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Au premier regard
Une photo noir et blanc
Révélée d'une pellicule Kodak Ilford Agfa Fuji 50 asa
Qui flotte dans un bain d'arrêt entre alcalin et câlin.
Au deuxième regard
Un sourire mutin tatin
Mâtin lutin satin
Qui dévoile des fossettes sans retouches.
Au troisième regard
Un film ancien
Hitchkock, Preminguer
Une héroïne, une sainte
Jeanne d'Arc .
Au quatrième regard
Le désir d'en savoir plus
Sur cette Jean Seberg ressuscitée,
Reine de Saba virtuelle.
Regard sur le texte court et concis :
"Cherche homme vrai et honnête
A vingt kilomètres maximum."
Au sixième regard
Regard sur moi même dans le miroir
Vrai? Honnête?
En tout cas pas faux ni malhonnête.
Ni faux nez ni faux profil.
Et une interrogation.
Vrai et honnête égale nu et sincère ?
Au septième regard j'ai eu envie de vous dire
Que j'existais à 20 kilomètres de vous
Et je me suis présenté sur papuer glacé
Et vous m'avez dit tout simplement
A bientôt.
Deux petits mots si simples
Une préposition et un adverbe
Porteurs de tant de sens propres
et figurés.
Ainsi commence notre aventure
Et je nous souhaite bon vent
Mutin satin mâtin lutin tatin
Et des milliers d'autres regards
Nus et sincères
Ou pour utiliser votre syntaxe
Vrais et honnêtes.
A bone meets another bone
And you have a joint !
Joints are allright !
Cartilage !
Without them you couldn't possibly dance !
Imagine only your sacrum and your ilium
and no sacro-iliac joint
And no innominate bones
Imagine just a second a pelvis without coccyx
And your seven cervical
Your twelve thoracic
And your five lumbar vertebrae
Hanging loose !
How could you possibly swing your pelvis
From one side to the other
Without your pelvic floor ?
No more grand plié
No more passé développé à la seconde
No more attitude en avant on pointe
Farewell penché
Farewell attitude derrière !
See what I mean !
That's why I always say
I'd rather be with no bone
No skull no heart
Ï 'd rather be a hurricane
Wind has no skeleton
Wind needs no joint
Wind goes naked
No shoes, no underwear
And despite of all that
Wind is a ballet dancer, a danseur étoile
With no dimples in the back.
Wind can lie supine and stand upright
Feet parallel, legs stretched
Wind has no greater nor lesser trochanter
Wind has no right gluteus maximus muscle
No feet flexed, no ****** femoris muscle
Wind never gets pinched, stuck nor jammed
Wind is constant ricochet, yo-yo, meanders
Gulf Stream !
Wind is a catwalk model
Dancing its swinging walk
My sweetheart is a man's man heiress
Her man must be a carbon copy of Jupiter, her father,
An alpha, a beta, a kappa, an omega male altogether
A carpenter by trade,
The epitome of masculinity
Who could solve any math problem in a second
And knew how to fix everything
A car, electric, plumbing
A family hero, a handy man
Who built houses from the ground up
He could swaddle a baby's nightmare properly
Open doors to the winds of sadness
And pull chairs to the lights of happiness
And he could dress every day to the nines
Infusing in her heiress forever wine 's bouquet
And the love of animals.
So consequently
My sweetheart is an animal 's animal heiress
She eats meat only  if it has a label on it
Saying that animals are not  caged
Or mistreated in anyway.
A minha Iansã não veste vermelho.

Nem uma gota de vermelho.

Nada.

Calcinha, sutiã, nada de vermelho.

É a senhora das Iansãs ,

Oyá Balé !

Ela destruiu uma cidade na África.

Ela é o vento.

Ela mora no cemitério.

É a Santa Bárbara dos cemitérios.

Ela entra muda e sai calada.

Essa menina é impacto de beleza, o ápice do exagero.

Quando ando zanzando pelos becos e as vielas

Sua voz se faz ouvir no sereno

Cantando Caetano pela voz de Betânia

E faz assépsia total da minha cabeça.

"Abelha rainha
Faz de mim o instrumento do seu prazer."
A notre premier rendez-vous , dis !
T'oublieras pas d'amener tes poupées
et ta corde à sauter et Robinson Crusoë
et moi c'est promis je ramènerai mes billes, mes osselets
et Vendredi.
On jouera au cerf-volant aussi c'est promis.
S'il y a du vent
Et s'il fait beau et qu'on en a envie
On fera du toboggan et on jouera à chat perché.
S 'il pleut on se mettra sous un porche et on jouera aux cartes.
tu sais jouer aux jeu des sept familles ?
sinon on pourra toujours essayer
les petits chevaux ou le jeu de l'oie.
Je te laisserai jouer avec mes soldats de plomb
et j'espère que tu me prêteras pour la journée
Ta dînette pour que je te prépare
Une menthe à l'eau ou un diabolo fraise.
S'il fait trop soleil
On se mettra à l'ombre
Et je te lirai les lignes de la main
et je te montrerai ma collection de timbres roumains.
Et s'il fait nuit et qu'on voit des fantômes
On se cachera sous les couvertures
Je t'apprendrai à faire de la bicyclette
Et des cocottes en papier
tu verras c'est fastoche
Et ça fout les chocottes aux fantômes !

Ah j 'oubliais ! J 'amènerai ma fronde aussi
Pour te dégommer de l'arbre une mangue bien mûre
Qu'on dégustera tous les deux en même temps
Et on promettra-jurera-crachera qu'on est amis pour toujours !
Pff je n 'aime pas !
Vingt jours que mon ombre
Fait des siennes
Au lieu de me servir
Comme il se doit
Ses farces
De son fou rire
De baryton basse.

Vingt jours que seules me parviennent
Les éclaboussures de ses pas étouffés
Qui divaguent au ralenti
Dans l'océan quantique
En toutes circonstances chic
Des vagues parfumées de bleu nuit.

Reviens mon ombre, reviens !
Oublie un peu la rumba quantique !
Sans toi je boite, mon cavalier,
Telle une lune réfractaire
Chevauchant
Dans la nuit rasée d'étoiles !
Et si on essayait primo l'omelette bio

De rires sauvages péché à l'épuisette

Au fin fond de nos Atlantiques ?

Si on essayait deuxio la paella bio

De nos yeux assaisonnés d'étincelles de thym

Et de pétales de coquelicot cueillis dans la rosée du petit matin ?

Et si l 'on ne s'abreuvait tercio que de vins bio

Des bains jaunes des torrents chauds

Qui jaillissent de nos sources volcaniques ?

Si on essayait encore le lit de braises bio

A combustion lente, sans adjuvant

Cent pour cent naturel et écologique ?

