Hello Poetry
Submit your work and get some sparkles! Create free account
#carnaval
À Manoel de Barros PSAUME I Tapi dans la mangrove, bondissant...sautant-matant Le ciel aux trois-quarts nu De giraumon, de pissat et de sang... Assis sur le trottoir, le ciel tousse Kein-hein kein-hein Ivre de parfums rouges errants, De brocarts et de confettis à ses trousses. Assis à marée basse, électrique... Insensible aux chevaux des dieux Qui tournoient Au-dessus des tambours Qui chavirent Insensibles Aux orgues charnelles Des moites guérisseuses... Le ciel caracole, Glisse, contorsionniste, Mascarade immobile Démêlant le cours des amours burlesques Entre les atolls obscurs De pistaches et de bonbons, D’anges et de démons... Cabriole, tiède et poisseux, Cisaille à contre-jour L’orpailleur en transe Aboyant dans le sérail de mes âmes Sevrées, esseulées... L’aube culbute Dans les lambeaux du gouffre Dans les calypsos du soleil D’où sourdent, dégénérées, Les jambes et les larmes Qui fraient encore, exotiques Sur les pilotis Du carnaval nocturne D’où va saillir le jour. PSAUME II Il pleut sur le kiosque des songes Des encres mornes Comme des brindilles Enfantées de l’œuf tiède Où s’aimante Délicieusement noire La mygale Fleuve des nuages Qui emballe De son ouate ludique Le rayon nain Dérobé Au serpent arc-en-ciel Enfin rassasié PSAUME III Tellurique, dame Terre esquive les amarres Effervescentes. Le ciel, hameçon entre les îles, Rayonne, entonne l’odyssée perpétuelle, Pion libre dans l’espace Sempiternellement baigné par les baumes Incendiaires du soleil obèse, son jumeau Complice des moissons violées, œcuménique, Humble, jadis et toujours, Terre : Oasis, océan, oxygène, oeil Revêtu d’or, jardin où les ombres basses Exultent, balbutiant des airs amnésiques..." PSAUME IV Rebelle lascive Telle la lune blette Suçant les corps subtils Des mangues sauvages Enroulées dans la pluie d’obsidienne... Courtisane de toutes les brousses Avaleuse de poisson vivant Pour mieux apprendre à nager Dans les moues du fleuve douillet... Les lacets se cabrent, dans un baiser de peaux, de tôles et de croix Les laves du dernier décan affleurent, Saupoudrent l’écloserie de marbre humide Et la pellicule humide de feu cru Enfouit les dieux écartelés Aux moues du fleuve endiablé..." PSAUME V Soudain pagayer dans le vent et découdre l’odeur légère de la forêt Chasser les désirs cueillis dans la poudre des oiseaux rares Et repriser dans les entrailles des pétales juteux... Puis amarrer à la lumière verticale des matins Un éclair avec le mot “boum”. PSAUME VI "Nomades, où sont les nuits ?" Grince l’arc débandé du soleil Embrassé à la portée de cristal Des nuages en menstrues... Peut-être que la nuit décante Blottie dans le nid du large Faite une enfant, se vautre Sous les flottilles de jasmin Dévastant les marées, Traquant le ressac du temps... Peut-être que la nuit accouche Bien après les chaleurs Faite une gueuse, brise De son cœur de soprano Les rames de glace de la lune qui s’épand Dans un banc d’aquarelles... Ou peut-être, la nuit, peut-être La nuit, lisse et lasse, Allaite les étoiles prises Aux moustiquaires de cendre Où le ciel foudroyé Bat en retraite la chamade. Peut-être qu’elle arraisonne Les frêles écailles de l’orgasme total Pour que nul ne sache Qu’elle est née sans nombril, Pour que nul ne sache Qu’elle est grosse d’un jour Au goût de sel... PSAUME VII "Abysses en vue !" vocifère l’huile en larmes Faisant voler dans l’onguent vagabond Les feux follets sortis de leur miroir, Condors de phosphore, cyclones désemparés Où se bousculent, palefrenières distraites, Les couleurs qui rient en allant au