassemble Plus de grandeur, de gloire, et de faits éclatants ? Dans les arts, comme dans la guerre, Ils ont surpassé vos amis. Pour moi, ce sont mes favoris ; Tout doit céder le pas aux vainqueurs de la terre. Chacun des trois pédants s'obstine en son avis, Quand un rat, qui de **** entendait la dispute, Rat savant, qui mangeait des thèmes dans sa hutte, Leur cria : je vois bien d'où viennent vos débats : L'Égypte vénérait les chats, Athènes les hiboux, et Rome, au capitole, Aux dépens de l'état nourrissait des oisons : Ainsi notre intérêt est toujours la boussole Que suivent nos opinions.
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Ô Don Quichotte, vieux paladin, grand Bohème, En vain la foule absurde et vile rit de toi : Ta mort fut un martyre et ta vie un poème, Et les moulins à vent avaient tort, ô mon roi ! Va toujours, va toujours, protégé par ta foi, Monté sur ton coursier fantastique que j'aime. Glaneur sublime, va ! - les oublis de la loi Sont plus nombreux, plus grands qu'au temps jadis lui-même. Hurrah ! nous te suivons, nous, les poètes saints Aux cheveux de folie et de verveine ceints. Conduis-nous à l'assaut des hautes fantaisies, Et bientôt, en dépit de toute trahison, Flottera l'étendard ailé des Poésies Sur le crâne chenu de l'inepte raison !
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À Don Quichotte
Aux petits incidents il faut s'habituer. Hier on est venu chez moi pour me tuer. Mon tort dans ce pays c'est de croire aux asiles. On ne sait quel ramas de pauvres imbéciles S'est rué tout à coup la nuit sur ma maison. Les arbres de la place en eurent le frisson, Mais pas un habitant ne bougea. L'escalade Fut longue, ardente, horrible, et Jeanne était malade. Je conviens que j'avais pour elle un peu d'effroi. Mes deux petits-enfants, quatre femmes et moi, C'était la garnison de cette forteresse. Rien ne vint secourir la maison en détresse. La police fut sourde ayant affaire ailleurs. Un dur caillou tranchant effleura Jeanne en pleurs. Attaque de chauffeurs en pleine Forêt-Noire. Ils criaient : Une échelle ! une poutre ! victoire ! Fracas où se perdaient nos appels sans écho. Deux hommes apportaient du quartier Pachéco Une poutre enlevée à quelque échafaudage. Le jour naissant gênait la bande. L'abordage Cessait, puis reprenait. Ils hurlaient haletants. La poutre par bonheur n'arriva pas à temps. " Assassin ! - C'était moi. - Nous voulons que tu meures ! Brigand ! Bandit ! " Ceci dura deux bonnes heures. George avait calmé Jeanne en lui prenant la main. Noir tumulte. Les voix n'avaient plus rien d'humain ; Pensif, je rassurais les femmes en prières, Et ma fenêtre était trouée à coups de pierres. Il manquait là des cris de vive l'empereur ! La porte résista battue avec fureur. Cinquante hommes armés montrèrent ce courage. Et mon nom revenait dans des clameurs de rage : A la lanterne ! à mort ! qu'il meure ! il nous le faut ! Par moments, méditant quelque nouvel assaut, Tout ce tas furieux semblait reprendre haleine ; Court répit ; un silence obscur et plein de haine Se faisait au milieu de ce sombre viol ; Et j'entendais au **** chanter un rossignol.