Si on se plongeait enfin dans l'abîme bio

Des eaux organiques de l'océan tantrique

Pour y construire des châteaux de corail ?
Hummmm.
Mon Immortelle, mes aïeux !
Comme tu es appétissante !
Je n'en crois pas mes yeux !
J'ai agrandi ta photo jusqu'à ce qu'elle crève l 'écran.
J 'aurais pu t'embrasser si je l 'avais voulu,
Tellement tu étais proche, magnifiée !
Mais je me suis retenu
et j 'ai décidé de détourner le regard de ta chair et de me concentrer sur les accessoires
car le risque d'atteindre une illumination visuelle à distance aurait été grand
si j 'avais seulement pris le temps de m'attarder
Une demi-seconde sur le lac de tes yeux profonds
et la moue sur tes lèvres couleur aubergine
Je me suis donc consacré exclusivement à l 'examen minutieux,
Détail après détail,  
de tes accessoires, de tes épices.
Oh ne m'en veux pas
Si ce n 'était pas toi, la déesse, que je regardais défiler
Sur l 'écran à vitesse lente chevauchant une tigresse blanche
Mais tes accessoires
Et tes accessoires en disent long sur ton essentiel !
Ce sont des accessoires magiques, physiques, magnétiques, chimiques
Un simple verre de vin de letchi devient entre tes doigts du divin jus de jade
Tes boucles d'oreille et ton collier  d'argent assorti d'une fleur blanche odorante majestueuse!
Jasmin ? Frangipanier ? Rose ? Orchidée ? Lotus ? Dis moi !
Tes bagues dorées au majeur et à l 'annulaire, main droite comme main gauche, deux par main
Des fleurs, encore des boutons de fleurs !
De veuvage ? De mariage ? De fiançailles ?
Tes deux bracelets  d'argent au poignet gauche
Sans oublier ta robe bleue imprimée à fleurs
Et tes mocassins bleus assortis.
Et ton pantalon blanc bien évidemment !
Laissons de côté ce sublime rouge à lèvres couleur aubergine !
Bref j 'ai passé en ***** tout ce qui t'enlumine et t'illumine
Sans être toi tout en étant toi.
Comme ton sac en bandoulière et ce verre de vin de letchi ou de jade que tu presses entre tes doigts.
Tes accessoires sont la voie royale vers ton essentiel !
Et je sais désormais que tu es fleur caméléon,
Je sais les couleurs de ta quintessence :
Tigresse de jade blanc aux oreilles et au cou
Dorée au bout des doigts
et marron et blanche sur fond bleu,
Toute de lianes et feuilles et clochettes
Toute fleurs de  safran, gingembre, curcuma
Piment, tamarin et cannelle
Des épaules aux cuisses !
Me voilà bien avancé, n 'est-ce pas, ma fleur,
Dragon de jade, sur ton chemin de Compostelle ! ?
Viens donc ma Muse
Et comme chaque dimanche matin
J'ouvre grand mes ailes
Viens danser avec les fauves
Et prends-moi sous l'aisselle
Plonge dans ma sueur matinale
Tu vois, tu sens le parfum
De la bête qui halète
Quand tu l'allaites de tes désirs secrets.
Cette bête qui dort en moi
Et qui te captive
Cette bête aux mille têtes et aux mille poils
Qui t'épient et que tu guettes
Par la fenêtre
Le parfum de cerf-lynx qui te hante
Une odeur oubliée qui t'obnubile
Une odeur de ton enfance
Comme une souffrance lancinante
Qui te trouble et t'exaspère
Une puanteur charnelle instinctive
Presque un fleuve liquide
Qui se répand comme une onde de rut
Et se faufile entres tes lèvres et narines
Sur les chemins pentus de l'extase.

Sens-moi épanche-toi
Hume-moi respire-moi
Renifle-moi
Essaie de deviner le nom de ce parfum :
Cocaïne de Lanvin ?
Fleurs du Mâle de Guerlain?
Encens Sauvage de Dior ?
Sang-dragon de Givenchy ?
Et si c'était simplement Cyprine de Muse
Que tu secrétais sous mes aisselles?
Je t'ai rêvée, câline
Ogresse minérale,
Gazeuse et animale
Frémissante,
Offerte au sac et ressac des sables noirs,
Volcanique baïne !

J'ai cherché dans l'écume les coquelicots
Et les abeilles entre les raisiniers bord-de-mer
Je n'ai vu que lave moutonnante
Et crabes-violonistes qui jouaient au cerf-volant.

J'ai cherché le marbre des bas-reliefs en ruine
C'étaient les éclats de tes mille yeux
De cristal épars sur l'estran
Qui me brûlaient comme des phares engloutis
Dans un cimetière sous-marin.

Et soudain dans une déferlante
Surgie d'un galet bien lisse
J'ai vu les vingt-six os de ton pied droit
Reconnaissable entre tous
Juché sur ses orteils

Et j'ai crié : Apsara !

J'ai crié Zoé !

J 'ai crié Gradiva !

Et nous avons dansé et tournoyé

Au-dessus des trous noirs !
Mon père, fils de lièvre de métal et de coq de bois,
Est né sous l 'obédience du porc d'eau,.
Ma mère, fille de lièvre d'eau et et de chien de métal,
Sous celle de la chèvre de métal.
Je naquis sous le dragon d'eau un jeudi,
Chaotique et sauvage, à quatorze heures vingt-cinq
A la longitude soixante et un virgule sept ouest,
Quatre mille et six cent quarante neuf ans après le roi Jaune
Puer aeternus, dragon noir, tout feu tout flamme
Dominante intuition et adjuvant pensée !
Compatibilité optimale : serpent et rat !
Le sang qui court dans mes veines
C'est la Rivière Noire, le fleuve Amour
Je suis frère cosmique du Dragon Jaune,
Du Dragon Perle et du Grand dragon.
Et Dragon d'Eau je conçus avec un cheval de bois
Une chèvre de terre.
Vint ensuite un serpent d'eau
Qui engendra un lièvre de feu
suivi d'un serpent de terre.
Puis ce fut le tour d'un buffle de métal
Dont j'héritai d'un buffle de feu
Suivi d'un lièvre de terre.
Ma chère et tendre est un serpent d'eau.
Et si je remonte plus **** encore
Si je me replonge dans ma généalogie zoologique et élémentaire
Mes arrière-grands-pères paternels étaient chien d'eau et serpent de feu
Mes arrière-grands-pères maternels étaient lièvre de terre et cheval de métal
Mes arrière-grands-mères paternelles étaient rat de bois et cheval de terre
Mes arrière-grands-mères maternelles étaient lièvre de terre et cheval d'eau.

Je vous épargne les arrière-arrière
Et les trois fois arrière
De cette généalogie astrologique
Mais ne trouvez-vous pas étrange
Que je sois le seul dragon d'eau de cette lignée
Et que par exemple aucun tigre d'eau ni de papier ni de rhum n'y figure ?
Amor,
A chaque fois que je décalotte ta coquille
Aux portes de la Chambre d' Amour
Ton Aura vient à la rescousse.
Elle danse, elle court.
Je ne vois plus rien
Je deviens aveugle
Tout se trouble, tout est flou
Et quand c'est flou c'est qu'il y a un loup !
La migraine me prend
Me culbute, me renverse
Je cherche une bouée
Où m'agripper
Et je me retrouve naufragé sur ton atoll
Et quand je rouvre enfin les yeux
Que je retrouve la lumière de ton ombre
C'est ton aréole de sable d'or qui m'envahit,
Pointe immergée d'un volcan sous-marin oublié,
Où se dresse aux vents alizés, tel un cocotier nain,
Ton mamelon, seul promontoire, phare bleu cobalt
Sublimement dressé contre vents et marées.
La mer se prélasse sous les hortensias de toutes nuances
De bleu et vert et rouge et café
Et réclame aux hippocampes et aux orphies
Qui se faufilent et la chevauchent
De lui servir son punch coco
On the rocks.
Au shopping des petites morts
J'ai accroché la distance
Qui nous sépare
d'Orphée et Eurydice.

J'ai esquissé quelques mots
Quelques voyelles aux allures d'opéra
J'ai griffonné en guise de valse et tango
Quelques pas pour petit rat angora
Comme si j'étais ton chat Orphée
Je t 'ai invitée à poursuivre nos figures
Sur le parquet impromptu de sable mouillé.

Et comme tu ne refuses jamais quand on t'invite
Tu m'as accepté comme cavalier d'infortune
Tu m'as accordé une danse nocturne jusqu'à minuit
Contre un pin sec qui dressait ses aiguilles près des vagues
Tes escarpins dorés pétillaient
Entre rumba fox-trot et paso-doble
Et la voilette noire de ton chapeau
M'entraînait comme une voile
Vers l'océan de tes entrechats.
Au-dessus de ta cordillère,
Là où pointent tes seins et tes rêves,
Là où s 'ébrouent les félins de lave
Deux voyeurs aux yeux artificiels
Deux volcans,
L 'un éteint, l 'autre endormi,
T'épient de leurs cratères
et peignent de leurs pinceaux de feu bleu
Chaque battement de la rivière céleste de tes cils
Chaque feulement de souffre des ténèbres
De tes paupières closes plongées
Dans un feu d'artifices paradoxal.
Plus **** encore un troisième volcan
En activité, émousse en miaulant,
Tel un ténor ombrageux,
Ses griffes de matou en mi bémol.
Ce n'est pas un portrait très orthodoxe
C 'est un autoportrait nu et sincère
Dans le miroir
Flou car la nudité l'exige
Mais néanmoins expressif
Voilà comment se présente ma Muse

Il est minuit
Ma Muse fait mumuse
Et médite sur la valeur lexicale du mot bandante
Que vient de lui chuchoter à l'oreille le prince
Et se proclame séance tenante
Bandante adjective et qualificative
Libertine dans une insouciance avide
Ses cuisses érotiques et bavardes
Solides quoique un peu fainéantes
S'offrent généreuses au miroir sans tain
De sa chambre
Le carrosse peut se transformer en citrouille
Elle n'en a que cure. elle est poissons
Et attend avec plaisir et impatience
Que Venus en feu, régie par Mars gradivus
Entre en bélier
Et lui envoie son ravisseur
Sous la forme d'un prince ******
Surgi du diable vauvert
Derrière le miroir sans tain
Avant de te connaître
Je dormais comme un bambin
En suçant mon pouce
Je m'effondrais comme une souche
Je dormais d'un trait, les volets clos,
les yeux grand ouverts sur le mobile de mon berceau

Maintenant je me réveille à pas d'heure
Frais comme un gardon
Je garde les yeux mi-clos et dans le rayon de lune
qui franchit en miaulant le triple vitrage de la fenêtre.