supplice... En chapelets, la lumière débouche, foule, broute, S’autodévore sous la caresse des truelles, Moud les étincelles, les taches, les brèches En route vers le seuil du sacrifice, Et dans l’embellie de l’œil Éclot le prétendant buriné Dans l’apothéose du matin soigneusement peint... PSAUME VIII Noyée dans la saumure en flammes Du soir délicieusement grand ouvert, l’indicible lueur Cloîtrée dans son écrin liquide Jalonné de boues, moustiques et palétuviers, Harponne la braise moribonde de charbon rose Innombrable qui serpente dans le cirque de sable A force de nager, à force de nager Éternellement à joncher les grèves de l’arc-en-ciel. PSAUME IX Dans la baie, un sein vert flambe Campant dans un bain de coton... L’écho, hypnotique, tourne, tourne, prolifique... Ô îles, les îles Notes en menottes, ailes balafrées, Miels de sel, fiels de ciel... Ô îles, les îles Filaments de mangue, eaux assoiffées Larmes chaudes de tambours incoagulables... Ô îles, les îles D’où venez-vous, miettes de sang ? Comment vous êtes-vous posés, papillons, Au milieu de la grande termitière d’or bleu ? PSAUME X Kaki, dans le jour rectiligne, Le soleil, bibelot tiède et omniprésent, Affalé dans les sortilèges De la pluie ensorceleuse.. . Incrustée dans son terrier maternel, Luciole équilibriste, A demi ivre souffre l’espérance, Soufflant des goélettes de papier... Les lunes se rétractent lestes et faibles, La visibilité est bonne De chenaux en détroits, vont, naufragées, En débandade, les voluptés, Roues flamboyantes Dilacérant les haillons allumés Des orbites sismiques.. PSAUME XI Zéro heure, la chauve cascade Où le délire se découd Dans les courbes de l’ennui... Zéro heure, l’édentée Déchirant les échos Des obsèques de minuit... Zéro heure, poupée Aptère, assoupie A l’ombre des rêves... Cartomancienne hérétique Châtrant les éruptions chagrines, Châtrant, multipliant les yeux Vers les plages pourpres... Zéro heure, nymphe sourde Défunte à la canne bossue, Hissant le grand pavois De la couleur polyphonique, L’accord, La peau du poète, Éclipse magique De tous les déluges... PSAUME XII Songes dans l’extrême sud Monochromatique Ancres tapissées, Couples éteints, inflorescences... Chevaux cardiaques Occultés dans un nid lunaire... Passager de la nef du fou Fouetté par le roi si bémol Qui monte à l’échafaud... Battements rupestres, Sentiers crevant les lieues Au rythme des ailes de nuages... La pluie soudain s’est tue La liesse s’est tue soudain Dilapidée dans ce jour rongé... PSAUME XIII Éteint dans la lumière, le portraitiste Brûle l’absence mate, La suie insolite... La haute mer se dilue.. L’arche hiberne aussi **** que porte la vie Dans son sanctuaire de sève Où la terre saigne ses eaux bouclées Qui écument des épaves de pierre Aussi **** que porte la vie. PSAUME XIV Les îles du matin m’embrassent Après une nuit de lune rase Le ronflement du rayon Macule en naissant le chœur torride De l’alcôve qui s’écaille émaillée. Entre traits, tracés et rayures Flottent des oranges polymorphes A portée des mains... Sous la ménagerie de ses eaux poissonneuses La gomme méthylique du soleil Frotte dans le bassin d’étincelles L’orchestre infime de ce lointain carnaval renié Qui crépite, savonné... Entre gravillons et bulles Flottent des oranges polymorphes A portée des mains... Devant l’horloge en rut Se signent les orangers... Le soleil consent à la lune La mare de feu Greffée dans le pouls vivace de l’ombre ivre... Entre ruines et volutes Flottent des oranges polymorphes Scandaleusement A portée des mains... PSAUME XV Le matin nage, innombrable Salamandre aux cent venins de verre Qui se distillent dans