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Une nuit à Bruxelles
Aux petits incidents il faut s'habituer. Hier on est venu chez moi pour me tuer. Mon tort dans ce pays c'est de croire aux asiles. On ne sait quel ramas de pauvres imbéciles S'est rué tout à coup la nuit sur ma maison. Les arbres de la place en eurent le frisson, Mais pas un habitant ne bougea. L'escalade Fut longue, ardente, horrible, et Jeanne était malade. Je conviens que j'avais pour elle un peu d'effroi. Mes deux petits-enfants, quatre femmes et moi, C'était la garnison de cette forteresse. Rien ne vint secourir la maison en détresse. La police fut sourde ayant affaire ailleurs. Un dur caillou tranchant effleura Jeanne en pleurs. Attaque de chauffeurs en pleine Forêt-Noire. Ils criaient : Une échelle ! une poutre ! victoire ! Fracas où se perdaient nos appels sans écho. Deux hommes apportaient du quartier Pachéco Une poutre enlevée à quelque échafaudage. Le jour naissant gênait la bande. L'abordage Cessait, puis reprenait. Ils hurlaient haletants. La poutre par bonheur n'arriva pas à temps. " Assassin ! - C'était moi. - Nous voulons que tu meures ! Brigand ! Bandit ! " Ceci dura deux bonnes heures. George avait calmé Jeanne en lui prenant la main. Noir tumulte. Les voix n'avaient plus rien d'humain ; Pensif, je rassurais les femmes en prières, Et ma fenêtre était trouée à coups de pierres. Il manquait là des cris de vive l'empereur ! La porte résista battue avec fureur. Cinquante hommes armés montrèrent ce courage. Et mon nom revenait dans des clameurs de rage : A la lanterne ! à mort ! qu'il meure ! il nous le faut ! Par moments, méditant quelque nouvel assaut, Tout ce tas furieux semblait reprendre haleine ; Court répit ; un silence obscur et plein de haine Se faisait au milieu de ce sombre viol ; Et j'entendais au **** chanter un rossignol.
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I. Ô soldats de l'an deux ! ô guerres ! épopées ! Contre les rois tirant ensemble leurs épées, Prussiens, autrichiens, Contre toutes les Tyrs et toutes les Sodomes, Contre le czar du nord, contre ce chasseur d'hommes Suivi de tous ses chiens, Contre toute l'Europe avec ses capitaines, Avec ses fantassins couvrant au **** les plaines, Avec ses cavaliers, Tout entière debout comme une hydre vivante, Ils chantaient, ils allaient, l'âme sans épouvante Et les pieds sans souliers ! Au levant, au couchant, partout, au sud, au pôle, Avec de vieux fusils sonnant sur leur épaule, Passant torrents et monts, Sans repos, sans sommeil, coudes percés, sans vivres, Ils allaient, fiers, joyeux, et soufflant dans des cuivres Ainsi que des démons ! La Liberté sublime emplissait leurs pensées. Flottes prises d'assaut, frontières effacées Sous leur pas souverain, Ô France, tous les jours, c'était quelque prodige, Chocs, rencontres, combats ; et Joubert sur l'Adige, Et Marceau sur le Rhin ! On battait l'avant-garde, on culbutait le centre ; Dans la pluie et la neige et de l'eau jusqu'au ventre, On allait ! en avant ! Et l'un offrait la paix, et l'autre ouvrait ses portes, Et les trônes, roulant comme des feuilles mortes, Se dispersaient au vent ! Oh ! que vous étiez grands au milieu des mêlées, Soldats ! L'œil plein d'éclairs, faces échevelées Dans le noir tourbillon, Ils rayonnaient, debout, ardents, dressant la tête Et comme les lions aspirent la tempête Quand souffle l'aquilon, Eux, dans l'emportement de leurs luttes épiques, Ivres, ils savouraient tous les bruits héroïques, Le fer heurtant le fer, La Marseillaise ailée et volant dans les balles, Les tambours, les obus, les bombes, les cymbales, Et ton rire, ô Kléber ! La Révolution leur criait : - Volontaires, Mourez pour délivrer tous les peuples vos frères ! - Contents, ils disaient oui. - Allez, mes vieux soldats, mes généraux imberbes ! - Et l'on voyait marcher ces va-nu-pieds superbes Sur le monde ébloui ! La tristesse et la peur leur étaient inconnues. Ils eussent, sans nul doute, escaladé les nues Si ces audacieux, En retournant les yeux dans leur course olympique, Avaient vu derrière eux la grande République Montrant du doigt les cieux ! Jersey, du 7 au 13 janvier 1853.