Un bébé lynx qui te ressemble
Comme deux grains de rêves mouvants
Se chamaille avec la poussière
Et emmêle la pelote de laine
Que la lune démêle
Inlassablement dans la baie de sable.
Avant de nous couvrir de l'or, de la myrrhe et de la rosée
Des eaux de nos volcans secrets
Je voudrais avant l'ultime explication
Avant qu'on n 'enterre sous nos mahots bleus,
Nos arbres à pluie et nos figuiers étrangleurs,
Panthéons naturels de nos divinités
Nos cordons ombilicaux amoureux,
Je voudrais, ma fine amour,
Qu'on fasse ripaille dans les Terres Inconnues
Qu'on fasse les 800 coups dans la Mer Dangereuse
Qu'on mange, qu'on rie, qu'on s'émeuve dans la Mer d'Inimitié
Qu'on prenne à bras le corps nos insaisissables cris et gémissements
Incompréhensibles de dugongs et de baleines à bosses
Qu'on s'en saisisse et qu'on les épingle
Comme des papillons rares sur une planche
Ou des fougères phosphorescentes sur un herbier
Sous du papier buvard avant de les faire sécher
A l'étuve de nos passions microendémiques.
Etudions la fréquence de nos cris
Et de nos épanchements
Grâce aux balises GPS
Inventorions les sauts intimes, les semences nouvelles, les racines-arceaux
Et donnons un nom local et scientifique à chaque nouvelle espèce
A chaque nouvelle danse, morsure, griffure ou caresse
Récupérons des spécimens de nos territoires
Identifions les hot spots de notre patrimoine amoureux
Et en fonction de leur risque d'extinction
Elaborons un plan de sauvegarde de la biodiversité
De notre Carte de Tendre
De nos fonds, de nos mangroves et de nos pitons.
Nous sommes botanistes, océanographes et naturalistes
Nous sommes vétérinaires de notre réserve naturelle
Notre jardin des plantes, notre forêt, notre laboratoire
Notre pépinière, notre refuge, notre corps tropical.
Il y a bien huit milliards d'années lumière
Huit cents millions de lustres
Huit cents mille siècles
Huit cents quatre-vingt-huit ans
Huit mois
Huit jours
Huit heures
Huit minutes
Et huit secondes
Nous étions le même corps
La même lune mathusalémique
En orbite autour de Saturne
Puis le grand horloger des Dioscures
Dans son grand égarement
Nous a déclarés péchés capitaux,
Luxure et gourmandise,
Et nous a séparés. Tu te souviens ?
Désormais tu es Epiméthée, Titan qui réfléchit après coup
Et moi Janus, bifrons ou quadrifrons, dieu des portes et des entrées
Aux visages qui se dévisagent
Et nous continuons sur la même orbite
En fer à cheval
Toi intérieure, moi extérieure
Et inversement
Tous les quatre ans
Jusqu'à la fin des temps.
Si l'on en croit Newton
"Deux corps s'attirent en raison directe de leur masse
Et en raison inverse du carré de leur distance "
Je suis comme toi couvert de cratères
Castor, Idas, Lynceus et Phoibe
Et chaque seconde me rapproche
De tes merveilleuses boursouflures
Pollux et Hilairea.
Ad libitum nous échangeons nos orbites jumelles
Et poursuivons notre ballet gravitationnel
Entre cosinus et sinus,
Constante et tangente,
Exponentielle et dérive,
En attendant la mutuelle collision,
La chevauchée céleste de nos hypoténuses
Sans jamais perdre de vue la donnée mathématique :
La primitive de x au carré
Vaut un tiers de x au cube
A une constante près.
"Caliban must have dinner."
Let him have first a bit of scansion
Of the vowels marooned to his feet
Along with the consonants washed ashore
By a called up mock storm
Inhabited by catalectic trochaic Trimeter, hexameter or pentameter
Name it !
This muse is his.
For his is the muse
This muse is his island
And every storm of hers is a beatitude
Passed on him by his  Sycorax.
So blessed is Caliban
For his is the musedom of light
This muse is a perfect antilabe
He has pampered her with caesurae
He has spoiled her with feminine
Stressed and unstressed syllables
Kissed her with iambic pentameter
Caressed her with hemistichs
A trochee here
A spondee there
Caliban is beatitude in scansion.
Blessed is Caliban
For his is the musedom of  light.
Je voudrais t'ensemencer
De neuf fœtus
De bébés Montessori multicolores
Qui te feraient éclater de rire
À l'heure de la tétée primale.
Ils têteraient en te balbutiant
Des mots doux et rares
Dans toutes les langues du monde
Et toi tu déchiffrerais les borborygmes
De ces futurs marins, pêcheurs, anges et pécheresses
Et les régurgiterais à l'infini
Instinctivement
Enrichis de vitamine D, fer et oméga 3
"L'arpenteur mesure la distance d'un point inaccessible en le visant tour à tour de deux points auxquels il a accès. "

Henri Bergson, Les Deux sources de la morale et de la religion,1932, p. 263.

Je t'écris ce poème, ma soeur d'armes

avant qu'il ne soit trop ****

pour que la guerre inéluctable qui se prépare

Ne débouche pas sur le combat nocturne fratricide.

Je t'écris pour que tu choisisses les termes

De l'armistice que nous devrons chaque nuit signer

Au bout de nos campagnes et de nos expéditions

Dans l'outre-reins de nos ombres.

Je t'écris, ma soeur d'armes

Pour que tu laisses de coté à l'entrée du cirque des ébats

ton armure et ta cotte de mailles

Ton hauban et ton écu,

et jusqu'à ton fier destrier de fantaisie.

J'ai moi même abandonné à l'entrée du cirque

mon épée factice dans son fourreau.

Pour le combat singulier qui s'annonce

en épée de Damoclès au dessus de nos sens

Durandal ne sera pas invité. Laissons-le au repos.

Il aura son heure au son du clairon.

C'est mou et désarticulé que je me présenterai

devant les quelques arpents de tes Eaux

Pour leur présenter mes hommages

en te guerroyant ma gladiatrice, d'égal à égal,

nu comme toi, à armes égales

pour ce combat nocturne, sans foi ni loi,

où nul vainqueur ne sera proclamé.

Je ne suis pas comme tu t'imagines peut-être

Un foudre de guerre

Mais il faut dit-on préparer la guerre pour avoir la paix.

Quelle guerre ? Quelle Paix ?

La Paix des Braves , la Guerre des boutons ?

La Paix des corps ? La guerre des Sexes ?

Je me présenterai à toi arpenteur aux yeux bandés !

Je sais que tu aimes ce mot ! Je dirais plus : Tu le vénères !

Je banderai donc des yeux

et c'est les yeux exorbités donc

qu'assermenté je t'arpenterai.

Souffre que je commence non pas par l'évidence mais par l'absence.

Tu te présenteras à moi de dos et de **** dans la mire

je verrai la frontière qui sépare

Le cou de la nuque

et c'est là sur cette ligne d'horizon

que je placerai mon premier voyant,

ma première botte à distance.

Ce ne sera pas un coup de dague ni d'épée

mais il te transpercera de son acuité,

de sa précision géométrique

droit dans le mille, comme le regard plongeant de l'épervier

au-dessus des flots en quête de chair et d'iode.

Je ferai de ta nuque jaillir des perroquets volants étincelants de lumière nacrée

et ton épaule se transformera en épuisette qui recueillera notre pêche miraculeuse.

De mes yeux bandés, un faisceau de lumière

jaillira de la nuit et plongera

dans la raie de ton dos

créant dans son sillage

toute une constellation de plumes chatoyantes

qui crieront ton nom, déclineront ta conjugaison

Au douze temps du Verbe.

Mes yeux bandés partiront alors en reconnaissance.

De leur décamètre, de leur niveau d'eau,

De leur boussole de leur graphomètre

Ils dresseront en bons et loyaux arpenteurs

la topographie des pitons inaccessibles.

Les Failles . Les Crevasses. Les Fissures. Les Marais.

Les Mornes. Les Plages. Les Ecueils. Les Soufrières.