une encre de cendres Offertes au soleil insatiable... Dans le calice débordant Des récoltes que la nuit Ne grignote qu’à moitié, Les sargasses du désir plongent, Cinglant le silence des incohérences... Hilare, la lune Se réveille et butine Le nectar indigo Qui s’attarde Comme une musique rétinienne Aux confins du jour... Ainsi emmurés vifs Dans le flux impénétrable des reflets, Vont à l’aveuglette Dans le palais des singes volants L’amour et ses tribus aborigènes Veillant sur la toison rouge du ciel... PSAUME XVI Mon deuil échoue à l’aube Les yeux ouverts sur les laves De ce volcan éteint Où s’apaisent les étoiles... La flèche de l’archer s’évanouit, fauchée... Le licol de mousseline de l’archipel précieux Vacille, se dissout, Orphelin mélancolique Murmurant des baisers d’aniline Aux marges du rêve... Insomnuit d’été Si seulement je pouvais rêver ! PSAUME XVII Sur l’échiquier, la nuit chancelle, vénéneuse... Un vaisseau de pierre au galop s’envole Au chevet de la mer noyée Suant la résine... Sifflotant, le saltimbanque Éconduit les horizons pétales Pris du soleil gemme étanche Dans les écumes du ciel d’étain... Bientôt, les lunes oscillent Ondulent, se dérobent frivoles, L’étalon noir se dissipe Décochant des flèches en forme de cœur... Quelque chose se brise dans le noir : Était-ce un masque ou un miroir ? Quand luit la dernière tranche d’ombre Déboussolées, dans la dune de verre, les étoiles Bégaient... Les coquilles se détellent de la terre réfractaire... Le soleil dévastateur s’abreuve de ciel Cachant les antres de brai... Tâtant les décadences nacrées Ointes de sueurs salines L’amazone enfin répudiée Chantonne aux aguets Dans la baie couleur sépia... PSAUME XVIII Clic Hennissement aveugle, l’île Se déhanche Toute soie et serpent Contre l’épi de maïs vert... Clac “Marée basse”, dit la reine-mère... Aucune abeille ne rame, Ne laboure les pollens de la mer... Clic **** des brise-lames Lisses et bouillonnants Des crinières sans fin et du goémon, L’iguane sous la villa jaune... Le long des bougies Coule le gouvernail du silence... Clic Sous les fleurs délabrées de l’éclair Dans leur hamac vert Les vagues veuves, les vagues nues Courent après les lunes Et lentement chantent les araignées... Clic Parfums de lumière Qui jouent, jouent, jouent Se décomposent Dans une brise d’alcools... Clic Chimères de la mer, coup de sifflet final Rongeant les sables glauques Les tranchées dans le ciel ouvert Tapis du soleil et son essaim de sujets... Clic La nuit, la mer fructifie Au ralenti... PSAUME XIX "Au feu, au feu ! Feu à la dérive !" Scandent deux coléoptères... Le feu fuit ! Le magicien s’est brûlé A faire sa magie. Le pôle s’évapore, Le puits fait l’aumône, L’enfant aboie, La moto boite, La forêt détale, Le lion se vêt de singe Noir et doré Et petit à petit Va planer Au-dessus de l’autel fugace Où gît Hululant, pullulant, virulent, Le vol agile craché Du saxophone ténor... L’hiver fouette le ciel, La terre meurt prématurée, Liane après liane, Sécrétant comme vestiges Le tapis de talc D’une aile de sirène Et le vertige nuptial De deux notes jaunes inachevées Au sein des similitudes. PSAUME ** Prunelle de gris jaune Prunelle nuit et mer Bleu coursier d’argile Tigresse à la crinière couleur de brume. Dans le rare verger qu’est l’amour Audacieuse, elle va, incendiaire Empaillée dans un paquebot hystérique Vers le hasard des quais identiques Les yeux pleins de chaux. Dans ce chant veuf, dans cette capitale pyromane La voilà, légère, Aspirant les équinoxes dans cet air enchaîné En selle pour un bain d’herbes monastique Geôlière verte D’émeraude pure... PSAUME XXI L’accordéoniste