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À l'obéissance passive (I)
I. Ô soldats de l'an deux ! ô guerres ! épopées ! Contre les rois tirant ensemble leurs épées, Prussiens, autrichiens, Contre toutes les Tyrs et toutes les Sodomes, Contre le czar du nord, contre ce chasseur d'hommes Suivi de tous ses chiens, Contre toute l'Europe avec ses capitaines, Avec ses fantassins couvrant au **** les plaines, Avec ses cavaliers, Tout entière debout comme une hydre vivante, Ils chantaient, ils allaient, l'âme sans épouvante Et les pieds sans souliers ! Au levant, au couchant, partout, au sud, au pôle, Avec de vieux fusils sonnant sur leur épaule, Passant torrents et monts, Sans repos, sans sommeil, coudes percés, sans vivres, Ils allaient, fiers, joyeux, et soufflant dans des cuivres Ainsi que des démons ! La Liberté sublime emplissait leurs pensées. Flottes prises d'assaut, frontières effacées Sous leur pas souverain, Ô France, tous les jours, c'était quelque prodige, Chocs, rencontres, combats ; et Joubert sur l'Adige, Et Marceau sur le Rhin ! On battait l'avant-garde, on culbutait le centre ; Dans la pluie et la neige et de l'eau jusqu'au ventre, On allait ! en avant ! Et l'un offrait la paix, et l'autre ouvrait ses portes, Et les trônes, roulant comme des feuilles mortes, Se dispersaient au vent ! Oh ! que vous étiez grands au milieu des mêlées, Soldats ! L'œil plein d'éclairs, faces échevelées Dans le noir tourbillon, Ils rayonnaient, debout, ardents, dressant la tête Et comme les lions aspirent la tempête Quand souffle l'aquilon, Eux, dans l'emportement de leurs luttes épiques, Ivres, ils savouraient tous les bruits héroïques, Le fer heurtant le fer, La Marseillaise ailée et volant dans les balles, Les tambours, les obus, les bombes, les cymbales, Et ton rire, ô Kléber ! La Révolution leur criait : - Volontaires, Mourez pour délivrer tous les peuples vos frères ! - Contents, ils disaient oui. - Allez, mes vieux soldats, mes généraux imberbes ! - Et l'on voyait marcher ces va-nu-pieds superbes Sur le monde ébloui ! La tristesse et la peur leur étaient inconnues. Ils eussent, sans nul doute, escaladé les nues Si ces audacieux, En retournant les yeux dans leur course olympique, Avaient vu derrière eux la grande République Montrant du doigt les cieux ! Jersey, du 7 au 13 janvier 1853.
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56
1. LES PARENTS Nous sommes tes Grands-Parents, Les Grands ! Couverts des froides sueurs De la lune et des verdures. Nos vins secs avaient du coeur ! Au soleil sans imposture Que faut-il à l'homme ? boire. Moi. - Mourir aux fleuves barbares. Nous sommes tes Grands-Parents Des champs. L'eau est au fond des osiers : Vois le courant du fossé Autour du château mouillé. Descendons en nos celliers ; Après, le cidre et le lait. MOI. - Aller où boivent les vaches. Nous sommes tes Grands-Parents ; Tiens, prends Les liqueurs dans nos armoires ; Le Thé, le Café, si rares, Frémissent dans les bouilloires. - Vois les images, les fleurs. Nous rentrons du cimetière. MOI. - Ah ! tarir toutes les urnes ! 2. L'ESPRIT Éternelles Ondines Divisez l'eau fine. Vénus, soeur de l'azur, Émeus le flot pur. Juifs errants de Norwège Dites-moi la neige. Anciens exilés chers, Dites-moi la mer. MOI. - Non, plus ces boissons pures, Ces fleurs d'eau pour verres ; Légendes ni figures Ne me désaltèrent ; Chansonnier, ta filleule C'est ma soif si folle Hydre intime sans gueules Qui mine et désole. 3. LES AMIS Viens, les vins vont aux plages, Et les flots par millions ! Vois le Bitter sauvage Rouler du haut des monts ! Gagnons, pèlerins sages, L'absinthe aux verts piliers... MOI. - Plus ces paysages. Qu'est l'ivresse, Amis ? J'aime autant, mieux, même, Pourrir dans l'étang, Sous l'affreuse crème, Près des bois flottants. 4. LE PAUVRE SONGE Peut-être un Soir m'attend Où je boirai tranquille En quelque vieille Ville, Et mourrai plus content : Puisque je suis patient ! Si mon mal se résigne, Si j'ai jamais quelque or Choisirai-je le Nord Ou le Pays des Vignes ?... - Ah ! songer est indigne Puisque c'est pure perte ! Et si je redeviens Le voyageur ancien, Jamais l'auberge verte Ne peut bien m'être ouverte. 5. CONCLUSION Les pigeons qui tremblent dans la prairie, Le gibier qui court et qui voit la nuit, Les bêtes des eaux, la bête asservie, Les derniers papillons !... ont soif aussi. Mais fondre où fond ce nuage sans guide, - Oh ! favorisé de ce qui est frais ! Expirer en ces violettes humides Dont les aurores chargent ces forêts ?