Le Paysage aux cent visages de nos Ebats.
Maître de boucan
Je construis mon ajoupa à flanc de montagne.
Il n 'y a cette nuit ni vent ni pluie
Dans ce pays en suspension
Entre bois, montagnes et précipices.

J'ai franchi avec toi sept rivières à gué
Escaladé les parois abruptes
Tandis que les diables faisaient grand bruit
Sortaient en miaulant et piaillant de leurs repaires
Pour aller voleter au-dessus de la mer.

Malgré leur chant d'effroi je ne désarmais pas, au contraire
C'était pour leur chair noire, douce et exquise
Que j'étais là en plein Carème
Dans cette montagne aux Diables.
Ni grives ni perroquets ni perdriques ni perdrix
Ne m'auraient fait dévier de ma chasse
Sans chiens et sans bâtons
A ce mets délicieux que sont les diablotins.

Je me voyais déjà les déloger de leurs terriers dans les falaises
Et les manger de broche en bouche
Selon les règles boucanières d'antan
Ou dans une feuille de cachibou ou de balisier
Quand tu m'as soufflé en me mordillant l'oreille
Ton envie urgente de pastrama fumé aux sarments de vigne.
Tes désirs sont des ordres
Mais comment trouver en pleine montagne aux Diables
A trois heures et quelques du matin un mouton sauvage,
Un agneau de pré-salé,
Un bélier broutant dans les vignes
Qui accepte de gaîté de coeur d'être sacrifié en holocauste
En pleine période de jeûne ?

Je me mis à prier le Révérend Père et la Vieille Dame
A qui je promis l'abstinence perpétuelle
De ces diablotins et autres cottous
Au goût de poisson
Pourvu qu'ils me fassent tomber du ciel
La divine pitance de tes ovins délicieux .

J'ai commencé à ramasser les herbes et les brindilles
Les branches de cannes sèches et les écorces de coco,
Les branches sèches de manguiers et de citronniers
Le chiendent, le *****-contra pour parfumer.
Et le silex et l'amadou pour mettre le feu.
Un peu d'alizé pour la fumée.
Et de la patience pour que le feu prenne.

Mais en lieu et place des moutons
Il se mit à pleuvoir sur notre bivouac
Une volée de cent un de ces volatiles blancs et noirs
Daciens comme Dalmatiens
Frais, séchés puis marinés aux rayons de lune
Tous volontaires et consentant à la dégustation magique
Du pastrama fumé de diablotins

Goûte-moi donc à ce vin de madère
De derrière les ******
Sans lequel je ne pars jamais en excursion
Et pardonne-moi pour le mouton
Si tu veux demain je te ferai un pastrama d'oies traditionnel
Voire un pastrama de voyelles
Marinées dans le miel, le thym, le sel
Le romarin, le laurier, le poivre et le piment
Le sel, l'ail et l'huile d'olive
La menthe, l 'oignon et le vin rouge à volonté
Ce que tu voudras, tant que tu voudras...

Mais goûte-moi ce matin avant que le jour ne se lève
Ce pastrama de diablotin fumé
Essaie et dis-moi !

Tout est affaire de goût et d'accoutumance !

Savourons ensemble le panorama et le pastrama
Savourons l'altitude de ces diablotins rôtis à la broche
Et fumés aux sarments de chiendent et *****-contra
Savourons la manne et l 'abstinence
De cette nuit étale de printemps-hiver
Au sommet de la Souphrière
Avant que conformément à ma parole
Je n'entre dans les Ordres.
Je me regarde
Dans les reflets
Du café corsé
Du petit matin brûlant
J'y vois
Mon visage qui se dissout
En vesou
Et ton sourire-poème qui apparaît
Dans les remous de la tasse
Et qui murmure du fond de sa mer noire:
"Dor, Dor, Dor !"

C'est un dor sonore
Doux et amer
Un dor comme un pélican
Qui plonge au ralenti
De son mancenillier en fleurs
Pour y gober une lame de mer mordorée.

"Dor Dor Dor !"

C'est une mitraillette de sept plumes de coqs de chine
Qui transperce ma dérive de ses plombs et hameçons
Veux-tu donc que je morde,
Scombridé anthropophage,
A l 'appât de houle
De tes vingt brasses de tresse verte ?
Veux-tu que j'amarre
Mes paupières lourdes
Aux crève-coeur de ton misainier
et que j 'ancre mes rêves
Dans les cales d'un port sans relâche ?

"Dor dor dor ! "

Et voilà le marc de café qui tangue
Embarde, cavale
Dans le roulis d'or de ta voile aurique
Dorlote mon gouvernail et me lit
Au fil de mes haut-le-coeur dans la caféière
Qui jouxte le cimetière joyeux
Où flânent les ombres des petites morts
Près du pont au-dessus de la rivière Saison.

"Dor dor dor ! "

.

Faut-il que j 'ouvre dans ton miroir la porte à la douleur ?
Faut-il que je chante joie, plaisir, contentement,
Jouissance et nostalgie, manque et absence ?
Faut-il que je mette dehors la petite cuillère
Et que je me rendorme en buvant comme du petit lait
Cette dor qui perle en riant de tes lèvres-nasses
Assoiffées de café anthracite de soleil noir,
D'ombre de soleil, de souvenir de soleil,
D'espoir de soleil d'or ?
Caféière rime avec cimetière

Comme doublons rime avec bourdons.

Quel rapport me direz-vous ?

Synonymie. Homonymie. Toponymie. Antonymie. Taphonomie

Je vous en fais la démonstration ?

Revenons des lustres ou des siècles en arrière

Au temps des bois-debout

Quand il n'y avait ni gaulettes ni squelettes

Ni café rat, ni robusta,

Ni machette, ni croix

Mais seulement des trous de crabe,

Des conques et des mordants épars

Jonchés au gré du hasard des vagues et des cyclones.

Revenons aux origines où bonifieur n'était même pas un mot

Way before Gabriel was a thought

Même pas une pensée en parche

Et qu'ainsi caféière n'étant rien

Elle pouvait aussi bien être synonyme, antonyme

Toponyme et antonyme de cimetière

qui lui aussi n'évoquait

ni café ni mandibule,

ni cerise ni tibia,

ni humérus ni libéria,

ni robusta ni radius

ni torréfaction ni putréfaction

ni arabica ni mort...

Dans les pépinières carrées de la mort

Caféière et cimetière se donnaient la main

On murmure même qu'ils étaient amants !

L'un bonifiait l'autre

Pour le meilleur et pour le pire

Tandis que la houe du soleil ne torréfiait pas encore

Dans un cycle immuable leurs terres consacrées,

Sarclées par le temps,

Binées par le vent,

Creusées par les laves,

Repiquées par les cendres,

Paillées par les eaux,

Egourmandées par les croix,

Cueillies par les armes

Trempées par les bénitiers,

Frottées ,

Lavées,

Essorées,

Séchées,

Bonifiées,

Taillées,

Traitées
­
Etait aussi invisible que la galerie creusée dans les ravines

en ce temps-là l'idée même d'une caféière désaffectée semblait incongrue.
J'épie de ma longue-vue

La cendrée des mille et une traces de l'Etoile du Berger.

****** que je suis je filme ses cambrures
J 'ai enfin fait le deuil de ma Muse
Ce n 'est plus Ma Muse
Ni la Muse
C 'est Muse tout simplement
Majuscule sans déterminant.
Cosmique !
Sans fleurs ni couronnes !
J 'ai sondé la nuit noire
Et sa vulve béante
Souriait de mille étoiles filantes
Et j 'ai trouvé la paix
Aux côtés de l 'ombre de Muse
Qui m'a fredonné à l 'oreille
Dans mon demi-sommeil
Un ***-pourri de valse oubliée
Et de fantaisie pour orgue en ré bémol majeur :
Carmen Sylva.
Femme, Mère, Reine et Poètesse :
Muse. Terre de Feu.

Et j 'ai dansé aux obsèques de Muse
Ma valse musette invisible
J'ai vu un cirque et des clowns
Et des ourses et des prestidigitateurs
Des chevaux andalous et un couple nu,
Catalina et Hespérion, qui tournoyait
Entre coquillages, crustacés et méduses
Sur le sable d'une plage céleste
Abandonnée aux rayons de lune.