des abysses Peint dans l’œil de l’obscur : Un nuage en zigzaguant Ancre aux eaux du vide. Et le gong sue...timide. Et comme en un tango antique S’écoule le cri acide Des teintes atteintes par les balles, Hoquet du temps incarné A l’aube d’une pluie sèche de chaleurs vertes. Et le gong sue...tumide. Et comme en un tango marin Caracole la pirogue étoilée du tigre intime Renversant de son parapluie Les certitudes les plus ensevelies de la peur. Et le gong sue...tumide. Et les papillons enfantent Des flammes dans les sables mouvants, Des harpes éoliennes Comme des gymnastes hués par le soleil en ruines A la recherche des marées sèches. Et le gong sue... tumide. Et comme en un tango de funambules Les œillères des brebis galeuses Traversent la toile, vieillissent, exhument le salpêtre D’un bandonéon dont la sueur incendie les cernes De la nuit qui jazze... PSAUME XXII Tendrement Le messager lit Les lignes du vent, Prend le pouls Du ventre jaspé De la basilique d’encre de chine : -Là-bas, sous les monts de Vénus Rode le messager, Troubadour englouti Par une lave obscure, Passager invisible Des failles muettes Qu’il restaure encore... Tendrement Le messager Harponne Les coquilles du temps... A la pointe de l’hameçon, Un morceau de vitrail Où à peine filtre La lueur des entrailles, On devine soudain La forme d’un cheval marron Qui hennit. PSAUME XXIII Bleu roi De ces couleurs pièges. Bleu de ces teintes imprévisibles. Issu du venin tribal Des roses du désert Le bleu tombe, Comme un nuage de coton doux, Sur la brousse atlantique des lèvres Enflées de secrets, Où, hystérique, il donne le jour Sous le kiosque sympathique des pluies cyanes A une larme de sang, Daltonienne. Bleu roi De ces couleurs mutantes : Seul le baiser de cobalt réchauffe Les escales mélancoliques De ces ailes closes, Révèle les jeux d’artifice, Et murmurant des flammes, Fait évanouir Le deuil magnétique Des rênes d’ivoire... La flèche de l’archer pénètre, Débridée, Le voile de mousseline de l’archipel précieux Qui vacille, se dissout, Orphelin en suspens, spectre d’aniline Aux gants d’émeraude Et aux chaussons d’améthyste... PSAUME XXIV Dormir, virgule, Souffler doucement Des cases jumelles, Ramper à nouveau, gigoter, Jusqu’à ce que tout ne soit plus Qu’une seule immensité... Au lieu de l’abîme La clairière dans la caféière. Dormir, virgule, Ça et là, Lune bleue Embuée Sous la baguette du silence... Le rêve entre et sort Et jusqu’aux nuages Craignent la chute Vers le sommeil... PSAUME XXV Les îles et une nuits Me font chavirer, Je fuis, Naufragée inlassable, Hors du clan tentaculaire Vers la clarté volatile Des voiles incendiaires... Mes nerfs à la fleur du large Bifurquent, S’évaporent en filigranes Plus **** encore... Bleu nuit devient la mer Aux portes de son repaire Ancré à la rive gauche du cœur. La crique n’est plus ce qu’elle était : La neige reptile teint les dauphins de rose... Éden ? De temps à autre Passe un trapèze Balayant le silence. PSAUME XXVI Ô Reine, Notre Duc Sous tes ongles laqués J’imagine un ciel rouge Aux parfums de lait de cobra... Le soleil fait pleuvoir des sceptres sur le fleuve Et des piranhas aux dents d’eau Larguent des cerfs-volants sans fin... “Chantez les très riches heures de l’En-Dehors !” Crie à la face du levant Un caméléon qui lisse les ailes du hasard Planté dans le dédale de ta langue baccarat. PSAUME XXVII Près de la passerelle d’ivoire : “Odyssées, Métamorphoses, Mues, Je vous aime !” "
0
Aug 21, 2019
Aug 21, 2019 at 11:53 AM UTC
Micareta : 27 fragments infimes d'un carnaval intime