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Comédie de la soif
1. LES PARENTS Nous sommes tes Grands-Parents, Les Grands ! Couverts des froides sueurs De la lune et des verdures. Nos vins secs avaient du coeur ! Au soleil sans imposture Que faut-il à l'homme ? boire. Moi. - Mourir aux fleuves barbares. Nous sommes tes Grands-Parents Des champs. L'eau est au fond des osiers : Vois le courant du fossé Autour du château mouillé. Descendons en nos celliers ; Après, le cidre et le lait. MOI. - Aller où boivent les vaches. Nous sommes tes Grands-Parents ; Tiens, prends Les liqueurs dans nos armoires ; Le Thé, le Café, si rares, Frémissent dans les bouilloires. - Vois les images, les fleurs. Nous rentrons du cimetière. MOI. - Ah ! tarir toutes les urnes ! 2. L'ESPRIT Éternelles Ondines Divisez l'eau fine. Vénus, soeur de l'azur, Émeus le flot pur. Juifs errants de Norwège Dites-moi la neige. Anciens exilés chers, Dites-moi la mer. MOI. - Non, plus ces boissons pures, Ces fleurs d'eau pour verres ; Légendes ni figures Ne me désaltèrent ; Chansonnier, ta filleule C'est ma soif si folle Hydre intime sans gueules Qui mine et désole. 3. LES AMIS Viens, les vins vont aux plages, Et les flots par millions ! Vois le Bitter sauvage Rouler du haut des monts ! Gagnons, pèlerins sages, L'absinthe aux verts piliers... MOI. - Plus ces paysages. Qu'est l'ivresse, Amis ? J'aime autant, mieux, même, Pourrir dans l'étang, Sous l'affreuse crème, Près des bois flottants. 4. LE PAUVRE SONGE Peut-être un Soir m'attend Où je boirai tranquille En quelque vieille Ville, Et mourrai plus content : Puisque je suis patient ! Si mon mal se résigne, Si j'ai jamais quelque or Choisirai-je le Nord Ou le Pays des Vignes ?... - Ah ! songer est indigne Puisque c'est pure perte ! Et si je redeviens Le voyageur ancien, Jamais l'auberge verte Ne peut bien m'être ouverte. 5. CONCLUSION Les pigeons qui tremblent dans la prairie, Le gibier qui court et qui voit la nuit, Les bêtes des eaux, la bête asservie, Les derniers papillons !... ont soif aussi. Mais fondre où fond ce nuage sans guide, - Oh ! favorisé de ce qui est frais ! Expirer en ces violettes humides Dont les aurores chargent ces forêts ?
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Petits amis qui sûtes nous prouver Par A plus B que deux et deux font quatre, Mais qui depuis voulez parachever Une victoire où l'on se laissait battre, Et couronner vos conquêtes d'un coup Par ce soufflet à la mémoire humaine ; « Dieu ne vous a révélé rien du tout, Car nous disions qu'il n'est que l'ombre vaine, Que le profil et que l'allongement, Sur tous les murs que la peur édifie De votre pur et simple mouvement, Et nous dictons cette philosophie. » - Frères trop chers, laissez-nous rire un peu, Nous les fervents d'une logique rance, Qui justement n'avons de foi qu'en Dieu Et mettons notre espoir dans l'Espérance, Laissez-nous rire un peu, pleurer aussi, Pleurer sur vous, rire du vieux blasphème, Rire du vieux Satan stupide ainsi, Pleurer sur cet Adam dupe quand même ! Frère de nous qui payons vos orgueils, Tous fils du même Amour, ah ! la science, Allons donc, allez donc, c'est nos cercueils Naïfs ou non, c'est notre méfiance Ou notre confiance aux seuls Récits, C'est notre oreille ouverte toute grande Ou tristement fermée au Mot précis ! Frères, lâchez la science gourmande Qui veut voler sur les ceps défendus Le fruit sanglant qu'il ne faut pas connaître. Lâchez son bras qui vous tient attendus Pour des enfers que Dieu n'a pas fait naître, Mais qui sont l'œuvre affreuse du péché, Car nous, les fils attentifs de l'Histoire, Nous tenons pour l'honneur jamais taché De la Tradition, supplice et gloire ! Nous sommes sûrs des Aïeux nous disant Qu'ils ont vu Dieu sous telle ou telle forme, Et prédisant aux crimes d'à présent La peine immense ou le pardon énorme. Puisqu'ils avaient vu Dieu présent toujours, Puisqu'ils ne mentaient pas, puisque nos crimes Vont effrayants, puisque vos yeux sont courts, Et puisqu'il est des repentirs sublimes, Ils ont dit tout. Savoir le reste est bien : Que deux et deux fassent quatre, à merveille ! Riens innocents, mais des riens moins que rien, La dernière heure étant là qui surveille Tout autre soin dans l'homme en vérité ! Gardez que trop chercher ne vous séduise **** d'une sage et forte humilité... Le seul savant, c'est encore Moïse.
