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Fable XVII, Livre IV. Une ourse avait mis bas ; ourses du voisinage D'accourir pour voir le poupon. « Est-ce une fille? Est-ce un garçon ? Est-il bien gros ? Est-il bien sage ? Sans que ce soit un damoiseau, Puisqu'il est le fils de son père, Comme un ange il doit être beau, Pour peu qu'il ressemble à sa mère. » « - Gomme un diable il est laid, commère, » Devait répondre la maman, Si sur ce point, une fois l'an, Maman pouvait être sincère. La nôtre à tous les yeux cachait son nourrisson ; Masse informe, ébauche grossière, Ours, qui d'ours n'avait que le nom ; D'un ours c'était bien la matière, Mais il manquait la façon. C'est à la lui donner que la dame s'applique. Au fond d'un antre obscur, **** du monde et du bruit. C'est à lécher sans cesse et relécher son fruit Qu'elle met son étude unique. Ses efforts n'ont pas été vains : Ainsi qu'on voit la molle argile, Sous les doigts d'un artiste habile, Prendre un buste, un visage, et des pieds et des mains ; Grâce aux soins qui le débarbouillent, Du petit monstre, en peu de jours, Les traits tour à tour se débrouillent, Et c'est, s'il n'a changé, le plus joli des ours. Sa mère, je le crois, ne lisait point Horace ; Mais nous qui le lisons, nous autres beaux esprits, Pourquoi moins qu'elle user de ses sages avis ? Cent fois sur le métier remettez vos écrits, A dit le maître du Parnasse. Vains préceptes! nos vers sont à peine ébauchés, Que de les mettre au jour rien ne peut nous distraire, Aussi sur le théâtre, aussi chez le libraire, Mes amis, que d'ours mal léchés !
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Les ours mal léchés
Fable XVII, Livre IV. Une ourse avait mis bas ; ourses du voisinage D'accourir pour voir le poupon. « Est-ce une fille? Est-ce un garçon ? Est-il bien gros ? Est-il bien sage ? Sans que ce soit un damoiseau, Puisqu'il est le fils de son père, Comme un ange il doit être beau, Pour peu qu'il ressemble à sa mère. » « - Gomme un diable il est laid, commère, » Devait répondre la maman, Si sur ce point, une fois l'an, Maman pouvait être sincère. La nôtre à tous les yeux cachait son nourrisson ; Masse informe, ébauche grossière, Ours, qui d'ours n'avait que le nom ; D'un ours c'était bien la matière, Mais il manquait la façon. C'est à la lui donner que la dame s'applique. Au fond d'un antre obscur, **** du monde et du bruit. C'est à lécher sans cesse et relécher son fruit Qu'elle met son étude unique. Ses efforts n'ont pas été vains : Ainsi qu'on voit la molle argile, Sous les doigts d'un artiste habile, Prendre un buste, un visage, et des pieds et des mains ; Grâce aux soins qui le débarbouillent, Du petit monstre, en peu de jours, Les traits tour à tour se débrouillent, Et c'est, s'il n'a changé, le plus joli des ours. Sa mère, je le crois, ne lisait point Horace ; Mais nous qui le lisons, nous autres beaux esprits, Pourquoi moins qu'elle user de ses sages avis ? Cent fois sur le métier remettez vos écrits, A dit le maître du Parnasse. Vains préceptes! nos vers sont à peine ébauchés, Que de les mettre au jour rien ne peut nous distraire, Aussi sur le théâtre, aussi chez le libraire, Mes amis, que d'ours mal léchés !