À Manoel de Barros PSAUME I Tapi dans la mangrove, bondissant...sautant-matant Le ciel aux trois-quarts nu De giraumon, de pissat et de sang... Assis sur le trottoir, le ciel tousse Kein-hein kein-hein Ivre de parfums rouges errants, De brocarts et de confettis à ses trousses. Assis à marée basse, électrique... Insensible aux chevaux des dieux Qui tournoient Au-dessus des tambours Qui chavirent Insensibles Aux orgues charnelles Des moites guérisseuses... Le ciel caracole, Glisse, contorsionniste, Mascarade immobile Démêlant le cours des amours burlesques Entre les atolls obscurs De pistaches et de bonbons, D’anges et de démons... Cabriole, tiède et poisseux, Cisaille à contre-jour L’orpailleur en transe Aboyant dans le sérail de mes âmes Sevrées, esseulées... L’aube culbute Dans les lambeaux du gouffre Dans les calypsos du soleil D’où sourdent, dégénérées, Les jambes et les larmes Qui fraient encore, exotiques Sur les pilotis Du carnaval nocturne D’où va saillir le jour. PSAUME II Il pleut sur le kiosque des songes Des encres mornes Comme des brindilles Enfantées de l’œuf tiède Où s’aimante Délicieusement noire La mygale Fleuve des nuages Qui emballe De son ouate ludique Le rayon nain Dérobé Au serpent arc-en-ciel Enfin rassasié PSAUME III Tellurique, dame Terre esquive les amarres Effervescentes. Le ciel, hameçon entre les îles, Rayonne, entonne l’odyssée perpétuelle, Pion libre dans l’espace Sempiternellement baigné par les baumes Incendiaires du soleil obèse, son jumeau Complice des moissons violées, œcuménique, Humble, jadis et toujours, Terre : Oasis, océan, oxygène, oeil Revêtu d’or, jardin où les ombres basses Exultent, balbutiant des airs amnésiques..." PSAUME IV Rebelle lascive Telle la lune blette Suçant les corps subtils Des mangues sauvages Enroulées dans la pluie d’obsidienne... Courtisane de toutes les brousses Avaleuse de poisson vivant Pour mieux apprendre à nager Dans les moues du fleuve douillet... Les lacets se cabrent, dans un baiser de peaux, de tôles et de croix Les laves du dernier décan affleurent, Saupoudrent l’écloserie de marbre humide Et la pellicule humide de feu cru Enfouit les dieux écartelés Aux moues du fleuve endiablé..." PSAUME V Soudain pagayer dans le vent et découdre l’odeur légère de la forêt Chasser les désirs cueillis dans la poudre des oiseaux rares Et repriser dans les entrailles des pétales juteux... Puis amarrer à la lumière verticale des matins Un éclair avec le mot “boum”. PSAUME VI "Nomades, où sont les nuits ?" Grince l’arc débandé du soleil Embrassé à la portée de cristal Des nuages en menstrues... Peut-être que la nuit décante Blottie dans le nid du large Faite une enfant, se vautre Sous les flottilles de jasmin Dévastant les marées, Traquant le ressac du temps... Peut-être que la nuit accouche Bien après les chaleurs Faite une gueuse, brise De son cœur de soprano Les rames de glace de la lune qui s’épand Dans un banc d’aquarelles... Ou peut-être, la nuit, peut-être La nuit, lisse et lasse, Allaite les étoiles prises Aux moustiquaires de cendre Où le ciel foudroyé Bat en retraite la chamade. Peut-être qu’elle arraisonne Les frêles écailles de l’orgasme total Pour que nul ne sache Qu’elle est née sans nombril, Pour que nul ne sache Qu’elle est grosse d’un jour Au goût de sel... PSAUME VII "Abysses en vue !" vocifère l’huile en larmes Faisant voler dans l’onguent vagabond Les feux follets sortis de leur miroir, Condors de phosphore, cyclones désemparés Où se bousculent, palefrenières distraites, Les couleurs qui rient en allant au supplice... En chapelets, la lumière débouche, foule, broute, S’autodévore sous la caresse des truelles, Moud les étincelles, les taches, les brèches En route vers