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Petits amis qui sûtes nous prouver
Petits amis qui sûtes nous prouver Par A plus B que deux et deux font quatre, Mais qui depuis voulez parachever Une victoire où l'on se laissait battre, Et couronner vos conquêtes d'un coup Par ce soufflet à la mémoire humaine ; « Dieu ne vous a révélé rien du tout, Car nous disions qu'il n'est que l'ombre vaine, Que le profil et que l'allongement, Sur tous les murs que la peur édifie De votre pur et simple mouvement, Et nous dictons cette philosophie. » - Frères trop chers, laissez-nous rire un peu, Nous les fervents d'une logique rance, Qui justement n'avons de foi qu'en Dieu Et mettons notre espoir dans l'Espérance, Laissez-nous rire un peu, pleurer aussi, Pleurer sur vous, rire du vieux blasphème, Rire du vieux Satan stupide ainsi, Pleurer sur cet Adam dupe quand même ! Frère de nous qui payons vos orgueils, Tous fils du même Amour, ah ! la science, Allons donc, allez donc, c'est nos cercueils Naïfs ou non, c'est notre méfiance Ou notre confiance aux seuls Récits, C'est notre oreille ouverte toute grande Ou tristement fermée au Mot précis ! Frères, lâchez la science gourmande Qui veut voler sur les ceps défendus Le fruit sanglant qu'il ne faut pas connaître. Lâchez son bras qui vous tient attendus Pour des enfers que Dieu n'a pas fait naître, Mais qui sont l'œuvre affreuse du péché, Car nous, les fils attentifs de l'Histoire, Nous tenons pour l'honneur jamais taché De la Tradition, supplice et gloire ! Nous sommes sûrs des Aïeux nous disant Qu'ils ont vu Dieu sous telle ou telle forme, Et prédisant aux crimes d'à présent La peine immense ou le pardon énorme. Puisqu'ils avaient vu Dieu présent toujours, Puisqu'ils ne mentaient pas, puisque nos crimes Vont effrayants, puisque vos yeux sont courts, Et puisqu'il est des repentirs sublimes, Ils ont dit tout. Savoir le reste est bien : Que deux et deux fassent quatre, à merveille ! Riens innocents, mais des riens moins que rien, La dernière heure étant là qui surveille Tout autre soin dans l'homme en vérité ! Gardez que trop chercher ne vous séduise **** d'une sage et forte humilité... Le seul savant, c'est encore Moïse.
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Un renard plein d'esprit, d'adresse, de prudence, À la cour d'un lion servait depuis longtemps. Les succès les plus éclatants Avaient prouvé son zèle et son intelligence. Pour peu qu'on l'employât, toute affaire allait bien. On le louait beaucoup, mais sans lui donner rien ; Et l'habile renard était dans l'indigence. Lassé de servir des ingrats, De réussir toujours sans en être plus gras, Il s'enfuit de la cour ; dans un bois solitaire Il s'en va trouver son grand-père, Vieux renard retiré, qui jadis fut vizir. Là, contant ses exploits, et puis les injustices, Les dégoûts qu'il eut à souffrir, Il demande pourquoi de si nombreux services N'ont jamais pu rien obtenir. Le bon homme renard, avec sa voix cassée, Lui dit : mon cher enfant, la semaine passée, Un blaireau mon cousin est mort dans ce terrier : C'est moi qui suis son héritier, J'ai conservé sa peau : mets-la dessus la tienne, Et retourne à la cour. Le renard avec peine Se soumit au conseil ; affublé de la peau De feu son cousin le blaireau, Il va se regarder dans l'eau d'une fontaine, Se trouve l'air d'un sot, tel qu'était le cousin. Tout honteux, de la cour il reprend le chemin. Mais, quelques mois après, dans un riche équipage, Entouré de valets, d'esclaves, de flatteurs, Comblé de dons et de faveurs, Il vient de sa fortune au vieillard faire hommage : Il était grand vizir. Je te l'avais bien dit, S'écrie alors le vieux grand-père : Mon ami, chez les grands quiconque voudra plaire Doit d'abord cacher son esprit.