Puis Muse a disparu dans la queue d'une comète
Ne me laissant pour vestiges que le doux surnom
De Câlin le Fou et une toupie à son effigie.
Dans la féminité brûlante et vélaire
Des talons hauts des dimanches
De mon ingénue libertine apicale
J'essaie entre les tons montants et descendants de Carmina
De circonscrire les hauts et les bas
De l'empreinte palatale
Qui sépare la plume de l'os.
Je deviens fou phonétiquement.
Mon corps exulte entre soprano et alto.
Je ne comprends pas les mots
Mais je saisis la différence de parfum
Entre labiodentales et bilabiales
Quand en mina dans le texte de Carmina
Elle m'allaite de ses voyelles crues et consonnes de feu sourdes et sonores :

"Ce qui fait circoncire le cheval
Se trouve dans le ventre du cheval"

Je convoque alors mon sélénium et mon chrome
Lentement accumulé
D'occlusives, de fricatives, de nasales,
De continues et de vibrantes.
Je convoque la phonétique nue et la phonologie brutale
Et même le va et vient de la psychogénéalogie
Sans oublier le fantasme de Jeanne Moreau et l'onirisme d'Angélique Kidjo
Mais seuls peuvent comprendre
Dans le lait caillé
Les pouliches nées le dimanche
Les jeunes poulains nés eux-mêmes le dimanche
Et je suis né caïman un jeudi
Et je m'interroge :
" Ce qui fait circoncire le caïman
Se trouve dans le ventre du caïman ?"
Ce feu oiseau de feu que tu dédaignes
Dont tu refuses d'être la marraine
Quoi que tu en dises
Sera ton éternel filleul.
Chétif il sommeille au creux de ta nuque
Et quand il prend son envol lent
C'est pour guider de son bec funambule
Comme un chef d'orchestre
Tes pas sur le chemin de la Délivrance.
Ce matin Décébale, ton petit diablotin,
Ton filleul, boude
Et refuse obstinément de chanter
Pour sa muse !

Il boude et fait le gros dos.
Son chant royal, nu et sincère
A failli ne pas planer, majestueux,
Comme à son habitude
Comme une étoile à l 'orient
Au creux de ta nuque.

J 'ai dû le raisonner, tu sais !
Il est têtu comme une mule !

Ce n'est pas qu'il soit fatigué ni triste
C'est qu'il sait que le cri strident
Des marjolaines qu'il a plantées en toi
Au tréfonds de tes sabots dondaine
Te bouleverse dans ta chair
Et fait que ta sève s'évapore en nuages
Qui s'amoncellent et se déversent
En ruisseaux de grêle.

J 'ai beau lui dire de se dresser sur ses sabots dondaine
Ce n 'est plus le fils du roi
Ni l'un des fringants trois capitaines
L'oiseau ne bande plus !
J 'ai beau lui dire de se dresser sur ses ergots
Et de fredonner la chanson qui te ressemble
La chanson royale, nue et sincère
Monsieur boude.
Au creux de ta nuque.
il s'est à ma demande agenouillé devant ton icone
Auprès de la fenêtre
Et la crête basse il a prié
Lui dont le bec ne picore guère que le vide des rêves de Dieu.

C 'est sans doute dû à l'orage
Ne dramatisons pas
Bientôt le soleil noir de tes yeux
Ravivera sa flamme
Le couvera de ta lumière ludique
Et son chant strident pénétrera
Comme un vin gouleyant
Ton sourire cajoleur de lynx
De ses flèches musicales et parfumées.

Marraine ? Ton filleul me prie de te soumettre
Le menu de la grasse matinée :
Jus de mangue et coco. Oeufs en cocotte
Et plus si affinités.

Présente-toi à la table nuptiale
Royale, nue et sincère
Ce dimanche il sera sur son trente-et-un
Royal, nu et sincère
Dans son habit de bal
Pour te proposer une valse à distance
Sur une sonate d'amitié de foi et de raison.

Il t'envoie ses humbles câlynx à la puissance 10
Avec accent circonflexe
Partout partout, a-t-il insisté, et nulle part ailleurs
Plantons, te fait-il dire, un pied de marjolaine dans le creux de nos plaines
S 'il fleurit tu seras reine
Et s'il meurt
Tu y perdras ta peine
Oh oh oh avec mes sabots.
Muse aux pieds nus,
Pour l 'amour de l 'art
Tu acceptes que j'ajuste
Ta pointure.
Tu chausses du trente-sept et non pas du trente-huit
Et je m'exécute
Que ma volonté soit faite
Ce que Muse veut Dieu le veut
Tu t'étends sur le lit de Procuste
A même la terre à même le ciel
Et tu sens mon parfum brigand
Qui te martèle et qui t'allonge
Puis qui te rogne
Et qui t'attache aux barreaux
Capiteux de mon poème.
"Et si tu mettais trente-sept et demi
Il suffirait d'une demi-semelle ! "
As-tu suggéré
L'air de rien.
J'y ai pensé !
Qu'importe en effet trente-sept ou trente-huit !

Mais en poésie tout est aussi mathématique
Sinus cosinus tangente et logarithme
cube racine carrée carré
Or trente-sept, même s'il est nombre premier cubain et non brésilien n'est multiple de rien
et surtout pas de huit.
Et trente-huit, s 'il n 'est ni premier ni parfait ,
Est de la race des nombres composés brésiliens puisque trente-huit vaut vingt-deux en base 18 .
Ma muse est un esprit inclassable,
Grouillant et bigarré, une matrone
Sans trône et sans couronne,
Provocante et tumultueuse
Hors académie
Hors norme
Haute en couleur
Sempiternellement décalée
Elle danse sa rumba folle
Et distille ses petites gâteries
Contre vents et marées
A contre-courant
Des us et des coutumes .
Et quand je dis "Moteur !"
Ma Dame ne joue pas, elle ne feint pas
Elle ne pose pas :
Mon étoile s'endort en tremblant
Lumineuse et transparente,
Et j 'essaie de la peindre telle quelle,
Imparfaite et mortelle en aquarelle
Je joue avec la quantité de l 'eau et les pigments
Mais l 'esprit fantasque de ma muse
Fait souffler le chaud et le froid.
Et pour me figurer sur ma palette
Toute sa verve satirique et pamphlétaire
J 'ai beau essayer le bleu Winsor et le rouge indien
Alterner le sienne naturel et brûlé,
L'auréoline avec un peu de garance rose,
Le bleu de cobalt avec un brun Van Dyck,
Le rouge cadmium, l 'auréoline et le vert Winsor,
L 'auréoline, le bleu de cobalt et le rouge indien,
L 'auréoline, le cramoisi d'alizarine et le vert émeraude,
Aucun de ces mélanges de base orange ne m'inonde de la transe
De la couleur chair de son esprit brut,
Métamorphose ambulante
Libre et éruptive, enragée,
Diverse et multiple, engagée
Aux limites de la bienséance et de la bien-pensance.
Et à défaut de portrait politiquement correct
Je me délecte de sa cape bleu-majorelle
Grinçante et jubilatoire
Cousue de joie, morgue et amour.
Chair est la couleur de l 'esprit brut de ma muse apatride
Quand elle dort, elle est aux anges
Et les rêves funambules forment sa cour et entonnent
En jouissant doucement leur ballet équestre.
Comment veux-tu ton colombo d'asperges vertes sauce chien ?
En hors-d'oeuvre ou plat principal ?
Veux-tu que j'émulsionne poudre à colombo, huile, eau citronnée
Et que je badigeonne de cette marinade
Une botte écussonnée
Et que je laisse mariner
Puis que je l'enrobe de jambon à l'os
L'enfourne
pour enfin le dresser de câpres séchées, d'anchois et copeaux de parmesan.
Ou de sauce chien ?
Nos chemins se sont croisé et décroisé
A distance
Nous étions pèlerins de jeux antédiluviens.
Nous nous sommes envoûté de mots
Et de rêves d'ombres et de chair
Et seuls nos mots peuvent désensorceler
Nos sangs et nos dieux archaïques.
Nos mots sont des onguents, des potions magiques
Des philtres et des pommades
Dotés de pouvoirs incomparables.
Ce sont des déictiques et embrayeurs
Ils accomplissent par la seule force du Verbe.
Instantanément.

Nos mots sont des poudres miracles dont nous baptisons nos envies
Et ils sécrètent leurs propres antidotes.