le seuil du sacrifice, Et dans l’embellie de l’œil Éclot le prétendant buriné Dans l’apothéose du matin soigneusement peint... PSAUME VIII Noyée dans la saumure en flammes Du soir délicieusement grand ouvert, l’indicible lueur Cloîtrée dans son écrin liquide Jalonné de boues, moustiques et palétuviers, Harponne la braise moribonde de charbon rose Innombrable qui serpente dans le cirque de sable A force de nager, à force de nager Éternellement à joncher les grèves de l’arc-en-ciel. PSAUME IX Dans la baie, un sein vert flambe Campant dans un bain de coton... L’écho, hypnotique, tourne, tourne, prolifique... Ô îles, les îles Notes en menottes, ailes balafrées, Miels de sel, fiels de ciel... Ô îles, les îles Filaments de mangue, eaux assoiffées Larmes chaudes de tambours incoagulables... Ô îles, les îles D’où venez-vous, miettes de sang ? Comment vous êtes-vous posés, papillons, Au milieu de la grande termitière d’or bleu ? PSAUME X Kaki, dans le jour rectiligne, Le soleil, bibelot tiède et omniprésent, Affalé dans les sortilèges De la pluie ensorceleuse.. . Incrustée dans son terrier maternel, Luciole équilibriste, A demi ivre souffre l’espérance, Soufflant des goélettes de papier... Les lunes se rétractent lestes et faibles, La visibilité est bonne De chenaux en détroits, vont, naufragées, En débandade, les voluptés, Roues flamboyantes Dilacérant les haillons allumés Des orbites sismiques.. PSAUME XI Zéro heure, la chauve cascade Où le délire se découd Dans les courbes de l’ennui... Zéro heure, l’édentée Déchirant les échos Des obsèques de minuit... Zéro heure, poupée Aptère, assoupie A l’ombre des rêves... Cartomancienne hérétique Châtrant les éruptions chagrines, Châtrant, multipliant les yeux Vers les plages pourpres... Zéro heure, nymphe sourde Défunte à la canne bossue, Hissant le grand pavois De la couleur polyphonique, L’accord, La peau du poète, Éclipse magique De tous les déluges... PSAUME XII Songes dans l’extrême sud Monochromatique Ancres tapissées, Couples éteints, inflorescences... Chevaux cardiaques Occultés dans un nid lunaire... Passager de la nef du fou Fouetté par le roi si bémol Qui monte à l’échafaud... Battements rupestres, Sentiers crevant les lieues Au rythme des ailes de nuages... La pluie soudain s’est tue La liesse s’est tue soudain Dilapidée dans ce jour rongé... PSAUME XIII Éteint dans la lumière, le portraitiste Brûle l’absence mate, La suie insolite... La haute mer se dilue.. L’arche hiberne aussi **** que porte la vie Dans son sanctuaire de sève Où la terre saigne ses eaux bouclées Qui écument des épaves de pierre Aussi **** que porte la vie. PSAUME XIV Les îles du matin m’embrassent Après une nuit de lune rase Le ronflement du rayon Macule en naissant le chœur torride De l’alcôve qui s’écaille émaillée. Entre traits, tracés et rayures Flottent des oranges polymorphes A portée des mains... Sous la ménagerie de ses eaux poissonneuses La gomme méthylique du soleil Frotte dans le bassin d’étincelles L’orchestre infime de ce lointain carnaval renié Qui crépite, savonné... Entre gravillons et bulles Flottent des oranges polymorphes A portée des mains... Devant l’horloge en rut Se signent les orangers... Le soleil consent à la lune La mare de feu Greffée dans le pouls vivace de l’ombre ivre... Entre ruines et volutes Flottent des oranges polymorphes Scandaleusement A portée des mains... PSAUME XV Le matin nage, innombrable Salamandre aux cent venins de verre Qui se distillent dans une encre de cendres Offertes au soleil insatiable... Dans le calice débordant Des récoltes que la nuit Ne grignote qu’à moitié, Les sargasses du désir plongent, Cinglant