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Le renard déguisé
Un renard plein d'esprit, d'adresse, de prudence, À la cour d'un lion servait depuis longtemps. Les succès les plus éclatants Avaient prouvé son zèle et son intelligence. Pour peu qu'on l'employât, toute affaire allait bien. On le louait beaucoup, mais sans lui donner rien ; Et l'habile renard était dans l'indigence. Lassé de servir des ingrats, De réussir toujours sans en être plus gras, Il s'enfuit de la cour ; dans un bois solitaire Il s'en va trouver son grand-père, Vieux renard retiré, qui jadis fut vizir. Là, contant ses exploits, et puis les injustices, Les dégoûts qu'il eut à souffrir, Il demande pourquoi de si nombreux services N'ont jamais pu rien obtenir. Le bon homme renard, avec sa voix cassée, Lui dit : mon cher enfant, la semaine passée, Un blaireau mon cousin est mort dans ce terrier : C'est moi qui suis son héritier, J'ai conservé sa peau : mets-la dessus la tienne, Et retourne à la cour. Le renard avec peine Se soumit au conseil ; affublé de la peau De feu son cousin le blaireau, Il va se regarder dans l'eau d'une fontaine, Se trouve l'air d'un sot, tel qu'était le cousin. Tout honteux, de la cour il reprend le chemin. Mais, quelques mois après, dans un riche équipage, Entouré de valets, d'esclaves, de flatteurs, Comblé de dons et de faveurs, Il vient de sa fortune au vieillard faire hommage : Il était grand vizir. Je te l'avais bien dit, S'écrie alors le vieux grand-père : Mon ami, chez les grands quiconque voudra plaire Doit d'abord cacher son esprit.
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Nos parents nous ont laissé un monde serein, en bon état, en paix et plein de valeurs. Mais quel héritage allons-nous laisser à nos enfants ? Ne vous inquiétez pas, je vais répondre à mes questions : On laissera un monde en ruine dépourvu de bon sens, un monde de sang et en guerre. On a hérité d'une biodiversité diversifiée. On laisserait à nos enfants ce qu'on n'a pas pu détruire et anéantir parce que Dieu a été bon pour nous prendre avant qu'on ne laisse un désert là où on a trouvé un jardin. Les ressources de la terre sont un cadeau que nos parents ont préservé pour nous. Au nom du développement, on épuise ces ressources comme si nos parents étaient malheureux en les utilisant avec parcimonie. On imprime des billets pour nous servir de monnaie et être prospère, comme s'il n'y avait pas de prospérité au temps de nos parents qui pourtant n'avaient pas besoin d'abattre des forêts entières à ces fins. Ce qui détruit notre terre ce n'est pas le développement (si ont défini le développement autrement que la paresse où il y avait jadis le dur labeur et le mécontentement où il y avait le contentement et les repas en famille).  C'est la bêtise d'avoir plus que ce qu'on a besoin. Alors mettons un frein à notre folie ou ce monde nous enterra sous les débris qu'on a faits de lui.
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May 26, 2022
May 26, 2022 at 1:28 PM UTC
Quelle Monde Laisserons-nous en Héritage
Nous marchions indécis j’ai perçu l’interdit Nos regards se croisaient Ton image absorbant Toute mon attention Je devenais otage De fugaces obsessions et d’effrayants mirages Servile à tes paroles et libre de t’aimer L’instant d’une soirée initiée par l’alcool Peut-être par l’audace La fin du boulevard semblait être une impasse Inévitable poignard. Une douce tristesse Submergeait mes désirs Captifs des souvenirs délivrés par l’ivresse Tu rentras donc chez toi Me laissant, toi apôtre En ébranlant ma foi Le choix d’en aimer un autre. Les nuits d’Hiver ne m’avaient jamais autant paru éphémères.
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Oct 25, 2022
Oct 25, 2022 at 4:01 PM UTC
Obsession éphémère