Il ne nous restait plus qu'à les mettre en scène,
Titiller nos mamelons lubriques,
Mordiller le creux de nos nuques et aisselles,
En dansant la danse des dugongs ou des pangolins
Mais chacun a sa propre lecture
Son propre phrasé
Et le déhanchement des Muses Dugongs
N'est en rien celui du Poète Pangolin.
Rendez-vous posthume, donc.
Aujourd'hui j'attendais ma muse
Sans trop me faire d'illusions
Comme chaque matin de mes jours
Je lui ai préparé son café et ses billets doux
Mais ma muse boude depuis quatre jours et quart
Ma source d'eaux charnelles s'est desséchée
Ma muse n'est plus ma muse
Pas même un filet de muse chez le poissonnier ou le boucher
Ma muse ne fait plus mumuse
Ma muse tarie ne frissonne plus
Ne viendra pas jouer mon ombre
Ne jouira plus de mes délires d'orphie.
C’est un fait accompli, mûri, implacable
Et je me rends aux évidences.
Mais l'oiseau est têtu et bande encore de joie
Sur l'élan magistral qu'elle lui a impulsé :
Je mordille, je griffe, je câline,
Je bois, je lèche, je grignote,
La distance qui nous lie désormais
Lentement comme une corde raide
Un pacte d'amour courtois
Inébranlable,
Irremplaçable .
Quand je pense à l'extrême je plonge mes yeux dans l'extrême horizon de mes propres extrémités inférieures comme supérieures et j'essaie de matérialiser par des bouées les champs sémantiques des extrêmes. L'orient extrême, l'occident extrême, l'extrême couchant alias extrême ponant et l'extrême levant.

Me voici donc bien installé sur l'estran, cowboy anachronique en selle sur une vague appelée Jolly Jumper, la moitié de mes extrémités enfoncée sous mon poids dans le sable, entouré de trous de crabes et de pélicans plongeurs qui me dévisagent au **** sur cette Grande Anse du Far West Indies. Je ne vois guère que leurs traces fugitives, pattes et becs qui ricanent dans le sable mouillé . Je suis aux frontières de l' extrême. Les extrêmes sont à la mode. LES EXTRÊMES SONT TENDANCE. Le mot extrême qui s'utilisait jadis en antéposition dans ses constructions lexicales comme dans les formulations comme l'Extrême-Orient, extrême-droite, extrême-gauche, extrême-onction, s'utilise désormais en postposition comme pour en adoucir les traits, nous la retirer de l'horizon lointain, du Far West pour la rendre plus visible dans le centre extrême ou l'extrême insoumission que d'aucuns appellent de leurs vœux comme dernière extrémité pour sauver les démocraties de l'extrême-onction programmée.

Mais revenons aux sens premiers d'extrême. A travers deux proverbes :

"Aux maux extrêmes les extrêmes remèdes."

"Les extrêmes se touchent."

Extrême, dixit le Cntrl, tiré du latin extremus, superlatif de exter, en dehors. Signifiant le plus à l'extérieur, le dernier, le pire, l'extrême.

Oh je sais, tout n'est affaire que de proportion puisque, nous disent par ailleurs les arithméticiens, le produit des extrêmes est égal aux produits des moyens.

Les frontières de l'extrême reculent sans arrêt. Il y a une surenchère permanente. Plus le sport est extrême plus il attire la jeunesse, Plus le discours est extrême plus il attire le chaland.

Je suis né moi-même dans l'extrême, puisque né à EXTRA-MUROS. EN DEHORS DES MURS, EN DEHORS DU BOURG. DEWO. L'extrême extase de l'en-dehors...
Criminel ! Tu m'as appelé criminel.

Tout cela parce que, malgré tout ce que j'avais prétendu être, j'ai fini par tuer.

J'avais pourtant résisté à la tentation. J'avais usé tant de stratagèmes et même prétendu que pour rien au monde, moi, sain de corps et d'esprit, moi, animal parmi les animaux, je ne mettrais fin à l'existence de l'un de mes congénères.

J'avais juré sur tout ce que j'avais de plus cher au monde que jamais je n'arriverais à cette extrémité finale. Jamais je ne tuerais un de mes semblables.

Pire ! Je riais de toi, la meurtrière. Je te faisais la morale. Au diable les allergies que tu me soumettais comme excuses pour pouvoir commettre tes meurtres en série. Je te disais même en bon prêcheur que nous étions tous des créatures de Dieu alors que je ne crois même pas en Dieu.

Je disais que tuer une fois c'était comme tuer mille fois, qu'il n'y avait pas de petite mort et patati et patata et qu'une fois qu'on avait mis le doigt dans l'engrenage on n'avait plus aucun pouvoir sur la gâchette.

Mais voilà tout ça c'est désormais le passé. Oui voilà c'est désormais chose faite. Je te rejoins sur le banc des accusés. Meurtrier ! Meurtrier ! Meurtrier !

J'ai tué. Je suis un criminel.

Ne me condamnez pas à la chaise électrique. J'ai des circonstances atténuantes, Madame le Juge d'Assise, ayez pitié du primo récidiviste. Une erreur de vieillesse mérite le sursis.

J'avais pourtant essayé le vinaigre, je vous le jure, pour me débarrasser de ces vandales. L'essence de citronnelle. J'avais mis le ventilo et la clim. Rien n'y faisait. C'est alors que m'est venue une nuit vers deux heures du matin la lumière. C'est ainsi que j'exécutai sans états d'âme 12 moustiques des plus virulents à la raquette électrique. Il n'y a pas de petit crime, de crime véniel et de crime mortel, votre honneur ! J'ai tué, j'ai tué de sang froid et les veufs et veuves et les orphelins de mes victimes me hantent et me hanteront de génération en génération...

Criminel ! Criminel ! Criminel !
Ma lune est en Poissons
Mon soleil en Balance
Je suis Scorpion et Pluton
Me gouverne en silence
De l 'axe de mes noeuds lunaires.

Ma lune nage en Poissons
Mon soleil brille en Balance
et mon ascendant en Verseau.
Scorpion, oui, votre Excellence
au pays de Vénus et Mercure.
Scorpion par l 'amour
Scorpion par l 'écriture.

Ma mère est intuitive.
et mon père cyclonique
A quelle sauce les mettre
Dans ce thème astral
Alors que la précession des équinoxes
Nous déplace sur la roue du zodiaque
D'un degré tous les soixante-douze ans.

La cuisine Karmique des Astres et des Auras
Plutôt que celle des Mousquetaires ?
Chiche !
Ma fine Muse
Je te jure passion indéfectible et courtoise
Vénération et totale soumission
Je suis vassal et dévôt chevalier
Prêt à guerroyer de tournois en tournois
Pour mon inaccessible dame suzeraine.
Tu m'as octroyé pour encourager ma flamme
Un mouchoir brodé de tes initiales
Comme gage de ton amour adultère
Et quand le désir de toi me ronge, me consomme
Et me brûle de jalousie
C'est avec extase que je presse
Contre mon front tes douces initiales.

Fais de ton fine et fol amant
Ce que tu voudras
Je suis ton esclave
Assermenté
Je ne cherche ni liberté
Ni affranchissement
Et s'il te plaît que je meure
Je mourrai de fine amour
En chantant la joie de ta beauté précieuse
Comme un troubadour et sa viole pieuse.
J'observe depuis mon télescope
Au-delà des nuages
Ta photo qui sautille
Et je suis les courbes, les points et les lignes
Et je trace des figures imaginaires
Les constellations
Et soudain tu apparais
Endimanchée
Pénitente
Ultra Violette
Souriante
Entre deux ciels
Tu me fais signe
Et m'invites à danser
Et je te suis comme ton ombre
Je retiens mon souffle
Je plonge dans le mandala
De ton champ de Cinabre
Je viens à tes côtés
Je m'ancre à tes eaux
Je suis ton lama, ton gourou
Et toi tu es ma parèdre, ma  bouddha
Ma dakini souveraine
et je te déshabille en dansant
Et je déboutonne une après l 'autre
Les étoiles couleur aubergine
Qui composent ta constellation.
C 'est une constellation disparue
Que seul moi puis voir.
Il m'arrive à l 'oeil nu de t'apercevoir
Au détour d'un rêve comme en cet instant précis
Et la musique résonne si forte dans l 'espace
Je vois tes lèvres bouger mais je n 'entends rien
Mais soudain tes yeux hurlent
et tu me clignes ton nom en morse :
dash dot dash dot
dash dash dash
dash dot dash dash
dash dash dash
dash
dot
C, une longue, une brève, une longue, une brève
O, trois longues
Y, une longue, une brève, deux longues
O, trois longues
T, une longue
E, une brève.
Tu dis que mes délires
D'orphie volante
Pour attendrir ta chair de conque
Sont nuls et non avenus.
Et que le chemin qui mène
A la crête du mont de Vénus
Est ardu et pentu et glissant
Surtout pour celui qui grimpe à bicyclette.