le silence des incohérences... Hilare, la lune Se réveille et butine Le nectar indigo Qui s’attarde Comme une musique rétinienne Aux confins du jour... Ainsi emmurés vifs Dans le flux impénétrable des reflets, Vont à l’aveuglette Dans le palais des singes volants L’amour et ses tribus aborigènes Veillant sur la toison rouge du ciel... PSAUME XVI Mon deuil échoue à l’aube Les yeux ouverts sur les laves De ce volcan éteint Où s’apaisent les étoiles... La flèche de l’archer s’évanouit, fauchée... Le licol de mousseline de l’archipel précieux Vacille, se dissout, Orphelin mélancolique Murmurant des baisers d’aniline Aux marges du rêve... Insomnuit d’été Si seulement je pouvais rêver ! PSAUME XVII Sur l’échiquier, la nuit chancelle, vénéneuse... Un vaisseau de pierre au galop s’envole Au chevet de la mer noyée Suant la résine... Sifflotant, le saltimbanque Éconduit les horizons pétales Pris du soleil gemme étanche Dans les écumes du ciel d’étain... Bientôt, les lunes oscillent Ondulent, se dérobent frivoles, L’étalon noir se dissipe Décochant des flèches en forme de cœur... Quelque chose se brise dans le noir : Était-ce un masque ou un miroir ? Quand luit la dernière tranche d’ombre Déboussolées, dans la dune de verre, les étoiles Bégaient... Les coquilles se détellent de la terre réfractaire... Le soleil dévastateur s’abreuve de ciel Cachant les antres de brai... Tâtant les décadences nacrées Ointes de sueurs salines L’amazone enfin répudiée Chantonne aux aguets Dans la baie couleur sépia... PSAUME XVIII Clic Hennissement aveugle, l’île Se déhanche Toute soie et serpent Contre l’épi de maïs vert... Clac “Marée basse”, dit la reine-mère... Aucune abeille ne rame, Ne laboure les pollens de la mer... Clic **** des brise-lames Lisses et bouillonnants Des crinières sans fin et du goémon, L’iguane sous la villa jaune... Le long des bougies Coule le gouvernail du silence... Clic Sous les fleurs délabrées de l’éclair Dans leur hamac vert Les vagues veuves, les vagues nues Courent après les lunes Et lentement chantent les araignées... Clic Parfums de lumière Qui jouent, jouent, jouent Se décomposent Dans une brise d’alcools... Clic Chimères de la mer, coup de sifflet final Rongeant les sables glauques Les tranchées dans le ciel ouvert Tapis du soleil et son essaim de sujets... Clic La nuit, la mer fructifie Au ralenti... PSAUME XIX "Au feu, au feu ! Feu à la dérive !" Scandent deux coléoptères... Le feu fuit ! Le magicien s’est brûlé A faire sa magie. Le pôle s’évapore, Le puits fait l’aumône, L’enfant aboie, La moto boite, La forêt détale, Le lion se vêt de singe Noir et doré Et petit à petit Va planer Au-dessus de l’autel fugace Où gît Hululant, pullulant, virulent, Le vol agile craché Du saxophone ténor... L’hiver fouette le ciel, La terre meurt prématurée, Liane après liane, Sécrétant comme vestiges Le tapis de talc D’une aile de sirène Et le vertige nuptial De deux notes jaunes inachevées Au sein des similitudes. PSAUME ** Prunelle de gris jaune Prunelle nuit et mer Bleu coursier d’argile Tigresse à la crinière couleur de brume. Dans le rare verger qu’est l’amour Audacieuse, elle va, incendiaire Empaillée dans un paquebot hystérique Vers le hasard des quais identiques Les yeux pleins de chaux. Dans ce chant veuf, dans cette capitale pyromane La voilà, légère, Aspirant les équinoxes dans cet air enchaîné En selle pour un bain d’herbes monastique Geôlière verte D’émeraude pure... PSAUME XXI L’accordéoniste des abysses Peint dans l’œil de l’obscur : Un nuage en zigzaguant Ancre aux eaux du vide. Et le gong sue...timide. Et comme en un tango antique S’écoule le cri acide Des teintes atteintes par les balles, Hoquet du temps incarné A l’aube d’une pluie sèche de chaleurs vertes. Et le gong sue...tumide. Et comme en un tango marin Caracole la pirogue étoilée du tigre intime Renversant de son parapluie Les certitudes les plus ensevelies de la peur. Et le gong sue...tumide. Et les papillons enfantent Des flammes dans les sables mouvants, Des harpes éoliennes Comme des gymnastes hués par le soleil en ruines A la recherche des marées sèches. Et le gong sue... tumide. Et comme en un tango de funambules Les œillères des brebis galeuses Traversent la toile, vieillissent, exhument le salpêtre D’un bandonéon dont la sueur incendie les cernes De la nuit qui jazze... PSAUME XXII Tendrement Le messager lit Les lignes du vent, Prend le pouls Du ventre jaspé De la basilique d’encre de chine : -Là-bas, sous les monts de Vénus Rode le messager, Troubadour englouti Par une lave obscure, Passager invisible Des failles muettes Qu’il restaure encore... Tendrement Le messager Harponne Les coquilles du temps... A la pointe de l’hameçon, Un morceau de vitrail Où à peine filtre La lueur des entrailles, On devine soudain La forme d’un cheval marron Qui hennit. PSAUME XXIII Bleu roi De ces couleurs pièges. Bleu de ces teintes imprévisibles. Issu du venin tribal Des roses du désert Le bleu tombe, Comme un nuage de coton doux, Sur la brousse atlantique des lèvres Enflées de secrets, Où, hystérique, il donne le jour Sous le kiosque sympathique des pluies cyanes A une larme de sang, Daltonienne. Bleu roi De ces couleurs mutantes : Seul le baiser de cobalt réchauffe Les escales mélancoliques De ces ailes closes, Révèle les jeux d’artifice, Et murmurant des flammes, Fait évanouir Le deuil magnétique Des rênes d’ivoire... La flèche de l’archer pénètre, Débridée, Le voile de mousseline de l’archipel précieux Qui vacille, se dissout, Orphelin en suspens, spectre d’aniline Aux gants d’émeraude Et aux chaussons d’améthyste... PSAUME XXIV Dormir, virgule, Souffler doucement Des cases jumelles, Ramper à nouveau, gigoter, Jusqu’à ce que tout ne soit plus Qu’une seule immensité... Au lieu de l’abîme La clairière dans la caféière. Dormir, virgule, Ça et là, Lune bleue Embuée Sous la baguette du silence... Le rêve entre et sort Et jusqu’aux nuages Craignent la chute Vers le sommeil... PSAUME XXV Les îles et une nuits Me font chavirer, Je fuis, Naufragée inlassable, Hors du clan tentaculaire Vers la clarté volatile Des voiles incendiaires... Mes nerfs à la fleur du large Bifurquent, S’évaporent en filigranes Plus **** encore... Bleu nuit devient la mer Aux portes de son repaire Ancré à la rive gauche du cœur. La crique n’est plus ce qu’elle était : La neige reptile teint les dauphins de rose... Éden ? De temps à autre Passe un trapèze Balayant le silence. PSAUME XXVI Ô Reine, Notre Duc Sous tes ongles laqués J’imagine un ciel rouge Aux parfums de lait de cobra... Le soleil fait pleuvoir des sceptres sur le fleuve Et des piranhas aux dents d’eau Larguent des cerfs-volants sans fin... “Chantez les très riches heures de l’En-Dehors !” Crie à la face du levant Un caméléon qui lisse les ailes du hasard Planté dans le dédale de ta langue baccarat. PSAUME XXVII Près de la passerelle d’ivoire : “Odyssées, Métamorphoses, Mues, Je vous aime !” "
Continue reading...
529
Wanting to learn the jungle from the mattress, I set it outside, surrounded, by a mosquito net pitched unto two palm trees, in winter to avoid coconuts falling by the southern terrace; you should've joined me In February, I can tell you I never slept for carnaval.
0
Sep 15, 2014
Sep 15, 2014 at 9:35 PM UTC
Comfort