Je serais vantard
Je ne serais que vent fripon et couillonnade
Et tu n'as nul besoin de la marchandise
Que je te présente fraîche et dispose sur l'étal
Avec ce bec aux dents soi-disant acérées.

Je te promets pourtant de t'attendrir
J'ai la recette : elle est rare et je te l'offre
C'est une recette simple et infaillible
Comme gage de notre désir de nous fondre dans nos ombres

Je te chante en latin lubricus
Première classe des adjectifs masculins,
Nominatif singulier
Comme l'ont chanté avant moi Tacite, Horace, Virgile, Pline
Ovide et autres
Qui est la racine de lubrique
Et qui veut dire glissant

C'est-à-dire lisse, poli, gluant, dangereux, périlleux, coulant,
Insaisissable, fuyant, inconstant, incertain, décevant, trompeur, séduisant,

Chancelant, disposé, prêt à, hasardeux, délicat et mobile
Si l'on en croit le Gaffiot de 1934
Et je m'enroule en Aspidelaps lubricus
Serpent corail venimeux autour de ton ombre

Souffre donc que je te lustre de l'antidote
De mon ombre glissante
Et c'est dans l'ombre de nos ombres
Que nous sommes lubriques
Que nous sommes lumière
Haletant, bavant, buvant goutte à goutte
Nos cantiques les plus luxurieux.

Ce sont comme des envies de femme enceinte
Irrépressibles
Inexplicables
Incompréhensibles
Et pourtant sourdes et réelles
Incontournables
Je veux que ces envies jaillissent
De nos inconsciences charnelles
Et prolifèrent, nous mordent
Nous griffent, nous lacèrent
Nous démantibulent.

Nos pondaisons ne sont jamais stériles.
Nos jaunes pochés éclatent
Dans l'eau bouillante de nos verbes
De toutes les couleurs de l'arc en ciel
Et nos coquilles ont toutes les formes géométriques
Et s'imbriquent
Comme par miracle
Comme des poupées-gigognes.
Tu voudrais que j'improvise
Les chemins qui mènent au septième ciel
Pour notre prochain congrès
Que je vienne les mains vides
Sans notes ni croquis
Pour te couronner reine et courtisane.

Mais demanderais-tu au peintre de venir à toi
Sans son pinceau, ses fusains, ses tubes d'aquarelle et son papier canson

Ou au photographe sans son posemètre, son trépied et ses filtres, son appareil photo et ses objectifs

Et un auteur de théâtre pourrait-il officier sans donner des indications?

Des orientations, des pistes pour que les acteurs puissent mieux jouer leurs personnages

Eh bien moi je voudrais écrire de concert avec toi les didascalies de notre lune de miel.

Pense au Cantique des Cantiques
Pense à Salomon, à son épouse et aux jeunes filles ,
Penses-y bien, ma sans rivale,
Ma muse venue au monde sept fois
Et dont aucune galante n 'arrive aux chevilles
Comment veux-tu qu'on se retrouve dans la mare aux nénuphars
Deux canards mandarins batifolant
Sans didascalies...
Tu connais les soixante-quatre manières du kama
Tu sais la différence entre baratement et percement
Et tu veux goûter le chalumeau du miel
Lors du congrès de la corneille
Alors tandis que tu me provoques du regard et du geste
En dansant comme une bayadère accomplie
Souviens toi des didascalies.
Je suis ton vert-galant, ton esclave, ton cornac
Ton renifleur, ton cunnilingue, ton Sigisté
Si tu veux tu seras ma nymphe, mon myrte, ma lanterne, ma crête,
Ma landie, ma douceur, mon amour de Vénus
Mon gaude mihi, mon impudique
Organisons nos langues et nos boutons
Nos protubérances.
Pour qu'aucune partie ne soit honteuse
Pour que toutes soient honnêtes
Il faut des chapitres et des actes
Dans lesquels les morsures, les égratignures, les baisers
Les succions et les caresses s'emboîtent dans un naturel
Si joliment organisé que chaque posture génère
Une improvisation et que chaque improvisation génère une nouvelle posture.
Alternons les phases pudiques et impudiques
Sans tabou éperonnons-nous
Empalons-nous dans les postures de singe ou d'éléphant
Peu importe si la mentule précède le tentigo
Ou le contraire
Peu importe qui est dessus ou dessous
Qui lèche et qui est léché, qui est mordillé, qui est marqué,
Qui est baisé et pénétré
Si c'est simultanément ou séparément
Nous appartenons nous aussi au règne animal
Et que la verge soit masculine ou féminine
C 'est toujours l'aiguillon de la volupté qui guidera nos didascalies.
Déchiquetée Dragon Décébale
Infestée Incube Ile
Lacérée Lynx Lucifer
Abîmée Alligator Apsara
Ciselée Chat Calin
Esquintée Eau Enescu
Ravagée Rongée Ravinée
Eventrée Enceinte Emiettée
Etranglée Etrillée Ensanglantée
Le jour bégaie

Bébé *** bai *** bée

Le jour bégaie

Frotte Frotte Frotte docteur

Pose tes ventouses

Frotte

Démêle les dés mêlés de cette affaire millénaire.

Le jour bégaie

Et la nuit a beau boire l'eau de burgots

Les heures en cavale au fond de la savane

Restent prises en vol entre trot et galop.

Frottez docteur frottez

La nuit a bu l'eau de burgots

Et malgré cent messes au Saint Esprit

Le jour bégaie encore
Le vaisseau fantôme brûle de toutes parts
Et j'essaie de trouver une issue de secours
Une écoutille
Un hublot
Un sabord
De tribord ou babord
Par où je pourrais fuir de ma geôliere
Tel un boulet de chair à canon
Des flammes qui me pourlèchent.
C'est Sycorax, mon adorable sorcière,
Qui a sonné le branle-bas de combat
Et qui souffle ses braises chaudes et tièdes
A travers ses eaux déployées comme des barreaux de voiles
Me voilà fait prisonnier
Tous les sabords sont calfeutrés
Goudronnés, parfaitement étanches
Au diable ces mantelets
J'étouffe, je me noie, je me débats
Âprement
Entre ligne d'horizon
Ligne de flottaison
Ligne d'eau
Tout se confond
Dans le feu à volonté
Qu'a décrété Sycorax.
Écris avec tes hanches, Dimanche
Et plonge ta plume dans mon encrier
Écris avec tes hanches, Dimanche
Et éponge mes éclaboussures de ton buvard
Écris avec tes hanches, Dimanche
Et déhanche sur le parchemin
Tes proportions idéales de femme de Vitruve.
Écris en toutes lettres majuscules
La grammaire des gonadotrophines de l'hypophyse
Vérifie par la preuve par neuf
Le taux de testostérone des gamètes
Écris, chante et danse la spermatogenèse.
Écris avec tes hanches
Analphabètes
Écris avec tes hanches
Illettrées
Écris avec tes hanches diaboliques
Et signe en hyéroglyphes
Tout en les chevauchant
Le mâle et ses râles impubères
Réglés comme du papier à musique.
Je suis orpailleur
Je vis d'or et d'eau bien fraîche
En attendant Godot.
Je plonge dans les entrailles de ma muse
Armé de piolet, pelle et battée.
Je sonde à belles dents le fil des eaux
Je me prélasse dans le lit de la rivière
Et jette dans la battée sable, eaux et graviers
A la recherche inlassable
Des paillettes couleur de colza et de tournesol
Sélectionnées et assaisonnées par ma Muse
Jusqu'à ce qu'elles se précipitent et fondent.
Je me nourris d'elles et elles de moi
Elles me mâchent et me mastiquent
Pour faire jaillir en moi des geysers d'huile philosophale
En attendant les lingots de Godot.

Et dans chaque mot que je dédie à ma muse
J'engloutis ses carats nature
Sans colorant artificiel
Sans huile de palme
Sans conservateur
Car je conserve en moi les pépites
À l'abri de la lumière jalouse de God-haut.
Ouate sacrée de fromager sauvage
Déraciné, fossilisé,
Les racines en l 'air
Hors du sol, suspendues
A des chaînes
Elle survit pourtant
Envers et contre tout.
Dans ses contreforts
Des offrandes déposées
Et chaque fois qu 'elle s 'effiloche
Chaque fois qu 'elle se désintègre
Une autre prend comme par magie la relève
Et perpétue son kapok centenaire.
Ne lui demandez pas la couleur de son coton
Demandez-lui la couleur du rhum épicé
Pour soulager  ses chaînes.
Regarder des racines sèches
ne fait pas repousser l 'arbre
Regarder des cabosses au sol
ne fait pas renaître le gui.
Chevauchez les ouates farouches
De mapou rouge
Hantez de votre parade nuptiale
Les fétiches qui hurlent dans la canopée
En dansant le branle des paradisiers
De ma Première Dame,
De ma Grande Brigitte.
Le maître du suspense disait :
"Film your murders like love scenes
And film your love scenes like murders"

En matière de meurtre
Comme en matière d'amour
Il faut se rendre aux évidences.
Assouvir les fantasmes d'une hydre muse
C'est assouvir en même temps neuf petites morts
De concert en une seule et unique nuée ardente d'aludes
Au-dessus d'une forêt de brume.
Pour que la petite mort soit presque parfaite
Il ne suffit pas de composer M pour MUSE
Et il en faut plus qu'une tige
Aussi frénétique soit-elle
Pour mordre les fesses offertes
Et laisser son empreinte immortelle
Dans les fantasmes des muses.
Ce n'est une question ni de calibre
Ni d'âge ni d'atomes crochus.
C'est une question purement biologique
Les coqs n'ont pas de dents
Qu'ils soient coqs de bruyère
Ou coqs-games ou coq des prés
Les coqs n'ont pas de dents
Mais des crêtes.
Et même s'ils peuvent picorer
Le grain d'or des muses
Et lui faire rendre leur café volcanique
Ce n'est pas par leurs crêtes rouge sang qu'ils les séduisent
Ni par leur bec ni par leur queue
Ni par leur bréchet ni par leurs cuisses
Ni par leurs suprêmes
Ce n'est pas par leurs crêtes piquées à cent degrés au four de la distance.
C'est le sang du coq et non son chant qui fait sa garniture aromatique
La sangre del gallo
The rooster's blood
A sangue do galo
San a kokla
C'est le sang du coq, le chant nu, L'ethos sans poil ni plume,
La cendre braconnière qui fertilise
De sa lave visqueuse
La forêt luxuriante des hydres-muses,
Le pays où fleurissent les sources du poème.
Tu ne vas pas me croire.
Moi-même je n'en reviens pas !
Je suis traumatisé, grand brûlé,
Mutilé de guerre
Tout cela à cause de tes huit soeurs
Tes ombres femelles, les Muses.
Je te raconte, excuse les sanglots,
Les spasmes, les soubresauts de ton petit oiseau orphie
Dépecé, déplumé, vide de toute substance.
Ratatiné. Ratiboisé.
Tes fieffées soeurs, ces gredines m'ont violé !
M'entends-tu?
Je ne suis plus que l'ombre de moi-même
Sans tambour ni trompettes
En plein tunnel de Fréjus
Entre la France et l'Italie.
Je ne me souviens plus très bien du début de mon calvaire :
Je dormais à poings fermés
Je rêvais de toi et je sentais tes paumes chaudes
Qui me dorlotaient et me murmuraient des mots doux
Tu disais que j'étais l'oiseau lyre
L'oiseau de feu l'oiseau paon
Tu voulais que je pavane
En toi sur ton balcon
En faisant mine de regarder les étoiles
Et que comme Marlborough je m'en aille en guerre
Mironton mironton mirontaine
On se ravitaillait tous les deux pour supporter l'exil
Et de provisions en provisions nous ne sortions plus du lit.
Tu me disais "qui aime bien châtie bien"
Et "quand on s'aime on sème "
Et tu me châtiais de va et vient subtils
Et tu semais ma semence aux quatre vents
Sur les champs blancs et roses de ta chair
Tu disais no nu niet
Pour battre la mesure
No nu niet de ta petite voix
No nu niet de ta grosse voix
Une caresse pour marraine
Une caresse pour la Muse
J'étais aux anges
Je dormais du sommeil tranquille
Des orphies
Je croyais que c'étaient des formules bibliques
Et que tu baptisais ainsi l'oiseau
Nonuniet
Je croyais que c'était toi,
C'étaient tes ombres qui se relayaient
C'étaient elles qui étaient à la manoeuvre
Pour me punir de t'avoir choisie toi, mon ange,
Et pas elles, ces diablesses
Déguisées sous leurs masques de la comédia dell'arte.
Rien ne me fut épargné sous la férule de ces Amazones
A huit elles m'ont pénétré par mes neuf orifices
Ou étais-tu alors
Quand j'ai crié ton nom ?
J'ai perdu mon dernier pucelage
J'ai eu beau leur dire
Vietato l'ingresso qui !
Leur dire que j'étais Cagnolo Nogerola detto Roméo
Et que ma Muse à moi n'était aucune d'entre elles
Mais bel et bien toi, Giulietta Cappelletti,
Elles m'ont fait endurer ce que je souhaiterai pas
A mon pire ennemi, foi de Montecchi.
Elles m'ont tatoué la peau de long en large
De phrases inintelligibles
Elles ont gravé dans ma chair des choses insensées :
Chiudi gli occhi e sogna, Farinelli !
Dante, ti amo !
Portami ovunque tu sia. No !
Non smettere mai di splendere con il tuo sorriso !
Nacio nustra maravilhosa historia de amor !
Gracais mi amor por compartir un viaje tan romantico !
I love you forever
Elles m'ont dégusté comme on déguste
Un riso venere con gamberi e crema de zafferano
Elles m'ont emmaillotté de chapelets
Et de litanies
Elles m'ont marqué au chewing gum
Comme on marque au fer rouge
En me laissant leurs mots d'amour.
Je me suis retrouvé au centre de l'arène
Comme un gladiateur en guenilles
Et j'ai chanté de ma plus belle voix de castrat
Un Lascia ch'io pianga
Que n'aurait pas désavoué Haendel...
Me voilà à tes pieds ce matin, émasculé,
Implorant ta miséricorde, Muse bienfaitrice,
Je voudrais que tu me cautérises ces plaies
Que tu me soignes de tes Furies de soeurs
Tu me manques !
Concède-moi cent jours d'indulgence
Comme délai de latence
Le Ciel te le rendra au centuple !
Te saludo Mama
Del nostro Dio
Je sais que seul toi pourra effacer le traumatisme
Me débloquer, me redonner le sourire
Aurais-tu un peu de teinture d'arnica
De la racine de ***** contra et un peu de cyprine
Pour lentement me badigeonner?
Ensorcelé !
Heureux !
Imprimé dans mon fondement
De la marque indélébile
De ma diablesse
Marqué tel un zombie dans la fesse gauche
Marqué tel un zombie dans le blanc de l 'oeil gauche
Marqué tel un zombie dans le pied gauche
Du sceau de luxure
J 'ai juré allégeance à mon ange,
Ma soeur, ma mère, ma fille,
Mon épouse, ma reine, ma déesse.
Mon Ombre satanément fidèle,
J'ai signé un pacte avec Elle
Un pacte de non agression
Et de secours mutuel
Et ne comptez pas sur moi
Pour que je commette
Ni sororicide, ni matricide, ni infanticide
Ni uxoricide, ni régicide, ni déicide.
Ce ne serait que tentative de suicide,
Ombricide lâche, poltron
Voué à pendaison, géhenne,
Noyade et démembrement.
Ensorcelé !
Marabouté !
Morfoisé !
Vampirisé !
A d'autres les zombicides, les soukouyancides
Et chaque jour que ma Muse fait
J'honore de sa signature le chant du coq
Et la rosée sur le sang des coquelicots
Et le ballet des balais et des chapeaux pointus
Par delà les nuages comme des i accent circonflexe
Ou des parapluies ballottés par nos peurs archaïques.
Entre le sac et le ressac
Ma muse nage nue
Au cœur des vagues
De neige immortelle
De la nuit tropicale.
C'est un mélange de sirène
Et de sauterelle
A la queue papillonnante bleue verte et grise
Qui plonge à intervalles réguliers
Dans le sauna des abysses
A la recherche des sources chaudes
Des volcans sous-marins
Où dorment les champignons sauvages
Et où paissent les rennes
En attendant le moka saveur airelles
D'un Petit Prince abscons portant masque, palmes et tuba
Qui danse la rumba cubaine.
Quand ma très chère se déhanche
Elle skie elle patine elle surfe
Elle nage elle plonge elle sue
Entre les battements de conga,
Les glissés et les déliés de son partenaire
Tout en tricotant des pas humides de calypso vierge
Ad libitum.
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